Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Vendredi 10 novembre 2006

Vers le sud

 

26/02/2006

 

 

Dans l’ensemble j’ai trouvé le dernier film de Terence Mallick, Le nouveau monde,  beaucoup trop long, cul-cul à force d’être didactique. Gabriel, s’il concède mon premier reproche, l’a aimé. Lecture de Télérama au retour du ciné : Louis Guichard est du côté de Gabriel, l’autre critique du mien en titrant « New age et glamour ».

 

Tous deux en revanche avons été touchés par l’histoire de ces quinquagénaires nord-américaines qui viennent chercher l’amour auprès de jeunes haïtiens dans les années 70, et par ce qui nous est donné à penser de leurs motivations et de celles de ces garçons pauvres qui, dés qu’ils quittent la plage de l’hôtel, retournent dans un monde de pauvreté et de violence, celui des tontons macoutes (Vers le sud, de Laurent Cantet avec Charlotte Rampling adapté à partir de trois nouvelles de l’écrivain haïtien Dany Laferrière).

 

Comment ne pas être d’accord avec Sue lorsqu’elle dit : « Soyons honnête, ici, je ne vois même pas les blancs, ils sont plutôt fades à côté des noirs, non ? » Comment ne pas partager la fascination de Brenda qui ne parvenait pas à quitter des yeux le corps de Legba lorsqu’elle l’a rencontré pour la première fois, il y a trois ans, alors qu’il avait 15 ans.

 

Le corps de Legba, qu’Ellen et Brenda se disputent, est magnifique : longues jambes fuselées, fesses rebondies, larges épaules sur un buste naturellement musclé, beau visage carré, lèvres charnues, dents blanches. Je penserai à lui en lisant l’autofiction ( ?) de Jean-Noël Pancrazi « les dollars de sable » :

 

 

En République dominicaine, un écrivain européen vieillissant s'éprend de son jeune guide et entame avec lui une histoire d'argent... Ecrit dans une langue superbe aux phrases interminables et mélodieuses, « les Dollars des sables » sont aussi une méditation douloureuse sur les illusions de l'exil

 

 

 « Mon fils, prêtre ? J’espère bien que non. »

 

02/03/2006

 

 

-          Et Lucas, il est chez son père ?

 

-          Non, il est en retraite avec un groupe de copains.

 

-          Ça continue alors, sa crise mystique ? On va avoir un curé dans la famille.

 

-          Ah non, quelle horreur, j’espère bien que non. Dieu merci, ça lui plaît surtout parce qu’il s’y amuse avec ses copains et qu’il aime bien ce jeune prêtre, mais si ça devient trop religieux, ça le gave.

 

-          Ah bon ? Tu n’aimerais pas que ton fils devienne curé ? Pourquoi ?

 

-          Je veux qu’il me donne des petits-enfants.

 

-          C’est marrant, toi aussi ? Oriente le alors plutôt vers l’Eglise protestante ou la synagogue, les religieux se marient et font des enfants.

 

-           Non, j’espère bien qu’il ne deviendra rien de tout ça.

 

-          Pas pédé, alors ? Mais avec des enfants, ça pourrait faire l’affaire ?

 

 

Ayant renoncé depuis si longtemps à la paternité, je m’étonnai presque que ma sœur fût aussi attachée à l’idée d’avoir non seulement des enfants mais aussi des petits-enfants. Je suis à coup sûr en train de manquer quelque chose d’essentiel.

 

 

Pauvres parents d’ados à problèmes

 

Comme pour me vacciner d’un vague regret fugace…

 

Gary, le neveu américain, déjà 18 ans, vient d’être viré de la maison familiale parce qu’il continue à y entreposer de la poudre d’ecstasy et à dealer, et qu’il a refusé de se désintoxiquer. D’après ses parents, son père qui est avocat au pénal, pourrait perdre son travail si ce genre de choses venait aux oreilles de la police et de la justice.

 

Gary a obtempéré mais en leur réclamant les 2000 $ de poudre qu’ils ont jeté dans la cuvette des WC, et en les menaçant de les balancer à ceux à qui il doit la somme.

 

 

Ça ne doit pas être la super ambiance là-bas, les pauvres parents doivent se demander continuellement si ce qu’ils ont décidé est pertinent ou non.

 

 

 

 

 

 

Diagnostic plomberie

 

Du côté de chez Gabriel, on meurt de cancers du colon. Après sa mère et Pierre-Emmanuel, Gabriel a pris son rendez-vous coloscopie. Régime alimentaire contraignant dés le mercredi soir pour un examen le samedi à 11H30. Vendredi, après le dernier « repas », 4 litres d’une solution salée, pour lui nettoyer définitivement le gros intestin. Beaucoup de temps passé au WC, à pisser du cul. Anesthésie à jeun (pas même un verre d’eau autorisé à partir de 6H du mat) et promenade de la caméra de l’anus à l’appendice. Beaucoup de préparation pour une pénétration aussi peu sexuelle, presque dommage !

 

J’appréhendais qu’on lui trouve des nodules ou pire qu’on lui abîme l’organe (j’ai le souvenir d’un Marc qui avait dû se le faire raccourcir après un tel incident avec ce que ça implique d’handicap : « chier comme un canard »). Grâce à Dieu, j’ai récupéré un Gabriel plutôt guilleret après une collation qu’il a trouvé trop légère : « mon colon est parfait, par contre, j’ai une appendicite, faut que je passe sur le billard dés que possible ».

 

Pour lui, c’est un élément comme un autre de ces listes de choses à faire que j’établis d’habitude. J’envie sa sérénité face à ce genre de corvées, pas facile de se débarrasser d’une éducation « médecinophobe » !  A tous les coups, je ne vais pas tarder à avoir mal au ventre sur le côté droit.

 

Hôpital la Croix St Simon , certifié ISO neuf mille quelque chose

 

18/03/2006

 

 

Lorsqu’au retour du travail, aux alentours de 19H, j’ai appelé au numéro que m’avait laissé Gabriel dans la journée, l’épouse de son compagnon de chambre hospitalisé pour occlusion intestinale m’a dit qu’il n’était toujours pas remonté du bloc. A jeun, hydratation comprise, depuis 6H du matin, qu’il a dû trouver longue cette journée du mardi à attendre !

 

Mercredi 11H, j’allais le chercher à sa sortie de l’hôpital. L’hosto est tout neuf, le personnel charmant et efficace (pas ce matin, s’est plaint Gabriel), il paraît que c’est le garagiste à choisir.

 

Pas trop mal au bide mais l’épaule droite douloureuse. Il est allé consulter un ostéo qui l’a un peu soulagé mais sans que cela soit spectaculaire sur la durée. Depuis , il se pourrait que ce soit dû aux gaz dont on l’a gonflé pour l’opération.

 

Aujourd’hui dimanche, il est à Tours : il a maintenu son projet d’aller voir sa mère ce week-end là, d’autant que ça arrangeait Pierre-Emmanuel qu’il amène Valentin puisqu’il travaille.

 

 

 Creative juices, 2 ass fillin’ bareback hours

 

« Sexually correct » oblige, et non sans raison dans une époque où le Sida continue à décimer, la pornographie gay s’exhibe en capote. Les bouches sucent sans mais ne boulottent pas de sperme, même s’il est de plus en plus fréquent d’apercevoir des éjaculations faciales plutôt limites. Voie la plus sûre pour choper le virus, la saillie sans capuchon est accessible pourvu qu’on puise dans un fond antérieur au milieu des années 80.  Quant au filmage en gros plan de l’organe du plus grand plaisir du passif, jusqu’à ce jour je déplorais sa trop grande rareté.  Difficulté technique de prise de vue ? Non, pas suffisant comme raison. Plutôt le trou du caca comme tabou visuel ultime.

 

L’invisibilité créant le fantasme, les images d’une grosse bite, de préférence noire, malmenant un anus dilaté qui finit par se faire arroser par un jet blanc gluant, s’étaient installées au sommet de mon panthéon d’images fantasmatiques.

 

Avec Creative juices, j’ai virtuellement réalisé ce fantasme : un certain Sean Storm, pas mal, n’a de cesse de se faire, en très gros plan, besogner et arroser le fondement par des mecs bien montés. Il a l’air vraiment d’aimer ça même s’il ne bande pas souvent. Une réserve : ses arroseurs (à la tête souvent floutée), sont pour moi beaucoup trop vieux.

 

Incertitude autour de la lisière brune de son pubis

 

Gabriel n’était pas encore remonté du bloc opératoire que Jan appelait pour prendre de ses nouvelles. Qui a téléphoné hier après-midi parce qu’il était dans en bas de la rue ? Jan.  Toujours d’une fraîcheur souriante émouvante.

 

Comme Gabriel décrivait l’usage qui avait été fait des trois petits trous de son opération, Jan voulut nous montrer sa cicatrice d’appendicite à l’ancienne. Il a sorti sa chemise de son jean, l’a relevée mettant ainsi à nu son flanc, puis a tiré son pantalon vers le bas, découvrant la lisière brune de son pubis. Encore plus émouvant.

 

J’ai aussitôt dit : « Gabriel, comme tout malade va se faire un plaisir de nous montrer ses plaies sous ses pansements » et comme Jan se demandait à quoi ça ressemblait un appendice (après avoir demandé si on disait appendicite), j’ai rajouté : « moi aussi, je n’avais aucune idée là-dessus, alors j’ai été cherché sur Internet une photo de colon et d’intestins. Toutefois, cet appendice est vraiment sans intérêt, en comparaison du deuxième, tu savais qu’on en avait deux ? »

 

Même si j’étais affairé au piano, j’ai eu le sentiment que Gabriel avait mis du temps à remonter de la cave où ils étaient descendus ensemble pour récupérer sur le vélo un élément de la lampe que Jan lui avait prêté.

 

 

 

 

Les deux faces de la nostalgie : « D’ici là » de John Berger

 

Dans ce nouveau roman, comme dans une bonne partie des autres, l’auteur fait surgir des gens disparus dans le monde des vivants. A Lisbonne, le narrateur se promène avec sa mère morte. A Cracovie, Ken, celui qui lui a appris à peindre et à boire trente ans auparavant, surgit au détour d’un marché. A Madrid, son vieil instituteur, continue à le conseiller. A Genève, le parfum de l’herbe coupée sur la tombe de Borges, lui évoque tous les commencements : matin, enfance, printemps… En fait, au bout de deux ou trois jours à Lisbonne, Berger a bien vécu à Lisbonne l’expérience de côtoyer sa mère morte. (…) «Au bout de deux ou trois jours, j’ai pensé très fort à ma mère. C’était la première fois depuis sa mort que j’avais le sentiment de sa présence. Pourquoi à Lisbonne ? Je ne me le suis pas expliqué, parce que je crois qu’elle ne m’a jamais parlé de cette ville où elle n’a jamais dû se rendre… Mais je l’ai accepté. C’est comme ça que tout a démarré… A Lisbonne, on a l’impression dans certains endroits de retourner cinquante ans en arrière. Les visages. Les vêtements… J’ai cru me retrouver dans une loupe de temps et de marcher dans une des villes de mon enfance au côté de ma mère. Je ne suis pas nostalgique. La nostalgie a deux faces. La plus courante consiste, parce que nous vivons dans un monde où l’avenir n’existe guère, à s’éloigner d’un présent menaçant pour rêver avec beaucoup de regrets le passé. L’autre prend la direction opposée et repose sur la coexistence du présent avec le passé. Ce n’est pas une évasion du présent. »

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Jeudi 9 novembre 2006

19/01/2006

 

 

La galerie Peter ’s friend où mon prof de modelage expose sa série « Mouvements et absences » autour des chevaux durant le mois de janvier est gérée par une société qui s’appelle Carré VIP. Tellement VIP que je n’arrive pas à y avoir accès : lundi fermé, aujourd’hui, bien que m’y trouvant dans les horaires d’ouverture, j’étais invité à appeler un numéro. L’a bien besoin de ses cours à l’ESAA pour vivre Paul Nees, ce n’est pas avec l’activité débordante de son galeriste qu’il paiera son loyer.

 

 

Suite à un papier dans Télérama sur le retour du dessin sur le marché de l’art, j’ai été faire un tour à la galerie Eric Dupont où dans le cadre d’une exposition consacrée au dessin, « les israéliens Gil et Moti racontent en 9 dessins le trio amoureux avec un palestinien, en un panachage surprenant de mails, croquis et SMS. » Ici, c’est ouvert. Aux murs d’une grande pièce blanche et vide sont accrochés les dessins. Un escalier en colimaçon permet d’accéder en sous-sol. Derrière une porte blanche, j’entends un mec parler au téléphone. Rien de ce qui est accroché n’est vraiment remarquable, si ce n’est sur le mur d’en face, à l’aquarelle sur un format A3, une ronde de trois mecs nus vus en contre plongée, autrement dit, une ronde de trois bites couillues. Les autres dessins censés nous raconter ce trio amoureux, sont bâclés sur des formats A4 de piètre qualité toujours à l’aquarelle très diluée avec systématiquement un texte en anglais également peint à l’aquarelle. Vraiment sans intérêt et pourtant le galeriste ose demander 1600 euros pour chacun de ces bouts de papiers. Une raison de plus pour continuer à dessiner et peindre. Y a de l’espoir ! Après ce ne sera plus qu’une question de relationnel.

 

Je plaisante. La magie du dessin seule importe.

 

 

L’insouciance, c’est fini (tendance hypocondriaque)

 

Hier, on s’est fait un flip avec Natacha qui venait d’apprendre coup sur coup qu’une jeune fille de 25 ans de ses connaissances avait chopé le cancer et que sa cousine de 39 ans qui avait mal à la mâchoire et je ne sais encore où, venait de se faire diagnostiquer le plus douloureux des cancers, le cancer des os. Sitôt qu’elle en a parlé à Corinne, sa copine, celle-ci a éclaté en sanglots  parce qu’elle pétait soudain de trouille d’être touchée à ce ventre qui la faisait ce jour-là souffrir (elle a des problèmes récurrents du côté des organes de reproduction qu’elle fait surveiller).

 

Et moi, le lendemain, devinez où j’avais mal ? A la mâchoire.

 

Devinez à quoi j’ai pensé pendant deux jours ?

 

Comme disait Nathalie, ce qui fait vraiment la différence entre nous et un jeune d’une vingtaine d’années (le nouveau baby sitter de Samuel, Johan, qui séduit beaucoup sa maman), c’est l’insouciance.

 

 

PS Depuis le 1er janvier Gabriel peut avoir mal au coude (« comme si on me piquait »), le médecin lui a donné une pommade doutant que ce soit une tendinite. Il a tout de suite craint d’avoir la maladie rare et invalidante de Marie Hélène.

 

Hier, JG m’annonce le cancer d’Elenescu mon ex proviseur parti à la retraite. On lui a détecté alors qu’il avait mal au bras, en fait, c’était la tumeur de son cancer du poumon qui le faisait souffrir. Je me jure de ne pas raconter cela à Gabriel et connaît un espoir lorsque ma soeur évoque avoir eu un problème similaire qui provenait d’un désordre vertébral et qui s’est réglé avec un ostéo.

 

 

Quête généalogique d’optimisme

 

 

Mon chercheur favori, Gab s’est lancé dans des statistiques sur sa base de données Hérédis dont il a exporté une partie sur Excel. Objet de la recherche : sortir des tendances d’espérance de vie dans son arbre généalogique. D’après ce que j’ai vu, on vivait en général vieux chez ses ancêtres. Une manière plutôt plus intelligente qu’une autre de réduire sa peur de la mort ?

 

 

 

Le secret de Brokeback mountain d’Ang Lee

 

21/01/2006

 

 

Non sans surprise, j’ai lu quelque part que le réalisateur du Wedding banquet n’était pas gay. Ni Jake Gyllenhaal qui incarne le très séduisant Jack Twist, ni son amant le mutique Ennis n’aiment eux non plus les hommes dans la vie (mais le contraire m’eut surpris tant de nos jours jouer un personnage homo est devenu un passage obligé dans la carrière d’un acteur). Et pourtant, magie du cinéma, à aucun moment le spectateur pédé ne doute de la véracité de leur amour tragique. Durant près de 2H, nous avons souffert avec eux de l’homo phobie ambiante dans le Wyoming et le Texas des années 60-70 qui en rendant leur amour impossible, leur fait rater leur vie, une vie d’enfermement dans un rôle injouable qui les rend étrangers aux autres comme à eux-mêmes, une vie  d’attente des trop rares pèlerinages à Brokeback mountain, rares et trop courts points de suspension qui les maintient en vie mais pour les abattre davantage quand vient le temps de la séparation.

 

Quoi qu’en dise un connard de journaliste du New York Times, ce film est certes un mélodrame mais un mélodrame courageux qui fera date dans l’histoire du cinéma gay[1] mais aussi dans celle des homosexuels. Si l’homo phobie n’était pas toujours aussi commune sur notre planète, y compris dans nos pays occidentaux « «où une star de la chanson peut se marier en grandes pompes avec un jeunot », je rajouterais que j’ai tout de suite trouvé jubilatoire cette énorme transgression consistant pour un taiwanais naturalisé américain à oser faire s’aimer des cow-boys, personnages emblématiques de la virilité et du machisme dans le genre du western.

 

Le lendemain de la projection, au réveil, Gabriel m’a raconté son rêve :

 

« J’accompagne quelqu’un au départ d’un voyage en bateau ? Il s’avérera qu’il s’agit de mon frère, après ce peut être quelqu’un d’autre. Je l’accompagne dans un voyage comme si c’était un voyage pour Brokeback mountain, un retour en quelque sorte, vers un lieu d’amour et je suis content pour celui que j’accompagne et qui part avec l’autre. »

 

 

 

Le secret de Brokeback mountain d’Ang Lee (suite)

 

29/01/2006

 

 

Ce film deviendra-t-il un « blockbuster » au-delà de son public gay ?

 

Bon, les filles qui n’ont pas d’aigreur à l’égard des pédés, ça devrait leur plaire mais les mecs hétéros, comment ce genre de film peut-il les intéresser ?

 

Dans Charlie hebdo, Siné le haineux est venu conforter mon pressentiment :

 

Quand j’étais môme, j’adorais les « westerns » et leurs cow-boys machos, brutaux, impitoyables qui se démolissaient la gueule à coups d’éperons et se vidaient leurs chargeurs dans le bide pour un oui ou pour un non. Les temps ont bien changé. Aujourd’hui ils sont devenus pédés et s’ils ont les jambes en cerceau ce n’est plus parce qu’ils montent à cheval ! Ils ne gardent plus de vaches mais des moutons et les ravissantes putes corsetées des « saloons » ont probablement été remplacées par des moustachus en poignets de force et slibards en latex. Tom Mix et Buffalo Bill doivent se retourner dans leurs cercueils !

 

Comme prévu, et même au-delà de mes espérances, les filles aiment beaucoup ce mélo (Ma soeur qui n’est pas forcément sentimentale a versé sa larme), plus surprenant, Pierre-Emmanuel a beaucoup aimé, mon beauf a trouvé pas mal même s’il a été parfois gêné devant « certaines scènes ». A sa décharge, Ma soeur a avoué à maman qu’elle n’aurait pas du tout été touchée de la même manière si le film avait raconté la même histoire avec deux femmes, en fait, elle n’aurait pas aimé.

 

 

Le film est inspiré d’une nouvelle d’Annie Proulx publiée dans le New Yorker en 1999. Adaptation plutôt fidèle si ce n’est une certaine crudité dans la nouvelle qui n’apparaît pas à l’écran et un Jack et un Ennis beaucoup plus sexys dans le film :

 

La chambre empestait le sperme, la fumée, la sueur et le whisky, la vieille moquette et le foin aigre, le cuir de selle, la merde et le savon bon marché. Ennis gisait bras et jambes écartés, vidé et humide, pantelant et encore tumescent. (…)

 

 

Atelier collages à Maison sur Seine

 

J’ai trouvé Armande en train de se faire coiffer par sa sœur Maria. Comme chaque fois que cette dernière est là, je parle surtout avec elle et Armande finit inévitablement à se mettre le casque sur la tête. En fait, l’évènement du jour est qu’Armande a RV avec l’animatrice d’un atelier collages au rez de chaussée sous la verrière. La psychologue nous présente sa stagiaire qui dirigera l’atelier. Celle-ci propose à Maria et à moi-même de nous joindre à elles. Maria accepte, je refuse. Finalement je change d’avis.

 

Protocole : 15 minutes pour choisir dans les magazines au maximum 5 images, la stagiaire conseille à Armande de s’en fixer 3, je la contredis en lui recommandant de prendre les 5 quitte à en éliminer 2 ensuite.

 

Un jeune black vient nous serrer la main. Il refuse l’offre de participation. Peu après arrive une noire assez forte qu’il connaît. Elle râle en anglais. Nous comprenons avec Maria qu’elle est furieuse qu’on ne soit pas venu la chercher dans sa chambre pour l’activité. « Where are you from ? » Je demande au garçon qui la connaît. « Sierra Leone ». « Trop fort de réussir à se faire soigner dans ce centre de soins palliatifs aux places si rares, sans parler un seul mot de français et en étant aussi mal aimable ! » est la seule pensée qui me vient à l’esprit. Arrive enfin un troisième participant du centre, une femme en chaise roulante, plutôt loquace par rapport à la harpie noire mais avec un appareillage planté dans le cou qui rend tout échange avec elle épuisant tant il est difficile de comprendre ce qu’elle dit.

 

Armande a très vite fini son collage. Je ne terminerai pas très longtemps après elle. Sur un fond anthracite de publicité avec un trait blanc épais vertical et un autre horizontal dans son 1er tiers. Contre le trait vertical, j’adosse à sa gauche Jake Gyllenhaal qui incarne le très séduisant Jack Twist dans « le Secret de Bareback moutain », sur l’autre côté, contre lui un chimpanzé légèrement alangui. J’ai aussi collé deux cœurs clairs de taille différente au-dessus de la tête de l’animal et pour finir comme dans une fenêtre une façade d’immeuble en Asie.

 

Au moment où la stagiaire propose de présenter aux autres son collage («en ne disant jamais « je » mais « cette image »…), je m’éclipse rapidement pour ne pas lui offrir un grand moment d’analyse. Elle me tend mon œuvre que j’oubliais.

 



[1] « With its story of enduring but forbidden love between two men in the 60’s, “brokeback mountain” is essentially a soap opera, an old fashioned story of a heartbreaking backstreet romance. It comes with a veneer of social importance, which allows critic’s groups to be proud of themselves for embracing it. But how daring is it to be in favour of rights for homosexuals in an era when Elton John has a splashy gay wedding ?”.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 7 novembre 2006

 

Phobies

 

5/11/5

 

S’il est bien un sujet sur lequel Gab et moi avons une attitude radicalement opposée, c’est bien celui de la santé, de l’institution médicale, des maladies et de leur prévention. Gabriel consulte presque avec joie la profession pour le moindre bobo, fait des contrôles de prévention et affirme vouloir savoir le plus tôt possible s’il est affecté par une maladie afin de pouvoir la faire soigner plus efficacement. Pour ce qui me concerne, tout comme je n’avais jamais pu me résoudre à faire un test HIV, j’ai une frousse bleue du moindre examen médical et préfère tant qu’il n’y a pas de problème avéré ne pas consulter : « à mon avis, ils me trouveront facilement quelque chose qui dysfonctionne, ce qui m’obligera à m’enfoncer dans le médicalisé ». Infantile non ? J’en conviens. Pas la peine d’aller chercher très loin l’origine de ce réflexe. Dans mon enfance, tout simplement. J’ai grandi sous l’ombre tutélaire de mon père qui n’a eu de cesse de dénigrer la médecine officielle, en particulier ce qui est reconnu par tous comme une des plus grandes découvertes médicales : les vaccinations. Puisque c’était mon père, il devait avoir raison contre tous. Il avait beaucoup étudié le sujet jusqu’à d’ailleurs passer par correspondance un diplôme de naturopathie homologué en Angleterre. La visite médicale scolaire était toujours pour moi un grand moment de stress. Outre le fait qu’on avait l’air con avec nos bouteilles de pipi plus ou moins foncé et trouble, il fallait faire la queue en slip (j’étais plutôt maigre et chétif, je me caillais) afin que soit vérifié que nos testicules étaient bien descendus dans leurs bourses, j’appréhendais chaque fois de me faire remarquer avec mon certificat de contre-indication aux vaccinations. Ce certificat était bien entendu un faux qui nous a longtemps été établi par le docteur M. que j’eus de rares occasions de voir alors qu’une maladie infantile traînait. Un type effrayant avec une grande barbe de sorcier. Depuis donc, c’est le stress chaque fois qu’il me faut consulter.

 

 

Ainsi, ma joie de profiter de mon nouvel ordinateur a été entachée par le fait qu’il fut pour moi l’occasion de constater que j’avais un problème de vision. Mon beau 19 pouces m’éblouissait et me faisait voir trouble. Expérience que je renouvelais désormais en d’autres occasions. Dans le métro, en mettant alternativement ma main devant chaque œil, je renouvelais l’expérience d’une vision complètement floue du côté droit. Dans mes moments d’optimisme, je me disais qu’après le crâne chauve aux poils blancs, j’allai bien après d’autres rajouter le charme sexy des lunettes, dans mes instants d’angoisse, je pensais au plus vieux copain de Fernando qui connaissait lui aussi des problèmes de vision et à qui on avait trouvé une tumeur qui appuyait sur le nerf optique et qui depuis qu’elle lui a été enlevée ne voit pratiquement plus et ne sent plus rien.

 

Diagnostic de l’ophtalmologue : Astygmatie devant évoluer en presbytie (vision de près) et une légère myopie => verres progressifs de rigueur. Ouf !

 

 

 

Depuis, j’ai un nouveau souci : la petite crotte qui m’a lentement poussé sur le front au milieu de la figure (j’ai vérifié tout à l’heure en juillet 2003 au Québec, une tâche était déjà visible sur les photos). Pour la 1ère fois, une personne autre que Gabriel, qui me presse depuis longtemps à la montrer à un dermato, Raph me demanda ce que j’avais donc là et me conseilla vivement de consulter.

Jeudi dernier, alors que je marchais sous une pluie fine sur le boulevard Beaumarchais, j’ai songé « Au temps qui reste », le nouveau film de François Ozon qui traite de l’évolution de Melvil Poupaud qui vient d’apprendre qu’à 30 ans, il est atteint d’un cancer très avancé et qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. « Et s’il s’agissait d’un mélanome ? Pensais-je,  n’es-tu pas heureux là sans le savoir ? Dans une semaine tu sauras et tu plongeras dans les dédales de la médecine lourde.» A aucun moment, il ne m’est venu à l’esprit que ce diagnostic pouvait me sauver. Le diagnostic c’est pour tout à l’heure.

 

 

La bonne nouvelle : ce n’est pas un mélanome mais une verrue séborrhéique (il est étonné que j’en ai qu’une seule mais heureusement il n’a pas été chercher plus loin que sur mon torse nu), la moins bonne, j’ai au visage une kératose qui révèle une peau surexposée au soleil (surface de peau desséchée) => un mois de passage de crème avant de me brûler tout ça.

 

 

Ressemblances

 

30/12/2005

 

Planté sur le sexe de son partenaire, bouche vermeille ouverte révélant une rangée de dents bien blanches, yeux fermés, peau claire bien lisse, joues légèrement rosies par l’émotion, cheveux bruns courts avec sa petite vague sur le front. « Tu trouves pas qu’il ressemble à Jan ? » me demande Gab que j’ai contraint à me montrer ses dernières photos pornos pêchées sur Internet pour contrepartie de l’installation d’un bureau perso sur mon ordinateur.

 

Je demande à voir la suivante. C ’est le même garçon, de dos, agrippé à un grillage, la jambe gauche relevée en appui sur un muret. Il ne bande pas. Un garçon bronzé l’encule. Ces photos ont été récupérées dans une série de « garçons de Tchéko ». « Oui, peut-être un peu » lui ai-je alors répondu.

 

Aujourd’hui, en m’efforçant de les décrire, je vois mieux la ressemblance que Gabriel  a pu trouver entre ce garçon et Jan, mais surtout j’appréhende soudain avec clarté Jan en tant que fantasme sexuel pour Gab et plus largement comme objet de désir.

 

 

Mon voyage d’hiver

 

Arrivé à l’arrêt d’autobus, tandis que je déchargeais mes nombreux bagages de la voiture, je demandai à mon père :

 

 

-         Vous retournez quand à Bourg ?

 

-         Jeudi, peut-être lundi, ça dépend de ta mère. Depuis qu’on a fait les travaux, elle ne rechigne plus à rester. C’est ce qu’il y a de bien avec la retraite, on fait ce qu’on veut, on n’a plus de contraintes.

 

-         Comme des enfants gâtés.

 

-         Oh, je préférerais ne pas avoir mon âge, avoir 20 ans…

 

-         Et avoir les contraintes,... je m’en doute, allez, bises et à bientôt.

 

 

Je n’avais pas grillé la moitié de ma JPS lorsque surgit sous le pont de l’ancienne voie ferrée, mon autobus.

 

Les derniers rayons d’un soleil d’hiver nimbait le paysage familier qui défilait, d’un rose orangé de plus en plus faible. Un paysage beau mais inanimé, froid et silencieux. Un paysage à l’unisson de mes pensées…

 

 

…Je songe aux cinquante ans qui seront vite là. Oui, peut-être pas 20 ans, mais 30 ans. Si seulement nous pouvions tous avoir au moins dix ans de moins et que je puisse de nouveau dire avec Gabriel qu’à 30 ans nous étions bien plus heureux qu’à vingt.

 

Mon père file déjà vers ses 67 ans. A cet âge, il ne restait plus que 3 ans à vivre à son propre père et encore, au terme « d’une longue maladie ». Sans doute y pense-t-il, lui qui a accompagné en bon fils la lente agonie de ses parents.

 

Comme Papa qui n’interrompt jamais ses travaux d’Hercule dans la propriété, Maman, qui a le même âge, se démène comme une folle avant et pendant notre séjour pour nous goinfrer et pour tenir propre la maison : première levée, dernière couchée.

 

La veille du jour où la maison aller se vider de ses derniers visiteurs, autrement dit des italiens et de moi-même, en plein repas, Maman a annoncé « un coup de pompe » : elle s’est levée et s’est allongée dans le canapé où elle ne tarda pas à s’endormir. Elle a réintégré le fauteuil à la même heure le lendemain après avoir pris des cachets et avoir fait un bon coup de fièvre. Il paraît qu’elle est coutumière de ces courtes pannes régulatrices.

 

Mes parents m’ont demandé l’un après l’autre quand on se reverrait. J’ai éludé. Pour la première fois, il a même été évoqué une visite à Paris. J’ai également esquivé.

 

Le jour suivant, bien que les retards de train m’aient fait coucher après 2 heures du matin, je me suis levé plein d’une énergie qui m’avait quelque peu abandonné auprès des miens.

 

 

 

« Quand les nones sont là, le Diable n’est jamais loin »

 

Ce dimanche, nous avons rendu visite au « garçon de Tchéko » et à sa chanteuse lyrique. Ils ont acheté à Asnières une petite maison. Gabriel s’y rendait en vélo, je les ai rejoint en métro après une visite à Armande. Comme je l’avais espéré, je les ai trouvé tous 2 attablés devant un thé et des gâteaux de chez Fauchon. M. s’excusait m’a dit Jan, il accompagnait à Roissy un copain qui partait aux Etats Unis. La maison fait partie d’une rangée de maisons ouvrières des années 30, un aspect qui me rappelle l’Angleterre. Mignonne, en briques, deux niveaux de 25 m2, une cave et un grenier prochainement aménagés, un carré de jardin devant la maison donnant sur une allée en pelouse (la seule partie commune de la copropriété). Le métro sera bientôt au pied des barres d’immeubles voisines. Gabriel est sous le charme et veut acheter la maison voisine qui est en vente (250 000 euros, R et M ont acheté la leur 210 000 mais ils ont tout refait avec la filière polonaise de M.).

 

Même si l’offre est tentante, il aura du mal à me convaincre : je suis toujours autant mal à l’aise avec l’image du petit couple de pédés vivant sous les yeux de nombreux voisins pas forcément enclins à la tolérance. « Si des petits cons veulent casser du pédé, ce sera pratique, ils en auront 4 pour le prix de deux », ai-je aussitôt dit. Même si ce genre d’endroit doit inévitablement s’embourgeoiser, ce n’est pas demain le jour que les HLM de l’autre côté de la rue tomberont et que cessera de se poser le problème de notre sécurité (cambriolage, agression). Il reste par ailleurs évident que même si Paris n’est pas si loin, ça nous ferait basculer dans le mode de vie de banlieusards : bagnole nécessaire pour aller au Carrefour ou pour sortir à Paris sans souci de retour au domicile…

 

 

Jan fut charmant comme d’habitude. Il est retourné avec son ami à Prague à Noël pour faire renouveler son passeport. Son polonais de copain était scandalisé de voir toutes les églises fermées. R. s’en est amusé. Il nous rappela que la Tchéko était un des pays les plus déchristianisé d’Europe (en tous cas profondément anti-catholique suite à l’oppression de l’Autriche catho). Ainsi, une des formules les plus usités des tchèques en général et de sa mère en particulier,  75 ans, installé en Allemagne depuis longtemps, est de dire lorsqu’on aperçoit des nones : « Quand les nones sont là, le Diable n’est jamais loin » puis de cracher trois fois au sol.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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