Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Jeudi 16 novembre 2006

Rendez vous manqué Quai de Seine

 

26/06/2006

 

 

 

Une table face à la mienne, en terrasse.

 

LUI, jeune arabe à l’allure presque asiatique. Coupe courte de ses cheveux noirs peignés au gel. Une ligne de barbe rasée descend de sa patte façon racaille le long de sa mâchoire. Peau très mate. Beaux yeux noirs plissés, bouche mauve joliment dessinée. Mince sous son tee-shirt noir à manches longues à l’imprimé « fashion ». Longs avant-bras et mains fines. Bijoux et mp3.

 

Ondulant avec grâce entre les tables avec son plateau, ELLE.

 

Son jean taille basse découvrant la peau de sa taille nue. Longs cheveux blonds ondulés. Sourire aux lèvres.

 

Il ne la quitte pas des yeux. Qu’elle lui tourne le dos et son regard descend hypnotisé par sa taille dénudée. Qu’elle disparaisse et il guette son retour en fixant la porte du restaurant. Il allume une clope, se ronge les ongles, lui commande un autre café. Nouvelle clope, poursuite des yeux irrépréhensible maintenant avec un billet de 10 euros à la main.

 

L’argent n’y a rien changé, il n’a pas réussi à capter son regard. Le pas un peu lourd, il finit par se lever pour régler son addition à l’intérieur.

 

Manège du désir contrarié, manège de la frustration sexuelle : la sienne, la mienne.

 

Comment inscrire cela dans une image ?

 

Art conceptuel : participez à une œuvre collective jouissive !

 

Le kit du donneur est fourni. Pour participer envoyer son sperme à Philippe Meste qui doit remplir un cube transparent d’1m3 (1000 litres congelés).

 

Le sperme, c’est son truc à Philippe Meste : par le truchement de ses Miroirs (2002-2003), il éclaboussait le visiteur de sa semence. Avec Aquarelles (1995), il éjaculait sur les pages de magazines de mode : « Je considère mes taches de sperme comme un hommage à la beauté », expliquait- il alors (Cf « Mauvais genre(s) – érotisme, pornographie, art contemporain » de Dominique Baqué aux Editions du Regard)

 

Provocation, cri de rage, naïveté ? Il y un peu de tout cela dans l’œuvre de Philippe Meste. Fasciné par le cinéma porno — qui est selon lui le seul possible aujourd’hui —, l’artiste transforme le spectateur en icône du monde actuel. Par l’entremise du miroir, il éjacule sur le spectateur pour l’« élever » au rang d’idole, pour tenter de mettre au même niveau la Pietà et la porno-star.

Ces manifestations crues sont incontestablement travaillées par des fantasmes réprimés, par une volonté de transgresser les règles morales et de franchir les limites de la bienséance. Mais , bien que Philippe Meste s’en défende, Miroir n’est pas sans rappeler les performances des années soixante-dix, comme celle où Vito Acconci se masturbait sous le parquet de la Sonnabend Gallery (janvier 1972).

 

http://www.paris-art.com/lieu_detail-661.html

 

 

 

« Vous êtes joli, vous. Déjà connu l’homme ? »

 

Jack Lang est en pleine conversation avec des militants réunis à la Mutualité et Marc Lamour, en attendant de pouvoir le féliciter pour son discours, finit des gâteaux entamés sur les tables, quand quelqu’un surgit et lui dit : « Mais, ma tarte aux fraises ? » Marc lui répond : « Vous êtes joli, vous. Déjà connu l’homme ? »

 

Libération - Nuits blanches par Eric Dahan (26/6/6)

 

 

 

 

 

Echo Park LA de Richard Glazer et Wash Westmoreland

 

07/07/2006

 

 

 

Titre original : Quinceañeria (grande célébration qui a lieu pour l'anniversaire des quinze ans d’une jeune fille, une tradition encore très vivace au sein de la communauté latino-américaine)

 

 

 

Vie d’un quartier latino qui se « boboïse ». Magdalena, qui doit fêter sa Quinceañeria, parce qu’elle est tombé enceinte, trouve refuge chez le « tio », un vieil oncle célibataire ( ?!), qui héberge déjà son cousin Carlos, viré de chez lui parce qu’il a un comportement déviant (son père l’a surpris en train de visiter un site gay). Un couple de gays vient de s’installer dans la maison voisine qu’il a achetée pour une fortune tout comme celle louée par le grand-oncle. Invité par l’un à la crémaillère (toute la communauté bande pour les latinos), Carlos, ivre, se fera dépuceler par le couple. Carlos va alors connaître avec l’autre homme sa première histoire d’amour et sa première déception amoureuse lorsqu’il l’entendra dire à son ami qui lui demande d’arrêter cette relation que Carlos n’est qu’un bon coup. Pour mettre un terme à la tentation, le couple résilie le bail du vieil oncle. Magdalena devra également faire le deuil de son histoire d’amour avec le garçon qui l’a mise enceinte en l’arrosant uniquement sans la pénétrer (son hymen est intact « comme la Vierge Marie ), écartée par la mère du garçon qui veut donner à son fils toutes les chances de poursuivre de brillantes études. D’abord franchement hostiles, les relations entre les deux cousins vont évoluer face à l’adversité et Carlos si rugueux propose à sa cousine de former avec le Tio, un couple à trois, lui travaillant, elle étudiant et l’oncle gardant le bébé. Le film se clôt d’abord sur le discours émouvant de Carlos lors de l’enterrement de l’oncle tué par l’obligation de devoir abandonner son beau jardin, puis sur la Quinceañeria de Magdalena le ventre rond, escorté par Carlos vêtu de blanc, tout deux réconciliés avec leur famille.

 

 

 

Du vécu par les réalisateurs et les acteurs non professionnels qui habitent ce quartier.

 

 

 

PS La plaquette de promotion de 4 pages ne fait aucunement référence aux personnages homos de ce film, ce qui est tout de même un comble. Le distributeur a certainement de bonnes raisons de penser que cela priverait le film d’un nombre non négligeable de spectateurs. Quant à l’excuse d’une omission visant à ne pas dévoiler un élément de l’intrigue, elle est irrecevable. D’ailleurs, je viens de lire qu’un journaliste de Têtu a lui aussi remarqué cette anomalie et partage ma petite indignation.

 

Plaidoyer pro bobos 

 

Marre de la charge habituelle contre les bobos (dernière en date celle de Maria) ! Un bobo, c’est quand même plus sympa qu’un bourgeois tout court ! Contraction de l’expression « bourgeois bohème », inventé par le journaliste américain David Brooks en 2000 dans le livre Bobos in Paradise, pour désigner une catégorie socioprofessionnelle aisée, progressiste, de métier fortement intellectuel (enseignement, par exemple), habitant des grands centres urbains, souvent dans des quartiers autrefois populaires et se distinguant par son mode de consommation (logement, alimentation, loisirs). Dans cette définition trouvée sur Wipikédia, pas vraiment de quoi en faire le bouc émissaire des malheurs de la société française, à part celui d’avoir à la fois des conditions de vie matérielles privilégiées, un mode de vie décontracté et d’être attaché à des valeurs humanistes et progressistes (de gauche donc, une certaine affection pour la figure du révolté, des soucis écologiques et de justice sociale).

 

Franchement ! Ce personnage paradoxal n’est-il pas plus intéressant et sympathique que le bourgeois tout court, par nature conservateur et conformiste ?

 

Comme l’expression « gauche caviar » dans les années 80, la figure du « bobo » a été récupérée péjorativement par la droite conservatrice pour ridiculiser les influents promoteurs d’idées et de projets progressistes, mais aussi par les déçus du passage au pouvoir de la gauche.

 

Car enfin, les bobos ne sont-ils pas la mauvaise conscience d’un pays qui, avec la crise du politique devient de plus en plus conservateur ?

 

La « sarkozysation des esprits » en marche conduit même à ce qu’une Maria, qu’on pouvait jusqu’à présent situer à gauche sur l’échiquier politique, reproche aux bobos leur insensibilité au problème de l’insécurité dans les banlieues (ils la nieraient parce qu’il ne la vive pas dans leur beaux quartiers), tout comme celui lié de l’immigration non contrôlée et du laxisme des politiques sécuritaires (ils sont cosmopolites et ont un problème non réglé avec l’ordre policier). Navrant surtout si on n’oublie pas que c’est le nabot qui a déclenché par ses provocations les émeutes historiques de 2005 !

 

 
A propos de la vogue de l’épilation intégrale chez les femmes.
 
« Ça m’a immédiatement replongé en enfance, c’est perturbant, mais excitant. On redécouvre le contact du tissu sur une peau sensible. Et des sensations peau avec peau avec l’homme, épilé lui aussi, tout à fait inoubliables. » (…) Les hommes s’y mettent eux aussi. Comme ce petit papy qui a demandé l’intégral. Mady : « Ah mon pauvre monsieur, vous allez à l’hôpital ? » Pas du tout, lui a répondu l’ancien d’un air gourmand, « j’ai une partouze demain, et mes maîtres m’aiment bien lisse. »
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrêter de fumer tue[1]

 

Après le pacs, le patch. 3e jour. Ça ne va pas si mal, même si j’ai clopé ce matin la dernière Chesterfield qui m’obsédait derrière la deuxième rangée de livres de la bibliothèque.



[1] Référence à un excellent doc d’un mec qui fait de cette épreuve un journal très drôle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 14 novembre 2006

 

Devenir père de Toby : Transamerica  de Duncan Tucker 

 

04/06/2006

  

 

Bree, devenu transsexuel, travaille jour et nuit afin d'avoir assez d'argent pour payer une intervention chirurgicale qui fera définitivement de lui une femme. Elle est sur le point de pouvoir réaliser son rêve lorsqu’on l’appelle pour sortir de taule à l’autre bout des Etats-Unis, un adolescent de 17 ans tombé pour infraction à la législation sur les stups, qui s’avère être son fils et dont la mère est morte.

 

 

Bree a beau expliquer à sa psychothérapeute que cet enfant résulte d’une idylle de campus sans lendemain et qu’elle s’occupera du problème après l’opération, la spécialiste lui intime de tirer cela au clair. Sans quoi, pas de certificat d’aptitude au grand saut chirurgical, irréversible. Elle se présente à lui comme une bénévole religieuse et compte bien s’en débarrasser au plus vite. Mais les événements en décideront autrement…

Ça n’arrive vraiment qu’au cinéma, ces merveilleuses histoires ! Ah si seulement je pouvais moi aussi me retrouver du jour au lendemain père d’un garçon de 17 ans, aussi magnifique et dépravé que Toby (Kevin Zegers, 19 ans), ne rechignant jamais à faire une passe et avec un projet professionnel sérieux : devenir acteur de porno gay !

 

Nous pourrions, sans conflit aucun, résoudre ses problèmes d’argent de poche et, autant que nécessaire, je l’aiderais à se préparer pour ses castings.

 

 

 

 

Crazy de J.M Vallée (Québec)

  

L’homosexualité, l’amour du père et « le vain combat » de Zach contre son homosexualité, le tout sous fond de glam rock (a réactivé un bon souvenir ciné : Velvet Goldmine de Todd Haynes).

 

 

 

 Le choix de l’homosexuel iranien : la persécution ou la transformation

L'Iran n'est pas à un paradoxe près. C'est le seul pays musulman qui a légalisé le changement de sexe. En 1979, une fatwa lancée par l'Ayatollah Khomeiny a autorisé les opérations chirurgicales pour permettre de soigner ce que la République Islamique qualifie de "maladie identitaire". Dans un pays où parler de sexe en public est interdit, où être une femme est souvent intolérable et où les homosexuels sont condamnés, au mieux aux coups de fouet et à la pendaison en cas de récidive, plus d'un millier d'Iraniens, hommes ou femmes, ont changé de sexe ces dernières années. C'est plus qu'en France.

 

Si deux personnes du documentaire paraissaient bien être trans MTF (male to female), autrement dit ayant une identité de femme dans des corps d’homme, le 3e sur le point de se faire opérer, quoique efféminé, semblait s’être résigné à se faire couper ses attributs masculins parce que c’était pour lui la seule manière de pouvoir aimer les hommes.

 

 http://envoye-special.france2.fr/emissions/21037004-fr.php

 

 
 

Cinq jeunes hommes, homosexuels, sont soignés pour une pneumonie rare. Une revue médicale américaine alerte les spécialistes. L’épidémie du sida est née. Depuis ? En 25 ans, le sida a fait près de 25 millions de morts ; plus de 40 millions de personnes vivent avec.

 

« L’épidémie naît dans un contexte de forte recrudescence de MST aux Etats-Unis, concomitante à la libéralisation sexuelle. A New York, plus de 30 % des patients gays souffrent de parasites intestinaux. On évoque même un Gay Bowel Syndrome, un syndrome gay intestinal. »

 

 

Libération 8/6/6

 

Sexe anal, l’amour qui fait mal, le plaisir qui rend malade. Putain, fait chier !

  Six feet under - 1ère saison

Série TV créée par Alan Ball le scénariste de l'excellent et décapant American Beauty en 2001 et diffusée par la chaîne HBO.

 

Fallait oser dans notre monde où il rien n’est plus tabou que la mort ! Nous faire nous passionner pour la vie des membres d’une famille de croque-morts. Chaque épisode commence par la mort inattendue d’une personne qui se retrouvera chez Fischer and sons, à commencer par le père qui a créé l’affaire et qui revient régulièrement hanter les vivants. Pour détendre l’atmosphère, des fausses pubs « pompes funèbres » dans le 1er épisode, les interventions du père mort et des hallucinations assez drôles. Bien attendu, la série ne nous plairait pas autant s’il ne s’agissait pas d’une histoire de famille et surtout sans l’homosexualité de David qu’on attend avec impatience de voir se décoincer et sortir du placard.

 

 

Desesperate housewives - 1ère saison 

18/06/2006

Gabrielle a une affaire très sérieuse avec le fils de voisins qui n’a que 16 ans, un an plus tard alors qu’ils ont dû cesser de se voir, un ami de ce garçon propose à son tour d’entretenir son jardin gratuitement (ou presque) : comme il ne parvient pas à ses fins, il avoue en pleurs qu’il lui faut à tout prix vérifier s’il est vraiment gay.

 

 

Priape à la Gare du Nord

 

 

 

Gare du Nord, sur le quai du RER B, mon regard croise celui d’un grand métis. Je l’ai déjà rencontré. J’y suis : croisé dans les douches du CMG, sexe énorme avec prépuce hors du commun. Il me dit bonjour en souriant. J’en fais de même. Mauvaise mine, teint cireux des hépatiques. Aperçu ce soir au Monoprix, m’avait donc peut-être déjà repéré.

 

 

 

Trading

 

 

 

Alors que je franchisai l’entrée du parc, je l’ai remarqué, là-haut accoudé à la rambarde. Cheveux bruns mi-longs ondulés, jeune. Comme je n’étais pas sûr qu’il fût garçon, j’ai levé les yeux en commençant ma course. Il me regardait. Mon tour achevé, je le retrouve au même endroit. Nouveau regard de sa part dans ma direction, je m’étire et reprends mon souffle. Au moment où je suis passé à côté de lui, il s’est retourné, nous nous sommes regardés droit dans les yeux mais j’ai aussitôt fui ce regard qui me disait de manière par trop évidente « tu veux baiser avec moi ? ». Traits fins, peau mate. Ascendance latino américaine ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 12 novembre 2006

 

Mon attirance pour le vide : « Message personnel » à la Galerie Yvon Lambert

 

30/03/2006

 

 

Bonne presse pour Yvon Lambert qui fête les quarante ans de sa galerie en invitant tous les artistes qu’il a défendu à réaliser des œuvres pour l’occasion, comme autant de « messages personnels ». Personnage incontournable sur le marché de l’art contemporain, du moins en France, j’avais fait sa connaissance à Avignon où un hôtel particulier abrite sa collection personnelle. Alors en visite chez Christophe et Selim, nous y avions été entraîné par le mec du copain de Selim (l’attaché parlementaire désagréable), qui d’architecte, s’était reconverti en prof d’arts plastiques. J’en garde surtout le souvenir des photos de Nan Goldin que le galeriste a fait connaître en France.

 

Je n’attendais pas grand chose de cette exposition, à part des photographies et quelques provocations à dominante sexuelle. En définitive, je n’y trouvai rien qui suscitât mon intérêt. Particularité de l’exposition : les œuvres ne sont pas titrées (forcément, suis-je bête, on est entre intimes : « message personnel » !).

 

Un machin de plus de deux mètres de haut à l’entrée de l’exposition (Anselm Kiefer), une immense salle blanche occupée en son centre par des cimaises formant une pièce et sur lesquelles sont accrochés à l’extérieur les « messages personnels », à l’intérieur de cette pièce, souvenir d’un tableau avec deux aplats de vert différents. Un gribouillis me rappelant quelque chose (Cy Thwombly), un bout de journal sous verre sur lequel a été rajouté en rouge un S à « Le » et à « Monde », une peinture abstraite pleine de matière (l’objet le plus intéressant), une lettre élogieuse de Jack Lang au galeriste, une vidéo bruyante sur grand écran dans une petite salle, deux projecteurs rouges éclairant de très prés de la paille odorante (Claude Levêque), sur une table un pile de photocopies d’un texte (un instant, je crois enfin avoir trouvé un peu de doc sur l’expo), une série de photos d’un mec rasé se maquillant devant son miroir (Douglas Gordon) une date un 1er décembre de je ne sais plus quelle année (journée du Sida ?).

 

Je croise un seul mec. Que pense-t-il de cela ? Plutôt resté sur ma faim, je monte à l’étage. Une série de cibles aux motifs colorés. Comme toujours dans ce genre de lieu, le personnel plein de morgue vous ignore (ce vieux syndrome affectant le domestique d’une bonne maison qui se croît aussi important que son maître).

 

Merchandising de valorisation par le vide (Cf le show room de prêt à porter haut de gamme), sauf qu’ici l’objet est dérisoire (Plus conceptuel, tu meurs !).  Art contemporain ? Marchandise destinée à soulager le porte monnaie trop plein de riches écoeurés par trop de tout ?

 

Qu’est-ce qui continue à m’attirer dans de tels lieux ? L’envie de croire que moi aussi je pourrais être un artiste ? L’attirance pour le vide ?

 

 

Le souvenir de nos morts

 

Parce que sans doute il a pensé à lui durant ce séjour africain – il avait été terrassé par un neuro- paludisme lors d’une mission au Cameroun - de nouveau, Gabriel a rêvé de son père. Comme chaque fois au réveil, il a revécu la tristesse de réaliser qu’il était mort.

 

 

Verdeur poétique des épigrammes de Martial (40-104 AC)

 

…un romain qui est mort en 104 après JC à Bilbilis où il était né (au nord de l’Espagne actuelle) 

 

 

CONTRE FABULUS

 

Ceux qui fréquentent les garçons

 

Ont, dis-tu, l’haleine offensante.

 

Mais que penses-tu donc que sente

 

Fabullus, un brouteur de cons.

 

 

CONTRE NEVULUS

 

Ton esclave a mal à la pine

 

Toi, c’est au cul. A ces effets,

 

Sans être devin, je devine,

 

O Nevulus, ce que tu fais.

 

Traduction Jean Malaplate – NRF Poésie/Gallimard

 

 

Où l’on peut apprécier combien nous sommes devenus prudes…

 

 

Benjamin dans Le Cercle fermé de Jonathan Coe : Toute ressemblance…

 

« Benjamin m’a toujours frappée comme quelqu’un d’égocentrique. Ni avide ni (consciemment) méchant, mais doté d’un ego fort (d’un ego solide), il n’a pas vraiment besoin de compagnie autre que la sienne. Et il ne donne pas beaucoup de lui-même, c’est certain. Alors qu’Emily se donne sans compter. Elle est ouverte aux autres, généreuse envers ses amis, prodigue d’elle-même, c’est ça qui la rend heureuse, et je l’imagine toute dévouée à son couple, incapable de rien garder pour elle, ni secrets ni intimité. »

 

Benjamin était LE musicien de la bande des copains d’études et ses articles prometteurs dans le journal de la fac faisaient penser à ses amis que, plus tard, il vivrait de sa plume. Aujourd’hui,  sans enthousiasme aucun, il bosse dans une banque. Mais il continue à écrire, des chansons, qu’il interprète parfois, et surtout un roman exceptionnel, devant révolutionner les formes du genre dont l’entourage demande régulièrement l’avancement. Depuis 20 ans.

 

 

Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

 

 

06/05/2006

 

Un sujet de mauvaise conscience : signer ou non une pétition appelant à la désobéissance civile en proposant d'héberger des jeunes sans papiers scolarisés cette année (j'en ai deux en classe)

Armande, niveau 1

 

Je ne lui avais pas rendu visite depuis notre retour de Namibie. Elle avait laissé sur le répondeur pas moins de 10 messages, tous plus inaudibles que les autres car elle était aphone. Entre temps, son extinction de voix avait requis son hospitalisation à St Antoine et l’annulation du projet de voyage au Portugal chez ses parents.

 

Une aubaine pour Pierre-Emmanuel, si on peut dire, qui était au bord de la crise de nerfs de l’avoir à la maison en train de faire n’importe quoi, avec un Valentin très perturbé qui était devenu insupportable.

 

Retour à la Maison sur Seine. Visite de Gabriel qui ne la trouve intellectuellement pas trop mal. Appel d’Armande au cours du pont du 1er Mai pour que nous venions l’aider à faire des mots fléchés.  Je diffère ma visite annoncée de mardi au lendemain.

 

 

Armande dort, les écouteurs aux oreilles branchés sur la TV qui fonctionne sans arrêt. Le visage allongée, bouche ouverte, les avants – bras collés au buste, ses mains squelettiques aux ongles peints pendent, accrochés à ses poignets filiformes, à peine posés sur son ventre gonflé. Autour d’elle les tables sont jonchées d’objets et de détritus. Au sol, une couche usagée. De la fenêtre grande ouverte de la chambre 103 monte les bruits de la rue et pénètre la douce lumière d’une belle journée de Printemps.

 

Je décide de ne pas la réveiller et avale le sandwich, la tarte aux pommes et le jus de pomme que je viens d’acheter en feuilletant un Femme Actuelle. Finalement, elle se réveille. Ma présence la réjouit : « 

 

-          Oh, Tom, t’aurais dû me réveiller, t’allais partir sans le faire ?

 

-          oui, je t’aurais laissé le « Modes et Travaux » avec un mot.

 

-          Alors là tu m’aurais entendu, je t’aurais engueulé au téléphone. »

 

(…)

 

Alors qu’elle se passe une crème sur la peau de ses pieds et ses jambes qui pèlent : « 

 

-          ça y est, j’ai enfin désenflé

 

-          t’avais des oedèmes ?

 

-          oui. (…) J’ai les jambes maigres hein ?

 

-          Oui, pas plus que les bras

 

-          Oh, les bras,… »

 

Ses bras sont véritablement décharnés, la peau, violette tirant parfois vers le noir.

 

Je lui ai fait deviner quelques mots faciles de mots fléchés, elle se débrouille bien.

 

 

Le lendemain soir, message sur le répondeur

 

« C’est Armande, bon c’était pour vous dire que tout va bien, que je suis en pleine forme (long bâillement) que j’attends toujours la venue de Gabriel et Tompour m’aider à faire des mots fléchés parce que je bloque encore, ils sont difficiles ceux là, il faudrait que j’achète des niveaux 1 »[1] (fin du message)

 

 

Un peu plus tard, nouvel appel, pour s’endormir en paix ? (Pierre-Emmanuel travaille)

 

Bientôt deux ans qu’elle est malade et végète.

 

 

19/05/2006

 

Pépisse and love

 

Mon ami est délicat.

 

Un jour que sa bouche me tétait le dard,

 

A force de chatouillis,

 

S’est pris un jet de pipi.

 

S’est fâché, n’a pas ri.

 

Mon ami est délicat,

 

Un jour que sa langue fouillait mon trou

 

Poussa un cri.

 

« Cheat emergency » ?

 

Pas du tout, juste un vent.

 

S’est fâché, n’a pas ri.

 

Mon ami est délicat

 

Empalé, j’ai juté et j’ai ri.

 

 


[1] Ceux sur lesquels elle cale sont  de niveau 1

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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