Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Vendredi 23 février 2007

 Photo : Jack Pierson

 

Valentin                    :           - papa, faut que je te dise quelque chose !

 

Pierre-Emmanuel   :           - oui, quoi ?

 

Valentin                    :           - papa, je crois que je suis homosexuel.

 

Pierre-Emmanuel   :           - ... ???

 

Valentin                     :           - Mais nonnnn, je rigole.

 

(Valentin, bientôt 10 ans, neveu de Gabriel)

 

Formes brèves

 

·               Contraintes oulipiennes

 

Hervé Le Tellier, oulipien, joue depuis cinq ans à un drôle de jeu sur le site du Monde : écrire en deux lignes un commentaire sur l'actualité . « J’explore la mécanique du dérisoire. Cela me force à réfléchir : que pensé-je ? C’est un luxe, non, de se triturer la tête deux heures pour écrire deux fois rien ? »

 

 

 

·               Haïkus

 

Trois vers de 17 syllabes (5, 7 et 5 pieds) dans sa version occidentale, le haïku est paraît-il à la mode. Son objet : la capture d’un instant.

 

A Istanbul, cet hiver 2003, pour pallier ma frustration photographique, je propose à Gabriel, qui sait si bien écrire quand il en prend le temps, de nous amuser à élaborer ensemble quelques haïkus. On s’est rapidement affranchi du 5-7-5, mais l’esprit y était.

 

Consuls de France à Beyoglu

 

Dans ce café où claquent dominos et jetons de jacquet, Bouvard et Pécuchet se piquent d’écriture.

 

 

Naz Wooden house Inn

 

Dans cette chambre byzantine tout est d’origine, sauf le train qui vrombit soir et matin.

 

 

La complainte du millionnaire

 

Avec quelques euros, j’ai gagné des millions ;

 

Mais seulement deux cafés et j’ai claqué l’pognon.

 

Fast food à Beyoglu

 

Tout est si lent et si petit au Sofyali.

 

 

Beylerbeyi Sarayi

 

A l’ombre des grondements du pont de Bogaziçi, le palais et sa garde sont assoupis.

 

« Vanitas vanitatis » (Eyup)

 

Sous les stèles enturbannées, alignées comme des soldats ivres à la parade,

 

Gisent les serviteurs de l’empire ottoman.

 

Cimetière de Karaca Ahmet (üsküdar)

 

En taxi, à tombereaux ouverts, en route vers le cimetière ;

 

Ouf ! Miraculés. Mais que sommes nous venus y faire ? 

 

Où vous cachez vous vieilles stèles poétiques ? Disparu le soleil couchant.

 

Dolmabaçe Sarayi

 

Cent vingt mètre carré : un rêve à Paris, ici un tapis.

 

 

Des vaches couvrent les peintures du vestibule : «nous accédons au Harem ».

 

 

Ferveur de « ramazan » à Suleymanyie camii

 

En pleine lumière, la ferveur des hommes,

 

Dans l’ombre, des fantômes noirs.

 

 

 

 

 

·               Incidents

 

Au Maroc naguère... (1969-1970)

 

Un garçon fin, presque doux, aux mains déjà un peu épaisses, a soudain, rapide comme un déclic, le geste qui dit le petit mec : faire sauter la cendre de cigarette d’un revers de l’ongle.

 

Abder – veut une serviette propre que, par crainte religieuse de la souillure, il faut poser là, à part, pour se purifier plus tard de l’amour.

 

Mustafa est amoureux de sa casquette : « Ma casquette, je l’aime. » Il ne veut pas la quitter pour faire l’amour.

 

Visite d’un garçon inconnu, envoyé par son copain : « Qu’est-ce que tu veux ? Pourquoi viens-tu ? – C’est la nature ! (Autre, une autre fois : « C’est la tendresse ! »)

 

Driss A. ne sait pas que le foutre s’appelle du foutre ; il l’appelle de la merde : « Attention, la merde va sortir » : rien de plus traumatisant.

 

Un autre Slaoui (Mohammed Gymnastique) dit sèchement et exactement : éjaculer : « Attention, je vais éjaculer. »

 

« Je sens que je vais être amoureux de toi. C’est ennuyeux. Comment faire ?

 

- Donne moi ton adresse. »

 

J’aime le vocabulaire d’Amidou : rêver et éclater pour bander et jouir. Eclater est végétal, éclaboussant, dispersant, disséminant ; jouir est moral, narcissique, replet, fermé.

 

Ramadan : la lune apparaîtra bientôt. Il faut attendre encore une demi-heure pour faire l’amour : « je commence à rêver. – ça, c’est permis ? – Je ne sais pas. »

 

Deux adolescents nus ont traversé lentement l’oued, leurs vêtements en paquet sur la tête.

 

Textes posthumes Roland Barthes[1] - Œuvres complètes - Seuil

 

 

 

 

 

Médecines très douces (IV)

 

Moi au rapport : « Côté consommation, statu quo, 7-8 cigarettes par jour, donc 2 ou 3 en moins, c’est toujours ça de pris. Par ailleurs, sauf le jour de la séance, mercredi, je ne suis pas parvenu à repousser la première clope de la journée (mais je ne me suis pas fait violence). Par contre, je me sens bien, plus calme et je peux rester parfois sans cigarette plus longtemps : hier par exemple, j’ai poireauté deux heures chez un ophtalmo, en sortant je ne me suis pas précipité sur une clope, je suis rentré tranquillement à la maison et j’ai fini par m’en fumer une. » Il trouve que c’est une très bonne nouvelle et que c’est ce nouvel état qui me facilitera progressivement l’arrêt du tabac. 

 

Informé de mon souci de vue (finalement juste besoin d’aménager de manière ergonomique mon poste de travail sur ordinateur et de séances d’orthoptie), il me dit que cela a à voir avec le foie :

 

« On sort de l’hiver, le foie a hiberné et il se met à rejeter les toxines accumulées et cela peut avoir un effet sur les yeux. »

 

Alors que je lui dis que j’appréhende toujours les aiguilles qu’il me plante sur le buste davantage que sur les autres membres, il me dit :

 

« C’est normal, on a dû en prendre des coups là !  C’est la mémoire de tous les coups reçus à cet endroit au cours de chacune de nos réincarnations. Un genre de mémoire archaïque. »

 

Il me regarde longuement l’oreille droite, puis la langue et me dit :

 

-         C’est bien, vous êtes en bonne santé... Vous êtes bouillonnant, votre coeur est très sollicité (quelque chose approchant)... vous êtes plein de vitalité et comme vous ne la consommer pas tout,  vous faites en quelque sorte de l’auto combustion

 

-         c’est vrai que je suis dans l’ensemble cool, j’ai plutôt une vie cool.

 

Le voile sur les yeux, trois coups de gong (...)

 

Après m’avoir enlevé les aiguilles, lorsque je me suis relevé, il m’a dévisagé et dit :

 

-         C’est bien, vous vous êtes bien relaxé.

 

-         C’est vrai.

 

-         C’est important de le faire au moins une fois dans la journée.

 

-         Oh, je le fais, quand je n’ai pas de cours, je fais une courte sieste sur le canapé. J’en ai besoin et ça me permet de repartir à fond les manettes.

 

-         Tout le monde devrait le faire.

 

-         Je ne comprends pas que les capitalistes ne l’imposent pas à leurs employés, ils en retireraient des gains de productivité certains. Enfin, si, je sais que c’est pratiqué dans quelques boites High Tech de Californie.

 

-         C’est institué aussi dans certaines firmes en Inde

 

-         à Bangalore ?

 

-          oui dans leur Silicon Valley.

 

Tisane au ginseng et au réglisse (je ne sais plus quelles propriétés l’intéressaient pour moi, le foie sans doute mais aussi la rate dont il m’a parlé). Aux deux qui sont restées en place (dont une qui travaille sur le diaphragme), il rajoute dans les oreilles trois ( ?) aiguilles. « Plaquées or », me signale-t-il.  L’aspect « gros points noirs dans l’oreille » laisse la place à une constellation « bijoux » qui ravit ma coquetterie.

 

Pour éviter de trop consommer du chèque, je paye d’avance la séance de vendredi : 140 euros et note sur son carnet de RV, qu’il y a davantage de femmes. Il me le confirme en précisant qu’il en va de même dans ses cours (Qi Gong...). Mais que les hommes qui viennent sont très (plus) fidèles. S’ensuit une explication par la différence de nature entre l’homme et la femme : la flèche, le jet de sperme, l’initiation –donner à l’enfant une direction - par opposition au cercle, l’ovule, les relations et occupations multiples, le soin apporté à l’enfant et à la maisonnée.

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Lundi 19 février 2007

 

 

 

Agua

Ascèse aquatique

« Temps, rythme, temps, arriver, toucher, virage », se répète à l’infini Chino en faisant ses longueurs de piscine. Son rêve à lui, ce qui le fait tenir, c’est l’espoir d’intégrer l’équipe nationale et devenir ainsi nageur professionnel.

La natation de compétition fait partie de ces sports individuels où la performance se mesure en secondes, voire en dixièmes de seconde. Une seconde de plus ou de moins précipite le nageur dans une dépression profonde ou dans une joie intense. Pour cette seconde de moins, celle qui le fera monter sur le podium, celle qui le fera accéder à son rêve, Chino se rase et se fait épiler par sa copine à s’en abîmer la peau, pour ce record à dépasser d’une minuscule unité de temps, Chino passe ses journées à fatiguer son corps dans un bassin, à répéter inlassablement les mêmes gestes, les mêmes mots « Temps, rythme, temps, arriver, toucher, virage ».

Gabriel qui pratique la natation, confirme que la réalisatrice chilienne Veronica Chan, elle-même ancienne nageuse, traduit de manière admirable cette ascèse aquatique, par l’image mais aussi par un travail sur le son.

Au-delà, son film m’est apparu aussi comme celui d’une femme sensible à la beauté d’hommes (beaucoup de plans « à fleur de peau »), inaptes à partager leurs sentiments et fragilisés par les challenges dérisoires qu’ils s’imposent (gagner la course et cette coupe hideuse), prisonniers qu’ils sont de ces valeurs très masculines que sont la compétition et la performance. Enfin , il me semble également qu’elle a glissé dans son film l’idée que pour devenir un homme, prendre confiance en soi, un garçon a besoin de la confiance d’un aîné qui lui passe le flambeau, ce que fait, d’une certaine manière, Goyo, l’ancien champion de natation.

http://www.tadrart.com/tessalit/agua/index.html

Ascèse pianistique

Mains séparés, main gauche dynamique, main droite légère, ne pas trop s’enfoncer dans les touches noires, assembler, penser à la « verticalité » (la main gauche ne doit pas, fut-ce de manière presque imperceptible, courir après la droite, elle l’accompagne), maintenir la différence de manière sur les deux mains, reprendre plus lentement, augmenter le tempo, etc.

Chaque jour ou presque. Inlassablement. Pour quel résultat ? Très modeste, (la faute à un apprentissage sur le tard – débutant à 30 ans), mais ça m’est égal, quel plaisir !

Comme pour me rasséréner, Natacha me raconte les complaintes de son élève neurologue à la retraite : « Vous ne vous rendez pas compte Natacha, ce que vous êtes en train de demander à mon cerveau, est pour lui très difficile... »

 

 

 

 

Questions de GENRES

Il y a dans les médias des sujets récurrents, ces « marronniers » de presse, sujets que l’on retrouve régulièrement, dans lequel on n’apprend pas grand chose de vraiment nouveau, mais qui passionnent et qui font vendre.

« La différence homme-femme » en fait partie, une variation plus politique et moins fréquente, « les inégalités entre les sexes » ou « la domination masculine », est un autre,

La différence homme-femme d’abord. Elle faisait la couverture du Télérama du 7 février 2007 sous la forme d’une question désormais classique : « Le cerveau a-t-il un sexe ? ». L’hebdo « culture » rappelle ce que les scientifiques ont démontré depuis déjà un certain temps : « Toutes les différences de comportement entre les hommes et les femmes sont essentiellement dues à la société, à la culture et à l’éducation, pas aux hormones, ni aux gènes. » Il souligne également tout ce que ces recherches visant à valider des différences comportementales par l’explication génétique ont de conservatrices, en ce qu’elles supposent des déterminismes qui valident des comportements et un ordre social considérés comme « naturels » qu’il est vain d’essayer de changer. A cet égard, il convient de noter, par ailleurs, qu’une partie des homosexuels, notamment dans les pays anglo-saxons, attend toujours avec impatience la découverte « d’un gêne de l'homosexualité» qui soulagerait leur culpabilité issue de leurs croyances religieuses, et surtout, apporterait une preuve irréfutable que l’homosexualité n’est pas un « choix »[1] mais « naturelle », et que, pour cette raison, l’oppression que subit l’homosexuel en société est moralement injustifiée.

En définitive, on est en droit de se demander pourquoi le plus grand nombre continue à se ruer sur ces magazines qui font leur manchette sur ce sujet, et sur ces best-sellers qui expliquent nos comportements par une biologie de bazar tels que Pourquoi les hommes n’écoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire les cartes routières ? Ou Les hommes viennent de mars, les femmes viennent de Vénus:

Tout simplement parce qu’ils nous confortent de manière plus ou moins divertissante dans nos clichés de différenciation sexuelle, laquelle demeure un trait essentiel de nos sociétés. Selon Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l’institut Pasteur, « Nous baignons dans une culture où les rôles des uns et des autres restent bien différents, marqués. Il y a les métiers d’hommes et de femmes. Inconsciemment, c’est intégré par chacun. Il faut faire un effort intellectuel pour penser autrement. »

Ce qui nous conduit au deuxième sujet « la domination masculine ». « Homme – femme, histoire d’une domination » titrait la même semaine le Monde 2 du 3 février 2007.

La parole est donnée à l’anthropologue Françoise Héritier qui n’a cessé durant trente ans de déconstruire les idées reçues sur le masculin et le féminin. La grande question qui a guidé ses recherches à ce sujet est la suivante : « Pourquoi l’humanité a-t-elle développé pendant des millénaires des systèmes de pensée valorisant le masculin, alors que l’infériorité féminine n’est pas biologiquement fondée ? » En effet, d’après elle, la seule différence de nature entre hommes et femmes est « l’enfantement, cette asymétrie biologique qui fait que ce sont les femmes qui mettent au monde les bébés ! Pour le reste, les hommes et les femmes ont les mêmes capacités cérébrales, physiques, mentales, intellectuelles ou morales. »

La dévalorisation du féminin dans l’ensemble des sociétés serait due « au fait que les hommes soient obligés de passer par le corps des femmes pour avoir des fils. [...] Compte tenu du temps qu’il faut pour fabriquer un être humain – neuf mois de grossesse, une longue période d’allaitement et des soins constants jusqu’à l’âge autonome pour survivre aux maladies et aux accidents -, les hommes se sont appropriés les femmes car elles constituaient un bien absolument essentiel à la survie du groupe. »  

 

Dans nos sociétés modernes, les traces de la domination masculine sont également très vivaces même si l’éducation, l’accès au travail rémunéré et, par-dessus tout, la contraception féminine ont été les leviers de la libération des femmes. Selon l’anthropologue, « la domination masculine reste intacte, ou presque, dans deux bastions : la prostitution, qui consiste à assigner des femmes à la satisfaction des besoins sexuels des hommes présentés comme incontrôlables, et la vie domestique, où les femmes assument encore, malgré leur participation au monde du travail, plus de 80 % des tâches. »

 

 

 

 

Alors, homme, femmes, tous pareils ? Se demande Nicolas Delesalle de Télérama. Non tous différents, mais la variabilité individuelle l’emporte sur la variabilité entre les sexes.

 

Ce qui explique que le sexe - mais aussi l’orientation sexuelle - ne constitue pas en soit un indice d’affinité suffisant, autrement dit, que l’on puisse avoir des atomes crochus avec certains hommes qu’ils soient hétéros ou homos, et un certain type de femmes, lesbiennes ou non.

 PS1 : La même semaine, une collègue m’a envoyé ce clip : http://www.dailymotion.com/visited/search/cerveau%2Bdes%2Bfemmes/video/xq4nn_le-cerveau-des-femmes, avec ce mot d’accompagnement « Edifiant mais est ce un hoax… je compte sur vous … »

 

 

Mon sang n’a fait qu’un tour et je lui ai aussitôt répondu :

 

Peut importe non que ce soit un canular ? C'est une grosse connerie, même pas drôle, qui confortera les hystériques du péril musulman [...] signé Queer Thomas

 

 

 

PS2 : Visite mardi du musée du Quai de Branly avec Colette. Avons fait un tour rapide à la fin de la visite à l’exposition temporaire « Qu’est-ce qu’un corps ». J’ai relevé qu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les théories de la procréation selon lesquelles l’embryon est formé par le mélange de la substance sexuelle du père (le sperme) et de la mère (le sang), aboutissent à l’idée que le corps est un composé masculin et féminin. L’être humain serait donc fondamentalement androgyne. Pour devenir homme, l’enfant devra se débarrasser de sa partie féminine et développer sa partie masculine. Pour y parvenir, il passera par une succession de rituels d'initiation.

 

Par exemple, chez les Baruyas, étudiés par Maurice Godelier, pour devenir homme et en quelque sorte renaître hors du ventre de leur mère, l’enfant est placé dés l’âge de 10 ans sous l’autorité d’un aîné avec qui il aura des rapports homosexuels et dont il devra boire le sperme jusqu’à ce que l’aîné ait des rapports sexuels avec sa future conjointe (vers l’âge de 20 ans). En effet, une fois entré dans un vagin, le sexe de l'homme ne peut plus entrer dans la bouche d'un garçon, car il n’est plus pur.

 

Fascinante anthropologie des peuples premiers !

 

 

 

Médecines très douces (II)

 

9 H du matin. J’informe L.P. que je pars en Pologne du 24/2 au 5/3 pour qu’il puisse intégrer mon absence dans son protocole. A son tour, il m’annonce qu’il sera absent mi mars.

 

-         où partez vous ?

 

-         en Inde, dans mon temple.

 

-         où ça en Inde ?

 

-         dans le Bihar

 

-         c’est où dans le nord ? Près de l’Himachal Pradesh, non du Kashmir ? Ou non, du Penjab ?

 

-         c’est aux 2/3 du chemin entre Dehli et Calcutta.

 

Il me fait me dévêtir, je n’ai le droit de conserver que mon slip. Je frissonne et il me transforme en hérisson. Côté face (20 minutes sous la couverture légère), deux coups de cloche au-dessus de la tête dont je sens très bien les ondes dans ma tête[2], et pour la même durée, la même chose côté pile. Même si l’approche est « holistique » (terme qu’il valide), il plante une aiguille dans mon crâne pour l’addiction nicotinique.

 

-         Vous avez beaucoup d’énergie sexuelle que vous perdez ( ?) dans la génitalité ( ?), vous devriez pratiquer l’art martial[3] pour éviter de la consommer ( ?) ainsi... (quelque chose dans le genre)

 

-         pour l’utiliser pour le reste du corps ?

 

-         C’est cela. Il est pratiqué dans les monastères sous les coups de 4H du matin quand l’énergie sexuelle est trop forte ( ?).

 

-         4H ? Ce n’est pas vraiment mon biorythme.

 

-         Rassurez vous, j’en fais faire à 19H30 et votre corps en garde la trace pour la nuit.

 

-         Pourquoi pas ? Je suis dans une démarche d’ouverture.

 

-         C’est bien.... C’est mieux. Vous me direz quand vous voudrez le pratiquer.

 

-         J’y penserai.

 

Trois nouvelles aiguilles dans l’oreille gauche à conserver. RV pour la semaine suivante. 70 euros.

 

 

 



[1] Cette manière de postuler que l’homosexualité résulte d’un « choix », très commune chez les homophobes, est insupportable en ce qu’elle feint d’ignorer « le vain combat » qu’ont eu à mener contre leurs désirs la plupart des homosexuels - pour reprendre les termes de Marguerite Yourcenar. A ce propos, j’ai vraiment été étonné d’entendre Eric Fassin, qui était interviewé dans le documentaire diffusé sur Arte « Je suis homo, et alors ? » (Ted Anspach), reprendre le terme américain de « choix », sans en contester la pertinence. A-t -il été victime d’une coupe au montage ?

 

[2] A ma demande, il me dira que les gongs furent les premiers instruments de médecine en Asie : le corps étant constitué de 70 % d’eau, leurs vibrations en poursuivant leur course dans l’eau du corps ont un effet favorable sur le bien-être.

[3] Natacha m’a dit que ce devait être du Bagua (Zhang). Il l’a recommandé à un père de 6 garçons, à son cours de Qi Gong auquel elle participe avec Sabine.

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Lundi 12 février 2007

 

L’ange Dima Shine

 

J’avais promis le matin à Goran et Fernando que je les appellerai pour les rejoindre au cirque Phénix sur la pelouse de Reuilly, si j’avais terminé une version satisfaisante du communiqué de presse que Goran m’avait demandé pour sa prochaine exposition.

 

Un peu fatigué d’avoir fréquenté durant plus d’une journée l’œuvre du sculpteur, ses anges militaires croisés en Colombie et leurs lointains parents du baroque triomphant de la Vice-royauté d’Espagne, j’ai quitté avec joie l’ordinateur par une belle journée d’hiver pour les retrouver à l’entrée du chapiteau où  se tenait la finale du Festival mondial du cirque de demain. Ils avaient déjà pris les places et la bonne surprise fut que Goran m’offrait la mienne. Je lui ai tendu avec assurance le texte dont j’avais accouché puisque j’avais « l’imprimatur » de mon cher et tendre à qui je l’avais lu au téléphone. Le maître était satisfait si ce n’était une citation sur son travail qu’il ne souhaitait pas que je réutilise. Fernando aimait également. Ouf ! Place au cirque !

 

 

On oublie toujours que le cirque n’est pas qu’un bonheur d’enfants. Trapézistes, acrobates, funambules, clowns, jongleurs... toutes les disciplines du cirque m’épatent, celles qui magnifient le corps masculin par-dessus tout. Ici, les artistes ont tous moins de 25 ans, un vrai régal ! Comme Goran qui m’a paru s’enfoncer dans son fauteuil, tout intimidé devant cette beauté slave, j’ai succombé à la beauté de l’ange Dima Shine.

 

Je n’ai pas assisté à la remise des prix : comment imaginer récompenser un numéro plutôt qu’un autre. Dans leur catégorie, je les ai tous trouvé excellents. Goran à qui je montrais le lendemain les photos de l’équilibriste glanées sur Internet, m’a dit avoir surpris chez ce dernier, durant la cérémonie, quelques gestes pleins de grâce, qui en faisant de lui un garçon plus ambiguë, nous le rendait définitivement exquis.

 

 

Festival mondial du cirque de demain 2006 en images :

 

http://burguscircus1.free.fr/diaporama/CIRQUE%20DEMAIN%202007/Cirque%20demain%202007%20Les%20laureats/

 

 

http://www.aucirque.com/actus.php?num=3016&genre=4

 

http://www.aucirque.com/actus.php?num=3017&genre=4

 

Médecines très douces

 

I'm crucified
Crucified like my savior
Saintlike behavior
A lifetime I prayed

 

"Crucified" Army of lovers

 

 

Natacha, ma prof de piano donne des cours particuliers de clavecin à une femme  médecin chinoise. La soixantaine, en paraissant 40, elle est arrivée en France après avoir résidé à Hong Kong où elle s’était réfugiée pour fuir la « Révolution culturelle ». Petite, elle a bénéficié d’une éducation traditionnelle de lettrés. Le principe : les maîtres gardent l’enfant confié un an, s’il présente de bonnes dispositions pour les enseignements, il est gardé, ce qui fut son cas, sinon il retourne chez ses parents. Outre, la méditation, les enseignements philosophico religieux, sont enseignés les arts martiaux, la calligraphie, la pratique des instruments, la médecine traditionnelle, etc.

 

En France, elle a obtenue son diplôme de médecine (allopathique) et a été interne en Bretagne. Simultanément, durant des années, elle a mené une véritable enquête pour connaître les médecines parallèles pratiquées dans les campagnes françaises (magnétiseur, rebouteux,..). Il lui fallut beaucoup de temps pour réussir à délier les langues à ce sujet (menace « d’exercice illégal de la médecine » et loi du silence dans ce milieu).

 

 

Un jour sa chinoise lui dit :

 

-         Natacha, tu vas arrêter de fumer, tu vas faire la surprise à Sabine.

 

-         Mais je ne veux pas arrêter de fumer.

 

-         Tu peux continuer à fumer toutes les cigarettes dont tu as très envie. Peut-être aussi qu’après  tu fumeras toute ta vie une ou deux cigarettes par jour.

 

 

Depuis Natacha, qui fumait un paquet par jour, a arrêté de cloper (ou presque, une à deux cigarettes par jour), sans traumatisme. Sa chinoise n’exerçant plus (grosse pointure identifiable sur Internet, elle ne fait plus que des formations), elle lui a donné les coordonnées d’un de ses premiers élèves en France.

 

Je les ai gardé précieusement, pour enfin, après m’y être longtemps préparé à l’avance, me décider à lui rendre visite

 

 

En haut du petit escalier en colimaçon, une photo d’un lama bouddhiste. Ça parle à l’intérieur, je frappe, un homme jeune rasé, bonne tête, vêtu « ethnique » sans exagération, éteint son portable et m’accueille dans une douceur très asiatique. Un parfum d’encens flotte dans la petite pièce Il me fait me déchausser, enlever ma montre.

 

 

-         vous vous rappelez pourquoi je viens vous voir ?

 

-         non, si vous pouviez me le rappeler

 

-         pour m’aider à arrêter de fumer. Oui je sais, ce n’est pas trop original en ce moment !

 

-         vous fumez beaucoup ?

 

-         10 par jour, mais je suis très accro, j’aime fumer, toutes mes cigarettes sont associées à de très bons moments.

 

-         .... vous êtes rempli d’énergie et à un moment donné il vous faut souffler, vous le faîtes avec la cigarette (quelque chose approchant)

 

 

Il me fait m’allonger et à peine m’a-t-il touché le poignet qu’il me dit :

 

 

-         vous êtes en bonne santé mais votre foie est faible, c’est bien que vous veniez maintenant, on va rentrer dans la saison des foies (quelque chose dans le genre)

 

-         vous êtes très fort, j’ai eu une hépatite A, j’ai tendance à trop boire et (en rigolant) j’oublie de manger des artichauts

 

-         oh vous savez, si votre organisme assimile mal les artichauts, vous pouvez manger tous les artichauts, ce sera sans effet, comme pour les vitamines

 

-         saison des foies, c'est-à-dire que le foie tombe plus facilement malade ?

 

-         C’est cela

 

 

Après m’avoir prévenu, il commença à poser des aiguilles en me disant de sa voix douce qu’on allait « réactiver les hormones » (quelque chose dans le genre).

 

 

-         Fascinantes ces techniques asiatiques, j’ai fait une formation de massage en Thaïlande et  il y était proposé une formation exclusivement sur le massage de pied à but thérapeutique (la réflexologie, je crois), j’ai rapporté une planche de pied sur lequel sont indiqués tous les points et l’organe avec lequel ils sont en lien... Vraiment fascinant !

 

-         Ce sont le résultat de milliers d’années d’expériences accumulées, c’est aussi la même chose avec l’herboristerie.

 

 

Il me posa un genre d’écharpe légère chauffée sur le visage. J’ai cru qu’il allait me piquer le visage à travers ce textile, mais non, il m’ajouta une couverture également très légère sur le reste du corps. « Agréable ! Comme dans un caisson d’isolation sensorielle » lui ai-je dit. Puis il fit tinter différentes cloches dont j’ai senti parfois charnellement les ondes, puis un peu de percussions de plus en plus discrètes. Fonction religieuse ? Fonction relaxante ? Fonction thérapeutique ?

 

Ma respiration était plutôt longue et régulière. Est-elle naturelle ou est-ce moi qui m’impose celle-ci Un peu gêné de me trouver dans cet état devant un étranger. Mais non, il a l’air de s’occuper, j’entends tourner des pages. « Est-il en train de me faire mon programme ? » Puis plus rien, silence presque absolu. Je désire une respiration régulière mais naturelle. « L’est-elle ». Je recherche davantage de décontraction. Mon corps pèse sur la table et je ressens une douleur à la jambe droite mais je ne bougerai pas. Est-ce en lien avec ma douleur au genou ? A deux ou  trois reprises, les battements de mon cœur se sont accélérés quelques instants. « Les  hormones qui se réveillent ? »

 

Au bout d’un certain temps, il m’annonce qu’il va m’enlever les aiguilles. Je lui parle de la douleur à la jambe.

 

 

-         Ce sont les toxines de l’estomac qui vous font mal, c’est très fréquent car l’estomac est un organe qui récupère tous les chocs de la vie non digérés

 

-         Ah oui, c’est vrai, on parle des tripes...

 

 

¾ d’heure s’étaient écoulés. 70 euros. Prévoir une dizaine de séances de remise sur pied. Voici qui s’appelle un investissement santé ! Rendez-vous est pris pour la fin de la semaine. Il me pose 3 aiguilles à l’oreille droite. Je me rechausse. Il me tend une tisane.

 

 

-         Si on me demande ce que vous me faites, je dis quoi ? A quelles  techniques avez-vous été formé ?

 

-         Aux deux médecines chinoises, la médecine Tao (il prononce DAO) et bouddhiste (il me tend sa carte)

 

-         Hummm, ce n’est pas mauvais pour une tisane. ça sent... la noix

 

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