Publié le 1 Août 2016

Viviane Sassen	 La Lutte #2 Série Parasomnia  2011

Viviane Sassen La Lutte #2 Série Parasomnia 2011

« Toutes mes images sont à la fois semblables et différentes. Elles sont modifiées par la couleur ou la lumière, par l'instant ou l'humeur. La vie n'est-elle pas une série d'images qui changent en se répétant ? »

Andy Warhol

Noir Désir - "Le Vent Nous Portera" (2001)

Avertissement : Ce billet laissera perplexe le robot de référencement des moteurs de recherche, d'abord parce qu'il s'attend à y trouver du contenu « gay » alors qu'il est plutôt ici d'ordre « touristique », ensuite parce que j'y ai abusé de périphrases. Lecteur, seras-tu plus malin qu'un algorithme ? Ceux qui ont horreur des devinettes pourront toujours cliquer sur les liens.

Pour s'y rendre, un vol à bas coûts peut vous conduire jusqu'à la deuxième ville la plus peuplée de l'île au pied du volcan qui s'élève à plus de 3000 mètres. A en juger par la desserte de bus, la plupart des visiteurs font le choix de rallier directement le port d'embarquement vers les autres îles. Non sans raison, car si en hiver, le sommet du volcan se couvre de neige, la ville connaît en été les records de canicule de la région.

C'est dommage car cette ville au bord de la mer mérite d'être découverte, notamment pour son patrimoine architectural issu de la dizaine de destructions qu'elle a subie. En particulier, on doit au terrible tremblement de terre de 1693 les nombreux édifices de style baroque.

La façade de la cathédrale en fournit un bel exemple. L'église porte le nom d'une chrétienne dont l'obstination à vouloir conserver sa virginité en se refusant au proconsul romain qui voulait l'épouser, se paya de l'arrachage de sa poitrine avec une tenaille. Cette martyre est ainsi facile à reconnaître dans l'iconographie chrétienne : elle pose avec ses deux seins sur un plateau.

Deux bonnes adresses : celle de l'hôtel portant le nom du palais princier voisin, aux prix très raisonnables (moins de 60 euros), où l'on a particulièrement apprécié les petits-déjeuners inclus sur le toit terrasse, et celle du loueur qui nous a permis d'essayer le vélo électrique (20 euros les 6 heures), extra pour sillonner sans effort la ville pleine de côtes et de faux-plats, surtout en été.

Cette ville universitaire semble avoir une vie culturelle intense, pour ma part je me souviendrai surtout d'avoir croisé dans une exposition de folie une Mona Lisa transgenre.

Lorenzo Alessandri, Gioconda modella inquietante (détail), 1982, huile sur toile

Lorenzo Alessandri, Gioconda modella inquietante (détail), 1982, huile sur toile

On a dû renoncer à rallier le port d'embarquement vers les autres îles où aurait vécu le dieu des vents, par le train plutôt que par la route, car ici comme presque partout ailleurs désormais, les dessertes ferroviaires sont tellement rares et peu commodes, que la compagnie de bus le desservant directement de l'aéroport très proche du centre historique, l'a emporté sans hésitation. Sur le chemin, les amateurs d'antiquités et du Caravage pas trop pressés pourront rejoindre pour la visite le continent, après une courte traversée en bateau du détroit aux deux fameux courants marins.

Sans regret, on a laissé l'île la plus proche dont le volcan pue activement du bec, mais aussi la suivante, la plus grande de l'archipel, où Nanni Moretti n'avait pu trouver la sérénité dans la confusion touristique estivale qu'il y règne sans doute toujours, pour débarquer confiants sur sa cadette, la plus fertile, la plus verte.

Son nom évoque l'extraction ancienne du sel dans un bassin qui existe toujours, mais les grecs de l'Antiquité l'avaient appelée « les jumeaux » en référence aux cônes de deux volcans éteints qui s'y font face.

Sur le conseil de Paulo conquis par l'île où il est venu plusieurs fois, on s'est posé dans un hameau « lové au fond d’un vertigineux écrin semi-circulaire de pierre et de verdure, au-dessus d’eaux translucides", face aux deux îles les plus occidentales du groupe. L'alternance du jour et de la nuit se donne ici en spectacle sublime : après les rouges et jaunes du coucher de soleil, la lune montante dore la nuit d'argent. Dans l'obscurité, le silence se fait encore plus épais ; en tendant l'oreille, la légère brise vespérale apporte parfois des bribes de conversations étouffées sur les terrasses disséminées. Ajoutez à cela les parfums : celui des fleurs de jasmin bleues ou blanches et des lauriers roses des jardins, sur les sentiers, des plantes aromatiques du maquis ou les fragrances de sous-bois, et même l'odeur caractéristique des sulfates aux abords des plants de vigne du cépage local, la malvoisie.

Le goût des îles

Le hameau ne possède aucun commerce, seulement un petit snack-bar et un hôtel-restaurant portant le nom d'un film tourné ici en 1994. Des scooters (10 euros par jour pour un « motorino » de 50cc sans assurance) ou une voiture s'imposent par conséquent pour que le paradis ne tourne pas à la réclusion. Pour se loger, plutôt que l'hôtel assez dispendieux en saison, on a préféré une location dans une jolie maison. L'option n'est pas forcément meilleur marché l'été mais on peut se rattraper en se faisant à manger avec trois fois rien : comme toujours dans ce pays, même sur les îles, fruits et légumes d'été sont délicieux, tout comme les fromages et la charcuterie, des pâtes bien sûr, du riz, un tour chez le poissonnier, des anchois, des câpres cultivées et préparées localement, une bonne huile d'olive, du balsamique, des oignons, de l'ail et de citrons, le tout arrosé de vin du coin, et vous vous demandez comment vous avez pu passer autant de temps et d'argent dans des restaurants. On recommande tout de même ce restaurant familial à L. où l'on a bien déjeuné deux jours d'affilé pour 15 euros par personne.

Dans l'île en face du hameau, bien plus petite, plus sèche, on savourera des joies identiques. Une belle promenade de fin d'après-midi (car largement à l'ombre ) conduit à un village abandonné. Deux maisons fermées ont été complètement rénovées. Celle qui se trouve en haut du village, la plus grande, est aussi extraordinaire que son décor, et l'on se demanda prosaïquement comment avaient été apportés les matériaux de construction. « Par hélicoptère », nous dira Onofrio qui nous a fait faire le tour de l'île dans son beau bateau. « Un pilote arabe» en serait le commanditaire. Pour notre logeuse, elle appartient à une princesse afghane architecte.

"Smashed" Gandini Juggling - festival Paris Quartier d'été 2016

Après l'achat de nombreuses maisons par un riche italien, la tranquillité de l'île fut un temps troublé par les fêtes qu'il y organisait et dont l'apothéose fut un jour, l'arrivée du ciel de Britney Spears déposée sur un Yacht pour la conduire jusqu'à son hôte. Il s'en est fallu de peu pour que l'île ne connaisse le même sort que P. , mais depuis, elle aurait retrouvé sa sérénité avec des visiteurs plus discrets : hommes politiques, journalistes,…

Les pentes abruptes du volcan sont couvertes de terrasses souvent en ruines et pour la plupart abandonnées. On s'émerveille du travail pour (sur)vivre dans ces temps anciens, d'autant que d'eau, il n'y a guère que celle de pluie récupérée dans des citernes, notamment depuis les toits des maisons (de nos jours dans l'archipel, l'eau, pour l'essentiel, est apporté par tanker).

Tous les pays ont connu l'exode rural mais dans la région, les insulaires émigrèrent en masse et en plusieurs vagues surtout pour l’Australie et l’Amérique. Depuis lors, ce coin de Méditerranée est devenu la principale porte d’entrée vers l’Europe pour tous les désespérés qui rêvent d’une vie meilleure, loin de l’Afrique.

 

Aldo Fallai Nairobi  (1980)

Aldo Fallai Nairobi (1980)

Nous finirions ce séjour dans les îles en beauté, par un feu d'artifice naturel, au bord du cratère du volcan le plus actif d'Europe, dont les cinéphiles connaissent sans doute le film portant son nom et tourné au sortir de la deuxième guerre mondiale. Deux heures trente de montée avec de nombreuses courtes pauses, une heure de descente dans les cendres, et "même pas mal !" Notre groupe anglophone était constitué d'un ramassis de globalisés du genre iraniens vivant en Norvège ou couple anglo-néerlandais résidant en Espagne. Pour ce qui est du spectacle, « remboursez ! » Avec ses deux grondements (j'avoue que j'ai sursauté chaque fois), quelques étincelles et un vague rougeoiement en contrebas avant de partir, autant dire qu'on était un peu « disappointed ». Un couple d'italo-espagnol travaillant à Strasbourg d'un autre groupe nous ont appris que c'est comme ça depuis la forte activité de 2014. Sa morphologie a été modifiée et le volcan doit se recharger deux ou trois ans avant de pouvoir recracher de nouveau. Un vieux volcan quoi !

C'est sur cette île qu'on a trouvé le monde, l'hébergement n'y est donc pas bon marché l'été, réserver longtemps à l'avance est conseillé. A l'expérience, s'y rendre en début de séjour, pour éviter d'enchaîner deux bateaux, mais surtout parce que dans les îles, les transports dépendent de la météo et que l'on peut y rester coincés. C'est ce qui nous serait arrivé si l'on n'avait pas eu la chance de profiter d'un bateau privé pour quitter l'archipel.

De retour à Paris, je cherche à faire durer le plaisir chez le traiteur italien malgré ses prix extravagants. C'est mon jour de chance, mon préféré me sert, avec ce sourire de blond aux yeux azurs, la douceur de son français encore plein d'Italie et ce tatouage qui remonte à la base de son cou. Il part se marier au pays, en Sicile. Vaffanculo stronzo !

 

Tre Ragazzi, Mappatella beach, Naples 2000 - Photo Johnnie Shand Kydd

Tre Ragazzi, Mappatella beach, Naples 2000 - Photo Johnnie Shand Kydd

Les niçois ne sont pas envieux, pas jaloux, mais ils veulent plus de droits que de devoirs, leur incivisme est parfois pénible.

Lu dans le M le magazine du Monde, dans un article sur Nice après l'attentat du 14 juillet 2016. Les niçois seulement ?

Hector Medina dans le film Viva

Hector Medina dans le film Viva

VIVA de Paddy Breathnach

Gino Paoli - Sapore di Sale (1963)

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié le 1 Juillet 2016

Guillaume Gouix dans "Jimmy Riviere" de Teddy Lussi-Modeste (2010)

Guillaume Gouix dans "Jimmy Riviere" de Teddy Lussi-Modeste (2010)

Musique: Le changement c'est maintenant - François Hollande (clip officiel)

Il aimerait bien avant de crever, voir tous ces chacals rendre l'argent qu'ils ont volé au peuple. Mélenchon au pouvoir. Par la révolution. Il voudrait voir la banlieue en flammes, mais pas pour qu'on y hisse un drapeau vert et blanc, il voudrait voir des drapeaux noirs. Que sa rage serve à quelque chose – s'il y avait des barricades, demain, une guerre civile contre les profiteurs, il serait perçu comme un héros. Il se fait vieux, sa force s'amenuise. Mais il a de beaux restes. Il aurait tellement voulu voir le sang couler. Des banquiers, des PDG, des rentiers, des politiques…
Merde, des mecs comme lui, en temps de guerre : des héros. C'est pour ça que ça lui casse les couilles qu'on le fasse autant chier avec sa violence. Il est sûr que s'il y avait une bonne émeute, jamais il ne mettrait de claque à sa femme. Cécile aurait fait une femme de guerrier formidable. C'est une dure, une femme qui a la tête sur les épaules.

"Vernon Subutex" de Virginie Despentes (janvier 2015)

Chez Sylvie, j'ai échangé quelques mots en tête à tête avec son vieux pote Mathis qui rentre très enthousiaste d'un voyage à San Francisco où il est allé dans le cadre d'une formation de marketing digital dans son secteur d'activité. « Et toi, m'a-t-il demandé, quoi de neuf ?

- Toujours la même chose.

- Toujours le même boulot ?

- Toujours le même boulot de dingues.

- (Lui, en désignant du regard Gabriel à l'autre bout du living) Toujours le même mec ?

- Toujours le même mec, toujours le même appartement. Plus immobile que moi, c'est que tu es peut-être mort…

- Pourtant ça bouge en ce moment.

- Je sais : je suis tout ça avec attention. »

Et à force d'entendre ou de lire depuis trente ans toujours les mêmes constats sans que rien ne change, tu réalises un jour avec une certaine surprise que ton point de vue a changé, et qu'il te faut de plus en plus souvent assumer la figure du traître au sein de ta « famille » politique. « Allez donc voir l'exposition de photographies sur le Front Populaire à l’Hôtel de ville, ça vous fera du bien, m'a ainsi dit Mireille, ça vous remettra les idées en place ».

Fête du front populaire stade Buffalo Montrouge 14-6-1936 - Photo Gaston Paris

Fête du front populaire stade Buffalo Montrouge 14-6-1936 - Photo Gaston Paris

Ben alors mon vieux, ça va pas ?

Marre. J'en ai marre. Ras-le-bol de la contestation réclamant le retrait de la loi travail, de la tyrannie d'une minorité, des grèves prises d'otage. Plein le cul de la CGT et de FO qui bloque toute tentative de réforme, des manifs qui s'éternisent, de la violence et de la casse qui les accompagnent. Marre des jérémiades sur les violences policières alors que le droit et l'autorité de l’État sont bafoués, que la menace terroriste ne faiblit pas et qu'il faut gérer les risques de débordements de l'Euro 2016 !

Ça a l'air plus grave que ce que je croyais. Une « minorité »? Je te signale que le mouvement de contestation continue à être approuvée par une très grand majorité de nos concitoyens.

Dans le même temps la majorité des sondés reconnaît ne pas trop savoir de quoi il en retourne, ce qui atteste davantage d'une attitude de refus systématique de réformes, de l'aveuglement du plus grand nombre et de la défiance à l'égard de l'équipe gouvernementale actuelle (comme ironisait une journaliste, ce gouvernement pourrait proposer 8 semaines de congés payés, que la population s'y opposerait)…

On peut comprendre que les électeurs d'Hollande soient furax de se voir imposer une réforme de l'agenda de l'Union Européenne et saluée par le MEDEF ?

Certes. Cependant que la France structurellement en déficit, surendettée et partageant une monnaie avec d'autres pays européens doive prendre ses décisions sous la contrainte d'institutions européennes apparaît normal. Avec ces mesures concernant le marché du travail, on est tout de même très loin des purges qui continuent à être imposées à la Grèce après que Tsipras a renoncé à sortir son pays de la zone Euro. D'ailleurs, elles ne sont pas imposées par l'UE, elles visent seulement à résoudre un problème de cadre juridique a priori défavorable aux créations d'emplois en CDI (même si les économistes français réputés de gauche se déchirent à ce sujet).

Quoi qu'il en soit, que ces mesures soient également celles réclamées par les chefs d'entreprises constitue-t-il vraiment un problème ? Peux-tu me rappeler qui crée les emplois ?

Les entreprises, le secteur public...

En l'état des finances publiques, les créations d'emplois dans le secteur public ne sont guère à l'ordre du jour, au contraire. En fait, les PME et les TPE sont désormais à l'origine de la quasi totalité des créations nettes d'emplois. Pour agir en faveur de l'emploi, un gouvernement a-t-il d'autre choix que de répondre aux demandes de ceux qui créent les emplois, dans le sens d'un allègement des contraintes réglementaires (et financières) pesant sur la création d'emplois dans le secteur privé ? Malheureusement non. Rejeter cette idée constitue un déni de la réalité du monde dans lequel nous vivons.

« D'alléger» la réglementation ? Mais qu'est-ce que tu veux encore « alléger » ? Les employeurs font ce qu'ils veulent.

Au sein des spécialistes, y compris « à gauche », il y a désormais consensus sur l'illisibilité et l'inadaptation de notre droit du travail (code du travail et conventions collectives) à la donne économique actuelle. Tous les rapports d'experts préconisent une limitation du rôle de la loi et d'une nécessaire montée en puissance de la négociation collective notamment d'entreprises pour une meilleure adaptation des règles à des situations très diverses (le très décrié article 2 de la loi)...

L'article 2, en « inversant la hiérarchie des normes » institue « le dialogue du renard libre dans le poulailler libre » et le moins-disant social, on comprend que la CGT et les salariés la dénoncent.

Dans la situation de chômage de masse qui est la nôtre, le risque existe mais la loi prévoit des garde-fous. Ceci dit, les détracteurs oublient de dire qu'il y a belle lurette que des accords de branches puis d'entreprises dérogent déjà « au principe de faveur » et au respect de la « hiérarchie des normes ». Ensuite, surtout, c'est le mode de régulation adopté par nos voisins qui supportent un chômage bien moindre, notamment aux Pays-Bas ou en Suède.

Dans ces deux pays, les procédures de licenciement sont également plus rapides et moins coûteuses qu'en France. Près de 70% des décisions de première instance aux prudhommes français déjà complètement engorgés (15 mois en moyenne), sont suivies d'une procédure d'appel devant des juges professionnels et il peut s'écouler jusqu'à 30 mois entre la saisine du tribunal et la décision d'appel. Pour faire face à ce problème issu d'une incertitude juridique autour du motif de licenciement et d'une grande variabilité des indemnités, qu'il est permis de considérer comme défavorable à l'emploi en particulier en CDI, le gouvernement a défini des critères de « cause réelle et sérieuse de licenciement » et pour la seconde fois proposé un barème d'indemnités de licenciement économique plafonnées (abandonné depuis comme concession aux syndicats restés dans la négociation).

Ça te va bien toi d'énoncer ça froidement sans états d'âme, avec ton statut protégé de fonctionnaire.

Tu as raison, je ne suis pas pleinement à l'aise avec cette contradiction. Pour autant, être fonctionnaire n'empêche pas de réfléchir, ni d'entendre ce que disent ceux qui doivent, jour après jour, générer leur revenu et celui de leurs salariés avec l'incertitude du lendemain. Cette loi est imparfaite, mais elle a été amendée et le sera encore si le gouvernement n'utilise pas de nouveau le 49.3 ou s'il ne jette pas l'éponge. Mais « par le con de Vénus » (on regarde la série Rome en ce moment), l'idéologie et la rhétorique de ceux qui se réclament de « la vraie gauche » me font désormais autant d'effet que le prêche d'un curé dans une église. Leur autisme à l'égard du reste du monde, leur absence de pragmatisme et leur mauvaise foi les enferment dans une posture exclusivement défensive et violente (Que proposent-ils depuis trente ans à part de « prendre l'argent où il est » ? C'est quoi leur utopie ? La Corée du Nord ?), au bénéfice exclusif de quelques corporations en position de force et au détriment du reste de la société.

(Essoufflement)

Eh ! T'es passé où ? …

Il s'est cassé le con…

De toute façon, nous aussi faut qu'on se tire ailleurs. En vacances. Histoire de méditer le livre de Jean-Pierre Martin : « Éloge de l'apostat, ou la réinvention de soi ».

Room 5 Feat. Oliver Cheatham - Make Luv (Extended Mix)

Gus Van Sant "cut-ups Eli" (2010)

Gus Van Sant "cut-ups Eli" (2010)

Igor Kolomiyets - Photo Tony Duran

Igor Kolomiyets - Photo Tony Duran

- Ta brésilienne, elle t'a quitté ?
- Elle était moins libre que je ne l'avais cru. C'est mon genre. Les meufs casées. Avec un mec blindé de thunes. Elle n'a pas eu besoin d'un temps de réflexion super long pour savoir de quel côté son cœur penchait…
- Tu souffres encore ?
- Oui.
- C'était pas un travelo, au moins ?
- Non, une trans. Super belle. Super classe.
- Tu plaisantes ?
- Non. Tu me demandes, je te réponds…
- Oui mais moi je demandais ça pour faire de l'humour, tu me dis brésilienne je te demande si c'est un travelo, mais c'était une vanne, pas une question qui appelait une réponse sincère.
- Je t'ai mal compris. Sa queue était plus grosse que la mienne. Moi aussi ça m'a surpris au début, que ça ne me gêne pas. Tu vas pas me croire, mais la conclusion à laquelle je suis arrivé, et j’étais le premier étonné mais j'ai dû me rendre à l'évidence : on s'en fout de la chatte. On s'en fout. C'est pas la chatte qui fait la meuf.
- Sauf pour faire des enfants.
- Je te parle d'amour, là, je discute pas école maternelle.

"Vernon Subutex" de Virginie Despentes

Michel Houellebecq "Derniers temps" - Présence humaine (2000)

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié le 2 Juin 2016

Matthias Freihof & Dirk Kummer  dans "Coming Out“ de Heiner Carow 1989

Matthias Freihof & Dirk Kummer dans "Coming Out“ de Heiner Carow 1989

Dès son arrivée au lycée de Berlin-Est où il va enseigner la littérature, Philipp se lie d'amitié avec sa nouvelle collègue, Tanja. Tous deux entament bientôt une liaison. Mais si Tanja envisage de faire sa vie avec Philipp, celui-ci reste en proie au doute. Lorsqu'il tombe sur un ancien camarade de classe ouvertement gay, et qu'il croise la route du jeune Mathias, l'homosexualité qu'il avait tenté de refouler ressurgit. Philipp se trouve déchiré entre son désir de normalité et son besoin de sortir du mensonge...

"Coming out" de Heiner Carow (1989)

"Coming out" en Allemagne de l'Est

 

J'ai dû lire ces lignes (je lis tout dans Télérama, ce qui amuse toujours Gabriel) mais ce synopsis d'un film portant le titre de « Coming out » n'avait pas retenu mon attention. Le comble est que, neuf ans auparavant, j'avais insisté auprès de Gabriel pour qu'on regarde intégralement la Théma Sexe & RDA sur Arte. Dans le documentaire « L'amour autrement en Allemagne de l'Est », on y découvrait pourquoi en Allemagne de l'Est, l'on baisait plus tôt, davantage et mieux qu'à l'ouest. Bien qu'il y fût répété que l'Est ne connaissait pas la pudibonderie, pas un mot n'y était prononcé sur le désir homosexuel, car si la sexualité n'était plus assujettie à l'institution du mariage, elle était encadrée par le parti, et la norme était bien sûr l'hétérosexualité.

Comme partout ailleurs alors, l'homosexualité se vivait honteuse dans la clandestinité tant y était prégnante l'homophobie et la répression des homosexuels.

A l'instar d'Ernst, le jeune professeur de français dans un collège de jeunes filles à Zurich en 1958 dans le film Le Cercle, qui pouvait dire adieu à son diplôme et à son poste si son homosexualité arrivait aux oreilles de sa direction, à la fin des années 1980, Philipp lui aussi sur son premier poste de professeur de littérature risquait de perdre son travail si cela se savait (à croire que l'enseignement était déjà un boulot essentiellement occupé par des femmes et des pédés).

Pourtant, en Allemagne de l'Est, d'après l'article de Wikipédia qui lui est consacré, le paragraphe 175 criminalisant l'homosexualité masculine en 1871 dans l'Empire Allemand naissant, avait été abrogé en 1968, tandis qu'il faudrait attendre 1994 pour que l'Allemagne réunifiée le supprime dans sa version amendée et plus répressive de 1935.

Vyacheslav Mescherin Orchestra - Siberien Melody 1989

"Coming Out“ de Heiner Carow 1989

"Coming Out“ de Heiner Carow 1989

Le seul fait que l'histoire de Philipp, Tanja et Mathias se passât à Berlin-Est avant la chute du Mur aurait dû pourtant me faire enregistrer ce «Coming out », au moins pour le témoignage d'un monde sur le point de s'effondrer et pour la consolidation du récit autobiographique d'un été 1987 où j'avais pris le métro à l'ouest pour arriver à la station Friedrichstrasse dans Berlin Est.

Aussi, lorsque Darek nous a dit leur plaisir de l'avoir vu, j'ai loué ma chaîne télé préférée de le diffuser en streaming jusqu'au 24 août 2016

INA Berlin Est 19/20 08 juin 1987

L'homophobie en France

 

C'est à peu près au même moment qu'une demoiselle du Huffington Post m'a proposé une tribune vidéo sur l'homophobie à l'occasion de la publication du rapport de SOS homophobie 2015 « qui montre que la haine et le rejet des homosexuels persistent en France ». Géniale, la presse sur le web ! Je réfléchis tout seul, je me filme et livre la vidéo et si ça leur plaît, ils publient. Mais là ne se trouvait pas la principale raison d'avoir décliné sa proposition qui était simplement mon vœu d'anonymat.

A la réflexion, si quelques témoignages juxtaposés permettent parfois d'incarner un propos plus général, ils ne sont que d'une faible valeur informationnelle. Pour fournir une information de meilleure qualité sur l'évolution de l'homophobie en France, j'attendrais plutôt de journalistes qu'ils parviennent à récupérer les statistiques de police qui enregistrent les crimes et délits commis avec la circonstance aggravante d'homophobie ainsi que des plaintes pour propos homophobes punis par la loi. Selon SOS homophobie qui produit le rapport sur l'homophobie, ces informations auxquelles l'association n'a pas accès, manquent pour mesurer et analyser pleinement le phénomène et son évolution.

Homophobie, «coming out » et amour au temps du SIDA

Alors, est-ce que je ressens personnellement « cette haine et ce rejet » ? M'a demandé la demoiselle du Huffington Post. Est-ce que je sens « une légitimation de la parole homophobe, comme le condamne Gilles Dehais » ?

Le lexique utilisé (« sentir », « ressentir ») signale la subjectivité du témoignage demandé et par là une nouvelle raison de lui accorder un intérêt très limité. Alors, est-ce que je ressens personnellement « cette haine et ce rejet » ? Non, moins que jamais, sachant que j'ai passé depuis bien longtemps l'âge des cours de récré, que face à mes classes, je ne sors pas du placard, qu'il n'y a jamais de geste d'affection entre Gabriel et moi hors de l'espace privé, et qu'enfin on vit dans un milieu bien protégé de cette haine.

Cette relative réserve est probablement propre à notre génération. De nouvelles arrivent, moins discrètes et se faisant plus exposées à la haine ordinaire. À cet égard, j'ai hâte d'aller voir le spectacle de Vincent Dedienne dont j'ai lu du bien et qu'au détour d'une entrevue j'ai découvert craquant, fils adoptif et gay jusqu'à nouvel ordre.

Après, est-ce que je sens « une légitimation de la parole homophobe, comme le condamne Gilles Dehais » ? Pas vraiment puisque du point du vue juridique, les homosexuels n'ont jamais été aussi bien protégés. A des années lumières de chez nos voisins arabes en Tunisie ou plus récemment au Maroc, où du fait d'un droit homophobe, des homosexuels sauvagement agressés peuvent se retrouver au box des accusés.

Le vote du « mariage pour tous » a certes déclenché une augmentation des actes homophobes, de même « enculé », « pédé » et consorts tiennent sans doute pour toujours le haut du pavé de l'insulte faite à une personne de sexe masculin, mais qu'y faire ma bonne dame à part un loi inapplicable ? En revanche, que le Conseil de prud'hommes de Paris sur une affaire de licenciement abusif ait jugé que traiter un coiffeur de "PD" n'était pas homophobe, m'interroge. Jugez plutôt ! Au cours de son absence d'une journée qui lui a valu son licenciement, le coiffeur avait reçu par erreur un SMS de sa patronne qui disait: "Je ne garde pas [le coiffeur en question]. Je ne le sens pas ce mec. C’est un PD, ils font tous des coups de p...". (sic)

Homophobie, «coming out » et amour au temps du SIDA

"Théo et Hugo dans le même bateau"

 

Le principal souci de Théo et Hugo dans le dernier film de Ducastel et Martineau n'est pas l'homophobie. Le spectateur de la bande-annonce devinera sans peine l'argument du film. Pour être franc, la première fois que je l'ai vue, j'ai cru avoir affaire à un clip de prévention. En bref, 20 minutes « muy caliente » dans une backroom noyée dans des teintes rouge et bleue et une musique à tordre du cul, où Théo et Hugo finissent par s'accoupler comme des bêtes. Puis la gueule de bois en sortant lorsque Hugo, séropositif en traitement, réalise que Théo n'a pas utilisé de préservatif. La nuit continue donc à l'hôpital Saint Louis pour un traitement post exposition d'urgence. Comme ils n'ont pas sommeil, nullement envie de se quitter et faim, ils cherchent en Vélib un kebab du côté de Stalingrad...

Homophobie, «coming out » et amour au temps du SIDA

« À la toute fin du film, souligne comme toujours avec finesse Xavier de la Porte dans sa chronique « Dans un numéro de téléphone, il peut y avoir des histoires de vie », le même Théo s'aperçoit en descendant son escalier, qu'il a laissé son téléphone chez lui et Hugo lui dit en substance : « Non, laisse ton téléphone, je te prêterai le mien. Si tu vas le rechercher, si tu te retournes, je partirai, je disparaîtrai à jamais. » C'est le mythe d'Orphée et Eurydice qui est rejoué ici, mais avec un téléphone. »

« Théo et Hugo dans le même bateau » est sans doute le film le moins dépaysant qu'on ait vu depuis longtemps, tellement on connaît par cœur ce 10e et 19e arrondissement où les garçons continuent la nuit à la sortie du "sex club" (on a même fait le compte des problèmes de raccords d'image par rapport à l'itinéraire qu'ils sont censés faire), pour autant cette histoire de sexe et d'amour homosexuel au temps du SIDA mérite un déplacement en salle.

Homophobie, «coming out » et amour au temps du SIDA

P.S. « On est un con », martelait le curé qui nous préparait au bacho de français. Depuis que j'ai lu son «Envoyée spéciale », Jean Echenoz a vaincu mes scrupules à en abuser :

Gang, d'abord, s'est jeté sur elle, ce qui nous a déjà pris un bon moment. Puis, une fois qu'on a repris son souffle, il a a proposé d'aller faire un tour en boîte. Comme ce tour, on l'a fait, Constance a observé que dans les quartiers chics de Pyongyang les boîtes étaient en tout point semblables aux autres boîtes de la planète. […]
On a baisé puis on s'est assoupis, endormis, Gang Un-Ok a ronfloté vite et Constance peu après. […]
Hyacinthe est en train de patienter dans son taxi à une station vers Botzaris quand il reçoit l'appel : Vous seriez libre à déjeuner ? Je connais un chinois pas trop mal, pas trop loin d'où vous êtes. Ça tombe bien, dit Hyacinte, je n'ai pas grand-chose à faire. Le client se fit rare, c'est calme avec la crise.
On se retrouve donc devant le Mandarin pensif, on rentre, on est guidés vers la table habituelle de Tausk, près de l'aquarium dont Hyacinthe considère les occupants.  […]

«Envoyée spéciale » de Jean Echenoz

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Rédigé par Thomas Querqy