Publié le 19 Janvier 2017

Yue Minjun dans son studio, à Pékin mai 2007. YUE MINJUN STUDIO

Yue Minjun dans son studio, à Pékin mai 2007. YUE MINJUN STUDIO

PARCELS - ANOTHER CLOCK

Simple et modeste est l’œuvre de la philosophie !
Ne me pousse pas à prendre des airs solennels.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IX-29.

Les chiffres d’audience de Médiamétrie viennent de tomber avec une excellente nouvelle pour les radios de service public de Radio France. Même notre chérie, France Culture connaît un extraordinaire progression avec un niveau historique d’audience en direct et en différée.

Quelques jours auparavant, sur « les matins » de Guillaume Erner, l’invité était Michel Onfray, vous savez ce type omniprésent dans les médias qu’il conchie autant qu’il y pontifie, et qui commence en toute modestie ses phrases par « moi, en tant que philosophe... » Le mec pond tous azimuts environ deux livres par an depuis 1989. Ne me demandez pas un avis sur sa production exubérante car, son « traité d’athéologie » publié en 2005, vraiment pas au niveau de son sujet, m’a coupé l’appétit d’en savoir plus.

Le gus semble ce matin passer sur l’antenne pour parler de son dernier bouquin dans lequel, « oh comme c’est original ! », il polémique sur la présumée « Décadence » de l’Occident.

En fait, de la douche au café et tartines, je me fous comme de l’an 40 de ce qu’assène Onfray, j’attends juste avec impatience la chronique de Xavier de la Porte « la vie numérique », qui ce matin s’adresse à l’invité de la matinale : « Michel Onfray, mais pourquoi votre compte Twitter était-il si bizarre ? »

L’avez-vous (re)entendue ? (5 minutes) Ou (re)lue ? Oui ? Alors lisez donc le verbatim de la réaction de « l’invité » qui nous a stupéfié autant qu’elle a semblé sidérer Xavier de la Porte et Guillaume Erner.

The Fabulous Warwick Rowers

The Fabulous Warwick Rowers

Je ne regrette rien de ce que j’ai écris vraiment (sur son compte Twitter qu’il a fermé NDR), la différence c’est que vous donnez votre avis sur tout et que vous êtes payés pour ça avec mon argent et avec l’argent des gens qui nous écoutent puisque c’est le service public qui vous entretient. Donc vous, vous avez le droit d’avoir des avis, de les donner mais de les donner moins directement que moi, c’est à dire que toutes vos informations sont évidemment extrêmement biaisées, c’est à dire que très régulièrement vous faîtes l’éloge des mêmes contenus. Les gens qui ont écouté le journal auront vu pour qui il faut voter, qu’il y a des gens bien et il y a des gens qui ne sont pas des gens biens, et de manière internationale, où est le bien où est le mal etc. Vous avez le droit et vous avez même le droit d’être payé par l’argent public pour faire ce genre de choses là. Moi je ne suis pas payé je le faisais gratuitement bénévolement et vous n’aurez jamais vu une seule photo de mes menus, de mes voyages, de mes vacances, de mes bronzages ou de ce genre de choses. Donc j’ai fait effectivement un usage critique, politique aussi au sens étymologique, une espèce d’avis de lecteur dans la cité. Évidemment, vous prélevez, vous avez bien raison. Vous avez une thèse, elle est politique, elle est engagée, vous avez absolument besoin de la défendre.
- J’ai des questions surtout, tente Xavier de la Porte
Je suis en train de vous y répondre justement. Vous allez chercher ce qui illustre absolument vos choses. Vous trouvez que mon humour n’est pas drôle
- Je n’ai pas dit ça (Xavier de la Porte, encore plus faiblement)
Si vous avez fait savoir que le retrait progressif de Rocco Siffredi ne pouvait pas être une information drôle. Vous avez le droit. Moi je trouve que l’humour du service public n’est pas de l’humour que c’est souvent de l’idéologie. Je trouve qu’on peut faire ce genre de tweet parce que le principe du tweet c’est effectivement une parole et je suis de ceux qui pensent que l’œuvre d’un philosophe, c’est pas seulement ce qu’il écrit c’est aussi ce qu’il dit mais c’est aussi ce qu’il vit. La cohérence etc. Donc moi je suis preneur d’une édition des œuvres complètes de mes tweets que vous pourriez préfacer, annoter et qu’on pourrait relier en papier Bible en disant que j’étais un sale con en mon temps mais que finalement peut-être un peu l’Histoire m’a donné de temps en temps raison et qu’on avait le droit à de l’humour pas drôle puisque vous vous avez le droit à de l’humour pas drôle et qu’en plus vous êtes même payé pour faire de l’humour pas drôle. Moi je fais comme vous, de l’humour pas drôle (…)

Verbatim de la réaction de Michel Onfray au billet de Xavier de la Porte du 12-1-2017

 Barack Obama - 29 juin 2010 à Washington. Sipa/ Roger L. Wollenberg

Barack Obama - 29 juin 2010 à Washington. Sipa/ Roger L. Wollenberg

Mais c’est quoi ces manières de petite frappe ? Quel mouche a donc piqué Onfray pour nous infliger cette logorrhée agressive de bas étage et d’une vanité grotesque ?

En fait, on s’en tape. Son comportement jette définitivement le discrédit sur l’autoproclamé «philosophe ». Car enfin, que vaut de philosopher sans sagesse ? Que vaut la connaissance de ce qu’est l’humour et l’autodérision sans leur pratique ? Nib. Dans son cas, seule demeure la vanité de philosopher, vanité prise dans les deux sens du terme : fatuité et inanité.

Si encore une chose : Quand les programmateurs du service public audiovisuel cesseront-ils d’inviter l’ingrat qui leur chie dessus (il passait encore hier soir à la Grande Librairie sur France 5 ? Quand je regarde l’historique de présence de Michel Onfray sur France Culture, et la multitude d’intellectuels en mesure de le remplacer, je rêve d’anathème et d’un Onfray largement réduit à soliloquer sur son site avec ses fans tels Dieudonné, Soral et consorts.

carpe diem gif

carpe diem gif

"De beaux rêves !" Photo : Hervé Joseph-Lebrun

"De beaux rêves !" Photo : Hervé Joseph-Lebrun

Plutôt que de lire du Michel Onfray, si ce n’est déjà fait, lisez donc Retour à Reims de Didier Eribon sorti en 2009, qui a beaucoup plu à tous ceux à qui je l’ai passé (le dernier en date est Jérémy qui l’a acheté après l’avoir « dévoré », « histoire de pouvoir y revenir plus tard »).

Ce livre essentiel auquel j’ai oublié de faire référence dans ce blog, se rappelle à moi grâce à une brève dans Télérama de cette semaine qui signale qu’il fait un tabac en Allemagne : « le livre de l’année 2016 » selon le quotidien allemand Tagesspiegel. Un extrait, choisi parmi plusieurs pages cornées :

Mes parents, comme les autres membres de ma famille de leur génération, se disaient de gauche (« Nous, c’est la gauche... », entendis-je souvent dans le cercle familial, comme s’il eût été impensable qu’il en aille autrement), avant de voter à l’extrême droite et à droite (de manière discontinue). […]
Je n’aimerais pas que ma mère ou mes frères – qui n’en demandent d’ailleurs pas tant – soient « tirés au sort » pour gouverner la Cité au nom de leur « compétence » égale à celle de tous les autres : leurs choix n’y seraient pas différents de ceux qu’ils expriment quand ils votent, à ceci près qu’ils pourraient bien être majoritaires. Et tant pis si mes réticences doivent froisser les adeptes d’un retour aux sources athéniennes de la démocratie. Car si le geste de ces derniers peut sembler sympathique, ce qui risquerait d’en découler m’inquiète au plus haut point.

"Retour à Reims" de Didier Eribon 2009

" La Bonne Nouvelle " de François Bégaudeau et Benoît Lambert

"Le disciple" de Kirill Serebrennikov

"Manchester by the sea" de Kenneth Lonergan

L'impératrice - Live Session Findspire - "Agitations tropicales"

La vanité de philosopher, la preuve par Michel Onfray

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #les fâcheux

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