Préambule

 



UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées


Stanley Kwan Lan Yu




Les gens qui ne sont pas d’ici
(de Beijing) se retrouvent au parc de Dongdan ( ?), et les tong xing, c'est-à-dire les homosexuels, aussi. J’ai mis du temps à trouver cet endroit. La première fois que j’y suis venu, c’était il y a un an. J’étais très nerveux, j’avais les mains moites et je tremblais. J’attendais qu’un homme qui aime les hommes vienne me parler.

Je suis resté là assis et au bout de quelques minutes deux hommes sont venus me voir. L’un des deux avait un gros ventre et le deuxième avait l’air d’un exilé venu chercher du travail. Ils m’ont abordé d’une manière très directe. Ils m’ont demandé : « C’est la première fois que tu viens ici ? » J’ai répondu « oui », et là ils m’ont demandé si j’étais un 1 ou un 0. Je n’ai pas compris, je n’ai vraiment pas compris. Je leur ai demandé : « Qu’est-ce que vous voulez dire ? » Et ils ont dit : « Tu ne sais vraiment pas ou tu fais semblant ? » « Non, je ne sais pas. » Alors un des deux hommes a commencé à me tripoter. Ses gestes sont devenus très explicites. Comment peut-on être aussi incorrecte ? Je suis parti en courant.

J’étais très déçu, j’ai fait des milliers de kilomètres pour venir jusqu’à Pékin, pour changer d’air pour changer d’horizon.

  Xiang Feng dans L'amour tabou en Chine sur Planète - Rediffusion : 24/6 à 0H15

 




Lou Ye Nuits d'ivresse printanière


L'homosexualité en Chine nov. 2006, article sur le blog d'une expatriée en Chine

Tetu.com/ A Shanghai, la première gay pride de Chine mais en toute discrétion



 

 



Ce que retient la postérité

 

Pour rejoindre sa tombe, le cortège est passé devant celle de Félix Faure. Comme je sais que Laura, la nièce de Gabriel, 13 ans, est friande depuis son plus jeune âge de tout ce qui touche au « sexe », je lui dis que je croyais me souvenir que ce président était mort de la plus belle mort qu'il soit, dans les bras d’une femme, en faisant l’amour avec une prostituée.

Ces jours-ci, Libé nous livre le feuilleton du « procès S. » au cours duquel est jugée la maîtresse du banquier qui l’a assassiné de quatre balles tirées à bout portant. Détail sulfureux : Au moment de sa mort, le banquier E. S. était vêtu d’une combinaison de latex S.M..

Au même moment, on apprend qu’un célèbre acteur américain de 72 ans a été retrouvé lui aussi pendu dans sa chambre hôtel à Bangkok, dans une position qui évoque un jeu sexuel qui aurait mal tourné.

Comme pour le président Faure, on peut craindre que la postérité ne retienne de ces deux infortunés seulement la situation quelque peu ridicule dans laquelle la Faucheuse les a surpris.

                                                                                                             

Il y a de ce souci de ménager la réputation d’un défunt et ses proches que d’aller faire un peu de nettoyage chez un copain gay mort d’une overdose avant que ne débarquent ses parents, histoire de faire disparaître d’éventuelles vidéos de cul, godemichets et consorts (Vu dans la série britannique Queer as a folk).

 

 

Telerama.fr/ Departures de Yojiro Takita



L’ouragan « Coming out »

 

Gabriel qui ramenait Valentin chez sa tante, y a trouvé Mehdi et son copain. Il a été question de leur "Coming out".
Le père de Mehdi était kabyle. Quand il s’est penché sur le berceau de son fils, il aurait pressenti que ce gamin serait pédé (?). Sa prescience n’atténua en rien l’ouragan que déclencha Mehdi lorsqu’un jour il s’est résolu à lui téléphoner à Tizzi pour lui dire qu’il était homo. Son père lui raccrocha au nez après avoir hurlé : «J’arrive, je te tue et je me tue après. »



 



Envie contrariée

 

L’actualité nous rappelle que 60 % des iraniens ont moins de 30 ans. Envie d'Iran.

Finalement, la grande escroquerie des élections maintient Ahmadinejad au pouvoir. Débandade.


 


Farnaz prostitute Fernando Moleres


La personne qui n’a pas beaucoup d’imagination a aussi mauvaise mémoire.


Je crois que la mémoire et l’imagination appartiennent au même monde mystérieux de la pensée humaine. Il me semble que la personne qui n’a pas beaucoup d’imagination a aussi mauvaise mémoire. L’enfant qui n’imagine rien en jouant dans les corridors d’un château ne se souviendra que très vaguement de ce château.
Il y a quelque chose dans l’imagination qui se rapporte à la mémoire, et vice versa. On pourrait dire que la mémoire est une sorte d’imagination concentrée sur un certain point...
Quand vous vous rappelez quelque chose, vous ne vous rappelez jamais la chose même, mais toujours la relation, l’association de la chose avec quelque chose d’autre. Et c’est l’imagination qui fait ce lien entre les choses.

 

Nabokov dans  les archives du Monde 2 du 13/6/2009 Vladimir Nabokov et le scandale « Lolita »





La face cachée du garçon doré


Le nouveau garçon qui se dépense sans compter au cours de gym, est musclé et bronzé jusque sur sa jolie paire de fesses. Je l’imagine sur un bateau, entretenu par un vieux Monsieur. Il ne me montrera pas son sexe. Insuffisance de taille ou excès de pudeur ?



Jock Sturges Thomas et Eva ; la Jenny 2005





Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires

William Gedney NY 1979


 

 



Maman a transféré dans la maison agrandie d’Ardèche ce qu’il restait de ma bibliothèque à Bourg. J’en ai rapporté quelques livres dont ce Californie Rêve et cauchemar... Ici s’inventent les vingt prochaines années, édité en 1981 dans l’excellente collection autrement.

Avec ma première paye d’étudiant rémunéré, j’avais fait en 1984 mon premier grand voyage, aux Etats-Unis, avec dans la tête, tout ce que j’y avais lu. Les articles de Guy Hocquenghem sur San Francisco « la sodomite » y tenant une bonne place. Morceaux choisis.

 
 

Autoportrait de Robert Mapplethorpe (1978) à l'exposition "Controverses" à la BNF

 




Il y a deux ou trois ans, Anita Bryant déclarait que les tremblements de terre de Californie étaient la punition divine destinée aux « spermeaters », les pédés buveurs de sperme de San Francisco. San Francisco, capitale du monde Gay – la plus homosexuelle de toutes les villes du monde, et aussi la ville de nulle part, le morceau de continent à la dérive. Si les exclus de toute l’Amérique ont choisi San Francisco, c’est parce que la ville semble perpétuellement sur le point de lâcher les amarres. Capitale mystique de l’Amérique, capitale des rêves utopiques et des sectes, des beatniks, des hippies, mais aussi, dès avant le XIXe siècle, capitale de l’immoralité, maisons de jeux et prostitution, San Francisco avait déjà 300 000 habitants lors de la catastrophe. [...]

 


Castro. J’ai remonté Dolorès Street et ses palmiers, et j’ai tourné devant Mission High School, où quelques-uns des milliers d’élèves « chicanos », enivrants athlètes de quinze ans en limousine d’occasion et Adidas, m’ont gratifié d’un sourire. Tout ne se passe pas si mal entre « gays » et jeunes chicanos : après tout, les « gays » offrent le mode de vie le plus drôle, le plus riche, le plus dévergondé...

Castro street, cette rue, qui, comme sur un dessin célèbre, semble commencer au village new-yorkais et s’achever sur une plage océanienne. Il y a des gens, dans cette foule à la gentillesse exacerbée, muscles d’or et céréales vitaminées, short de jean et chaussures d’armée, qui ne sont jamais sortis du carré de trente blocs qui forment le ghetto du Castro, depuis leur arrivée ici il y a dix ans. Vitrine plutôt que ghetto, d’ailleurs, où chacun semble avoir à cœur d’être le mannequin animé d’un spectacle auquel accourent les touristes en car, « gays » ou pas « gays », le spectacle d’une foule d’homosexuels heureux au naturel. [...]

 

Si le Castro est le nouveau centre « gay », San Francisco compte plusieurs autres ghettos homosexuels – et des petites communautés éparses dans toute la ville. Au Nord-Est de la presqu’île, entre Pacific Heights et Market street, le vieux ghetto pédé de Polk Street compte aussi une cinquantaine d’établissement « gays », bar et autres.


 

Jérome Bosch L'enfer musical 1510


 

A Polk Street, les extrêmes confondus dans l’uniforme pseudo-adolescent des trentenaires éternels du Castro, se scindent à nouveau : d’un côté, les pédés de la cinquantaine, volontiers cravate, «campy » traditionalistes. De l’autre, le gigolo du rêve américain, le super gymnaste de collège, torse nu, et quel torse, errant autour des vendeurs de journaux, l’air faussement indifférent.

Mais la trinité des «gays » sans franciscains, des « clones », de Castro aux « poupées » («pupetts », folles traditionnelles) de Polk, n’est pas complète sans les « Kings », les rois, des « durs » (faux ou vrais) du « cuir » et du sado-masochisme, réfugié autour de Folsom Street. [...]

 

Le soir, toujours l’esprit enfumé d’une herbe excellente, nous payons six dollars l’entrée au « Caligula », le grand film péplum incroyablement pornographique où Malcom Mac Dowell, l’ancien acteur de « Orange Mécanique », encule, tue, éventre et châtre en technicolor, Dolby Stéréo et grand écran pendant trois heures. Ce monument invraisemblable, qui a coûté aussi cher qu’ « Apocalypse Now », ne passe qu’ici et à New York. Il faut un sacré sens de la décadence pour passer ça sans « X »...

 




http://www.hedislimane.com/diary/




Et dans la nuit froide et claire, je me sens très Caligula, en marchant vers les mauvais lieux de Folsom-Street que j’ai repérés tout à l’heure, le long des hangars et des usines désaffectées. Les « Glory Holes » sont la gloire sulfureuse de l’érotisme sans franciscain. La ville ne compte pas moins de huit établissements du genre. Derrière la porte, un garçon endormi – ça fonctionne 24H sur 24, et il est 4 heures du matin – me fait membre du club suivant l’habitude de la ville, en trois secondes, moyennant une cotisation modique (1 dollar).

Les plus pauvres, les noirs, les vieux viennent ici. Une salle de ciné porno où les barbus s’enculent sur l’écran en se tordant les seins, précède l’immense hangar, presque désert aujourd’hui, des « Glory Holes » : des centaines de cabines, accolées l’une à l’autre en travées, dos à dos. Chacune d’entre elle révèle, derrière la porte de bois, trois cloisons percées chacune d’un trou à hauteur des organes génitaux, le fameux « Glory Hole » emprunté aux pissotières. Des bites anonymes passent là, pénétrant des culs sans identité. Entre les cabines, des ombres se faufilent, des pas résonnent, parallèles aux miens. Parfois, un œil se colle au trou, ou une bouche. Au sous-sol des cages de fer, des cellules, des fouets. Salles de tortures pour clients compliqués.


 Keith Haring Glory hole




Les salles de Glory Holes sont un pas de plus vers la vente directe du sexe : aucun autre prétexte, vente de livres porno ou activité de « boîte », ne cache plus la fonction. Dans leur glorieuse nudité, les « Glory Holes » sont le paradoxe d’un sexe libéré qui ne peut plus se regarder en face sans rire.

 

En rentrant, épuisé et furieux contre moi-même de mon goût du sordide, je découvre les derniers chiffres du rapport Kinsey tout juste terminé sur la colonie « gay » de San Francisco. Les homosexuels de San Francisco, installés dans la ville depuis quelques années (au maximum 10, en général deux ou trois) on eu au moins 500 relations sexuelles avec d’autres hommes, 30 % d’entre eux en déclarent plus de mille...

 

Ça n’a pas trainé : j’ai une chaude-pisse à la gorge, du moins on me l’affirme autour de moi. Picotement, raclements, ces « Glory Holes » ont contaminé jusqu’à l’organe de ma voix. Visite chez le docteur, décide mon club d’hôtes. Mais pas n’importe quel docteur, le cabinet « gay » auquel Robert « croit » comme il croit à la prédiction indienne. [...]



 James Franco

 


La visite va durer deux heures. Check général, mais orienté sur un questionnaire précis établi par un jeune moustachu au regard trop confiant qui connaît visiblement bien les problèmes de santé « spécialisés... ». Tout y passe, les habitudes sexuelles, le rôle des vitamines, des poppers...
L’association des médecins « gays », dont il fait partie, s’appelle la « Bay Area Physicians for Human Rights » : la « Bay Area », c’est cet ensemble urbain de plus de six millions d’habitants qui entoure San Francisco. Ils sont trois cent médecins, membres de ce club puissant. Ils ont organisé l’an dernier une exposition sur la Santé « Gay ».

Je m’imagine les gros plans d’anus syphilitiques, tandis que nous dérivons sur la visibilité « gay » dans les rues de la ville. « Il y a une bonne raison à ça : la ville de San Francisco est un petit centre ancien et préservé, au milieu de la « Bay Area ». Et sur sept cent mille habitants, la présence de 2 ou 300 000 pédés est forcément plus évident que celle d’un million de gays new-yorkais au milieu d’une métropole de 12 millions d’habitants. » Je concède que c’est la première fois, en effet, que j’ai ce sentiment, rigoureusement partout dans une ville, d’une « présence » gay « normale ».

 

Mais les chiffres, justement nagent dans le vague. « Aucun moyen de le savoir, puisque le recensement ne donne pas de case « gay ». Mais il ya des moyens indirects : par exemple, le taux de célibataires entre 25 et 45 ans, l’âge type des « nouveaux pédés », est triple à San Francisco de ce qu’il est dans le reste de la Californie ! 31 % au lieu de 10 %. Cela établit le pourcentage « gay » à au moins un quart de la population de la ville, plus ceux qui ont été mariés et n’ont pas divorcé... Disons un minimum de 200 000. » [...]



William Gedney NY Juin 1981


Tom achève avec nous sa virée dans une boîte cuir, le « Black and Blue ». Non loin, un sauna spécialisé S.M., « The Slot » : Plus loin, un autre, « The Handball Express ». Au « Black and Blue », baignoires pour fanas de la pisse, moto suspendue au-dessus du billard par des chaînes, le spectacle est classique. Tout ce coin de Folsom Street est la capitale S.M. du gay sexe, au même titre que les quais de New-York autour de la 10e rue. Un autre bar, à côté, l’ « Arena », est resté célèbre pour ses « ventes d’esclaves » fictives, au cours desquelles les consommateurs payaient avec des coupons distribués avec les consommations les humiliations infligées en public à des soumis volontaires.

         Je ris en moi-même en pensant à la tête de la mairesse, Dianne Feinstein, bourgeoise juive plutôt conservatrice, quand elle dut faire le tour des bars cuirs pour solliciter le « vote gay »... [...]

 

Pour ma part, je n’ai guère fait plus que dîner dans le Castro, dans un resto mongol, si je me souviens bien. Mon entourage de voyage tout ce qu’il y a de plus « straight », et peut-être aussi un ange gardien - vu l’hécatombe qui allait suivre - m’ont tenu à distance de la moindre tentation. En un mois, sans avoir un seul mot à dire, Christine avait compris qu’elle ne tirerait rien de moi.

On a clos le voyage à New-York en dansant en plein air sur le toit d’un building de Manhattan puis quelques étages en dessous, dans une salle bourrée de noirs qui dansaient divinement le funk.

Chris quitta plus tôt que moi la discothèque, (extraordinaire Dancetaria), en compagnie de celui qui allait devenir son mari. De mon côté, je fis la fermeture au petit matin en compagnie d’un garçon de mon âge, un juif à la peau mate, mais chacun rentra sagement chez lui.
Mes pénates, c’était l’affreux YMCA, où un gardien de nuit légaliste me refusa l’accès au motif que je ne pouvais être celui que je prétendais vu qu’il y avait déjà deux occupants dans la chambre...

 


 William Gedney NY 1979


 


Ina.fr/ Guy Hocquenghem, journaliste militant à Libération (Apostrophes 1979)

 

Telerama.fr/ Cruising de William Friedkin (1980)

Liberation.fr/ Harvey Milk : entrevue de Gus Van Sant et de son scénariste

Dailymotion.com/ The times of Harvey Milk de Rob Epstein (1984)

Youtube.com/ 1978 Gay freedom day parade

Gayclic.com/articles/ Les chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin

 

http://www.lemagazine.info/San-Francisco-premier-bastion-gay.html

 

Altersexualite.com/ Fun home d'Alison Bechdel (récit autobiographique graphique)



 

"Torch song trilogy" d'Harvey Fierstein (1988)

actuellement au Nouveau Latina (Paris 4e)


Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires




A l’occasion de la 2e conférence de l’ONU contre le racisme, la chaine TV
Arte a diffusé un très intéressant documentaire de Caroline Fourest et de  Fiammetta Venner : La bataille des droits de l'homme.

Ce dernier nous fait pénétrer dans les coulisses du Conseil des droits de l'homme de l’ONU, dont la mission est de « renforcer la promotion et la protection des droits de l'homme autour du globe » qui ont été énumérés en 1948 dans la déclaration universelle, en abordant les « situations de violations de droits de l'homme » et en émettant « des recommandations à leur encontre ».

 

Au sortir des atrocités de la deuxième guerre mondiale déclenchées par des régimes totalitaires et de la crise économique mondiale qui l’avait précédée, la déclaration universelle des droits de l'homme, avait été adoptée sans difficulté par les 58 membres de l’ONU qu’elle comptait alors[1], même si 8 pays s’étaient abstenus : l’Afrique du Sud, car la déclaration dénonçait l’apartheid qu’elle avait institué, l’Arabie Saoudite, pour la question de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, l’URSS et 5 pays satellites notamment parce qu'elle voulait la reconnaissance de droits économiques et sociaux étendus et que la guerre froide commençait.



[1] Elle en compte désormais 192.


 Kiss in d'Act-Up devant l'ambassade du Nigéria 18 mai 2007

 

Le conseil des droits de l’homme a été institué en 2006 pour remplacer la commission des droits de l'homme à qui il était reproché sa « politisation » notamment anti-américaine, qui avait conduit les Etats-Unis à ne plus y siéger. Plus grave, d’aucuns l’accusaient d’être  instrumentalisée par des Etats violant les droits de l’homme, pour ainsi "se soustraire aux critiques, ou pour critiquer les autres". Le discrédit éclata au grand jour lorsque la Libye obtint d’être élue à sa tête, avec l’Iran à la vice présidence de cette commission (sic).

 

Le changement institutionnel a-t-il modifié la donne ? Sans surprise, nullement. La Libye conserve la présidence épaulée par un rapporteur cubain (sic 2e).[1]

Le documentaire montre en fait en miniature le monde tel qu’il est : une minorité de pays démocratiques pas toujours exemplaires (Guantanamo a fait beaucoup de mal à leur image), qui la financent à 90 %, face à une majorité de dictatures bafouant les droits de l’homme.


Avec une telle donne, les différents blocs de pays mis en accusation s’y serrent les coudes et s’échangent des services.

C’est ainsi que le bloc des pays musulmans (environ un tiers des pays composant le conseil) a obtenu le soutien de pays qui ne le sont pas et qui persécutent même des minorités religieuses, notamment la Chine, pour faire adopter en 2008 une résolution  condamnant la diffamation des religions.

La résolution a beau être non contraignante, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir la menace qu’elle fait peser sur la liberté d’expression.

Un collectif de 180 ONG a dénoncé un concept "sans aucun fondement dans le droit national ou international" et en contradiction avec le principe même des droits de l'homme, "qui protègent les individus contre les violences, pas les croyances contre un examen critique".

 

En effet, sans être juriste en droit international on comprend sans peine que ce concept est en contradiction avec l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme que le conseil est censé promouvoir et protéger :


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.


 

Dans son enceinte, les accusations de « diffamation des religions », d’«outrage à la religion », d’« islamophobie », ou pour les plus lyriques d’« incitation à la haine religieuse » sont devenues ainsi extrêmement efficaces pour obtenir que ne soient plus abordées le sujet des femmes lapidées pour adultère comme le prévoit la Charia, ou des homosexuels persécutés au nom de la pudeur et de la loi islamique, bien que ces exactions violent de manière flagrante ne serait-ce que les trois premiers articles de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Je n’évoquerai même pas ma stupéfaction d’entendre certains représentants de pays musulmans commencer systématiquement leur intervention par une prière dans cette enceinte internationale et invoquer à tout bout de champ leur dieu, au mépris de leurs interlocuteurs qui ne partagent pas leurs croyances[1].



[1] Ce sans-gêne me fait également me souvenir de la stupéfaction énervée de François de se voir imposer en Irlande un bénédicité au début d’un repas diplomatique de l’UE.  



 

Boris Ignatovitch The baths Moscow 1935
 

Ce sont donc les mêmes personnes qui ont préparé la 2e Conférence contre le racisme qui vient de se tenir à Genève, huit ans après celle de Durban qui s’était soldée par un fiasco complet pour cause de focalisation sur Israël, accusé de racisme et d’apartheid envers les Palestiniens.

 

Le texte préparatoire de cette 2e conférence qui a pris le nom de Durban II stigmatisait toujours Israël et comportait les concepts de diffamation des religions et d’islamophobie. Dans ces conditions, l'Allemagne, l'Australie, le Canada, les Etats-Unis, l'Italie, Israël, les Pays-Bas, la Pologne et la Nouvelle-Zélande avaient annoncé qu’ils ne rendraient pas à Genève.

 

Pour sauver la conférence après la violente (et attendue) diatribe du président iranien Mahmoud Dahmadinedjad qui a provoqué le départ de plusieurs délégués de pays occidentaux présents dans la salle, les participants ont adopté en catastrophe, deux jours avant la fin de la conférence leur déclaration finale afin de prévenir de nouvelles défections.

Le texte de compromis ne comporte plus de stigmatisation d’Israël, ni de mention de « diffamation des religions ».
Mais il déplore  « la croissance mondiale du nombre d'incidents racistes ou d'intolérance et de violence religieuse, y compris d'islamophobie, d'antisémitisme, de christianophobie, et d'anti-arabisme manifesté notamment dans les stéréotypes insultants et la stigmatisation des personnes fondés sur leur religion ou leurs croyances »
[1]... bien entendu sans évoquer « les stéréotypes insultants, la stigmatisation des personnes fondés sur » leur orientation sexuelle.

Enfin, le texte exprime sa préoccupation face « à la persistance des discriminations contre les femmes et les filles sur la base de la race ». Il souligne aussi « dans le contexte des discriminations multiples, la nécessité de traiter toutes les formes de violence contre les femmes et les enfants comme un délit punissable par la loi »... évidemment en omettant la violence que subissent des femmes au nom d’une religion.


Konrad Helbig - Brazil 1968


Sans vouloir
jouer les Cassandre , je suis loin d’être sûr qu’on obtiendra mieux en 2017 pour Durban III.

Alors que faire ? Jeter l’éponge ? Non. Être Têtu, continuer à batailler pour éviter de se retrouver un jour avec un droit international qui vous interdirait de critiquer les religions, continuer à ferrailler parce que ce droit international est la seule arme dont disposent des victimes de persécutions ou de discriminations et les ONG qui les défendent.

 

PS. Nathalie nous a invités à dîner pour nous présenter son nouvel amoureux. C’est un réfugié politique d’Uruguay, communiste (ce n’est pas avec la politique qu’il l’a séduite), en France depuis près de 30 ans. Zac et son copain du moment étaient aussi de la partie. Lorsqu’ils ont tiré leur révérence, Pedro s’est mis à critiquer la vie dissolue de Zac (un « puto »), ce qui nous a inévitablement entraînés dans une longue conversation, au cours de laquelle il a fallu réfuter tous les poncifs homophobes et machistes qu’il alignait, à commencer par sa conception du « bon » homosexuel : «ça ne se voit pas » (non efféminé, excentrique ?), vivant en couple, sans enfant, « monogame »,  l’évocation des arguments du contre nature, ou du primat de la société sur l’individu, etc.

Bien évidemment, lorsqu’elle nous a rappelés le lendemain pour nous demander notre avis sur son chéri, je l’ai comblé de louanges.





La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld




Pour visionner le documentaire :

La bataille des droits de l'homme
Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948
(avec documentaire vidéo clair et concis)

Prochoix.org/-les-lecons-de-durban-ii-caroline-fourest

 

Actualité du sujet le jour de la rédaction de ce billet :

Courrierinternational.com/ l-homosexualite-fait-debat-a-dakar et autres articles

Vimeo.com/ Papa Mbaye, persécuté au Sénégal, fou de joie à New York

 

Notesgaydethomas/ L'homosexualité en Afrique, héritage pré ou post colonial ?

 

Dailymotion.com/ -kissin-devant-lambassade-du-nigeria 18-5-7

 

 

Notesgaydethomas/ Au nom de l'amour

A propos de la notion de diffamation des religions :

Notesgaydethomas/ "L'art présumé coupable" ou "le crime sans victime"

 





Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

Liens

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus