Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Lundi 4 février 2008
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J’ai toujours trouvé belle la poésie sensuelle et souvent gaillarde des textes de Philippe Fréling publiés dans PREFmag. Sur son site, on lui découvre d’autres textes, d’autres talents : la photo et le documentaire vidéo, et ce « quelque chose comme de l’amour » qu’il porte « depuis l’enfance » à la culture japonaise et aux garçons.

Son texte « Uké et Tori » est devenu un livre, sorti cet été chez Arléa, sous le titre de Ceinture jaune.
Délicate évocation de souvenirs d’enfance que je viens lire d’une traite. Par petites touches de courts paragraphes, l’auteur parvient à faire ressusciter les pensées qui l’auraient habité l’année de ses dix ans.
 
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Hokkusaï – 100 vues du Mont Fuji

L’homme sans souvenirs d'enfance (ou presque) que je suis
[1], est éperdu d’admiration pour tous ceux qui la font resurgir, que ce soit sous la forme du récit ou celle du roman. Comment font-ils ?

Le petit Philippe Fréling, qui paraît scolairement précoce dans son livre, écrivait-il déjà ?
Mémoire de tout l’instant et ensuite « simple » travail d’écriture ?
Réappropriation de paroles d’enfants de son entourage ?

Que je songe aux gosses de 10-11 ans que je connais, à commencer par Valentin, et je me dis que cet enfant n’a pu être vrai, ...ou alors que ce n’était vraiment pas un enfant comme les autres.
D’un autre côté, que sais-je des pensées profondes de Valentin ou d’Antoine[2] ?  


... Et si ce n’était que littérature ?

 

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Mishima - autoportrait en St Sébastien

J’ai plein de points en commun avec le narrateur. En particulier le judo.
Mais, à la différence de lui, je ne crois pas avoir choisi le judo, et surtout pas pour des raisons esthétiques (« parce que c’était beau »). 

Sans doute que mes parents, comme d’autres, m’avaient inscrit au club pour me faire pratiquer un sport de garçon qui endurcirait et sociabiliserait le pré adolescent timide et un peu chétif que j’étais alors (je jouais déjà d’un instrument et ma sœur voulait faire de la danse).

Avec le temps, objectifs parfaitement atteints. Le jour où je sortis en claudiquant du tatami pour dire au prof que je m’étais fait mal au pied, il me renvoya au combat avec cette phrase mémorable : « ça ne se verra plus quand tu te marieras ! » Vu que j’étais à deux doigts de m’évanouir de douleur au moindre contact, il daigna finalement à me laisser quitter du tatami. 
Diagnostic : une grosse entorse avec hématome au pouce et une fracture au petit orteil.
 
undefinedTiens ça oui, je m’en souviens bien ! Mais sans doute parce que je l’ai répétée.
Monsieur K. le prof, les frères L., le cadet teigneux, toujours une ceinture au-dessus de la mienne, que je craignais mais qui avec le temps finit par me ménager ... 
C’était un garçon blond bouclé avec des tâches de rousseur et une peau très blanche...
 
Rien de plus juste dans cette phrase qui dit la quintessence du plaisir que nous avons pu éprouver au judo :
 
Le combat se termine au sol par immobilisation. Je l’immobilise ou il m’immobilise. Nous sommes joue contre joue, nos sueurs se mélangent, nos cœurs battent. (p. 176)
 
Oui, ça me revient, un garçon blond (vénitien peut-être) bouclé avec des tâches de rousseur et une peau très blanche...

... Quelques autres paragraphes de pages cornées de ce très beau 1er livre sur 1000 chez Arléa :
 
Nous sommes tous les deux ceinture jaune. Pourvu qu’on soit ensemble lors du prochain passage de grade ! Rien de garanti. C’est le professeur qui choisit. Celui-là avec celui-là. Toi avec lui. J’ai remarqué qu’il s’amuse avec ça. Deux garçons toujours ensemble, c’est sûr un jour, il les sépare.
 
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Il y a un nouveau. Je le vois qui retire son slip avant d’enfiler son pantalon de kimono. Il ne sait pas qu’il faut garder son slip sous son pantalon. Qu’est-ce que je fais, je lui dis ou bien je le laisse prendre le risque de se faire moquer de lui par tout le dojo, le professeur en tête ? Je lui dis. Pour le voir nu une deuxième fois.
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Le professeur, une nouvelle fois, nous explique uké et tori. « Au judo, on est deux, il y a uké et tori... » Tout le monde l’écoute, comme d’habitude, les yeux en l’air ou sur ses orteils. Moi, dans ma tête, je m’amuse : je le regarde, lui, et j’entends « Au judo, on est deux, il y a moi et lui. »
 
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Dans la vie, il y a ce que l’on fait et ce que l’on pense. On peut faire des choses ensemble. Nous deux, on fait du judo ensemble. Mais aussi, on peut penser ensemble. Nous deux, on pense ensemble. J’aime ça et, maintenant, dans ma vie, j’aimerais pouvoir le faire avec d’autres, avec lui, toujours, mais avec d’autres aussi, d’autres personnes avec qui, comme avec lui, je ferais quelque chose et je penserais ; d’autres amis.
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Le judo est un art martial. Mais moi, au judo, avec lui je suis en paix.
 
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J’ai eu toutes les peines du monde à retrouver cette photo sur laquelle j’ai posé, en kimono avec une ceinture orange. La grande, format photo de classe, je ne l’ai plus, par contre j’ai retrouvé une petite dans l’album qu’Elisabeth avait fait avec la complicité de ma mère pour les « 30 ans surprise » qu’elle m’avait organisée. 
La dominante magenta semble avec le temps s’être encore accentuée. Je n’aime pas ma tête.
Quel âge avais-je ? Faut que je demande à maman. Quand ai-je commencé le judo ? Quand ai-je arrêté ? Faut que je demande tout ça au biographe de mon enfance.
 

 
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par Thomas Querqy
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Lundi 21 janvier 2008
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Selinunte SICILE janvier 2008

delvillel---coledeplatonorsay.jpgJean Delville - L'école de Platon (Musée d'Orsay)

Ce matin là, je m’arrachai du lit, « la gueule dans le cul », pour passer sous la douche, priant pour qu’ils soient en retard. Je n’étais pas encore dans la salle de bain lorsque l’inopportun « ding dong » me surprit dans le couloir, nu avec une exceptionnelle trique matinale. « Et ben, ils sont pas en retard ! » dis-je de très mauvaise humeur en tirant le rideau de douche «Tu leur ouvres ? ».
 
C’est à cause de la Grèce que ça sonne ce matin. Enfin, c’est « en raison de la grève d’une certaine catégorie de personnel » qui nous a empêché de nous rendre à Athènes comme prévu, que ce type vient m’importuner si tôt pour nous installer de nouvelles fenêtres.
 
Raté pour raté, on s’était alors dit qu’il fallait profiter de tout ce temps libéré pour faire toutes les choses sans intérêt que l’on ne cessait de reporter, parfois depuis des années.
Comme par exemple changer les fenêtres, afin d’en finir avec « le vent frais de secteur nord-est » à l’intérieur de l’appartement, ou encore trouver une nouvelle bibliothèque pour ranger dans un espace contraignant tous les livres qui s’empilaient un peu partout.

Vous ricanez ? C’est énorme comme challenge ; à croire que les gens ne lisent plus : on ne trouvait que des rangements pour mettre des bibelots ou de ces gros livres qui s’achètent, qui s’offrent mais qui ne se lisent pas.
De guerre lasse, on s’est retrouvé chez Ikea avec une voiture prêtée par Paulo pour rapporter l’irremplaçable Billy de nos années d’études.
 
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Castor et Pollux

De toute façon, l’affaire grecque se présentait mal. 

Athènes, l’un et l’autre n’avions fait qu’y passer pour se rendre dans les îles, alors l’idée nous était venue d’aller passer quelques jours dans la capitale au nom de déesse, «berceau de notre civilisation européenne ».
Toujours trop dans l’improvisation (tous les hôtels qui me plaisaient étaient déjà complets), on avait été contraint de payer 5 nuits d’avance pour un hôtel coûteux et sans charme.
Dans le même temps, notre entourage unanime, nous disait que cette ville ne méritait pas autant de jours, mais à cela nous répondions, confiants, qu’on verrait bien. 
Pourtant lorsque se trouva confirmé que le
musée du Parthénon était fermé pour cause de déménagement des statues de l’Acropole vers le nouveau musée qui n’ouvrirait que début 2008, je tentai en vain de réduire le nombre de jours de réservation sur Athènes pour pouvoir avoir la liberté de partir ailleurs.

C’est alors que la grève des personnels navigants d’Air France nous ôta tout regret.
 
bacchuscarravage.jpgBacchus - Le Caravage

En attendant de pouvoir enfin y mettre les pieds, J., 14 ans, sur le prétexte qu’il porte le prénom d’un de ses héros m’a fait réviser hier soir la mythologie grecque.

J. est le fils unique d’un couple de voisins franco-britanniques très sociables, qu’on a vu grandir. Comme souvent dans une telle situation, il est un garçon parfaitement à l’aise avec les adultes avec qui il a toujours échangé, en premier lieu avec son père qu’il appelle de son prénom ; ce qui fait de lui un garçon déjà cultivé dans de nombreux domaines, et par ce seul fait, sans doute, un garçon différent de la plupart de ses camarades de collège.

Depuis peu, chaque fois que je le vois, je pense au
vilain petit canard d'Andersen de mon enfance, raconté sur un disque qu’avaient acheté nos parents, avec pour illustration sonore des extraits du Peer Gynt de Grieg
Ce soir, le vilain petit canard s’est débarrassé de son disgracieux appareil dentaire, l’acné se fait moins envahissant, pour la première fois je trouve qu’il a de beaux yeux, la métamorphose du vilain petit canard en cygne approche.
 
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William Gedney Paris 1978


Mais quelle logorrhée ! Je me tourne vers son père tout en appuyant de l’index au creux de l’épaule du garçon  « où est le bouton pour le faire arrêter de parler ? » J. sursaute, je venais de réactiver une blessure de judo.
 
Avant de l’abandonner pour aller discuter avec d’autres invités de la soirée, je lui ai dit que je ne savais plus beaucoup de choses de la mythologie grecque mais que je pariais qu’il ne connaissait pas, l’histoire d’Ampélos et Dionysos, cette histoire d’amour à laquelle nous devions le vin que j’étais en train de boire (Ampelos signifie vigne en grec).
 
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Bacchus et Ariane - Guido Reni

L’histoire est contée dans un poème Les Dionysiaques (chant XII) par un grec qui a vécu en Egypte au Ve siècle,
Nonnos de Panopolis.

Pour aller vite, Dionysos adolescent subjugué par la beauté d’Ampélos noua avec lui une amitié amoureuse. Jalouse de Dionysos, Hera fait mourir l’éphèbe. Comme Dionysos est fou de douleur, les quatre saisons se rendent auprès de Zeus pour lui demander de rendre Ampélos immortel en le transformant en un végétal comme il l’avait déjà fait pour Narcisse, Hyacinthe, ou Adonis.
 
Et, tandis que Dionysos gémit, voici qu’une grande merveille se produit sous ses yeux. Le corps sans vie se redressa, ondulant tel un reptile, Et Ampélos serpentant devint une délicieuse plante fertile. A mesure que le corps sans vie se métamorphose, Son ventre s’étira et devint tronc, ses doigts vrilles et ses pieds racines Les rinceaux de ses boucles furent grappes, Sa peau de faon se couvrit d’une chatoyante floraison de fruits, Des pampres naquirent de son long col, Le coude replié n’est qu’un sarment tendant ses raisins, Son front aux volutes cornues s’incline sous le poids des grappes.
Ce qui fut son ami devint son doux ombrage. Dionysos mord le raisin, goûte au brûlant breuvage. Et le sang d’Ampélos rosit ses blanches mains.
 
Jean Broc - La mort de Hyacinthe
undefinedEn cela, Zeus a fait un cadeau à Dionysos plus important que celui fait aux autres Dieux dont les amants mortels ont été transformés en plantes, il crée ainsi « la boisson qui réconforte la race des mortels ».
 
Gabriel nous a dégotté ce récit alors que nous voulions commander à Goran un relief autour de vin et de l’amour homosexuel. 
Très motivé par le thème, l’artiste a réalisé en résine acrylique une plaque dont il nous a paru, à raison, très fier et qu’à notre demande il a fait dorer à la feuille de
Palladium.

« J’aime le Palladium, nous dit Goran avec un sourire malicieux, ne serait-ce qu’à cause de son symbole chimique. Le connaissez vous ? ... Pd.»
 
 

Nonnos, les Dionysiaques ou Bacchus poème en 48 chants (édition 1856 texte intégral numérisé)
 
 

 
AES-Flastriottondo3.jpg 
Troublante révolte ultime

Piètres traces vidéo de la troublante installation du collectif russe
AES+F présentée jusqu’au 6/1/8 à la galerie  Passage de Retz, parmi d’autres projets consacrés à l’enfance et l’adolescence :
 
 
The last riot AES+F (autre extrait)
 
Exposition très bien chroniquée (comme toujours) sur ce blog et par Olivier
 
 
 
par Thomas Querqy
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Mardi 8 janvier 2008
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William Gedney San Francisco 1966-1967
Poison
Parce qu’il n’y a pas de BO du film sur ces images de Velvet Goldmine, j’ai pensé au Bowie « Glam rock » puis à Crazy
 
Bob Dylan, le chanteur, ça n’a jamais été mon truc, alors un film sur la mythologie Dylan, il n’y avait pas de raison que ça me captive beaucoup plus !
Sauf que I'm not there est réalisé par un cinéaste dont j’ai aimé tous les films depuis la découverte de son Poison en 1991.
En attendant donc d’aller voir ce dernier Todd Haynes, j’ai profité de la programmation de Poison aux 13e rencontres internationales de cinéma à Paris pour y entraîner Gabriel.
 
Même s’il ne me l’a pas dit, je crois que mon compagnon n’a pas vraiment compris, après la projection, mon insistance à vouloir lui faire braver le froid de ce dimanche soir, veille de reprise du travail.
En fait, moi-même, je n’ai pas retrouvé ce qui m’avait tant chamboulé.
 
dalessandro.jpg

Joe Dallesandro

Poison est construit par le montage de
trois "histoires" de "style" très différent : « Hero », « Homo » et « Horror ».
Si l’évocation de l’univers de Genet (« Homo ») demeure très forte (c’est la seule partie qui a plu à Gabriel), j’ai regardé un peu distraitement, mais sans déplaisir, «Hero » (l’enquête par interviews au sujet d’un enfant qui a tué son père puis s’est envolé par la fenêtre).
La surprise vint en fait d’« Horror » dont je n’ai perçu cette fois-ci que le côté pastiche du film d’horreur, voire même parodique :
 
Un certain "docteur Graves" a découvert le secret scientifique des pulsions sexuelles, mais il avale le breuvage magique, et devient un monstre sexuel, de surcroît contagieux. Tout ça finit très mal pour lui et sa laborantine qui l'aime d'amour fou.
 
poisontoddhayneshorror2.jpg

La première fois, il me semble que j’avais suivi beaucoup plus gravement, peut-être bien même au 1er degré, la tragédie du «docteur Graves » devenu monstre contagieux, de plus en plus affaibli et rejeté par tous.
Il est vrai que les temps ont changé. J’étais alors venu voir ce film seul, dans cette salle proche du bd Raspail. Je devais encore traîner ma croix du célibat et de la frustration sexuelle /affective concomitante. A l’époque, le sida était une maladie dont on mourrait de manière certaine : les trithérapies qui ont transformé le sida en maladie chronique pour ceux qui peuvent en bénéficier et les supporter, n’existaient pas encore.
Pas de quoi baisser la garde, mais peut-être cela faisait-il la différence ?
 
Si Elisabeth et Sylvie n’était pas venues dîner le samedi soir, j’aurais aimé demander à Todd Haynes qui était présent à la projection du samedi, s’il avait bien été dans son intention d’évoquer dans « Horror » l’horreur du sida (l’allusion paraît évidente, pourtant elle n’est pas évoquée dans les rares sources trouvées sur Internet).
Dans l’affirmative, j’aurais également pu lui demander si le genre (pastiche ou parodie du film d’horreur) avait été un choix évident (l’humour noir du désespoir ?). Enfin, j’aurais été curieux de vérifier si le sida avait aussi, du moins en partie, inspiré son film Safe (1996), même si l’histoire ne l’évoque jamais.
 
Todd Haynes a dédié le film « I’m not there » à Jim Lyons, son compagnon, décédé durant le montage du film, ... des suites du sida.

 
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 William Gedney Stonewall riot anniversary 1978


 
A propos de Dylan, pour ceux qui ont du temps à perdre avec les générateurs : http://www.dylanmessaging.com/create,
 
 
Skin and bones
 Bruce of L.A. Joe Dallesandro
bruceofLAjoedallessandro.jpgSans Darek, nul doute que ce film serait passé à la trappe. Comme il est projeté un soir de semaine et que le thème ne s’annonce pas d’une très grande originalité, je traîne un peu la patte et essaie d’obtenir quelques garanties.

La principale est l’autorité cinématographique de
Jean Douchet qui présente Skin and bones (1996) comme film d’ouverture d’un cycle Parcours secret de l'homosexualité au cinéma  au cinéma du Pantheon.
L’intitulé du cycle m’évoque The celluloïd closet, traque de l’indicible/invisible homosexualité dans le cinéma d’Hollywood de jadis.
Une chose est sûre, le décryptage du film d’ouverture du cycle ne nous donnera pas la migraine : il y est question des (més)aventures de garçons de Los Angeles rêvant de devenir acteurs mais qui en attendant font le tapin.

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Un tel pitch fait inévitablement penser au Hustler White de Bruce Labruce et Rick Castro, sorti... la même année, en 1996. Coïncidence, d’après Everett Lewis : « L'ensemble de ce projet a pris beaucoup plus de temps qu'il ne l'aurait dû. Quand j'ai commencé, il n'y avait pas de film sur les prostitués masculins, alors que maintenant c’est devenu un genre à part entière. »

Personne ? Sur la place de Los Angeles. ? En 1992 sortait
My own private Idaho de Gus Van Sant précédé en 1968 de  Flesh de Paul Morrissey, produit par Andy Warhol.
 
A Los Angeles, attendant un contrat hollywoodien plus qu'hypothétique, trois postulants comédiens entrent dans un réseau de garçons livreurs de leur corps, sans état d'âme, et trouvant même cela plutôt rigolo. Ils s'abritent derrière leur espérance et, comme se définit le plus vétéran des trois : "Je ne suis pas une pute, je suis un acteur, je vends du fantasme."
 
Fleshmorriseywarhol.jpg

Rigolo ? Ça l’est pour eux comme pour nous seulement au début du film (euphorisant comme les premières prises de drogues dans Requiem for a dream). Car en effet, une agence qui propose à la clientèle la réalisation de tous ses fantasmes pourvu qu’elle soit disposée à y mettre le prix, mène inexorablement le film sur des territoires bien plus sombres, celui d’une activité forcément dangereuse, loin des provocations ironiques de Hustler White.

L’interminable liste des scénarii numérotés que propose l’agence, son côté Sadien (comme une litanie de combinaisons), amuse pour vite créer un malaise et finir par devenir carrément angoissante au fur et à mesure des déboires des jeunes gens.


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Ce qu’on voit aussi, ce sont des garçons prématurément broyés par l’immoralité d’un monde d’argent roi, dans lequel ceux qui le possèdent (ou qui permettent d’y accéder), transforment en marchandises tous les autres qui sont prêts à tout pour en avoir afin d’exister. 
Skin and bones ? Ceux qui n’ont que leur « carcasse » à échanger ? Ceux à qui il n’est laissé que la « peau sur les os » ?
Skin and bones, un film marxiste-féministe? :=)
 
Si Gab n’avait pas eu faim, j’aurais volontiers écouté ce que Jean Douchet (et un public averti) pouvait dire de ce film réussi.
 
C’était une première projection en France pour un film disponible en DVD. 


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PhilippeLorcadiCorciahustlers2.jpg

 


Sur le même thème depuis : Twist de Jacob Tierney et Adrienne Stern (2005)
 
twistnickstahl2005.jpg



par Thomas Querqy
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