Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Mardi 1 mai 2007

Fresa y chocolate

 

 

Ces deux personnages étaient cependant très loin physiquement de ressembler à l'idée qu'ils se faisaient d'eux-mêmes. Plutôt que des jeunes gens séduisants et agiles, c'étaient deux êtres efféminés, chauves et gros, qui tous les matins, devant leurs toasts et leur tasse de café décaféiné, lisaient le New York Times... Après quoi, d'une même allure et vêtus de la même façon, à la dernière mode imposée par une quelconque idole hollywoodienne, ils se lançaient dans la rue en quête de l'amant idéal, d'un homme qu'ils ne rencontraient bien entendu jamais. Au cours de leurs recherches et autres aventures, ils avaient exploré urinoirs et terrasses, escaliers, trains et plages publiques, prisons, théâtres, campements militaires, cinémas, établissements de bains, bars, stades, musées et arrêts d'autobus, sans parler, naturellement, de tous les arbres, toutes les arcades, tous les ponts et tous les carrefours de Central Park et même du jardin zoologique du Bronx où Mary Avilès caressait l'improbable espoir qu'un jour un fauve la mettrait en pièces... Habillés en hommes (pour voir s'ils se feraient violer par des hommes), ils s'étaient promenés à l'aube dans le centre de Harlem et dans tout New York uptown ; habillés en femmes (pour voir si un travesti actif les posséderait) ils avaient parcouru les lieux presque infinis où se réunissaient des homosexuels, depuis un antre souterrain appelé La Petite Ecole jusqu'à la très populeuse 42e Rue.

 

Bien entendu, nous ne nierons pas que durant ces incessantes errances les Oscar aient forniqué. Au contraire, ils le faisaient pratiquement tous les jours, ou plutôt, jour et nuit ; mais jamais avec l'objet de leurs désirs : avec des gens qui leur ressemblaient ; des personnages qui au lieu de désirer repoussaient, en même temps qu'ils étaient repoussés eux-mêmes ; mais qui, par lassitude, par frustration, par routine, ou parce qu'il n'y avait pas d'autre solution, finissaient par s'accoupler et par ressentir , au moment culminant, non le plaisir mais la frustration de posséder leurs propres images repoussantes ? ou d'être possédés par elles.

 

Et cependant ce fut leur meilleure époque. Celles qui suivirent furent pires encore, et le flirt (le flete, disaient les Cubaines de Cuba) échangea ses risques traditionnels (chantage, coups, vol, maladies vénériennes) pour un risque véritablement mortel. [...]

 

Reinaldo Arenas Le portier - Presses de la Renaissance 1987

 

 

Par l'entremise de Goran, il m'est arrivé de croiser Lilian Hasson. Je ne l'aurais pas remarquée s'il ne m'avait pas été rapporté qu'elle avait traduit bon nombre de livres de Reinaldo Arenas, que j'avais découvert en 1991 avec ce Portier plein de fantaisie et d'humour. Un monde hallucinant m'était tombé des mains mais son autobiographie Avant la nuit m'avait beaucoup émue, tout comme son adaptation cinématographique très réussie par Julian Schnabel.

 

 

Ce vendredi là, je me suis retrouvé à ses côtés autour d'une tablée de huit personnes. Si Goran était celui par lequel nous avions été réunis, l'évènement du jour était aussi la sortie de son livre sur Reinaldo Arenas, illustré par des photographies de Suzanne, également présente :

 

Un cubain libre Reinaldo Arenas Actes Sud.

 

Si j'ai bien compris, toutes deux revenaient de Cuba, avec dans leur valise, un jeune cinéaste, Manuel Zayas, « complice » de Liliane « en recherches areniennes sur les années cubaines de l'écrivain », lequel venait lui-même présenter son documentaire au sujet d'Arenas,  Seres extravagantes.

 

 

Angel Marcos

 

 

 

Fragment

 

Dans son livre Antes que anochezca (Autobiografia), Rey, comme tout le monde l'appelait là-bas, baise tellement et avec tant de facilité malgré l'extrême homophobie régnant à Cuba, qu'on avait fini par se dire que toutes ces frasques devaient être largement exagérées et fantasmées. Ce n'est pas ce qu'a raconté son ami Delfin Prats à Liliane et Suzanne.

 

 

 

Bref, poursuit Delfin Prats, ce qui nous unis, ce sont les garçons, la mer et la littérature. Il préférait la mer par-dessus toutes choses, il ne pouvait pas vivre sans la mer. Sur le plan sexuel aussi, nous sommes différents. Lui, il faisait une fixation qui avait un aspect formidablement positif. Quand il avait levé trois ou quatre gars, il écrivait sept cents pages ! [...]

 

-         Et toi, tu y as été, dans la pièce du haut ? (La chambre de Rey dans la villa de sa tante à Miramar)

 

Qui ? Moi ? Toute ma vie ! C’était une chambre minuscule, il avait trouvé le moyen de fixer sa machine à écrire à la table, car tandis qu’il faisait l’amour... La plage Patricio Lumumba était tout près et il pouvait racoler les créatures les plus.... allez, on va employer un euphémisme, les plus splendides.

 

-          Des garçons de quel âge environ, des adolescents ?

 

-          Oh non, plus âgés, il n’aimait pas les jeunots, pas du tout. Tout se passait là-haut ; sa tante était une femme affreusement conventionnelle, liée à un autre système de pouvoir. Lui il s’adonnait à ce qu’il aimait le plus au monde : nager, faire l’amour, écrire. »

 

Nous en étions là de notre conversation quand surgit une carriole avec deux jeunes paysans « à bord » : ils stoppent à quelques mètres et se mettent à faucher l’herbe à la machette, autour de nos corps allongés ! Sans s’émouvoir, Delfin les interpelle, puis : « Où en étions-nous, déjà ?

 

-          l’épanouissement des garçons, la mer... [...]

 

Un cubain libre Reinaldo Arenas Actes Sud.

 

 

 

A propos de Reinaldo Arenas, sur ce blog

 

Comment par gourmandise la Glouglou devint la Bicul

 

Homosexualité et socialisme

 

 

« Chaud mais pas cher »

 

 

De novembre à fin mars, la catégorie la plus répandue en Nouvelle Angleterre, et à bien des égards la plus facile à satisfaire était le « Chaud mais Pas Cher ». Le client C.P.C. se démasquait en annonçant qu'il se souciait peu de sa destination, du moment qu'il y faisait chaud, chaud, chaud, et que cela ne coûtait pas une fortune. Le premier qui inventera un moyen de transport économique pour expédier des groupes en enfer deviendra milliardaire.

 

L'art de la fugue Stephen McCauley 10-18

 

 

Il paraît que cette manie que nos contemporains ont de s'agiter d'un point à l'autre du globe augmente considérablement leur empreinte écologique. Ces vacances, je me la suis joué écolo, je n'ai pas bougé de mon coin de Paris. En fait, je n'en avais pas plus envie que cela, mais j'ai dit autour de moi que je m'étais entraîné à ne pas partir, histoire de ne pas trop mal vivre le jour où avions et TGV nous deviendraient inaccessibles financièrement. Enfin, pour être honnête, ne pas partir m'a laissé un peu de temps pour m'occuper de projets de... départs.

 

Les retrouvailles familiales en Ardèche pour le pont de l'Ascension d'abord : 180 euros par tête. On a encore pris 20 euros dans le nez depuis l'an dernier. Redoutables ces prix « dynamiques » appliquant le yield management sur une destination où le transporteur public est en situation de monopole ! C'est jackpot à tous les coups sur le dos des petites têtes de notre espèce. Sans compter que toute tentative de contrôle des prix par les pouvoirs publics serait vouée à l'échec puisque pour une même prestation, il y a autant de prix que de voyageurs.

 

Le voyage d'été ensuite. Denpasar (Bali), au mieux 1100 euros pour un vol longuissime, Yangoon (Birmanie), vol du même acabit. Je me transforme en agent de voyage et finis par trouver un voyage à un tarif satisfaisant, en partant en Thalys pour Bruxelles, puis un vol Turkish Airlines pour Bangkok où l'on fait un stop d'un jour, pour ensuite prendre un vol local pour Yangoon. Le temps de proposer le plan à Gabriel, de nous occuper des garçons durant le week-end, et deux jours plus tard, c'est 500 euros plus cher. Si vous ne le connaissiez pas, souvenez vous de ce mot : yield management !

 

Bref, je vous épargne les détails et l'épilogue de la quête de ces deux places forcément hors de prix et inconfortables pour qui mesure plus d'1 mètre cinquante, afin plutôt d'évoquer un petit bout de rue du nord de Paris.

 

 

En cette fin d'après-midi, il s'affiche 28 degrés sur l'avenue Lafayette, comme toujours asphyxiée par la pollution automobile, je m'enfile sur la droite dans la rue Louis Blanc qui remonte vers le métro La Chapelle. Retour au calme, on respire un peu mieux. En passant au-dessus des voies ferrées de la Gare du Nord, les immeubles bordant la rue disparaissent pour ne laisser plus qu'un espace surchauffé par le soleil de la journée. En son extrémité, le feuillage de très grands platanes ( ?) recouvre toute la rue d'une ombre rafraîchissante.

 

Et, là, subitement, vous plongez ailleurs, dans une atmosphère qui pourrait être celle d'une rue ombragée d'Hanoï la coloniale ou, pour être moins fantaisiste, d'une rue arborée de Pondichéry.

 

Des hommes, à la peau plus ou moins sombre discutent avec animation sur les trottoirs dans un « glougloument » généralisé, d'autres sont attablés dans des gargotes exhalant les épices. Partout ailleurs, ça s'affaire dans les boutiques.

 

Nulle mise en avant des mangues du Pakistan ou d'Inde que je suis venu ici chercher. Finalement, j'en aperçois dans leur boite de six. Je m'adresse à l'employé qui met les achats dans les sacs à côté de la caisse :

 

- combien vaut la boite de mangues ?

 

- 5 euros cinquante.

 

- d'où viennent-elles ?

 

Il l'ignore et le demande au caissier. Est-ce la musique tamoule ( ?) qui est trop forte ? Est-ce son accent ? Je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Je lui fais répéter deux fois mais rien n'y fait. Je me tourne vers le premier qui me dit qu'elles viennent d'Inde. Les trouvant petites et chères, je poursuis mon chemin.

 

Quelques femmes, le plus souvent vêtues du plus gracieux vêtement féminin que je connaisse, le sari, font leurs courses. Dans le supermarché à l'angle de la rue, il y a aussi une palette de mangues près de l'entrée surmontée d'un écriteau écrit à la main : 5 euros 49. Même si c'est peut-être un prix pour européen, j'apprécie ces prix administrés qui vous permettent d'acheter rapidement et sans états d'âme.

 

Dans sa réserve ouverte sur la rue, des manutentionnaires s'affairent sur des colis en provenance de Mumbaï (Bombay), un « coolie » beau par sa jeunesse, s'arrête un instant de travailler pour me faire un signe de la tête qui pourrait bien être un bonjour.

 

 

L'antienne de voyage que j'inflige presque toujours à mon fidèle compagnon, me revient alors à l'esprit : « pourquoi voyage-t-on ? »

 

 

Université de tous les savoirs :

 

Pourquoi le touriste voyage-t-il ? (Document vidéo) : http://www.canal-u.fr/canalu/chainev2/utls/programme/109/sequence_id/999418/format_id/3003/

 

 

Sur ce blog : Le monde entier aux Buttes-Chaumont in Du côté de chez Tom

 

 

 

 

Asian Dub Foundation

 

Pot de bienvenu

 

Chaque semaine Libération publie « l'actualité de la semaine vue par un intellectuel, un écrivain, un artiste ».  Cette semaine, c'était au tour de François Reynaert, toujours aussi drôle. Extrait.

 

 

Les beaux jours reviennent, l'humeur est printanière ; sur les ordinateurs, au bureau, on arrête de regarder compulsivement des sites de cul pour surfer compulsivement sur des sites de voyages, et en se redressant sur son siège, on perçoit le drame qui va avec l'arrivée de l'été : deux pneus qui menacent au-dessus de la ceinture. C'est amusant cette folie autour du poids et ce que les gens sont capables de faire pour en perdre deux grammes. Le magazine Elle de la semaine a testé la technique en vogue : la «randonnée détox», une semaine de jeûne total, avec rien d'autres que des tisanes et si j'ai bien compris, un lavement dès le premier jour, un pot de bienvenu, en quelque sorte. Les esprits forts le noteront : et après ? Le goût de la mortification n'a rien de nouveau. En étudiant les vies de saints pendant un an, j'en ai vu défiler des grands malades de l'auto-flagellation : sainte Rita s'enfonçait des aiguilles dans les ongles pour dompter sa chair, saint Siméon jeûnait six jours sur sept, sainte Marguerite-Marie Alacoque mangeait le vomi des malades. Seulement, tous le faisaient dans l'espoir d'entrer un jour au paradis. Les gens d'aujourd'hui sont près à pis, et c'est juste pour entrer un mois plus tard dans leur maillot de bain.

 

 

L'intégralité tant qu'elle est en ligne : http://www.liberation.fr/transversales/weekend/247494.FR.php

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Lundi 23 avril 2007

 

Il y a bien longtemps que je ne lis plus la feuille de choux « papier glacé » de la mairie de Paris mais je me souviens que le courrier des lecteurs concernant ce fléau des « déjections canines » sur le trottoir, y tenait une place essentielle.

Je voudrais ici élever le débat en abordant la question des déjections humaines.

 

Malgré l’armada de moyens déployés par la ville de Paris pour nettoyer les rues de la ville, il n’est pas rare désormais d’avoir son odorat et sa vue incommodés par des traces plus ou moins évidentes d’urine et parfois même d’excréments, de tout évidence d’origine humaine.

 

Comme moi, bien sûr, vous pensez tout de suite au nombre grandissant de SDF qui vivent dans la rue. Rien que ce week-end passé avec des neveux montés à Paris pour leurs 10 ans, n’avons-nous pas dû trois fois contourner des hommes allongés inanimés sur le trottoir. Gabriel a relevé alors que nous étions devenus indifférents à une situation qui nous avait profondément choqué en Inde du nord : « Il y a 20 ans, on aurait appelé les pompiers. »

 

 

Cependant, j’ai vu trop de mères faire faire leurs besoins à leur enfant dans le caniveau ou d’hommes pisser contre les arbres pour leur faire porter l’entière responsabilité de ce problème.

 

Vous allez où vous quand un besoin pressant se fait sentir ? Au café bien sûr. La demande est telle qu’il y est toujours inscrit en grosses lettres capitales que « les toilettes sont réservées aux consommateurs », avec, de plus en plus souvent, l’obligation de demander une clé ou un jeton.

 

Bref, si vous n’avez pas le « 1 euro 10 cts » minimum pour boire au comptoir le café qui vous autorisera à les utiliser, vous n’avez plus qu’à essayer de trouver des toilettes publiques.

 

Tellement rares qu’il n’y en a jamais lorsqu’on en a besoin, tellement difficiles à trouver que quelqu’un a réalisé un guide : pause-pipi.fr/paris.

 

Ah les sanisettes du groupe Decaux ! On doit à la droite d’avoir délégué ce service public en 1980. Outre le fait qu’elles doivent coûter 40 ou 50 cts d’euros, elles cumulent les inconvénients d’être souvent en panne ou inaccessibles et peu discrètes.

 

En écrivant ces lignes, j’apprends que la municipalité de gauche serait en train de les rendre progressivement gratuites :

 

http://www.lemoniteur-expert.com/btp/ville_urbanisme_amenagement/fin_annoncee_sanisettes_payantes_paris.htm

 

 

Enfin, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser, c’est même carrément de l’effet d’annonce (exemples une seule sanisette gratuite dans le 18e et le 19e et aucune dans le 20e) : http://www.paris.fr/portail/Solidarites/Portal.lut?page_id=5459&document_type_id=5&document_id=9703&portlet_id=11759

 

 

Pire, en faisant un footing aux Buttes Chaumont, j’ai eu le choc de voir nouvellement condamnée la dernière vespasienne du parc. A ma connaissance, il n’y a plus un seul WC dans ce parc tant fréquenté, seulement des lieux d’aisance pour les chiens, un comble non !  Par ailleurs, je me demande s’il n’y a pas sous cette condamnation une intention moraliste : en finir avec la tasse, le gogue, la pissotière, ces lieux potentiellement homosexuels.

 

 

Allez amis Verts et socialistes de la Mairie de Paris ! J’ai pour vous un projet de gauche : mettre en place un service public gratuit de lieux d’aisance. Ce qui au passage nous permettra de renouer avec un progrès social datant du milieu du 19e siècle, voire même de l’antiquité romaine de Vespasien.

 

 

La dernière tasse de Marianne Blidon - janvier 2005

 

 

Sortie ce mois-ci à la Découverte, de la traduction d’un ouvrage écrit par un ancien prêtre devenu sociologue : Le Commerce des pissotières, Pratiques homosexuelles anonymes dans l’Amérique des années 1960, de Laud Humphreys :

 

http://www.univ-paris8.fr/sociologie/?p=233

 

 

http://www.pignon-ernest.com/

Sexe et graffitis

 

 

Las, la disparition des pissotières a également emporté avec elle une abondante « littérature ». Darek qui terminait ses études d’archéologie en France à la fin des années 1970 ( ?) avait choisi comme mémoire d’archéologie moderne, l’étude des graffiti de la Sorbonne.

 

Rien de plus juste que cette formule employée par Gabriel lorsqu’il lui avait fallu décrire Darek à Jan : « un adolescent quinquagénaire ». Darek avoue même avoir gardé un peu de son tempérament d’enfant : « j’étais alors toujours le premier à vouloir partir jouer et  le dernier à accepter de quitter le terrain de jeu, je voulais que ça dure toujours ». J’imagine aussi, sans difficulté, avec quel bonheur, notamment dans ces lieux sales, humides et puants que sont toujours des toilettes publiques, il a dû, d’arrache-pied, collecter ses graffiti avant de les classer.

 

Etait-ce dans le cadre de sa recherche bibliographique qu’il a déniché ce Sexe & Graffiti d’un certain Ernest Ernest ? Un objet rare, publié en 1979 aux Editions Alain Moreau, aujourd’hui disparues. Depuis 1965, Ernest avait alors recueilli 15 000 graffiti dont le recueil en livre le dixième. Il ne s’est préoccupé que des graffiti sexuels, la plupart par nature courts, certains de véritables romans feuilletons. Alain Jaubert (celui de la série Palettes sur Arte ?) termine sa préface à l’ouvrage qu’il titre Ernest ou l’or des tasses, en écrivant :

 

 

Des juges stupides ont déjà condamné l’entreprise. «Vous trouvez ça poétique ? » a demandé l’un d’eux. Leur point de vue : illisible, obscène, littérature de malades, pathologie, misère sexuelle... J’y vois au contraire la plus grande richesse. De l’écume de la mode à la profondeur de la transe, l’ordure sexuelle envahit tout. La subversion est générale : l’orthographe, la typographie, la calligraphie, le lexique, la rhétorique, l’épopée, la prophétie, la publicité, la citation illustre, le proverbe... Parodie et parodie de la parodie. Giclée du fantasme brut. Une seul phrase – fleuve, dansant, infinie et ouverte – qui court d’un mur à l’autre, de tasse en tasse, de ville en ville, et qui charrie dans son flot fabuleux les slogans de la religion souterraine, les comptines de la drague, les aphorismes de la dérive, les petites annonces du réseau secret, la gloire de la posture, les spasmes de la résistance... En somme, le grouillement bestial et angélique de la vie...

 

 

http://www.missticinparis.com/

Tables de matières

 

Hétérosexualité – Amour en groupe – Bisexualité – Homosexualité masculine – Sadomasochisme homosexuel – Homosexualité féminine – Onanisme masculin – Onanisme féminin – Zoo.

 

 

Extraits choisis au terme d’une forte autocensure, mais par lesquels le lecteur pourra peut-être juger dans quelle mesure la condition homosexuelle a changé.

 

 

  TROUVE-T-ON ?

 

Où faut-il aller pour rencontrer de beaux mâles ?

 

Paris, Fac de médecine près d’Odéon, été 1970

 

où trouver enfin ! de beaux garçons ?

 

Rép. Dans la rue, conasse de pissoirs !

 

Paris, Fac de médecine près d’Odéon, hiver 1975

 

où peut-on rencontrer jeunes garçons ?

 

Paris, American Express Opéra, print. 1973

 

Où trouve t'on des garçons à Chamonix ?

 

Chamonix, print. 1970

 

Où trouver des tantouzes à Genève ?

 

 Genève, été 1973

 

Où on suce à Moulins ?

 

Moulins, print. 1968

 

16-12-67

 

Urgent. qui connaît l’adresse d’un établissement, à Paris où on se fait enculer ?

 

Paris, Sorbonne, print. 1974

 

Auto-stop : faites du stop !

 

Jeune fait du stop en culote courte

 

c’est délicieux J’ai 15 ans et je jouït souvent

 

en voiture

 

Rép. Comment te reconnaître DRV ce jour

 

Bourg, été 1973

 

PROSTITUTION

 

Etudiant 22 ans cherche mec qui l'hébergerait

 

gratuitement, en échange prêterait sa grosse bitte

 

à peloter a sucer ou pour baiser RV

 

Nov. 76

 

Rép. D'accord si t'es beau gosse Où et quand

 

peut-on se rencontrer ?

 

Paris, Sorbonne, print. 1977

 

 

J.H. cherche emploi stable dans la pédérastie

 

rémunérée sérieuses références et grosse bite

 

Diplôme de branleur professionel (abonné B.N et

 

universités) en préparation.

 

Paris, Biblio. Nationale, aut. 1978

 

paysans

 

Bien monté. Paysan 40 ans viril chercha autre paysan bien balancé pour s'enculer tous les 2 comme 2 frères en douceur à font et en prenant son temps entre 25 et 50 ans RV.

 

Périgueux, été 1978

 

illettrés

 

Jeune homme grosse queue cherche illettré

 

à enculer DRV

 

Paris, Urinoirs publics, hiver 1970

 

objets spéciaux

 

Personne n’a encore pensé au portemanteau pour

 

assouvir ses besoins sexuels. Il s’agit là d’une

 

grave négligence. On n’imaginera jamais assez

 

la praticité de cet instrument. Essayez donc,

 

le plafond est bas, mais tant pis !

 

Paris, Sorbonne, hiver début 1967

 

 

Il n’y a jamais d’homme qui veuille m’enculer.

 

J’ai 17 ans, et quand je trouve personne je m’asseoie

 

sur une bouteille.

 

Rép. Mets-toi une grosse carotte, c’est aussi bon.

 

Genève, print. 1967

 

N'ÉCRIVEZ PAS !

 

arrete d’écrire des graffitis svp.

 

ça fait sale

 

or avec les communistes cette université est

 

suffisamment dégueulasse

 

Paris, Université Dauphine, aut. 1978

 

 

L’intellectuel français est un obsédé sexuel.

 

Les écrits sur les murs en sont une preuve

 

Paris, Place du Panthéon, print. 1973

 

 

La psychologie c’est l’obsession sexuelle rationalizée

 

Paris, Institut de psychologie Rue Danton, print. 1974

 

 

Pour approfondir sur les graffiti (étymologie, étude sémantique, commentaire)

Lien sur ce blog : Sur les murs de Pompéi in L'atelier de la tentation

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 17 avril 2007

Detroit, ville sinistrée, ville musicale

Autour de 8 Mile

 

Dimanche matin, 11H45, Gabriel me donne le feu vert pour aller voir 8 Mile au MK2. Comme moi, il aime le rap de Slim Shady, « le maigrichon louche » qui y joue le rôle principal dans une histoire qui ne paraît pas très éloignée de la sienne.

 

Les polémiques autour de ses textes homophobes n’y ont rien fait, le jour où on m’a fait faire des abdos sur  Loose yourself , j’ai eu envie d’en écouter plus. A défaut de pouvoir vraiment apprécier ses textes,  j’ai tout de suite aimé la singularité de son « flow » et ses choix de musique.  Ça ne faisait aucun doute, le petit blanc était doué.

 

Eminem comme Rabbit le personnage qu’il incarne dans ce film a grandi à Detroit, du mauvais côté du rêve américain, celui des prolétaires, précarisés par la raréfaction du travail et sa trop faible rémunération (obtenir quelques heures supplémentaires à l’usine est un immense privilège qui se mérite). Au début du film, après avoir rompu avec sa petite amie, il se trouve contraint de retourner dans le mobil home où vit sa mère, son jeune amant connu au bingo et la petite dernière. L’amant est un ancien camarade de classe de Rabbit, un garçon peut-être déjà alcoolique qui attend le versement d’une prime d’assurance pour sortir de ses problèmes d’argent.  

 

En tous points, ces « petits blancs » partagent la condition de la très grande majorité des noirs de Détroit qui constitue les ¾ de la population de cette ville. 8 mile road marque la frontière entre la ville blanche et les quartiers noirs. Rabbit, comme le jeune Eminem, navigue entre les deux, cependant, le job qu’il a obtenu à l’usine et son talent pour faire du rap, le fait fréquenter surtout des noirs.

 

Visuellement le Detroit qui nous est montré a un peu des allures de New Orleans après le passage de l’ouragan « Katherina », une ville sinistrée et sinistre (voir aussi les photos de deux blogs "Detroit destroye" et Les immeubles abandonnés de Detroit - blog de mathias.rousseau)

 

 

 

On associe naturellement cette ville et sa région à l’industrie automobile et depuis une vingtaine d’années aux suppressions massives d’emplois. C’est d’ailleurs ce qui avait poussé Michaël Moore à réaliser le film qui allait le faire connaître en 1989, "Roger & moi". 

 

En effet, en 1986, viré de son journal après avoir refusé de publier un article antisandiniste, Michaël Moore revint à Flint, sa ville natale, et  retrouva une cité à demi-morte. La société General Motors (GM) venait de fermer ses portes. Tourné sur trois ans, ce documentaire a pour fil conducteur l’invitation toujours déclinée du PDG de GM de venir voir les conséquences économiques et sociales de sa décision.

 

Manifestement, la désindustrialisation poursuit son cours, Detroit va encore perdre 10 000 emplois suite à  la décision de la maison mère allemande Daimler-Benz de fermeture de deux usines Chrysler (http://cultureetloisirs.france3.fr/automobile/actu/28080893-fr.php, noter au passage la délicatesse de la rubrique dans laquelle s’inscrit la brève : culture et loisirs).

 

Tout cela serait définitivement déprimant si un tel contexte n’avait pas fourni le terreau d’un extraordinaire bouillonnement poétique et musical. Dans le genre du Rap bien sûr, paroles avant d’être musique, énergie exutoire au mal de vivre, garde-corps au-dessus du vide. Dans 8 mile, il est difficile de ne pas être bluffé par ces joutes oratoires rimées et rythmées improvisées n’importe où (8 mile extrait - joute a capella -) ou en club au cours de « clash », face à face entre deux rappeurs, deux MC, sur le son balancé par un troisième, le DJ.[1]

 

 

Cependant ce n’est pas tout, une histoire de la musique en général et de la techno en particulier ne manquera pas d’attribuer également à la ville de Detroit de la fin des années 1980, la paternité d’un genre musical nouveau, la musique Techno (Cf par exemple La techno de Guillaume Bara chez Librio musique 1999).

 

Si le rap est considéré d’abord comme une musique noire et que la techno est plus facilement associée aux blancs (...et aux gays), ses fondateurs à Detroit sont noirs.

 

La techno, plus expérimentale, plus proche aussi du courant techno rock et donc de la musique blanche, apparaît à Détroit en 1987 sous l'impulsion des créateurs noirs Juan Atkins, Marshall Jefferson et Derrick May. Les sons qu'elle présente sont plus urbains, plus industriels. A ce propos, Derrick May affirme qu'ils sont issus de l'atmosphère postindustrielle de leur ville d'origine qui présente d'énormes friches industrielles laissées notamment par la désertion de la compagnie Motor. Il explique que les créateurs ont insufflé dans leur musique le souvenir de leurs parents d'un âge d'or où tout le monde avait du travail : le bruit des usines et de la ville en effervescence. La liaison avec le courant de musique industrielle de la fin des années 70 est évidente aussi, à ce niveau. Les couches de population qui écoutent et dansent sur la techno sont sensiblement les mêmes au début que celles qui écoutent la house.

 

Source : CIREN - PARIS VIII

 

P.S. Réserve : Comme il s’agit d’une grosse production américaine, Rabbit alias Eminem est un gentil garçon qui souffre, tout ce qu’il y a de plus « gay friendly », mais ça on ne peut décemment s’en plaindre. Vive la fiction !

 

 


 

 

 

Sexe virtuel

 

Anon2: salut les meks

 

Anon2: ya quelqu'un,

 

Anon1: pa grand monde

 

Anon2: ta quelle age?

 

Anon1: 30

 

Anon1: et toi ?

 

Anon2: 18

 

Anon1: ok 

 

Anon2: je bande a donff ce soir

 

Anon1: cool

 

Anon1: ta cam?

 

Anon1: si oui prend une tof

 

Anon2: vous ètes parti?

 

Anon1: ki ?

 

Anon1: y rame un peu le chat ou koi ?

 

Anon2: tu bande?

 

Anon1: NAN ET TOI ,

 

Mecbi1: MOI OUI JE BANDE

 

Anon1: ta quelle age mecbi1

 

Anon2: au cas ou la photo en haut c moi

 

Mecbi1:  32 ANS

Anon1: t comment,

 

Mecbi1: MEC NORMAL ET TOI

 

Queutard: salut, tres envie de cracher mon yop

 

Mecbi1: VIENS SUR MSN 

 

[..]

 

Anon2: Qui pour branle hard sur msn??

 

bandan: slt a tous

 

Anon2: salut bandant

 

moi: salut

 

bandan: mecbi ok pour cam?

 

bandan: personne pour cam??

 

bandan: personne pour cam??

 

Anon2: oui moi si tu veut

 

Anon2: bandan

 

Anon2: alors ya quelqu'un

 

Anon1: marche pa bien tt ca !

 

Anon1: ya kelk1?

 

Anon1: laisse tomber c naze ici ca me fé débander tiens !!

 

Anon2: oui j'sui la

Echanges sur un « chat » pour adultes


 

 

 

 

Notes roumaines

 

Séjour en Roumanie en Mai 2005

 

Ferveur religieuse

 

 

·        Messe de minuit pour la Pâque orthodoxe, à la cathédrale de Sighisoara :

 

Bondée, toutes générations confondues. Ferveur manifeste, bougie à la main.

 

 

·        Une jolie petite église à proximité de la place de l’Unité à Bucarest, déserte lorsque je l’avais visitée avec Luc en 1992, aujourd’hui les gens s’y bousculent pour donner leur liste de morts.

 

 

·        Dans la cathédrale de la Patriarchie, les femmes font la queue pour se confesser à genoux sous l’étole du pope.  Une posture un tantinet équivoque.

 

Jeunesse des rues

 

 

·        Au pied de notre immeuble strada Mendeleev 

 

Chaque soir, deux ou trois enfants se tiennent devant le Nic, un supermarché ouvert 24 heures sur 24. Ils font un peu la manche et retournent à leurs jeux. Parfois, ils viennent s’allonger collés à une jeune fille prostrée, le visage toujours caché. Ce soir, l’un d’eux tortille du cul de manière obscène. Très tard dans la nuit, ils pousseront des cris qui nous obligeront à fermer la fenêtre.

 

Au matin, ils ont disparus, laissant la place à des marchands à la sauvette, d’oignons frais ou de pantalons.

 

 

·        En montant sur la colline de la Patriarchie

 

Nous voyons débouler en courant une meute de préadolescents et une mamie. Ils stoppent leur course pour se diriger vers nous le sourire au lèvres et la main tendue. Je sers des mains et aussitôt je dois en chasser une qui commence à se glisser dans ma poche avant de pantalon. Gabriel me crie que l’un a commencé à ouvrir mon sac à dos à l’arrière. Je beugle un grand coup en virevoltant pour chasser cette nuée de mouches.

 

 

Autobiographie érotique de Bruce Benderson :

 

Récit de la rencontre de l’auteur  et d’un jeune gigolo en Roumanie

 

 

Le billet « Jalouse » dans