Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Jeudi 24 mai 2007

Emmanuelle Antille

 

 

Gloria vit avec son mari, sa belle-mère et ses deux fils dans une « cage à poules » de la banlieue de Madrid. On ne peut pas dire qu’elle ait une vie bien rigolote entre l’entretien de sa maisonnée, son mari qui lui est devenu un étranger et les ménages qu’elle doit enchaîner pour à peine joindre les deux bouts.

 

Son mari chauffeur de taxi, vit dans la nostalgie de sa vie passée en Allemagne où il eut une liaison avec une chanteuse dont il était le chauffeur.

 

Le plus jeune de ses garçons a l'habitude de coucher avec les pères de ses camarades de classe. L’aîné Toni deale de l'héroïne pour gagner l'argent nécessaire afin de partir vivre avec sa grand-mère au « pueblo ».

 

Dans l'immeuble vit aussi une prostituée au grand cœur un peu nunuche et une mère maniaque de la propreté et de la déco kitch, persécutée par sa fille qui abuse de ses pouvoirs surnaturels en prenant un malin plaisir à tout détruire dans leur appartement.

 

Pour tenir le coup, Gloria prend des amphétamines.

 

Lorsqu’un jour la pharmacie refuse de lui vendre ses pilules sans ordonnance, qu’en plus, Toni et la grand-mère lui imposent le gros lézard vert qu’ils ont recueilli, et que son mari lui annonce qu’il attend la visite de sa chanteuse, venue spécialement d'Allemagne pour lui proposer de falsifier les mémoires d'Hitler, ce jour là, Gloria, craque définitivement et tue net son mari d’un coup de jambon à l’os, d’un geste digne d’un maître de kendo.

 

Son petit dernier parti vivre avec le dentiste, son aîné et sa belle-mère ayant eux aussi rejoint le « pueblo », Gloria, à bout, seule et abandonnée, est sur le point de se jeter du haut du balcon de l’appartement, lorsqu’elle est interpellée par son fils cadet...

 

 

Abracadabrantesque scénario d’un film qui n’a pas choisi son genre et qui sans prévenir, vous fait passer du rire aux larmes : Hommage (ou parodie) du néoréalisme italien, humour noir...

 

Un film sans tabou, qui ose tout, y compris le mauvais goût et la crudité, qui fait de l’usage des drogues et de l’homosexualité une banalité du quotidien, un film qui ne respecte rien.

 

Un film qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais jusqu’alors vu, un cinéma qui me donnait envie d’apprendre l’espagnol, de le chanter, de dessiner (splendides génériques et affiches), de m’essayer aux fausses publicités ou fausses actualités.

 

Je jubilais. Je n’avais plus qu’une envie, tout connaître de ce qu’avait fait ce mec et de le faire connaître : « Il vous aller voir ses films, rien n’est plus subversif, déjanté et drôle que les films de Pedro Almodovar ».

 

 

C’est Elise[1] avec qui nous avons dîné à deux reprises, qui m’a rappelé cette époque où, tel le nouveau converti, j’évangélisais avec passion sur le campus.

 

Avec elle mais aussi sans doute avec Hélène avec qui j’avais découvert ce Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça  et qui partageait, peut-être dans une moindre mesure, mon enthousiasme, je me suis ensuite précipité voir Dans les ténèbres (une chanteuse se réfugie dans un couvent de charité après la mort par overdose de son mec, l’abbesse, junkie, tombe amoureuse d’elle....), le fascinant Matador (Eros et Thanatos réunis par le geste tauromachique), Le labyrinthe des passions (Inoubliable « Première » de l’ouverture du film par de gros plans sur le « paquet » des mecs qui passent et que mate depuis une terrasse un personnage homo !), son premier long métrage, le très « underground »  Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier , et La loi du désir qui universalise le désir homosexuel.

 

Ai-je osé voir ce dernier film avec un de mes amis de l’époque ? Je ne crois pas. J’ai dû utiliser ma formule habituelle de censure : « c’est un film à part,  pas pour tous publics, ça intéressera peut-être les homosexuels ».

 

A cette époque, je parlais avec passion des acteurs fétiches du cinéaste madrilène, comme de vieux amis : de Carmen Maura d’abord, d’Antonio Banderas, de Chus Lampreave, de Marisa Paredes, de Cécilia Roth et de Rossy de Palma.

 

 

En 1987, avec son « Femmes au bord de la crise de nerfs », le cinéaste accéda à la reconnaissance internationale, à celle de la critique comme à celle du grand public. Ce film par ailleurs devenu un « classique », marque, me semble-t-il, la fin d’une folle période – le virage avait commencé à être pris avec Matador et La loi du désir - et le début d’un cinéma, qui en prenant de la maturité, fait de moins en moins rire mais gagne en profondeur, dans des scénarios toujours plus complexes et inattendus.

 

Almodovar avait vieilli, l’esprit de la movida espagnole, cette effervescence artistique et festive née de l’après franquisme et de la démocratie retrouvée, n’était plus, d’autant que beaucoup de ses acteurs étaient morts prématurément, fauchés par le Sida et/ou l’overdose.

 

 


Pour revenir à ma vieille cops, dans sa vie déjà bien remplie elle s’est rajoutée cette année une activité prenante et fort coûteuse : une formation à la production et à la réalisation de film.

 

« Vous ne vous êtes pas plu pas hasard, a souligné avec raison Gabriel, c’est vraiment  le genre de projet que tu pourrais avoir. »

 

Le scénario de court qu’elle avait écrit a été retenu par le groupe en formation, aussi a-t-elle été propulsée réalisateur. Je me suis d’ailleurs aperçu que son film était déjà googlisé par l’intermédiaire du CV d’un de ses acteurs, en ligne sur un site de casting.

 

 


encore

 

 

Deux articles de Frédéric Strauss (Télérama, Cahiers du Cinéma) :

 

Biographie de P.Almodovar  dans Universalis 6.0 (une copie d’un article excellent dans un site perso au design épouvantable)

 

A l'occasion de l'Almodovar Exhibition à la Cinémathèque en avril 2006

 

 

Un site perso : http://lastrada.free.fr/Almodovar/sommaire.htm

 

 

Sur ce blog : http://notesgaydethomas.over-blog.com/la mauvaise éducation

 


 

Vidéos

 

http://www.youtube.com/ qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça

 

 

http://www.dailymotion.com//almodovar/la-loi-du-desir-ne-me-quitte-pas

 

 

http://www.dailymotion.com//almodovar/la-loi-du-desir-dejame-recordar

 

 

http://www.youtube.com/Almodovar y Mc Namara Voy a ser Mama

 

 


 

Le XXe siècle est et restera le siècle où une faiblesse humaine, la persistance rétinienne, aura été utilisée par la technique pour créer l’illusion, pour rendre le rêve et le réel visible, pour réinventer le temps.

 

Alain Rey, Introduction à La Petite Encyclopédie du Cinéma Editions du Regard/Réunion des Musées Nationaux 1998

 

 

 

Interdit aux adultes non accompagnés d’un mineur

 

Au  jardin des dunes et des vents au Parc de la Villette où nous avons rendez-vous avec Pierre-Emmanuel, Valentin et les toulousains, l’homme en faction à l’entrée fait un pas en avant avec un geste de la main comme pour nous barrer le passage :

 

-         l’accès du jardin est interdit aux adultes non accompagnés d’enfants, vous avez des enfants à l’intérieur ?

 

-         oui, on rejoint de la famille qui en a (Gabriel et moi, pratiquement en même temps).

 

-         bon, ça va, mais normalement vous devez entrer avec les enfants.

 

Curieuse expérience, que de se voir refuser l’accès d’un lieu parce qu’on n’est pas accompagné par des enfants. Un côté monde à l’envers du Carnaval.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 15 mai 2007

 

 

Comme Sabine de retour de son nième voyage en Inde disait de nouveau tout le bien qu’elle en pensait et que c’était elle qui m’avait recommandé le très aimé garçon convenable de Vikram Seth, j’avais noté la référence pour l’acheter.

Gabriel m’a finalement devancé. Il m’a seulement dit, qu’il fallait suffisamment avancer dans le roman pour qu’il prenne toute son ampleur. Mireille qui l’avait déjà lu, s’est exclamée :

-         comme l’Inde a changé depuis les années cinquante dépeintes dans « un garçon convenable » ! Fini les tabous autour de la sexualité ! Ce livre ne parle que de cul... et d’amour.

-         et alors, tu l’as trouvé bien ou non ? Lui ai-je demandé.

-         ah oui, c’est un grand roman.

Loin de Chandigarh (The alchemy of desire) de Tarun J Tejpal, ce gros roman de 677 pages m’a fait du profit dans le sens où je ne l’ai pas, à proprement parler, dévoré ; disons plutôt que je l’ai grignoté par petits bouts, au lit avant de m’endormir. Comme on grignote sans trop d’appétit une pâtisserie orientale en sirotant un petit verre de thé à la menthe. Lentement , car on n’a pas la fringale et que ce n’est pas forcément ce que l’on préfère, mais doucement aussi pour, malgré tout, déguster chaque bouchée, chaque gorgée de cet ensemble agréable.

Pour tout dire, l’appétit de lecture s’est éveillé à partir de la Partie IV - Kama : Désir, plus particulièrement dans le chapitre « Le nawab philosophe » (page 459).


Jusqu’à ce point du roman, le narrateur raconte l’histoire d’amour passionnelle et très charnelle qu’il a vécu avec une jeune femme, Fizz. Il évoque leur départ de Chandigarh pour s’installer à Delhi, son job alimentaire de journaliste, et son incapacité à faire avancer son projet de roman, une saga familiale dépeignant l’Inde de sa Partition à nos jours.  Il est aussi question du boulot de réécriture de Fizz, de son enquête sur « les habitudes masturbatoires du mâle indien », de la famille du narrateur et d’un héritage qui leur a permis d’acheter une maison en montagne.

C’est dans cette maison de montagne que débute le livre, 15 ans après la naissance du couple, au petit matin, le narrateur réalise avec effroi qu’il ne bande plus pour Fizz.

Prélude à la fin d’un amour hors du commun ?

  brideandprejudice.jpg

Ce jour là, il se plongera dans la lecture d’un « carnet de cuir fauve » découvert caché dans un mur de leur maison, journal d’une autre histoire d’amour, celle de Catherine, une américaine, qui s’installa en Inde sous l’Empire, après sa rencontre avec le prince Syed, le fils d’un nawab qu’elle épousa.

Au fil des années, les deux époux apprirent à partager leurs plaisirs charnels ; même si ce n’était pas l’un avec l’autre. [...] 
Installée dans un profond fauteuil, dans un coin sombre de la chambre de Syed, Catherine le regardait atteindre les frontières exquises de son corps. [...]

Catherine découvrit que les hommes aiment les autres hommes avec la même passion et la même tendresse qu’ils aiment les femmes. Ils sont aussi inventifs et aussi inattendus. Dans les mémoires de son père, elle avait lu ses commentaires sur la variété infinie des recoins intimes des femmes. En fait, le secret de leur corps était encore plus énigmatique. Ce qu’un homme révélait lorsqu’il ôtait ses vêtements n’avait rien de commun avec ce qu’il pouvait devenir. Aucune équation de taille, de forme, de couleur, de pilosité, ne pouvait être appliquée.

Elle vit des hommes chétifs dotés comme des rois, et des hommes puissants très modestement pourvus. Elle vit des hommes minces, gros, comme des poignets, et des hommes gros, minces comme des doigts. Elle vit des hommes superbes avec des tiges ratatinées, et des hommes laids avec des troncs superbes. Elle vit des hommes tendus faire de molles déclarations, et des hommes flasques affirmer une dureté inflexible. Elle vit d’amples ouvertures retomber en petites mélodies décevantes, et de petites introductions prendre des proportions symphoniques.


Catherine prit aussi conscience que la main du créateur était plus nerveuse lorsqu’il s’agissait de donner une forme aux hommes : rares étaient les spécimens que l’artisan suprême parvenait à sculpter droits et dans l’axe.

La plupart étaient tordus, incurvés, ballonnés, effilés, orientés à gauche, à droite, zig ou zaguant, dans une anarchie de construction aux principes indéchiffrables.

En général, les hommes qui se présentaient devant Syed aimaient les femmes. Ils venaient simplement servir un maître. Toutefois, chacun repartait content. L’un d’eux était son amant. Il s’appelait Umaid. Nez fin, épaules larges, favoris épais, cheveux longs et drus. Il veillait sur les écuries de Syed et pouvait le faire gémir comme personne. Avec Umaid – et seulement avec lui-, Syed s’attardait après l’étreinte, parcourant tendrement son corps musclé du bout des doigts, caressant son membre alangui avec amour.

A la question de Catherine qui voulait savoir comment il lui était possible d’aimer Umaid sexuellement, elle platoniquement, et d’avoir encore envie de tant d’autres hommes, Syed répondit : « Un seul venin empoisonne tous les individus : le besoin de posséder. Il tue le désir, l’amour, l’amitié, la parenté. Il rétrécit l’immensité du monde à quelques murs, à une poignée de monnaie, à une paire d’organes. Pour moi, le désir est un rite de fête, non un rituel de propriété. Toujours une célébration, rien d’autre. [...]

Que ceux qui se gardent bien de faire ce à quoi je résiste rarement, lire la fin d’un roman avant de l’avoir achevé, sautent ces quelques lignes.
 

Je glissai une feuille de papier sous le rouleau lisse de la Brother, posai les extrémités frémissantes de mes doigts sur les touches noires et luisantes, et commençai à taper. Les claquements crépitèrent comme des coups de feu.

Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour...

 


Liens

Loin de Chandigarh de Tarun J Tejpal à l'occasion de sa sortie en poche (Libération)

Boy friend de Raj Rao
Le Dieu des petits riens d'Arundathi Roy

Citation : http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-3679004.htmlDeux vies de Vikram Seth

Citation : http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-4909062-6.html

Un lien musical : Pascal of Bollywood
 


 

http://www.bernardfaucon.net/

 

Poilant ?

 

On vit une époque formidable. Il n’aura sans doute pas échappé aux « bears » et fétichistes de tout  poil que le collège de pataphysique a réuni les 30 et 31 mars et le 1er avril 2007, les Etats généraux du Poil.

Trois jours durant, les plus éminents spécialistes de la question sont intervenus dans le format très contraignant d’une demi-heure, sur des questions aussi pointues et aussi variées que la géographie du Poil, la pilosité des femmes jalouses, la modification des cellules cérébrales quand le Poil pousse dans la main, ou de l’Art velu interactif.

A poil !

 

spencertunickd_sseldorf.jpg

Spencer Tunick

 

Jeux interdits


Dans l V d’un cul clair

va t vint m´thodiqu

un piston t´n´brux.

n msur, l’accompagnnt

d ptits cris fi´vrux.

La cadnc s’acc´l`r,

l piston point son nz

tout brillant, lubrifi´.

La bsogn achv´,

lntmnt s rtir.

Ls fsss s rfrmnt

dans un bruit d mouill´.

Sous un grain d baut´,

pas fâch´ d’n finir

l’orific fait ds bulls

jusqu’n finir noy´.

 

Un minimum de décence valait bien un pseudo lipogramme.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 8 mai 2007

philippines-photos.tripod.com

Une fois de plus, le réveil « réservation d’avion pour les vacances d’été » avait été trop tardif. De guerre lasse, on s’était rabattu sur un long voyage vers les Philippines. De cet archipel, nous connaissions peu de choses :

 

-         une destination qui a longtemps été prisée des pédophiles – tellement de notoriété publique que j’avais le sentiment de faire tomber sur moi le soupçon d’en être chaque fois que je prononçais le nom de notre destination,

 

-         un pays souvent secoué par des catastrophes naturelles –en cette saison, nous risquions de nous retrouver dans l’œil du cyclone,

 

-         une terre d’émigration de personnel de maison – j’avais découvert dans un pastiche du Figaro Magazine, le Loup-Garou Magazine, l’excellence des bonnes philippines,

 

-         le volcan Pinatubo, les bases militaires américaines, les plus belles rizières d’Asie (sur l’île de Luzon),

 

-         une agitation islamique dans les îles du sud et des touristes venus faire de la plongée toujours retenus en captivité sur l’île de Jolo par un groupe d’Abu Sayaf .

 

 

Qu’allions nous y chercher ? Avant tout un dépaysement exotique. Je nous imaginais bien caboter d’île en île en ferry, de plages en coraux, de coraux en rizières, de rizières en volcans, le tout toujours baigné de soleil.

 

 

De Manille, peu de souvenirs à part quelques garçons très efféminés qui nous avaient fait avec plus ou moins de discrétion du gringue et l’interdiction d’entrer avec des armes à feu inscrites à l’entrée de  restaurants. Un ciel chargé de nuages noirs qui régulièrement se vidaient avec fracas, préfiguration de la météo que nous allions subir durant la plus grande partie du voyage.

 


Extrait du carnet de voyage (à deux mains)

 

11/7/1999

 

Salle d’attente à Manille (Domestic Airport) pour un départ vers Boracay (Kalibo) -

 

 

Les philippins sont très américanisés. Ils parlent souvent parfaitement l’anglais. L’influence espagnole après 350 ans d’occupation n’aura finalement pas laissé une grande marque sauf peut-être dans le Tagalog.

 

Merci à la World Company.

 

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La colonisation espagnole nous vaut de beaux mariages à la Sainte Eglise Catholique. Côté monumental jésuitique, difficile de trouver une vieillerie, en effet, tout bâtisseur subit ici le supplice de Sisyphe imposés par la nature : quand ce n’est pas un tremblement de terre qui fout tout en l’air, c’est un cyclone qui s’en chargera. On comprend dans ces conditions que les philippins n’aient pas grand chose à offrir à nos yeux avides de reliques et qu’ils soient toujours en train de faire le ménage.

 

L’influence américaine se remarque aussi à ce que la majorité de la signalétique est inscrite en anglais, la plus grosse partie des journaux en kiosque sont des titres en langue anglaise, tout comme il n’est pas rare d’entendre des radios qui sonnent « yankee ».

 

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Bref, on regrette que cette capacité à absorber des cultures différentes ait finalement favorisé les Etats-Unis. Maudit destin qui fait que nous soyons saoulés par de la country music et non par de la bourrée auvergnate !


 

Dans un premier temps, on conclut que ce peuple n’avait plus de culture propre à force d’absorber, telle une éponge, celles d’étrangers. Une déception donc pour le touriste avide de pittoresque. Pourtant, on a fini par trouver cette attitude vraiment sympathique, par l’ouverture aux autres et l’absence de préjugés qu’elle implique. Emblématique fut à cet égard une expérience culinaire que nous eûmes à la fin de notre séjour sur l’île de Luzon, à Batad un village classé par l’UNESCO, planté au milieu de rizières escarpées, dans la région de Banaue.

 

Pour accéder à ce village, il nous avait fallu louer les services de moto-taxis qui nous avait longuement et lentement bringuebalé sur une piste défoncée par la pluie avant de nous déposer au bas d’un sentier. Pour arriver au village, il fallait désormais grimper sur ce sentier jusqu’à parvenir à un petit col puis descendre vers le village.

 

Dans notre guest-house sur pilotis, à l’heure du dîner, la maîtresse de maison nous a tendu une petite carte sur laquelle étaient proposés des Falafels. Comme on s’en étonnait, elle nous a dit qu’elle avait reçu,  il y avait de cela plusieurs années, des israéliens qui lui avait appris à en faire et que depuis, compte tenu des difficultés d’approvisionnements, elle cuisinait cela.

 

 

philippines-photos.tripod.com

 

 

Le soir suivant, une pluie forcément tropicale nous avait fait rentrer trempés d’une promenade dans les rizières. Lorsqu’elle cessa avec la nuit, nos hôtes allumèrent des lampes. Aussitôt, des nuées de punaises toujours plus nombreuses sont arrivées de la rizière et se sont mises à coloniser ce qui tenait lieu de salle à manger. Alors qu’autour de nous toute la famille s’agitait pour essayer d’endiguer le raz de marée, nous avalions des Falafels.


 

 

 

Il y a de cette ouverture à la différence dans le film d’Auraeus Solito, l’éveil de Maximo Oliveros. L’éveil de Maxi, un garçon de 12 ans très efféminé d’un quartier défavorisé de Manille (est-il possible qu’un garçon torde autant les fesses à Manille ?), c’est l’éveil à l’amour de ce garçon joyeux. Le père et les frères aînés de Maxi sont de truands qui traitent plutôt gentiment ce petit frère qui remplace les femmes absentes de cette famille, l’homme dont il tombe amoureux est un policier incorruptible (espèce manifestement introuvable à Manille si on en croit l’auteur) qui, même si la résolution de son enquête passe par Maxi, ne semble pas complètement insensible au gringue et à la tendresse touchante que lui prodigue ce petit bonhomme.

 

A un moment donné du film, j’ai sursauté, c’était incroyable, le réalisateur n’était-il pas en train de nous raconter une histoire d’amour pédophile (Même si j’ai lu depuis que l’acteur aurait 14 ans, sa constitution paraît celle d’un garçon à peine pubère) ? Comment un film pareil, a-t-il pu être distribué ?

 

Dieu merci, l’épilogue est tout ce qu’il y a de plus moral puisque Maximo va désormais à l’école et ne fréquente plus Victor le policier. Ce n’était que moi qui avait eu l’esprit mal tourné, car après tout, comme le dit le réalisateur : « il s'agit juste d'un amour innocent, naturel. La majorité d'entre nous a déjà connu cette situation : idéaliser une personne plus âgée au point d'en tomber amoureux. »

 

 

Alors, cette bonne acceptation de l’homosexualité dans le film, fiction ou document ? Laissons la parole au réalisateur Auraeus Solito :

 

 

La société philippine accepte mieux les gays à présent. Je préfère le mot « accepter » que « tolérer » qui implique trop négativement la différence. Dans tout le pays, vous pouvez voir beaucoup de jeunes gays, habillés en femme sans que cela pose de problèmes, même avec leur famille. Peut être est-ce dû au fait que les anciennes générations philippines croyaient que les meilleurs médiums pour communiquer avec les Dieux étaient les gays : ils possèdent une double sensibilité spirituelle, celle de l'homme et de la femme.

 

 

 

 L’entrevue avec Auraeus Solito, le réalisateur :

 

http://citegay.fr/00/00/248297/content_visu.htm

 

 

La bande annonce

 

 

 

50 millions de spermatozoïdes par millilitre

 

Samedi soir - Ligne 2, direction Dauphine -

 

 

Comme toujours, il a fallu attendre un métro qui, vu l’insuffisance de sa fréquence, ne pouvait être que bondé. Je m’énerve d’avoir pensé un seul instant pouvoir y terminer mon article du Monde 2.

 

Il paraît qu’en Occident, un homme a deux fois moins de spermatozoïdes que son grand-père au même âge.

 

A chaque station, ça monte en nombre et ça descend bien peu. Comme on est de plus en plus serrés comme dans une boite de sardines, forcément, certains s’énervent.

 

« Putain ! J’avais oublié, ça va être le même bordel sur la 13. » Dis-je à Gabriel par-dessus la tête de passagers. À voix plus basse, très articulé : «Paraît que la qualité du sperme baisse : On n’aurait plus que 50 millions de spermatozoïdes par millilitre. 50 millions de trop!? »

 

 

 


 

Où sont passés les spermatozoïdes ? Sciences actualités 3/11/2004

 

 

Le billet Children of men dans http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-6269367.html

 


 

A genoux

 

 

Papa est rentré de son scanner la mine sombre :

 

-         alors ? lui a demandé ma mère.

 

-         et bien je me prépare une belle retraite ! En pleine forme, sans plus  pouvoir faire quoi que ce soit.

 

Comme mon père était vraiment au 7e sous-sol, après avoir probablement compati, ma mère lui a dit avec le bon sens qui la caractérise et toujours la formule qui fait mouche : « tu pourrais avoir un cancer du pancréas et disparaître en trois mois. »

 

 

Arthrose traumatique des genoux avec les os d’un genou particulièrement esquinté, ce qui explique qu’il ait de plus en plus mal, que ses jambes se soient arquées et qu’il puisse désormais parfois boiter.

 

 

Lorsque tout le clan s’est retrouvé en mars au Carroz, Pascal, mon petit frère a sonné l’alarme, ils avaient dû abandonner papa sur un bout de piste où la neige était molle et la pente raide : il avait tellement mal qu’il n’osait pas faire un seul virage, ni une conversion.

 

Etait-il ensuite rentré au chalet ? Pas du tout, il avait encore skié seul un certain temps.

 

Quand le lendemain, la troupe a quitté par vagues successives le chalet au bord des pistes et que je l’ai vu nous regarder partir, mon cœur s’est serré. Il venait de renoncer à skier.

 

En fait, pas du tout. Soulagement. Il n’avait sacrifié qu’une petite demi-journée et avait pris rendez-vous avec Pascal et David pour l’après-midi. Il a skié plutôt bien mais lorsque la neige s’est transformée sur les versants ensoleillés, il a déclaré s’être senti très vulnérable.

 

 

Après ce week-end, la dégradation de sa situation s’est accélérée : il a fini en boitant une marche de trois heures avec sa femme (durée minimale pour ce montagnard), à qui il a demandé de conduire sur le chemin du retour (il ne cède normalement jamais le volant). Il s’est mis ensuite aussi à commencer à avoir mal en faisant du vélo, activité physique jusqu’à présent indolore.

 

 

Alors qu’il était ce soir là franchement désagréable avec ma mère, ma mère m’a raconté qu’il avait craqué et lui avait avoué se réveiller dans la nuit sans pouvoir retrouver le sommeil à l’idée d’être aussi handicapé.

 

 


 

Comment ne pas compatir à son désarroi ? Lui qui sa vie durant a pris soin de développer son « capital santé » par l’activité physique, la diététique, la naturopathie, lui dont nous avons appris très tôt la locution latine « mens sana in corpore sano », lui qui avait fait de nous alors des originaux parce que nous mangions végétarien bio, avec plein de choses bizarres, des graines germées, de la purée d’amande et j’en passe, lui qui nous a protégé de l’abus d’antibiotiques, mis à la diète et au repos lorsqu’on était malade, toutes ces précautions santé devenues aujourd’hui tendances[1] ; lui qui a toujours considéré que tout n’était qu’une question de volonté, puissance de la volonté qu’il a immense, qui lui a permis de corriger en peu de temps une orthographe défaillante après avoir été très tôt viré de l’école ou d’aller grimper à l’âge de 60 ans des sommets de plus de 5 000 mètres à l’autre bout du monde (moins 10 kilos après la Bolivie tout de même), ou encore de faire obstinément ses exercices de musculation de l’œil qui lui permet à trois ans de sa 7e décennie de ne pas avoir à porter des lunettes, le voici soudain stoppé net par des genoux usés.


 

 

 

Comme mon père, j’ai commencé très tôt à perdre mes cheveux. J’avais moins de 20 ans lorsque ma grand-mère maternelle chez qui j’ai habité deux ans après mon bac, m’appliquait avec amour, raie par raie, des ampoules de Foltène, sensées ralentir la chute des cheveux. J’assurais, photo à l’appui de mon père au même âge, que j’en avais plus que lui et que ça devait marcher.

 

 

Comme mon père (en fait comme ma grand-mère paternelle), mes cheveux qui n’étaient pas tombés ont aussi très vite blanchi.

 

 

Lorsque j’ai approché les âges de la maturité, il m’est arrivé de sursauter en voyant mon reflet dans une glace ou une vitre : physiquement, je ressemblais de plus en plus à mon père, « rien de plus normal, rajoutais-je grinçant, six pieds sous terre, il sera encore plus difficile de nous distinguer.»

 

 

Depuis la soirée à la Maroquinerie en décembre[2], je traîne un mal au genou, pas suffisamment handicapant pour que je me résolve à aller voir un rhumatologue.

 

Les chiens ne font pas des chats.

 

 

Mourir cela n'est rien
Mourir la belle affaire
Mais vieillir... ô vieillir

 

 

Jacques Brel (qui partage notamment avec Léo Ferré

 

d’avoir écrit les chansons les plus « bluesantes »

 

que je connaisse, à écouter avec modération)

 

 

 

La fiche chez la libraire Decitre



[1] Alexandre Huillet fait dans le Pref  de mai juin 2007 un papier sur la veggie pride, « rassemblement de végétariens et autres végétaliens de tout poil », j’apprends ainsi que mes parents avaient fait de nous des membres de la secte des ovo-lacto-végétariens (ne mangeant de viande mais consommant des produits d’origine animale : œufs, miel et produits laitiers)

[2] http://notesgaydethomas.over-blog.com/archive-12-2006.html (4thy party pour Arnaud et Géraldine à la Maroquinerie)

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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