Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Mardi 27 mars 2007

 

 

Welcome Europa doc. de Bruno Ulmer – Vu sur Arte

Ils s’installèrent pour prendre une bière à l’ombre des tilleuls du jardin du Luxembourg. Quand Alain eut terminé de lui raconter la fin de son histoire avec Vincent, Raphaël lui demanda comment il s’était fait volé sa carte bancaire.

-         Où as-tu encore été traîné, mon cochon ?

 

-         Bien vu ! Je me sentais seul après que Vincent eût débarrassé ses affaires. En revenant de déposer Mathieu chez les filles, je suis retourné au square. Un beau mec. J’aurais dû me méfier quand j’ai senti qu’il ne bandait pas mais son p’tit cul, sa bouche, sa main qui caressait mon torse sous la veste m’ont hypnotisé. Je n’ai pas senti mon portefeuille me quitter... J’aurai vraiment tout connu, même les « truqueurs »… Je pense que c’était un roumain.

 

-         Je t’envie.

 

-         Comment tu m’envies ? Donne moi ton portefeuille !

 

-         Non, je t’envie de pouvoir baiser avec autant de légèreté. Pour moi, tout ça, c’est inaccessible.

 

-         Mais Raph, y a la capote ?

 

-         Non, par pour moi ! J’ai à la fois commencé à baiser trop tôt et pas assez, ma mécanique du plaisir n’est pas du tout « safe » : Je ne crois pas pouvoir jouir avec des sexes capuchonnés. J’ai trop peur de succomber. ça serait vraiment trop con après m’être infligé autant d’années d’abstinence, terrorisé que j’étais à l’idée de choper le Sida.

 

-         De toute façon, tu as Jean-Paul, toi. Je vous le redis toujours, vous êtes pour moi le modèle de couple homosexuel auquel j’aspire.

 

-         Tu as raison. De toute façon, ce n’est pas dans notre contrat

 

Raphaël pensa un instant lui demander s’il pratiquait la fellation avec capote, le SSR[1] l’imposait. Cependant il s’abstint. Sa réponse serait sans surprise et ce n’était pas la peine de l’inquiéter au moment même où il se retrouvait sur le marché des cœurs à prendre.

 

Sur ces entrefaites, Alain dut le quitter brutalement à la suite d’un appel des filles lui rappelant que c’était lui qui s’occupait de leur fils ce soir.

 

En rentrant à l’appartement, après la suée de cette après-midi, Raphaël n’aspirait qu’à une chose : prendre une douche.

 

Tout en s’essuyant, il repensa au couple de pédés très mignons aperçu à l’expo. Il avait cherché sur leur visage une attention qui n’était jamais venue. « T’es trop vieux, mon gars ! Ils t’ont ignoré… Comme tu as sciemment ignoré les deux quinquas qui te dévoraient eux aussi du regard. » Tandis qu’il s’essuyait, son sexe grossissait irrésistiblement. Une petite sieste s’imposait.

 

by  Tomasz Sarnecki

 

Notes polonaises (II)


Yeux délavés

Croisé ce matin dans les rues de Krakow un jeune polonais, joli garçon, yeux délavés. Lui fixe mon bel anorak.

 

Bar Mleczny

 

Une cantine populaire avec self-service, une survivance du régime communiste. Tu commandes, les plats prêts sont annoncés à la cantonade, tu te lèves pour récupérer ton assiette. 1er expérimenté, l’excellent et populaire Polakowski 1899 dans Kasimierz.

 

Auschwitz – Birkenau

 

Jan ne veut pas y retourner : il avait mis deux jours à s’en remettre. On renonce pour rester en sa compagnie.

 

 

Cuisine

 

Selon Darek, la quintessence de la cuisine polonaise, ce sont les soupes. On se souviendra en particulier du Żurek, au jus fermenté de farine de seigle servie avec du saucisson fumé.

 

Dualité du « marché » du travail

 

De jeunes informaticiens profitent d’un week-end de ski payé par leur boite étrangère, tandis que des hommes plutôt âgés passent leur journée dehors dans le froid d’une rue piétonne du centre de Cracovie, à tenir leur un panneau indiquant un restaurant ou un bar au fond de la cour.

 

Exportations

 

Passé une semaine à chercher au moins un beau mec dans notre petite station des Carpates polonaises. En vain. Comme dans n’importe quel pays du Tiers Monde, les beaux produits seraient-ils systématiquement exportés ?

 

Nos deux spécialistes de la Pologne tombent d’accord pour dire que les polonais ne méritent pas les polonaises qui, elles, sont dans l’ensemble plutôt mignonnes ; elles l’emporteraient aussi largement sur les polonais « par leur énergie, leur présence et leurs couilles ».

 

PS Ce dernier soir à Krakow, les garçons polonais redorent leur blason

 

Retour aux origines ?

 

Le sentiment plutôt agréable d’être les seuls français de cette station, jusqu’à ce qu’on entende parler notre belle langue : un groupe d’adolescents du Pas de Calais (Divion) encadrés par deux jeunes élus de la mairie. Plusieurs d’entre eux pourraient bien descendre de mineurs polonais : teint très clair, yeux très bleus.

 

Cafés du soir

 

Toujours cosy grâce aux chandelles, vodka à la pomme plutôt que la bière que tout le monde semble préférer ici. Toujours terriblement enfumés, parole de futur ex-fumeur. Cette veille de départ, avons découvert par hasard le « café -galerie de photos » Pauza, sis dans un ancien appartement bourgeois : rien dans la rue n’indiquait son existence au 1er étage à part des éclats de voix. Paraît très branché et bien sûr exclusivement hétéro : http://www.pauza.pl/

 

Doublage à une voix

 

En allumant le poste de TV de la chambre, Jan nous a fait découvrir une bizarrerie polonaise : le doublage des films étrangers par la voix d’un seul lecteur qui lit toutes les répliques d’un ton monocorde. Survivance de l’époque communiste où les écrans des postes étaient bien trop petits pour supporter un sous-titrage et le doublage trop cher. Le Courrier International du 1er au 7 Mars reproduisait l’article d’un journal polonais dans lequel son signataire exhortait la télévision publique, à défaut d’avoir les moyens d’assurer un doublage de qualité, à se mettre au sous-titrage pour permettre aux polonais de « pratiquer et perfectionner leurs connaissances des langues étrangères ». 

Que nos propres dirigeants entendent cette exhortation !

 

 

Etre ou avoir 


Mon admiration pour le travail des instituteurs s’est encore accrue depuis que je retrouve une fois par semaine Valentin, le neveu de Gabriel, pour une petite séance de soutien scolaire. Confronté à ses difficultés d’assimilation d’outils indispensables (comprendre une consigne, organiser sa réponse, l’écrire correctement, savoir compter, etc.), je mesure davantage combien est essentielle et lourde la mission qui leur est confiée. Pour moi, un peu de préceptorat à dose homéopathique d’un enfant sans doute gêné pour apprendre par la présence de sa mère que la maladie détruit, pour l’instituteur, une vingtaine ( ?) d’enfants, aux capacités et contextes familiaux contrastés, qu’il faut bon an mal an faire progresser dans un groupe appelé classe. Que le gouvernement Rocard ait revalorisé leur profession en faisant d’eux des professeurs des écoles, n’était que justice !

 

Pour autant, aujourd’hui, je m’énerve à la perspective de devoir lui faire faire des divisions de nombres à trois chiffres. Je ne crois pas savoir. Son père a cherché sur Internet, sur des forums, manifestement, on n’est pas seuls.

 

 

Pour rendre hommage à cette profession, un certain Jean Dell a réalisé un sketch qui doit pouvoir faire rire au-delà du cercle des « porteurs à vie de cartables » :  

 

http://www.lets-jam.com/index.php/2006/11/27/795-jean-dell-nous-decrit-l-instituteur-de-demain

 



[1] sexe sans risque

 

Juan Tessi

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 19 mars 2007

Igor Mitoraj Icares au Musée olympique de Lausanne

 

 

Krakow, quartier de Kasimierz

 

 

Jan[1] a manifesté le désir de pénétrer dans cette synagogue. Je n’avais aucune envie de m’imposer dans un lieu de culte de la religion la plus fermée que je connaisse : «Allez y ! Je vous attends dehors. Je vais essayer de faire quelques photos. ». Au reste, il ne s’agissait même pas d’une très ancienne synagogue puisque dans le guide, il était écrit que la Synagoga Tempel avait été édifiée en 1862 (dans un style néo roman avec des éléments décoratifs d’inspiration mauresque).

 

Dans des conditions de lumière catastrophiques (crépuscule d’une journée pluvieuse), je shoote des enseignes publicitaires de bières.

 

Les garçons m’ont raconté que « la bonne du rabbin » avait demandé à Jan s’il était juif. Jan d’acquiescer sans vergogne puisque sa généalogie porterait des traces de judéité. Elle n’a pas posé la question à Gabriel qui n’a eu de cesse de devoir remettre sur sa tête la kippa en papier qu’elle lui avait prêtée et qui refusait obstinément de s’y tenir sagement. Pas de doute ce tourangeau était un vrai goy !

 

Dans son arbre généalogique, lui et sa mère ont seulement trouvé un hébraïsant, né au début du XVIe siècle, titulaire de la 1er chaire de grec au Collège de France qui venait juste d’être créé par François 1er, traducteur pour Clément Marot de psaumes de l’Ancien Testament écrit en hébreu.

 

 

 

Nowa Huta, modèle intact du Réalisme Socialiste

 

 

Pour punir la conservatrice, cléricale et provinciale Cracovie, au début des années 1950, le gouvernement communiste décida d’implanter à sa périphérie un combinat métallurgique et d’édifier une ville nouvelle, Nowa Huta (littéralement « Aciérie Nouvelle »), afin d’héberger les 40 000 paysans et artisans reconvertis en ouvriers qui allaient y travailler.

 

 

Selon un architecte de renom, l’architecture de Nowa Huta n’a d’“exceptionnel” que la présence de postes de tir pour armes automatiques derrière les attiques de certains immeubles… Pour de nombreux autres architectes, Nowa Huta représente tout simplement un trésor d’architecture éclectique. Le quartier a été conçu sur un plan en étoile imitant celui de la Rome baroque. Et de nombreuses façades de bâtiments ont copié leur ornementation sur des monuments célèbres. [...]  On a aussi souligné qu’en construisant la nouvelle ville ouvrière on a détruit un village et ses terres fertiles. Il n’en est pas moins vrai que le plan urbanistique de Nowa Huta est unique. Ce sont les spécialistes qui le disent. La partie ancienne de la ville, datant des années 1950, est désormais protégée de toute transformation intempestive. 

 

Courrier INTERNATIONAL "Un haut lieu du socialisme réel. Nowa Huta, son aciérie, ses lieux branchés"

 

 

http://www.lukasztrzcinski.com/picture.php?p=175 (même auteur pour les 2 suivantes)

De fait, dès votre descente du tramway sur la place centrale (Plac Centralny), Nowa Huta vous apparaît comme un lieu irréel, celui d’un décor édifié selon les canons de l’art officiel stalinien. Rien ne semble avoir changé depuis l’époque où Andrzej Wajda y tournait son « homme de marbre» (1976). Rien ou presque : la place centrale a été rebaptisée du nom d’un « héros du capitalisme »  Plac Ronalda Reagana (sic), l’avenue Lénine s’appelle désormais, avenue Solidarité (Al. Solidarności), et pour arriver ici, il nous a fallu remonter l’interminable avenue Jean-Paul II, ce quasi saint du catholicisme, en voie de béatification pour les discrets miracles qu’il aurait prodigués (Al. Jana Pawła II).

 

Au bout des champs, au sud-ouest de la place, des cheminées du site industriel s’échappent quelques fumées.

 

Mais ce lieu n’est pas qu’un décor, des gens y vivent. Souvent mal, le chômage sévit et avec lui la délinquance. Pourtant , Nowa Huta est en train de devenir à la mode. Certains voudraient aussi en faire une étape obligée de toute visite à Cracovie » (Le communisme, un attrape touristes, d'Hartmut Siezing in CaféBabel.com, le magazine européen). La fondation « Socland », créé par Czeslaw Bielecki, Jacek Fedorowicz et Andrzej Wajda y cherche un lieu pour son projet de « musée du communisme » (http://www.ambafrance-pl.org/info/documents/Rp01avril05.doc).

 

 

Que faire de Nowa Huta ? Se demandent pour conclure les auteurs de l’article reproduit dans Courrier International. Le quartier est aujourd’hui l’objet d’un véritable engouement, qui ne pourra que grandir, selon les observateurs. Pour l’ancien dissident Stanislaw Handzlik, il est essentiel “que les autorités ne s’immiscent pas dans ses affaires. Si l’on compare Nowa Huta à Kazimierz, ce sont deux mondes. A Huta, les habitants s’identifient à leur quartier. A Kazimierz, il n’y a presque plus d’habitants ; il n’y a plus que des restos…”

 

 

Ce dimanche, en cette fin d’après midi d’hiver, dans la lumière froide et tamisée d’un soleil déclinant, nous longeons les bâtiments noircis par la pollution de la ville du Réalisme Socialiste. Quelques personnes font la queue aux caisses d’une superette, quelques autres sont attablées devant leur verre de bière dans le café voisin. De rares passants, surtout des vieux. Je ne peux alors m’empêcher de compatir pour tous ces gens qui en 1989 étaient déjà trop âgés pour avoir une chance de s’adapter aux nouvelles « lois » du capitalisme et à qui, surtout, on a brutalement signifié que rien de leur vie passée ne valait d’être conservé, leur refusant ainsi la seule chose qui reste aux anciens, le récit de l’expérience.

 

 

 http://www.monde-diplomatique.fr/Ostalgie

 

 

Médecines très douces VII

 

Au rapport 

 

Vie sociale et festive intense ce week-end qui a quelque peu détérioré mes performances « tabac ». Dommage car la séance de vendredi m’a fait beaucoup de bien (j’ai connu le bien-être d’une sérénité olympienne).

 

 

LP est toujours aussi positif en soulignant chaque évènement attestant de changements favorables.

 

-         Vous savez, la cigarette, son addiction, c’est compliqué. La fumée monte dans le ciel, elle élève l’esprit…

 

-         Comme celle de l’encens ?

 

-         Tout à fait

 

 

A la séance de vendredi, les yeux recouverts du linge et transpercés d’aiguilles, j’avais entendu LP tourner des pages ; en remplissant mon chèque sur son petit bureau, je comprends que c’était celles de son carnet de rendez-vous qu’il feuilletait pour reporter sur une feuille les noms de ses patients (j’y ai tout de suite vu le mien). Il m’avait alors dit qu’il partait avec la liste pour une cérémonie en Inde dans la ville de l’éveil du Buddha. Avant qu’il ne me transforme en hérisson, je me fais aujourd’hui repréciser le sens de cette initiative :

 

 

-         c’est une cérémonie sur le Karma familial, destinée aux proches, les noms seront lus [...], chaque nom a une onde qui lui est propre, la cérémonie permettra à cette onde d’atteindre le porteur du nom, où qu’il soit, vivant ou mort.

 

 

Natacha était au courant de cela par son élève chinoise qui, elle, est déjà partie en Inde notamment avec deux de ses élèves. Les cérémonies devraient réunir plus de 200 personnes. Elle a compris puisque le bouddhisme n’est pas une religion, que c’était une cérémonie de « compassion ». J’ai remercié LP de faire cela pour moi.

 

-         ça ne peut pas me faire de mal. Vous connaissez Pascal ? Le philosophe ?

 

Il me fais signe que oui.

 

-         le pari pascalien. Dans le doute, mieux vaut y croire, au pire, ça ne fera rien... Ma mère, mes parents prient pour moi, je ne crois pas mais je suis heureux qu’ils le fassent.

 

-         [...]

 

-         vous savez que je vous fais de la pub ! Vu le budget, nombreux sont les fumeurs à qui je parle de vous qui disent attendre que j’arrête avant de s’engager. Je les comprends. Pour vous c’est un voyage en Inde, pour moi, c’est tout de même un voyage « santé ». (Il sourit) J’ai une copine très convaincue et pratiquante, une autre m’a dit que son acupuncteur vietnamien lui avait dit : « si vous êtes décidé, une séance suffira, sinon beaucoup de séances ».

 

-         ce que je vous fais est particulier, il s’agit de médecine monastique, laquelle soigne à la fois le corps et l’esprit. Nous sommes très peu à la pratiquer. L ’argent, pour les gens réticents, est souvent un prétexte : ils craignent de toucher à l’esprit.

 

Il me fait tirer la langue.

 

-         Nonnn ! Elle ne doit pas être jolie. Qu’est-ce que vous voyez ?

 

-         le cœur, beaucoup de chaleur

 

-         c’est le Printemps...

 

-         il y a de cela.

 

 

Il m’a fait un peu mal en me plantant deux aiguilles au creux du poignet.

 

-         ce sont des points d’exorcismes, ils peuvent être douloureux. C’est ici que la plupart des adolescents qui font une tentative de suicide se coupent. Ils savent inconsciemment que cela les soulagera sans les mettre en danger, ça leur permet de se débarrasser de leurs idées noires.

 

 

Un peu plus d’une demi-heure de grande relaxation, le corps lourd scotché à la table, tétanisé, avec parfois la sensation qu’une partie de ce corps est en train de s’en détacher. Il m’a semblé que LP s’est tenu un moment au-dessus de ma tête avec de l’encens. Alors que je remets ceinture, montre, bagues et chaussures :

 

 

-         C’est votre 7e séance, n’est-ce pas ?

 

-         Oui, il me semble.

 

-         Je vais vous remettre une ou deux aiguilles dans les oreilles et nous nous reverrons dans un mois. J’avais au départ prévu pour la suite des séances rapprochées tous les 15 jours mais vous avez bien réagi, une séance par mois devrait suffire, vous êtes sur la bonne voie. Bien sûr si vous en ressentiez le besoin, appelez moi dès mon retour pour un rendez vous, mais il me semble que ce ne sera pas nécessaire.

 

 

Alors qu’il me raccompagne à la porte :

 

-         pour ce qui concerne l’énergie sexuelle, il vous faudrait passer à la seconde étape

 

-         à savoir ? Votre traitement fait merveille, c’est le calme plat, je ne « génitalise » presque plus (pour parler comme vous)

 

-         c’est bien, ce qu’il faudrait maintenant c’est garder le sperme

 

-          ? Ne plus baiser ?

 

-         Non bien sûr et quelque soit la forme de votre sexualité, essayer de ne pas éjaculer, le sperme est un réservoir d’immunité.

 

Matthias Herrmann

 

Alors là, voici un programme qui ne me séduit pas du tout, alors pas du tout. Il me faudrait renoncer au plaisir le plus fort que j’ai jamais connu, au moyen le plus facile pour me décontracter, pour trouver le sommeil, pour lutter contre la douleur ? Ah ça non !

 

 

… Reste qu’il est indéniable que depuis que je fréquente LP, hormis une retrouvaille « sieste » avec Gabriel ce dimanche, l’idée m’est assez peu venue. 

 

 

Et ma prostate chérie, faut bien qu’elle fasse son footing ? J’avais lu que s’en servir constituait la meilleure prévention contre sa cancérisation. Il faut que j’en cause à LP s’il revient à la charge à ce sujet. En attendant, ça me fait penser au peu que je sais sur le Tantrisme :

 

 

C'est dans cette perspective qu'il propose une autre approche de la sexualité, vécue comme une forme de méditation, où chaque partenaire apprend à vivre un sentiment d'unité profonde avec lui-même et avec l'autre. Des techniques spécifiques peuvent être utilisées pour favoriser cette approche : différentes formes de méditation, des massages… La respiration y est centrale et, à travers elle, un relâchement du corps et une prise de conscience des muscles du bas-ventre, du périnée, des organes génitaux. Hommes et femmes sont invités à approfondir l'orgasme, ce qui passe pour les hommes par une découverte de l'orgasme sans éjaculation. Il ne s'agit pas de maîtriser l'éjaculation, mais d'arriver progressivement à l'oublier, insiste Daniel Odier.

 

http://www.medecines-douces.com/impatient/hs24/tantra.htm

 

 

Trop hétérocentrée comme connaissance, ça ne va pas faire l’affaire !

 

 

Ah si, finalement, j’ai trouvé quelque chose d’intéressant :

 

http://www.360.ch/presse/2003/11/le_corps_explore_il_faut_reapprendre_limportance_du_toucher.php

 

 

P.S. Gabriel m’écoute mon débriefing de séance, esquisse de sourire aux lèvres :

 

 

-         Quand je pense que c’est toi le rationaliste et moi l’irrationnel. Tu te souviens ? Lorsqu’on s’est connu, que tu te moquais de  mes visites chez la cartomancienne, malgré toutes les choses troublantes qu’elle me disait. Elle m’avait notamment lancé : « une personne veille sur vous, votre grand-mère, je vois deux « m » dans son prénom. » ça ne marchait pas parce que j’ai spontanément pensé à ma grand-mère maternelle mais la mère de mon père s’appelait bien Emma.

 

-         Je crois que je le suis toujours autant mais que je suis aussi prêt à accepter que tout ne s’explique pas, à commencer par le métaphysique. Pragmatique aussi : « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » Et puis somme toute, le matérialisme a désenchanté le monde, c’était une bonne chose ; si cela l’enchante de nouveau  un peu, pourquoi pas ? On y gagnera en poésie.

 



[1]  Cf Sous le charme de Jan et Jalouse in Des "cow boys" de plus en plus taciturnes

 

 

Igor Mitoraj Ephèbes aux Tuileries (2004) et  Portrait Alica au Musée olympique de Lausanne

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 12 mars 2007

L’autobiographie impudique d’un Monsieur digne : Longue vie à Edmund White !

 

Sous les toits, dans la chambre n° 15 de notre pension de famille aux pieds des pistes de ski de cette petite station des Beskides occidentales (Beskid Żywiecki), en présence ou non de mes trois compagnons, j’ai dévoré ces « vies » d’Edmund White.

 

La sortie de ce livre fut d’abord pour moi une surprise : son auteur n’avait-il pas déjà raconté d’une certaine manière sa vie dans son œuvre d’autofiction ?

 

Mais parce que je lui serai toujours reconnaissant d’avoir fait entrer la vie des gays des années 1950 à nos jours dans la Littérature[1], je n’ai pas hésité un instant à plonger dans son autobiographie, avec une jubilation identique à celle que l’on ressent lorsqu’on retrouve de vieux amis.

 

L’impudeur et la sincérité si peu bourgeoises d’Edmund White ainsi que ses nombreuses interrogations sur sa vie, le lavent de tout soupçon de complaisance à l’égard de lui-même, encore plus de celui d’hagiographie, deux écueils inhérents à l’autobiographie.

 

Sur un enregistrement de Radio Canada, à l’occasion de la sortie de ce livre, l’écrivain répond aux questions d’un journaliste. Il a une voix de jeune homme. Longue vie à Edmund White !


 

 

PS Selon ma fâcheuse habitude, j’ai corné quelques unes des 364 pages. Extraits :

 

Mes femmes

 

Un week-end où elle vint me rendre visite à Ann Arbor, nous nous sommes embrassés passionnément et nous sommes déshabillés, mais je suis resté impuissant. Il y a maintenant des pilules pour ça et des exercices béhavioristes, et je me demande parfois : serais-je marié aujourd’hui si j’avais été capable de faire l’amour ce jour-là, et avec d’autres femmes ? Et dans ce cas, serais-je plus heureux que je ne le suis maintenant ?

 

Je crois que deux hommes ne peuvent jamais parvenir au degré d’intimité complémentaire d’un homme et d’une femme. Deux hommes peuvent êtres les meilleurs amis du monde, mais c’est un arrangement souple par rapport à l’ajustement biologique – ou n’est-ce qu’un jeu de rôle réciproque ? – entre un homme et une femme. [...]

 

« Mais, même en jouant tous ces rôles, et avec les avantages annexes des contrastes, d’âge, de race, de fortune et de situation à l’égard du sida, deux hommes sont toujours incapables de secouer la routine de l’unisexualité. Un dîner d’hommes sans la moindre femme manque de pétillant. [...]

 

Mon Europe

 

Les premières nuits que je passai rue de la Goutte-d’Or, j’entendis des grognements et des hurlements terrifiants sortir de la chambre de Jean. Je découvris le lendemain matin au petit déjeuner, Gilles me servant de traducteur, que Jean avait ramassé un vieil Arabe dans les toilettes publiques sous les voies du métro, l’avait ramené à la maison et persuadé de le fister.

 

« Comment ! M’écriai-je. Etait-il sale ? »

 

Jean rit et répondit : « plus ou moins. J’ai dû lui faire prendre une douche. Il sentait comme un chameau après une semaine dans le désert. » Aucun odeur ne me vint immédiatement à l’esprit. J’était choqué que Jean ait pu convaincre un Arabe du quartier de faire quelque chose de si exotique – après tout, Foucault ne disait-il pas lui-même que le fist-fucking était la seule chose que le XXe siècle avait ajoutée au répertoire sexuel ? Et pourquoi confier une intervention obstétrique si délicate à un amateur ? [...]

 

Avec l’écrivain Larry Kramer et quatre autres homosexuels, je venais de fonder ce que nous avions appelé The Gay Men’s Health Crisis parce que nous voulions souligner que la maladie frappait les gays, pas les lesbiennes, et que c’était une crise, pas une situation permanente. Moi qui assimilais la libération personnelle à la liberté sexuelle, je ne voulais certainement pas réduire le nombre de mes rencontres. Quand j’entendis des leaders de la communauté parler de fermer les saunas et les backrooms, j’en attrapai des boutons.

 

Foucault se moqua de moi et Gilles (Barbedette) fit de même. « Oh, non, Edmund, dit Foucault. Laisse le soin aux Américains puritains d’inventer une maladie qui touche – qui tue ! – seulement les gays. C’est trop parfait. Peut-être que ça vous débarrassera de vos Noirs aussi.

 

-         A propos...

 

-         Non, non ! C’est trop parfait. Les gays et les Noirs ! » [...]

 

Mes blonds

 

Même maintenant, quand on me roule dans un tunnel de métal pour une scanographie et que je ne dois pas paniquer ni même crisper un muscle, je me médicamente aux souvenirs de T. me pissant dans la bouche ou de mon Ecossais préféré hochant la tête vers moi et disant à son amant : « pas encore, je veux le baiser encore un peu plus. » Lorsque je subis une intervention canalaire ou une pénible opération pour extraire une profonde verrue plantaire – à ces moments délicats, l’aimable professeur White est aussi calme et aussi souriant parce qu’il s’est drogué au souvenir d’être sodomisé par les deux bouts. Je pense parfois que je ne suis qu’un sexomane, totalement corrompu par une vie dévergondée, faite d’habitudes vicieuses. Mais à d’autres moments je me dis qu’il n’y a que le plaisir, les instants de plaisir, pour racheter la souffrance ou, pis, l’insipidité de cette vie, et parmi ces moments il y a lire Le Hussard sur le toit de Giono, en Provence, dans une maison sèche et tiède, tard dans la nuit, quand un vent léger commence à agiter le sommet d’un peuplier, que les Français appellent plus justement un tremble. Ou marcher [...]

 

 

 


Mon Genet

 

Puis arriva un silence d’une heure trente, soit la durée du film X, qui ce soir-là était vraiment hard, merci Canal. Le gentil gorille fit une pipe au méchant. Etre face à cette vérité me mettait mal à l’aise. Dans l’action, le méchant gorille me demanda si je le voulais, je refusai, alors, il me hurla tout transpirant de lui passer les capotes qui étaient dans l’armoire, et c’est férocement qu’il sodomisa le gentil gorille qui semblait prendre du plaisir. Ils étaient déjà bien plus haut que tous les ciels. A travers le sexe ils avaient vraiment réussi à s’évader.

 

Boumkoeur Rachid Djaïdani - Seuil

 

Mon Genet à moi tient bien peu de place : Le journal d’un voleur et Querelle de Brest. Je ne crois pas avoir vu une seule pièce de son théâtre pourtant tant joué, ou du moins, rien qui ne m’ait laissé une trace. Et encore, je suis venu à son Querelle de Brest, après le choc émotionnelle de Querelle [2] son adaptation par R.W. Fassbinder (1982), la beauté de ses interprètes Brad Davis et Laurent Malet, et de déhanchements fiévreux sur le titre culte d’Axel Bauer, Cargo de nuit (1983) avec son clip homo érotique réalisé par Jean-Baptiste Mondino.

 

 

L’homme en revanche, le délinquant, « l’enculé », le militant aux côtés des noirs et des arabes,  m’a toujours fasciné.

 

Un jour, deux copains hétéros, Paulo et Erik me rappelèrent que Genet avait réalisé un film sur l’amour des hommes en prison. Tous deux cinéphiles exigeants, chacun de leur côté, ils venaient de le voir en salle. Pas de dialogues, pas de musique, juste le silence et le désir des hommes durant 50 minutes.

 

Etonnants copains hétéros, capables d’aller voir un tel objet cinématographique ! Paulo intervenait alors en prison, était-ce aussi pour lui une manière de poursuivre son expérience parmi les reclus ? Etonnant Paulo, capable de te parler d’un jeune et nouveau collègue de travail d’une beauté agaçante (« il vous plairait »), s’agit-il seulement de la crainte d’une rivalité masculine écrasante ? Ou simplement peut-être l’heureuse évolution d’un homme qui aime les filles mais capable de remarquer la beauté de ses pairs et de la dire ?

 

En mai 2006, j’ai rejoint Gabriel qui était venu à Vienna pour le travail. Au MUMOK, au musée d’art moderne, encore sous le choc des salles consacrées aux actionnistes viennois, à la fin de notre visite, j’ai identifié sur un téléviseur placé à un mètre du sol, les images du « chant d’amour ». Pour bien le voir, il fallait que je m’installasse à côté d’une gardienne sinistre. Je renonçai.

 

Grâce à Arte (21 février 2007, 0.25 Court-circuit), j’ai enfin pu voir ce « chant d’amour » où il est question de fleurs, de fumée et de trous. Réalisé en 1947, on conçoit sans peine que les censeurs de l’époque aient pu en rester interdits.

 

Session de rattrapage avec une assez bonne bande son (les puristes détesteront) :

 

http://www.dailymotion.com/video/xczdr_genet-un-chant-damour

 

Mon Genet [...]

 

Puis je rencontrai Angela Davis, en 1991, qui me déclara spontanément, sans que je lui aie posé la question : « Genet était un travesti naturel. Il se défonçait au Nembutal et dansait pour les Panthères dans un déshabillé rose. Ça leur a fait du bien... ça les a décoincés un peu », ajouta-t-elle en riant. [...]

 

(NDC Genet avait alors soixante ans et en paraissait davantage)

 

Edmund White Mes vies - Plon

 

 

 


 

 

 

L’actionnisme viennois

 

Ce mouvement artistique d’avant-garde, né en Autriche dans les années soixante, marqué par la violence de ses manifestations regroupe des artistes tels que Hermann Nitsch, Otto Muehl, Günter Brus (vu au MACBA à Barcelone), Arnulf Rainer et Rudolf Schwartzkogler.

 

Les actionnistes font du sexe un des principaux instruments de leur rébellion. Le corps devient le matériau essentiel de l’art et s’exprime au cours de performances et de happenings où la nudité, le sang, le sperme mettent en jeu la provocation sexuelle. Le dégoût, la souffrance physique et l’agression font partie de ces rituels. (…) Marqué par l’expressionnisme et l’action painting, Brus rejoindra le groupe en 1964 ; il réalise des actions à forte connotation sadomasochiste, se livrant à des automutilations, symboliques puis réelles. Pornographie et scatologie sont transformées par lui en une violente critique à l’encontre d’une société autrichienne considérée comme hautement répressive et régressive. (…) Le mouvement qui se réfère fréquemment à Baudelaire, Nietzsche, Schiele, Kokoschka, Artaud et son « théâtre de la cruauté », part d’une maladie originelle de l’homme qui ne se guérirait que de manière homéopathique. En traitant le mal par le mal. »

 

Florence de Méredieu dans Le Siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle chez Larousse.

 



[1] De manière très significative, je m’aperçois que mon premier article sur ce blog contient une citation de « La tendresse sur la peau » d’Edmund White : 1er contact avec la médecine

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander

Calendrier

Mars 2007
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>