Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Vendredi 7 mars 2008
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Le prince Mony et Cornaboeux avaient pris place dans l'Orient-Express; la trépidation du train ne manqua point de produire aussitôt son effet. Mony banda comme un Cosaque et jeta sur Cornaboeux des regards enflammés. Au-dehors, le paysage admirable de l'Est de la France déroulait ses magnificences nettes et calmes. Le salon était presque vide ; un vieillard podagre, richement vêtu, geignait en bavant sur Le Figaro qu'il essayait de lire.
 
Mony, qui était enveloppé dans un ample raglan, saisit la main de Cornaboeux et, la faisant passer par la fente qui se trouve à la poche de ce vêtement commode, l'amena à sa braguette. Le colossal valet de chambre comprit le souhait de son maître. Sa grosse main était velue, mais potelée et plus douce qu'on n'aurait supposé. Les doigts de Cornaboeux déboutonnèrent délicatement le pantalon du prince. 
Ils
saisirent la pine en délire qui justifiait en tous points le distique fameux d'Alphonse Allais :
 
   La trépidation excitante des trains
   Nous glisse des désirs dans la moelle des reins.
 
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Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire - De Chirico 1914


Pour les nostalgiques d’
une époque bientôt révolue, snober le TGV (de toute façon, il n’y a pas le choix), monter dans le train couchette Paris Austerlitz – Briançon. Rien n’a changé, depuis ce premier wagon-lit qui nous amena l’année de nos 16 ans, à Rome, mes petits camarades et moi, le prof de latin et l’aumônier, si ce n’est le prix du billet devenu complètement extravagant.
Ce soir-là, je rejoignais Paul, ses filles et Sarah dans une petite station de ski du Queyras. Sans mon pauvre Gabriel envoyé par son employeur à l'autre bout de la planète, en Corée.
 
J’appréhendais un peu la promiscuité du compartiment. Comment choisir entre des parents le plus souvent dépassés par leurs mômes tyranniques et geignards et une bande d’ados forcément en goguette ?
De toute façon, tu ne choisis pas : ce fut une mère de famille souriante et quatre jeunes garçons portant bonne bouille pour garde du corps. Bonne pioche !
 
Des passagers dans l’ensemble très BCBG, un rien en décalage avec la relative vétusté du train. Plus blonds que bruns. Bien élevés : Antonin ou Grégoire (rien que les prénoms, c’est tout un programme, on peut aussi entendre appeler Edouard dans le couloir), l’un des deux fils de la mère énergique a accepté, sans trop de difficulté d’abaisser le volume des Simpsons que les quatre regardent sur l’écran de son portable depuis leur couchette. Bien agréable les beaux quartiers chaperonnés !
 
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L'homme blessé (détail) -Courbet

J’ai déjà pris cette ligne de jour, du moins dans sa section Valence – Briançon. Un vrai petit « train-train » du Far West, (« ta ta taa, ta ta taa, ta ta taa » fait le train sur les rails) qui traverse lentement de très beaux paysages, notamment ceux du Diois et du Gapençais.
 
Je dors comme un loir, que ce soit dans mon lit, ou encore là, avec maman et ses quatre garçons. Une chance énorme. Bon, du discontinu mais le rendormissement fut immédiat. J’ai bien eu un peu froid (la faute à la seule nouveauté depuis mon adolescence : un sac à viande/ « couette » trop léger pour le combiné slip et tee-shirt de nuit que j’ai mis).
C’est ainsi reposé que j’ai entendu les premières annonces d’arrêts en gare au haut parleur et que j’ai trouvé au lever les cimes enneigées et ensoleillées.
Magique wagons-lits ! Tu t’endors le soir et le matin, hop, tu te retrouves au pied des montagnes. Rien que pour ça, j’espère bien qu’on ne supprimera jamais les trains couchettes.
 
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Les vacances (scolaires) près de chez soi, c’est l’expérience renouvelée de la différence en société : un homme sans femme et sans enfants... Et depuis peu peut-être, celle d’un manque, celui de ne pas avoir eu des enfants.

Dans notre hôtel, toute la vie sociale tourne autour des enfants et des couples qui en ont la charge. Comment vit cela Sarah ? Sans doute moins bien que moi, puisque je suis plus riche qu’elle d’un compagnon et que je n’ai pas à regretter la maternité, qui, comme elle me l’a dit elle-même, est l’expérience unique qui « fait la femme ».

Sur les pistes, j’observe parents et enfants, petits et grands et joue aux devinettes : quel âge à ce grand dadais ? Allez ! 20 ans ? J’imagine qu’il pourrait être mon fils. Je l’aurais eu à 25 ans. Vraisemblable. Et cette petite rigolote ? 10 ans ? Je l’aurais faite à 35 ans, ça marche encore...
 
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Cornélia mère des gracques - SPJ Cavelier (Musée d'Orsay)

Oui, l’envie d’enfants (rien de très aiguë, je vous rassure), m’est vraiment venu sur le tard. Je comprends mieux rétrospectivement la frustration exprimée, il y a déjà quelques années, par Goran et Fernando (qui nous ont devancé en âge), après s’être vus privés du jour au lendemain et sans explication, de la compagnie de Michaël, le fils sans père d'Amako, qu’ils avaient en quelque sorte adopté.
Parce qu’on a toujours besoin de comprendre, ils se sont demandés si la mère ne voulait pas tout simplement tenir à distance son fils qui grandissait de leur homosexualité.
 
Très tôt, j’ai intégré la stérilité de l’homosexuel. En effet, que disent encore les parents à qui un fils révèle son homosexualité ? « Le plus dur est de penser que tu ne nous donneras  pas de petits-enfants ». Je ne me rappelle plus si mes parents me l’ont dite, mais le fait que je sois issu d’une famille nombreuse a dû alléger la pression parentale de descendance.

Très tôt, j’ai positivé de ne pas avoir à passer une grande partie de mon temps à m’occuper de mes enfants : « j’en ferai autre chose... c’est une autre manière de vivre sa vie, élever un enfant exige tellement de temps, et puis le concevoir, je ne me sens pas capable ... »
A la réflexion, je me trouvais également bien trop déséquilibré, imparfait, inachevé, pour envisager un seul instant d’élever un enfant, de lui transmettre quoi que ce soit (Quand je pense que mes parents m’ont eu à l’âge de 22 ans !)
La vie était bien faite : pédé et pas un seul instant l’envie de passer du temps avec une progéniture !
 
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La mort d'Abel - Vincent Faugères des Forts (Musée d'Orsay)

Très jeune, Gabriel a failli être père. Il m’en avait parlé comme d’un regret même si à l’époque l’avortement était pour lui et sa copine la seule chose envisageable.

Au début de notre relation, il a été approché par Linda pour en faire un. Il semblait hésiter. Je pris très mal la chose. Un enfant, c’était mettre deux personnes étrangères entre nous : l’enfant et sa mère. Mon amour fusionnel rejetait l’idée même. « Et puis avec le temps que tu passes au boulot, toutes les contraintes seraient pour moi qui ne serais rien pour cet enfant ». Il se rallia finalement à mon point de vue. Linda se sépara de Françoise qui se maria et toutes deux finirent par disparaître de notre entourage.
 
Il n’y a pas si longtemps, Darek qui est plus âgé que nous et qui nous accompagnait un dimanche en vélo dans une sortie avec Valentin et un de ses copains, tous deux montés sur rollers, nous fit part de son regret d’enfant alors que nous nous étions abrités pour nous protéger d’une averse.
 
-         je regrette de ne pas avoir d’enfant.
-         un enfant pour quoi faire ? Lui avais-je dis ?
-         je ne sais pas, ... un jour avec Fernando, on va mourir dans un accident d’avion... avoir un enfant pour éviter que tout cela disparaisse, nos photos..., pour lui laisser tout ce que j’ai amassé (...)
 
Plus tard, alors qu’il venait de charrier l’un de gamins tandis que l’autre se faisait tirer accroché à son porte-bagages, je crois que je lui ai dit de nouveau :
 
-         un enfant pour quoi faire ? Quel vœu petit bourgeois ! Sans enfant, tu es disponible pour tous les enfants, pas seulement le tien, regarde combien ils sont heureux de cette virée avec nous !
 
Mais bien évidemment, il ne s’agissait pas de la même chose.
 
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Roger et son fils - Balthus

D’aucuns disent que je sais m’y prendre avec les enfants. Comme Darek d’ailleurs. Comme lui, je crois depuis peu que je suis prêt à transmettre. ... De là à le faire avec ses propres enfants ?


Mais alors, quelles sont les raisons de ce désir d’enfant chez un homme ? 
Question idiote ?
Avoir une descendance ? "Rien à foutre ! Après moi le déluge !" ... En fait, pas si sûr, que je me moque de ne rien laisser après ma mort.
Avoir des enfants pour donner du sens à sa vie, pour la remplir quand on attend plus grand chose de la sienne (car rien de plus envahissant que des enfants).
Avoir un enfant pour retrouver à travers lui l’espoir de quelque chose d’autre, de mieux, de meilleur.
Avoir un enfant pour pouvoir donner, transmettre, s’oublier.
Avoir un enfant pour se sentir exister à travers sa dépendance, pour ne plus être seul (« je suis tout pour lui »). 
Avoir un enfant pour partager avec lui sa fraîcheur, sa beauté, son ingénuité, son appétit, sa joie, son énergie, les changements dont il est capable et qui ont disparus de notre vie. Un enfant pour ré enchanter nos vies d'adultes.
 
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Mon frère Pascal nous a envoyé le lien d’un clip qu’il a déposé sur YouTube. Sa fille marche et vient régulièrement croquer la pomme qu’il tient dans sa main. Le père s’éclate, comme la gamine. Ce soir, il m’a parlé des progrès en communication de Pauline : elle comprend tout et commence à parler, montrer, mimer. Comment ne pas être tenté par  pareille expérience  ?
 
Lorsqu'Alain nous avait parlé de son projet de paternité avec Yasmina en couple avec Delphine, j’avais rapidement tu mes réserves devant la détermination de notre ami aussi décidé que sa copine à faire famille à trois, fut-ce avec l’aide d’une bonne vieille seringue. Après tout, cette manière de concevoir les enfants n'était-elle pas davantage conforme au récit que nous en avaient fait nos parents ("papa a pris sa petite graine qu'il a donné à maman etc.") ?

Il nous raconta un essai manqué (« son sperme ne lui avait pas paru terrible »), l’abstinence de trois semaines pour améliorer le volume et la qualité de la semence, le calendrier des cycles d’ovulation, sa branlette avec une revue porno gay et une première injection qui fut la bonne (vive les non pilulées !).
Depuis, Alain et son nouveau copain au long cours (appartement acheté ensemble) s’inquiète des difficultés d’apprentissage de lecture de Pierre qui respire par ailleurs le bonheur, Delphine a conçu par les mêmes « voies impénétrables », un petit frère pour Pierre grâce à l’intervention d’un copain commun, lui-même en couple homosexuel, et j’ai même lu en 2004 un roman touchant, souvent amusant, autour d’une aventure identique Reproduction non autorisée de Marc Vilrouge[1]

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Comme Paul et Sarah discutaient de la difficulté de trouver une moitié à partir d’un certain âge, je leur ai dit :
 
-         Si notre histoire avec Gabriel devait s’achever, je ne crois pas que je chercherais à trouver un autre Gabriel, à essayer de vivre une histoire qui tenterait d’y ressembler. Impossible ... Il me semble plutôt que j’essaierai de vivre quelque chose de complètement différent ... sans doute avec quelqu’un de plus jeune que moi ..., que je soutiendrais dans ses projets, par mon fric, mon expérience... Oui, quelqu’un de bien plus jeune, sur lequel, j’aurais une certaine ascendance bienveillante. »
-         Je te verrai bien dans ce type de relation, m’a dit Paul.
 
Un peu un fils, en quelque sorte ? ... Sauf qu’on ne couche pas avec son fils, non ? 
 
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Ouf ! Les groupes d’enfants et d’ados se dirigent vers l’extrémité opposée du train et de ma voiture. Dans mon compartiment, y avait pas encore d’enfant, mais un couple avec un chien qui tenait toute la place dans l’emplacement à bagages. A choisir, dans un espace aussi étriqué, j’aurais préféré un enfant à un animal domestique.
Mauvaise pioche décidément, la liseuse de ma couchette ne marche pas. J’ai attendu longtemps le retour de la jeune fille occupant la couchette en vis-à-vis dont la liseuse fonctionnait pour lui demander si elle envisageait de l’utiliser.
Echange de couchettes obtenu sans difficulté.
Las, sa liseuse claque peu de temps après. Tiens, pour couronner le tout, le filet de rangement est percé.
J’imagine le numéro de diva que je vais faire au contrôleur : «Auriez-vous une couchette de libre avec une liseuse en état de marche ? Même la vôtre. Car enfin Monsieur, savez-vous combien j’ai payé pour ce voyage ? 220 € pour l’aller-retour, alors à ce prix là, une liseuse en état de marche, ce n’est pas une possibilité, Monsieur, c’est un droit ! .... Je vous en prie, je suis insomniaque et la perspective de passer la nuit dans le noir, sans pouvoir ne rien faire m’angoisse énormément, etc. » 
En attendant, j’écoute pour la première fois vraiment le dernier Nova tunes et
Novamix-01 Gilb-R.
Bien entendu, le contrôleur s’appelait l’homme invisible, mais comme à l’aller, j’ai connu la magie de ne pas avoir senti le temps passer, en me réveillant un petit matin blême de février en gare de d’Austerlitz.
 
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Dans la cabine, ils se mirent tous les quatre à poil. Mariette fut la première nue. Mony ne l'avait jamais vue ainsi, mais il reconnut les grosses cuisses rondes et la forêt de poils qui ombrageait son con rebondi. Ses tétons bandaient autant que les vits de Mony et de Cornabœux.
-          Cornabœux, dit Mony, encule-moi pendant que je fourbirai cette jolie fille.
Le déshabillage d'Estelle était plus long et quand elle fut à poil, Mony s'était introduit en levrette dans le con de Mariette qui commençait à jouir, agitait son gros postérieur et le faisait claquer contre le ventre de Mony. Cornabœux avait passé son noeud court et gros dans l'anus dilaté de Mony qui gueulait:
-          Cochon de chemin de fer! Nous n'allons pas pouvoir garder l'équilibre.
 
 
 
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par Thomas Querqy
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Lundi 18 février 2008
 

Asha


Qu’est-ce qu’une hijra ?   

C’est l’âme qui fait de toi une hijra. Il y a les hommes, il y a les femmes et il y a un 3e sexe (...), ce sont les hijras. Nous sommes plus qu’une femme. On s’habille comme les femmes mais je détesterais que tu me traites comme une femme, et me traiter d’homme est une insulte. (...)

J’aimerais savoir pourquoi les hommes vont voir des hijras (prostituées)

A Bombay 90 % des hommes préfèrent aller voir une hijra.

Pour faire quoi ?

A Bombay, on dit que 25 % préfèrent le vagin et 75 % l’anus. Les hommes adorent ça.

Ils adorent quoi ?

Même des millionnaires vont voir des hijras. (...) Quand un homme couche une fois avec une hijra, il revient voir les hijras toute sa vie.
 
 
Laxmi, gourou d’une communauté d’hijras à propos de ses disciples (chelas) 


Nous sommes leurs parents, leurs tuteurs.
 
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Shaheen, jeune chela qui va être émasculé 


Une fois qu’on a quitté nos parents, le gourou les remplace (...) Les chelas de mon gourou sont mes sœurs et les chelas de mes sœurs sont mes filles.

Vous êtes mère et fille ?

Oui, on forme une famille.
 
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Rambha


Comme on ne peut pas avoir d’enfant, on en adopte. Dans le monde d’aujourd’hui, cela vaut mieux pour nous. Nous avons des chelas et des petites-chelas. (...)
 
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Laxmi


Tu es bien castré ?

Non. (...) En fait, je suis.... indécis... et je ne sais pas si je dois le faire ou pas. Une fois que tu es castrée, tu appartiens entièrement à la communauté. Et tu es stigmatisé par la société. Là je vis une double vie.

Tu veux maintenir cela ?
Oui.
(...)
Dis moi, les femmes sont-elles aussi libres que nous ?

Non.

Tu vois ?

Libres comment ? (...)

Pour les hommes nous sommes des objets sexuels. Ça les attire. Ils savent ce qu’ils auront. Nous sommes en fait le non-dit entre deux lignes. Entre l’homme et la femme, il y a nous. Et les hommes savent qu’ils peuvent jouer avec nous.
 
Pourquoi les hommes préfèrent les hijras aux femmes ?

Parce que les femmes sont moins accessibles. ... Sais-tu ce qu’elles (les hijras) offrent sexuellement ? La sodomie, le sexe anal. La pénétration anale. Eh bien, beaucoup d’hommes aiment ça. Ça les fait jouir et les femmes ont toujours cette timidité dans les yeux. Les hijras jamais. (...) Rares sont les épouses qui sont très coopératives au lit. Coucher, c’est banal pour une hijra. Pour une femme, c’est un truc énorme. Nous, on couche juste pour le cul.
(...)
Tu n’a donc jamais bandé, ni éjaculé ? (...)

Je ne suis pas gay. Je n’ai pas d’érection, j’ai eu des pollutions nocturnes, c’est tout. Je trouve ça dégueulasse, c’est comme avoir ses règles. (...) Tu dors et tu réalises soudain que tout est mouillé et visqueux. Et tu te demandes ce qui s’est passé. Tu cours te laver dans la salle de bain. Ça te renvoie chaque fois au sexe avec lequel tu es né.
 
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Shaheen


Pourquoi vous faîtes vous castrer ? Pourquoi vous faites-vous couper le pénis ?

Parce qu’on ne peut plus habiter avec nos familles, parce que les voisins finiraient un jour par nous montrer du doigt, ils nous demanderaient de partir. Nos familles, nos parents auraient des ennuis. Voilà pourquoi on s’éloigne de nos familles. Puisqu’on va vivre avec les hijras, mieux vaut le couper.

Ça ne crée pas de problème ?

Non. Quel problème ? Je vis avec les hijras. Je vivrai toujours avec elles. (...)

Ça vous fait rien de le perdre.

Non. Plus rien. Mon pénis à moi, il est mou. Je peux rien faire.

C’est de naissance ?

Non, depuis mes 9 ans. J’ai eu un problème avec mon pénis.
(...)
Plus tu es castré jeune, plus tu deviens belle.
 
 
 
 
 
 
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Willem pour Libération

par Thomas Querqy
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Lundi 4 février 2008
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J’ai toujours trouvé belle la poésie sensuelle et souvent gaillarde des textes de Philippe Fréling publiés dans PREFmag. Sur son site, on lui découvre d’autres textes, d’autres talents : la photo et le documentaire vidéo, et ce « quelque chose comme de l’amour » qu’il porte « depuis l’enfance » à la culture japonaise et aux garçons.

Son texte « Uké et Tori » est devenu un livre, sorti cet été chez Arléa, sous le titre de Ceinture jaune.
Délicate évocation de souvenirs d’enfance que je viens lire d’une traite. Par petites touches de courts paragraphes, l’auteur parvient à faire ressusciter les pensées qui l’auraient habité l’année de ses dix ans.
 
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Hokkusaï – 100 vues du Mont Fuji

L’homme sans souvenirs d'enfance (ou presque) que je suis
[1], est éperdu d’admiration pour tous ceux qui la font resurgir, que ce soit sous la forme du récit ou celle du roman. Comment font-ils ?

Le petit Philippe Fréling, qui paraît scolairement précoce dans son livre, écrivait-il déjà ?
Mémoire de tout l’instant et ensuite « simple » travail d’écriture ?
Réappropriation de paroles d’enfants de son entourage ?

Que je songe aux gosses de 10-11 ans que je connais, à commencer par Valentin, et je me dis que cet enfant n’a pu être vrai, ...ou alors que ce n’était vraiment pas un enfant comme les autres.
D’un autre côté, que sais-je des pensées profondes de Valentin ou d’Antoine[2] ?  


... Et si ce n’était que littérature ?

 

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Mishima - autoportrait en St Sébastien

J’ai plein de points en commun avec le narrateur. En particulier le judo.
Mais, à la différence de lui, je ne crois pas avoir choisi le judo, et surtout pas pour des raisons esthétiques (« parce que c’était beau »). 

Sans doute que mes parents, comme d’autres, m’avaient inscrit au club pour me faire pratiquer un sport de garçon qui endurcirait et sociabiliserait le pré adolescent timide et un peu chétif que j’étais alors (je jouais déjà d’un instrument et ma sœur voulait faire de la danse).

Avec le temps, objectifs parfaitement atteints. Le jour où je sortis en claudiquant du tatami pour dire au prof que je m’étais fait mal au pied, il me renvoya au combat avec cette phrase mémorable : « ça ne se verra plus quand tu te marieras ! » Vu que j’étais à deux doigts de m’évanouir de douleur au moindre contact, il daigna finalement à me laisser quitter du tatami. 
Diagnostic : une grosse entorse avec hématome au pouce et une fracture au petit orteil.
 
undefinedTiens ça oui, je m’en souviens bien ! Mais sans doute parce que je l’ai répétée.
Monsieur K. le prof, les frères L., le cadet teigneux, toujours une ceinture au-dessus de la mienne, que je craignais mais qui avec le temps finit par me ménager ... 
C’était un garçon blond bouclé avec des tâches de rousseur et une peau très blanche...
 
Rien de plus juste dans cette phrase qui dit la quintessence du plaisir que nous avons pu éprouver au judo :
 
Le combat se termine au sol par immobilisation. Je l’immobilise ou il m’immobilise. Nous sommes joue contre joue, nos sueurs se mélangent, nos cœurs battent. (p. 176)
 
Oui, ça me revient, un garçon blond (vénitien peut-être) bouclé avec des tâches de rousseur et une peau très blanche...

... Quelques autres paragraphes de pages cornées de ce très beau 1er livre sur 1000 chez Arléa :
 
Nous sommes tous les deux ceinture jaune. Pourvu qu’on soit ensemble lors du prochain passage de grade ! Rien de garanti. C’est le professeur qui choisit. Celui-là avec celui-là. Toi avec lui. J’ai remarqué qu’il s’amuse avec ça. Deux garçons toujours ensemble, c’est sûr un jour, il les sépare.
 
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Il y a un nouveau. Je le vois qui retire son slip avant d’enfiler son pantalon de kimono. Il ne sait pas qu’il faut garder son slip sous son pantalon. Qu’est-ce que je fais, je lui dis ou bien je le laisse prendre le risque de se faire moquer de lui par tout le dojo, le professeur en tête ? Je lui dis. Pour le voir nu une deuxième fois.
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Le professeur, une nouvelle fois, nous explique uké et tori. « Au judo, on est deux, il y a uké et tori... » Tout le monde l’écoute, comme d’habitude, les yeux en l’air ou sur ses orteils. Moi, dans ma tête, je m’amuse : je le regarde, lui, et j’entends « Au judo, on est deux, il y a moi et lui. »
 
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Dans la vie, il y a ce que l’on fait et ce que l’on pense. On peut faire des choses ensemble. Nous deux, on fait du judo ensemble. Mais aussi, on peut penser ensemble. Nous deux, on pense ensemble. J’aime ça et, maintenant, dans ma vie, j’aimerais pouvoir le faire avec d’autres, avec lui, toujours, mais avec d’autres aussi, d’autres personnes avec qui, comme avec lui, je ferais quelque chose et je penserais ; d’autres amis.
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Le judo est un art martial. Mais moi, au judo, avec lui je suis en paix.
 
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J’ai eu toutes les peines du monde à retrouver cette photo sur laquelle j’ai posé, en kimono avec une ceinture orange. La grande, format photo de classe, je ne l’ai plus, par contre j’ai retrouvé une petite dans l’album qu’Elisabeth avait fait avec la complicité de ma mère pour les « 30 ans surprise » qu’elle m’avait organisée. 
La dominante magenta semble avec le temps s’être encore accentuée. Je n’aime pas ma tête.
Quel âge avais-je ? Faut que je demande à maman. Quand ai-je commencé le judo ? Quand ai-je arrêté ? Faut que je demande tout ça au biographe de mon enfance.
 

 
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par Thomas Querqy
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