Préambule

 



UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Mardi 5 mai 2009




A l’occasion de la 2e conférence de l’ONU contre le racisme, la chaine TV
Arte a diffusé un très intéressant documentaire de Caroline Fourest et de  Fiammetta Venner : La bataille des droits de l'homme.

Ce dernier nous fait pénétrer dans les coulisses du Conseil des droits de l'homme de l’ONU, dont la mission est de « renforcer la promotion et la protection des droits de l'homme autour du globe » qui ont été énumérés en 1948 dans la déclaration universelle, en abordant les « situations de violations de droits de l'homme » et en émettant « des recommandations à leur encontre ».

 

Au sortir des atrocités de la deuxième guerre mondiale déclenchées par des régimes totalitaires et de la crise économique mondiale qui l’avait précédée, la déclaration universelle des droits de l'homme, avait été adoptée sans difficulté par les 58 membres de l’ONU qu’elle comptait alors[1], même si 8 pays s’étaient abstenus : l’Afrique du Sud, car la déclaration dénonçait l’apartheid qu’elle avait institué, l’Arabie Saoudite, pour la question de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, l’URSS et 5 pays satellites notamment parce qu'elle voulait la reconnaissance de droits économiques et sociaux étendus et que la guerre froide commençait.



[1] Elle en compte désormais 192.


 Kiss in d'Act-Up devant l'ambassade du Nigéria 18 mai 2007

 

Le conseil des droits de l’homme a été institué en 2006 pour remplacer la commission des droits de l'homme à qui il était reproché sa « politisation » notamment anti-américaine, qui avait conduit les Etats-Unis à ne plus y siéger. Plus grave, d’aucuns l’accusaient d’être  instrumentalisée par des Etats violant les droits de l’homme, pour ainsi "se soustraire aux critiques, ou pour critiquer les autres". Le discrédit éclata au grand jour lorsque la Libye obtint d’être élue à sa tête, avec l’Iran à la vice présidence de cette commission (sic).

 

Le changement institutionnel a-t-il modifié la donne ? Sans surprise, nullement. La Libye conserve la présidence épaulée par un rapporteur cubain (sic 2e).[1]

Le documentaire montre en fait en miniature le monde tel qu’il est : une minorité de pays démocratiques pas toujours exemplaires (Guantanamo a fait beaucoup de mal à leur image), qui la financent à 90 %, face à une majorité de dictatures bafouant les droits de l’homme.


Avec une telle donne, les différents blocs de pays mis en accusation s’y serrent les coudes et s’échangent des services.

C’est ainsi que le bloc des pays musulmans (environ un tiers des pays composant le conseil) a obtenu le soutien de pays qui ne le sont pas et qui persécutent même des minorités religieuses, notamment la Chine, pour faire adopter en 2008 une résolution  condamnant la diffamation des religions.

La résolution a beau être non contraignante, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir la menace qu’elle fait peser sur la liberté d’expression.

Un collectif de 180 ONG a dénoncé un concept "sans aucun fondement dans le droit national ou international" et en contradiction avec le principe même des droits de l'homme, "qui protègent les individus contre les violences, pas les croyances contre un examen critique".

 

En effet, sans être juriste en droit international on comprend sans peine que ce concept est en contradiction avec l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme que le conseil est censé promouvoir et protéger :


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.


 

Dans son enceinte, les accusations de « diffamation des religions », d’«outrage à la religion », d’« islamophobie », ou pour les plus lyriques d’« incitation à la haine religieuse » sont devenues ainsi extrêmement efficaces pour obtenir que ne soient plus abordées le sujet des femmes lapidées pour adultère comme le prévoit la Charia, ou des homosexuels persécutés au nom de la pudeur et de la loi islamique, bien que ces exactions violent de manière flagrante ne serait-ce que les trois premiers articles de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Je n’évoquerai même pas ma stupéfaction d’entendre certains représentants de pays musulmans commencer systématiquement leur intervention par une prière dans cette enceinte internationale et invoquer à tout bout de champ leur dieu, au mépris de leurs interlocuteurs qui ne partagent pas leurs croyances[1].



[1] Ce sans-gêne me fait également me souvenir de la stupéfaction énervée de François de se voir imposer en Irlande un bénédicité au début d’un repas diplomatique de l’UE.  



 

Boris Ignatovitch The baths Moscow 1935
 

Ce sont donc les mêmes personnes qui ont préparé la 2e Conférence contre le racisme qui vient de se tenir à Genève, huit ans après celle de Durban qui s’était soldée par un fiasco complet pour cause de focalisation sur Israël, accusé de racisme et d’apartheid envers les Palestiniens.

 

Le texte préparatoire de cette 2e conférence qui a pris le nom de Durban II stigmatisait toujours Israël et comportait les concepts de diffamation des religions et d’islamophobie. Dans ces conditions, l'Allemagne, l'Australie, le Canada, les Etats-Unis, l'Italie, Israël, les Pays-Bas, la Pologne et la Nouvelle-Zélande avaient annoncé qu’ils ne rendraient pas à Genève.

 

Pour sauver la conférence après la violente (et attendue) diatribe du président iranien Mahmoud Dahmadinedjad qui a provoqué le départ de plusieurs délégués de pays occidentaux présents dans la salle, les participants ont adopté en catastrophe, deux jours avant la fin de la conférence leur déclaration finale afin de prévenir de nouvelles défections.

Le texte de compromis ne comporte plus de stigmatisation d’Israël, ni de mention de « diffamation des religions ».
Mais il déplore  « la croissance mondiale du nombre d'incidents racistes ou d'intolérance et de violence religieuse, y compris d'islamophobie, d'antisémitisme, de christianophobie, et d'anti-arabisme manifesté notamment dans les stéréotypes insultants et la stigmatisation des personnes fondés sur leur religion ou leurs croyances »
[1]... bien entendu sans évoquer « les stéréotypes insultants, la stigmatisation des personnes fondés sur » leur orientation sexuelle.

Enfin, le texte exprime sa préoccupation face « à la persistance des discriminations contre les femmes et les filles sur la base de la race ». Il souligne aussi « dans le contexte des discriminations multiples, la nécessité de traiter toutes les formes de violence contre les femmes et les enfants comme un délit punissable par la loi »... évidemment en omettant la violence que subissent des femmes au nom d’une religion.


Konrad Helbig - Brazil 1968


Sans vouloir
jouer les Cassandre , je suis loin d’être sûr qu’on obtiendra mieux en 2017 pour Durban III.

Alors que faire ? Jeter l’éponge ? Non. Être Têtu, continuer à batailler pour éviter de se retrouver un jour avec un droit international qui vous interdirait de critiquer les religions, continuer à ferrailler parce que ce droit international est la seule arme dont disposent des victimes de persécutions ou de discriminations et les ONG qui les défendent.

 

PS. Nathalie nous a invités à dîner pour nous présenter son nouvel amoureux. C’est un réfugié politique d’Uruguay, communiste (ce n’est pas avec la politique qu’il l’a séduite), en France depuis près de 30 ans. Zac et son copain du moment étaient aussi de la partie. Lorsqu’ils ont tiré leur révérence, Pedro s’est mis à critiquer la vie dissolue de Zac (un « puto »), ce qui nous a inévitablement entraînés dans une longue conversation, au cours de laquelle il a fallu réfuter tous les poncifs homophobes et machistes qu’il alignait, à commencer par sa conception du « bon » homosexuel : «ça ne se voit pas » (non efféminé, excentrique ?), vivant en couple, sans enfant, « monogame »,  l’évocation des arguments du contre nature, ou du primat de la société sur l’individu, etc.

Bien évidemment, lorsqu’elle nous a rappelés le lendemain pour nous demander notre avis sur son chéri, je l’ai comblé de louanges.





La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld




Pour visionner le documentaire :

La bataille des droits de l'homme
Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948
(avec documentaire vidéo clair et concis)

Prochoix.org/-les-lecons-de-durban-ii-caroline-fourest

 

Actualité du sujet le jour de la rédaction de ce billet :

Courrierinternational.com/ l-homosexualite-fait-debat-a-dakar et autres articles

Vimeo.com/ Papa Mbaye, persécuté au Sénégal, fou de joie à New York

 

Notesgaydethomas/ L'homosexualité en Afrique, héritage pré ou post colonial ?

 

Dailymotion.com/ -kissin-devant-lambassade-du-nigeria 18-5-7

 

 

Notesgaydethomas/ Au nom de l'amour

A propos de la notion de diffamation des religions :

Notesgaydethomas/ "L'art présumé coupable" ou "le crime sans victime"

 





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Lundi 6 avril 2009





Professeur de biologie dans un lycée de Prague, Petr quitte un jour la capitale pour devenir  instituteur dans un village de campagne. Les habitants s’interrogent sur les raisons qui ont pu le pousser à cet « exil »…

 

A la fin du film Country teacher, le fils adolescent de retour à la ferme, à propos de Petr, demande à sa mère :

 

-         Il se passe quoi entre vous ?

-         Rien.

-         Alors pourquoi il reste ?

-         On a tous besoin de quelqu'un. [..]

 

L’histoire que nous raconte le tchèque Bohdan Sláma dans un univers rural très vraisemblable sera celle « d’une chaîne d’amours non partagés », d’amours impossibles : une femme, Marie est amoureuse du prof, qui craque pour le fils, qui en pince pour une jolie nymphe de la ville.

 



L’idée de ce film est venu au cinéaste après que deux amis lui eurent parlé de leur souffrance d’avoir été rejetés, l’un parce qu’il était tombé amoureux d’un homme hétérosexuel, l’autre, parce qu’elle était tombée amoureuse d’un homme gay.
Un long séjour comme gardien de chevaux dans la campagne praguoise lui a donné envie d’y planter son récit.

 

Ce film est tellement réussi qu’on n'a plus qu’une hâte, voir dès que possible son précédent opus : Something like happiness.




La veille au soir, on réunissait dans les assiettes les deux protagonistes d’une histoire d’amour elle aussi devenue impossible, celle de Sylvie et de Paul.

Goran et Fernando, venus dîner à la maison, se sont ainsi régalés d’escalopes de volailles à la crème et à l’estragon accompagnées de lentilles persillées (recette de Sylvie), et  d’une salade de courgettes et carottes cuites à la vapeur assaisonnées à l’huile d’olive, à l’ail et au cumin (recette de Paulo).



La conversation est passée par un film que nous avions tous les quatre vu et qui n’est pas sans lien avec Country teacher : Elève libre.


Pas très longtemps, puisque nous  étions tous d’accord pour saluer la réussite de l’exploration des limites entre « transmission et transgression » proposée par réalisateur Joachim Lafosse.

Malgré le caractère souvent artificiel du dispositif, pas un d’entre nous ne s’est pas senti gêné par les relations se nouant entre Jonas l’adolescent esseulé dans une mauvaise passe avec le trio d’adultes.

Malaise qui s’accroît encore lorsque Jonas s’installe chez Pierre qui s’est proposé de l’aider à réussir son examen, ... jusqu’au climax du film ... 

Etait-on en présence d’un viol ou d’un acte consenti par un « élève libre » ?[1]

 



A la sortie de la séance, j’avais confié à Gabriel : «Dieu sait combien la figure du jeune, adulte en devenir, est bien placée dans ma boite à fantasmes, mais alors là avec cet effet de réel que peut produire le cinéma, je mesure l’abime entre le fantasme et la réalité. »

Nous avions alors convenu que Jonas avait de multiples raisons de ne pas oser dire non à Pierre.

 

Par la suite, comme nos invités, nous avons finalement conclu du contraire : avec ou malgré ses 16 ou 17 ans, Jonas nous paraissait libre de se refuser à Pierre.


 

[1] Question qui, faut-il le  rappeler, en l’état de la plupart des législations des pays occidentaux, n’a pas lieu d’être posée : http://fr.wikipedia.org/wiki/ majorité sexuelle

 



C’est d’ailleurs ce que fait violemment Lad, le fils de la fermière de Country teacher, qui a peu ou prou le même âge que Jonas, lorsqu’il se réveille avec la main de l’homme qui l’aide à préparer son examen, sur son sexe.

 

Elève libre et Country teacher posent tous deux des questions morales sans être moralistes. Bohdan Sláma va plus loin encore en mettant magistralement en scène la possibilité du pardon, l’apaisement et la douceur qui suit la réconciliation.



Les Inrocks.com/ Country teacher

Snes.edu/ Country teacher

Liberation.fr/cinema/ "Country teacher", printemps de drague

 

Analyse filmique d’Elève libre par son réalisateur (vidéo):

Liberation.fr/ Projection privée

 

Télérama.fr/ Elève libre

Les Inrocks.com/ Elève libre

 

L'affaire Gabrielle Russier et "Mourir d'aimer" d'André Cayatte



Notesgaydethomas.over-blog.com/ Mala Noche

Notesgaydethomas.over-blog.com/ Rendez-vous manqué Quai de Seine




Hermosa beach 1948

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Dimanche 15 mars 2009

Youssef Nabil



 



Un homme sexuel

 

Le guide devant les têtes sculptées de l'empereur Hadrien, de sa femme et d’un jeune garçon :

« Hadrien était un homme sexuel... Il aime les jeunes hommes. »


Musée de Leptis Magna

 

L’affaire du coucher

 

Remplir la gourde, y mettre une pastille de Micropure, prendre un matelas avant de quitter le feu de camp, le secouer de son sable,  l’installer, extirper du grand sac la lampe frontale, sortir le duvet, le sac à viande, ôter le sable résiduel, trouver le bas de survêt, le tee-shirt, la polaire, les chaussettes, le bonnet, sortir du petit sac, le livre de chevet, le PQ, partir dans le noir se trouver un coin « cabine téléphonique » (chiotte), faire un trou dans le sable, veiller à ce que le papier sale ne s’envole pas, si l’absence de vent le permet, le brûler, dissimuler son forfait, sortir la gourde, se brosser les dents, se déshabiller, s’habiller pour la nuit, et enfin, coincé dans son sarcophage avec tout de même la pile de la frontale sous la tête qui vous fait mal, soupirer d’aise de retrouver, même pour très peu de temps, François Villon.

 

Apérothé

 

Le premier, amer comme la vie

Le deuxième, fort comme l’amour

Le troisième, doux comme la mort (ou l’enfance)

 

Hassan, hier soir à propos du thé auquel Mohamed rajoute de l’eau à chaque tournée.

 



Deux étourdis

 

L’un     : - C’est quoi ça ? Qu’est-ce qu’ils ont à crier comme ça ?

L’autre : - C’est un chameau ?

 

Deux touristes qui parlent plus vite que leur tête : il s’agit de toute évidence d’un appel à la prière à la télé.


Campement de Ghadames

 

 



« Le torse de Neil » (1925), photo qu’Edward Weston fit « d’un de ses fils qu’il adorait » – Susan Sontag dans son essai sur la photographie



Papa à petits pas

 

Têtu, papa marche. Lentement, à petits pas. Il se dandine légèrement (la faute au genou le plus douloureux[1]), ses jambes sont aussi un peu arquées. Il m’a confié : « Je ne peux plus faire des grands pas. Quand je pense aux grandes enjambées que je faisais avant, maintenant, c’est plus fort que moi, je marche à petits pas. Pourtant, - joignant le geste à la parole - si j’en fais, je n’ai pas plus mal, mais c’est comme ça.»

Moi pour ne pas souligner ce constat de la vieillesse : « Inconsciemment, tu dois régler ton allure de manière à prendre le moins de risque de douleur. »

 

Le sable, passe encore ! Mais, bien qu’il ait regretté ce matin qu’on ne marche pas davantage, des pierres de l’hamada Messak, dont chacune a dû pour lui être une souffrance, il a seulement dit « Sans intérêt ! ».

 

Sinon, il est plutôt en forme. Un peu dur de la feuille dans un groupe bavard, mais il suffit de bien le regarder quand on lui parle, pour qu’il capte ce qu’on lui dit.

Toujours premier couché mais quand on émerge, le matin, c’est lui qui tient la meilleure pêche, et pour cause, levé en même temps que le soleil, il a déjà eu le temps de mettre en diapos la nature environnante.

 

Je ne sais plus à quelle occasion,  il a dit au cours de ce voyage : « la vie est une succession de deuils... » Et il a rajouté comme unique exemple en me désignant : « Il nous a fallu par exemple faire le deuil de nos enfants. » J’ai conçu sans difficulté l’éprouvante expérience d’avoir pour fils aîné en face de soi, non plus son premier enfant chéri, mais un homme de 47 ans.

 

Alors que je me trouvais dans une assemblée où tous les garçons étaient orphelins de leur père, il me semble que Selim, un copain perdu de vue, m’avait signifié ma différence comme une infériorité, une souffrance manquante qui m’empêcherait de savoir ce qu’était vraiment la vie.

 

Surtout pouvoir continuer aussi longtemps que possible à ne pas savoir vraiment ce qu’est la vie... Longue vie à mes parents ! « Inch Allah ! »

 

 

Beaucoup d’êtres m’aiment encore, mais désormais ma mort n’en tuerait aucun – et c’est là ce qui est nouveau.

 

Roland Barthes, 30 oct. 1977, quelques jours après la mort de sa mère - Journal de deuil  – Seuil/IMEC

 


Nuri Bilge Ceylan For my father - Snowfall


Flicage

 

« Pour notre sécurité », Tarik, de la police touristique, nous accompagne durant tout le voyage. Le jeune homme a fait demander par Hassan, si chez nous il y avait aussi une police touristique.

 

-         Non. (A l’unanimité)

-         Et dans les autres pays arabes ?

-         Non. Enfin, pas qu’on sache.

-         Dis lui que chez nous, la police ne protège pas les étrangers, elle les poursuit. ... Du moins les sans-papiers.

 

Le lendemain, Mireille s’est souvenue qu’elle avait bien eu affaire une fois à la police touristique dans je ne sais plus quel pays arabe :

 

-         Mais dis lui Hassan qu’elle n’accompagne pas les touristes, qu’elle travaille dans les bureaux et qu’on vient la voir qu’en cas de problème.

 

Gabriel m’a rappelé la mésaventure racontée par Abdellah Taïa dans "L'armée du salut" :

 

Un soir, nous nous promenions, Jean et moi, dans les rues calmes du quartier chic de l’Hivernage, avant de regagner l’hôtel. Soudain, deux policiers, qui avaient l’air gentil pourtant, nous arrêtèrent. Ils s’adressèrent à moi avec beaucoup de violence, de mépris, en arabe : « Qu’est-ce que tu fais avec cet homme ? Pourquoi tu l’embêtes ? Ne sais-tu pas qu’il est interdit dans ce pays d’embêter les touristes, espèce de ... ? » Je me défendis, inconscient du danger : « Mais, je ne l’embête pas. C’est mon ami. » Ils répondirent du tac au tac : « Ton ami ? Ton petit ami ? Tu te crois où ? En Amérique ? C’est le Maroc ici, pauvre con... Espèce d’imbécile... Il te paie combien ? Montre tes papiers... Et que ça saute... »

Jean ne comprenait pas. Il s’adressa à eux en français en disant que j’étais son étudiant de Rabat et qu’on visitait Marrakech ensemble. Ils m’ordonnèrent de lui dire que ce qu’ils étaient en train de faire était pour sa sécurité, pour le protéger, pour que son séjour se passe bien, qu’il soit satisfait de nous, les Marocains, qu’il soit heureux, qu’il revienne nous voir, voir notre beau pays où il trouverait toujours des gens pour le servir et le choyer. Il était ici chez lui.

Bien malgré moi, je fis le traducteur. [...]

Les deux policiers, au moment où ils allaient monter dans leur voiture de service, crièrent de l’autre bout de la rue : « N’oublie pas de te faire bien payer... et lave bien ton cul après, sale pédé ! ».

 



 

Art rupestre : invisibles lycanthropes à tête de lycaon

 

Du coup, au retour, m’a donné envie de feuilleter de nouveau "Lycaons" d'Alex Barbier BD «inclassable, dérangeante, sulfureuse, hypnotique. »

 



Vie de couple

 

Le duvet, c’est le coup de grâce pour un couple au long cours. Enfin, je le croyais. Il y a pire : On ne se méfie jamais assez des étoiles.

Depuis plusieurs jours, Gabriel dort avec elles à côté de notre guitoune. De peur de m’éteindre de froid au petit matin, j’ai renoncé au plan à plusieurs et je campe sur ma position.

Ce soir, comme hier, il m’a demandé de l’extérieur de la tente de lui tendre ses lunettes : il ne parvenait pas à les distinguer. Au matin, il a dit s’être réveillé pendant la nuit et d’avoir cherché à tâtons ses verres pour s’en mettre encore un coup plein les yeux, et surprendre peut-être une étoile filante.

 

PS. Encore un point qui nous distingue : un ciel étoilé la nuit, je trouve bien sûr ce spectacle magnifique, mais dans le même temps l’aperçu de l’infini qu’il offre me glace car il me ramène toujours à des pensées sur la mort.





 

Ces photos imprenables

 

Photographier, c’est acquérir sous des formes diverses. Sous la forme la plus simple, une photo nous permet de posséder par substitution un être ou une chose aimés, possession qui donne à la photo certains des caractères d’un objet unique. [...]

En même temps que nous fabriquons et consommons davantage d’images, nous ressentons le besoin d’en avoir encore plus, toujours plus. Mais les images ne sont pas un trésor dont on ne pourrait s’emparer qu’au prix d’une mise à sac du monde : elles sont précisément ce qui est à notre disposition où que tombe notre regard. La possession d’un appareil-photo peut nous inspirer quelque chose d’assez voisin du désir. Et comme toutes les formes crédibles du désir, elle ne peut pas connaître de satisfaction [...]


Susan Sontag  Sur la photographie

 

 

Hervé Guibert a couché sur le papier une vérité que partagent sans doute tous ceux qui font des photos : « Comme toujours les plus belles photos sont imprenables ». Tarik, notre policier de 26 ans était un bon sujet :

 

·               La beauté de ses yeux sombres bordés de longs cils émergeants de son cheich noir

·               Le coquet manquant d’assurance au contrôle dans un rétroviseur ou dans le reflet d’une vitre

·               Ses lèvres trop charnues pour ne pas être gourmandes

·               Son visage déjà endormi émergeant de la capuche de son duvet en forme de  babygros nouveau-né (avec les manches)

·               Le garçon qui cherche le contact dans de légères bourrades

·               Sa main qui remet en place le bazar trop autonome dans le jean

·                Le jeune homme à genoux dans le sable en train de se débrailler pour pisser

·               Après s’être gentiment bagarré avec lui, Tarik longuement lové contre Djibril auprès du feu

·               Son regard qui fuit avec un joli sourire gêné le regard qui le déshabille

 

Dans un monde d’hommes, quand on se marie en moyenne à 32 ans, que fait-on de son désir sexuel ?

 

Mais où mettent-ils donc leur sexualité ?


Printemps 1974,
Roland Barthes Carnets du voyage en Chine - Christian Bourgois

 



 



"Drunk in Tripoli" par Philippe Fréling


Monde-diplomatique.fr/ Quand la Libye se reconnecte au monde

Courrier International / Cyrénaïque, terre rebelle

 

Maghreb : homosexualité et prostitution (Office fédéral des réfugiés CH)

rfi.fr/ Afrique : l'homosexualité toujours tabou

 

Notesgaydethomas.over-blog.com/ Les frustrés

 

 Pierre Assouline / Barthes pionnier de la blogosphère
Notesgaydethomas/ Roland Barthes, textes posthumes

http://www.cosmovisions.com/ Ecole Cyrénaique 

 

 

 

 

 

 

 


[1] A genoux dans  Notesgaydethomas.over-blog.com/ Platoniques amours philippins

 

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