Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Jeudi 31 août 2006

jl_bridget_jones.jpg


8/10/01

Ça manque de mecs !


C’est effarant le nombre de nanas qui sont sans mec et qui en cherche un ! Pas seulement des femmes de 50 ans larguées par leur mari pour convoler avec une petite jeune, à tout âge, nous connaissons des femmes seules qui galèrent pour trouver un mec.

Par son ampleur, le phénomène est devenu sociologique : les magazines féminins traitent régulièrement de cette rareté, « le journal de Bridget Jones » a fait un malheur planétaire et son adaptation cinématographique qui arrive sur nos écrans en fera probablement de même. Dans la mesure où statistiquement il n’y a pas de raison qu’il y ait dans ces âges beaucoup plus de nanas que de mecs (à vérifier), même si on importe « à tout va » des étrangères mais probablement tout autant d’étrangers célibataires), se pose la question des origines de la solitude des femmes.

Il a souvent été question des effets de la « libération des femmes » qui auraient rendu les rapports homme-femme beaucoup plus difficiles pour des hommes fonctionnant encore en majorité sur des schémas très machistes. A plusieurs reprises, je me suis étonné que personne ne fasse le rapprochement entre ce phénomène et le processus en cours de normalisation d’une vie homosexuelle masculine. Pour me demander dans la foulée si après tout, l’interdit de l’homosexualité depuis toujours, ne comportait pas une utilité sociale. De façon tout aussi réactionnaire et irresponsable, je me suis aussi demandé si le mariage social « arrangé » n’était pas préférable à un tel résultat.

Frédéric Monneyron, anthropologue et sociologue travaillant sur le rôle du vêtement et de la mode, fait allusion à ces questions dans Libération (1 et 2/9/01). Il y décrypte notamment la tendance à rendre apparent les sous-vêtements comme symptomatique d’une société qui a finalement peur du désir. 

« Le désir est devenu dangereux. Non seulement à cause du sida, mais aussi en raison de la méfiance qui s’est installée entre les sexes, très visible dans la classe d’âge allant de 20 à 35 ans. Aujourd’hui, 70% des étudiants sont des étudiantes ; ce sont donc les femmes qui, très majoritairement, ont les diplômes ; mais malgré tout, les représentations du couple sont restées assez traditionnelles : les jeunes femmes recherchent pour conjoint ou compagnon un homme qui a au moins le même niveau culturel qu’elles. Cela crée un écart impossible à combler et dans cette classe d’âge, il y a donc 4 femmes pour un homme. D’un autre côté, le féminisme a eu pour effet d’amener à percevoir le désir masculin comme agressif, si bien qu’aujourd’hui non seulement aucun homme ne se risquera plus à siffler une femme dans la rue mais tout simplement à manifester son désir. Ces phénomènes ont engendré cette méfiance réciproque entre les sexes qui évacue tout désir… Et le soutien-gorge apparent, c’est le désir qui n’existe plus… La seule sphère dans laquelle le désir existe encore, c’est sans doute celle de l’homosexualité ; l’érotisme contemporain est passé par là… »
 

Les origines de l’amour


Dans le « musical » « Hedwig and the angry inch », Hedwig n’est plus un homme mais n’est pas pour autant une femme : le chirurgien a raté à moitié l’opération que lui a demandé son amant GI noir pour l’épouser ; il lui reste entre les jambes un vestige de sa masculinité passé, ce « inch » qui l’a installé à la frontière floue des deux sexes, pas si loin des androgynes dont il est question dans une de ses chansons : « les origines de l’amour ».

hedwig.jpgCette chanson raconte une belle histoire joliment illustrée par une séquence d’animation ; je l’avais déjà entendue ou lue. J.C. Loiseau de Télérama m’a mis sur la piste de Platon, Gabriel sur celle du « Banquet », Google l’a confirmé en me signalant un site de médecins qui au sujet de l’homosexualité et « des possibilités de s’en défaire » (sic), évoquait « le mythe des androgynes » sans toutefois me donner le texte d’origine.

Ce matin, je me suis souvenu du « Petit traité des grandes vertus » de A. Comte-Sponville, chapitre « l’amour ». Ce mythe est raconté dans le discours d’Aristophane « qui est le seul que le grand public retienne, pour en célébrer presque toujours la profondeur, la poésie, la vérité… (…) Aristophane nous dit exactement, sur l’amour, ce que nous voudrions tous croire. 

« Jadis, explique-t-il, notre nature n’était pas ce qu’elle est à présent, elle était bien différente. » Nos ancêtres, en effet, étaient doubles, du moins si on les compare à ce que nous sommes et d’une unité pourtant parfaite, qui nous fait défaut : « chaque homme constituait un tout, de forme sphérique, avec un dos et des flancs arrondis ; ils avaient quatre mains, autant de jambes, deux visages tout à fait pareils sur un cou parfaitement rond, mais une tête unique pour l’ensemble de ces deux visages opposés l’un à l’autre ; ils avaient quatre oreilles, deux organes de la génération, et tout le reste à l’avenant. » 
Cette dualité génitale, spécialement, explique qu’il y eût alors non pas deux mais trois genres dans l’espèce humaine : les mâles, qui avaient deux sexes d’homme, les femelles, qui avaient deux sexes de femme, et les androgynes, qui portaient, comme leur nom l’indique, l’un et l’autre sexes. 
Le mâle explique Aristophane était né du Soleil, la femelle de la Terre, l’espèce mixte de la Lune, qui participe de l’un et de l’autre. Ils étaient tous d’une force et d’une vaillance exceptionnelles, au point qu’ils tentèrent d’escalader le ciel pour combattre les dieux. 
Zeus, pour les punir, décide alors de les couper en deux, de haut en bas, comme on coupe un œuf. C’en était fini de la complétude de l’unité, du bonheur ! 

Chacun depuis en est réduit à chercher sa moitié, comme on dit, et c’est une expression qu’il faut ici prendre à la lettre : jadis, « nous formions un tout complet (…), jadis nous étions un » ; mais nous voilà « séparés d’avec nous mêmes », n’ayant de cesse de retrouver ce tout que nous étions. Cette recherche, ce désir, c’est ce qu’on appelle l’amour, et la condition, quand il est satisfait, du bonheur. Seul l’amour en effet « recompose l’antique nature, s’efforçant de fondre deux êtres en un seul et de guérir la nature humaine ». On comprend que l’on sera homosexuel ou hétérosexuel selon que l’unité perdue était entièrement homme ou femme (homosexualité masculine ou féminine) ou bien, au contraire, androgyne (hétérosexualité). (…)

Le mythe d’Aristophane donne ainsi raison à l’idéal de l’Amour avec un grand A, le grand amour pour la vie, fusionnel, total, définitif, exclusif, absolu…
Sceptique, Platon laisse ensuite la parole à Socrate qui va dire « la vérité sur Eros » qu’il tient d’une femme, Diotime. L’amour est désir et le désir est manque. Or un manque satisfait disparaît avec sa satisfaction (…) ; le désir s’abolit dans sa satisfaction. (…) De là la grande souffrance de l’amour, tant que le manque domine. Et la grande tristesse des couples, quand il ne domine plus… 

Il semble qu’il y ait des issues à ce blème, vous trouverez des pistes dans l’ouvrage p. 308 et suivantes.

23/10/01 – 1-2-3 soleil


Au Monoprix, il y avait au rayon poissonnerie un jeune beur qui, chaque fois que nous nous croisions, me gratifiait d’un magnifique bonjour ensoleillé. Ces sourires m’étaient d’autant plus énigmatiques que je n’achetais jamais du poisson. « A-t-il repéré chez moi quelque chose qui peut lui faire penser que cette cordialité m’amènera à acheter tous les jours du poisson ? » me demandais-je. Après un temps d’étonnement, j’avais finalement reconnu le jeune garçon qui habitait avec sa famille en face de chez nous rue Vicq d’Azir. 

A cette époque, jamais nos regards ne s’étaient croisés. La discrétion probablement qui sied aux gens qui n’ont pas choisi de vivre aux yeux de leurs voisins. 
Dans cette petite pièce à peine voilée par les rideaux, il vivait avec son père, un homme âgé, musulman que j’ai pu apercevoir faire sa prière à plusieurs reprises, sa mère semblable à toute les femmes d’un certain âge du Magreb, sa sœur aînée enfin, plutôt masculine et ayant tendance à s’arrondir des hanches, avec laquelle il lui arrivait de chahuter. 
Souvent son torse nu se dessinait derrière les voilages, le torse d’un adolescent, long, mince, sec. Dans la rue, il marchait d’un pas énergique toujours habillé de noir. Il ne paraissait pas commode et je ne me souviens pas de lui avoir vu une seule fois le beau sourire qu’il arbore désormais. 
Un autre garçon pas mal faisait parfois une apparition. Un grand frère ?

Il y a un an, je me décidai que le poisson serait sur la table ce week-end. Je me fais confirmer Vicq d’Azir mais il me demanda aussitôt si je retournais en Tunisie. ? ? ? « Nous étions dans le même avion que vous et votre groupe de jeunes».  C’était en mars 1999. Il a de la famille à Tunis et à Djerba.

Lui aussi m’avait donc regardé vivre, NOUS avait donc regardé vivre. caf_tunis.jpgDepuis combien de temps ? 
En février 1994, il a peut-être entendu Amina Fahret que j’avais rapporté de Djerba pour mes retrouvailles avec François avec qui j’avais fait l’amour pour la 1ère fois le jour de mon 1er voyage pour la Tunisie. Nous avions écouté cette chanteuse à fond avec pour seule lumière des bougies. Ça n’avait pas l’air de le gêner, ces deux hommes qui vivaient ensemble. Au contraire ?

Enigmatique… Il est vraiment d’un abord charmant. Pas cet accent de rue, une très bonne expression, enjoué.

Bref, en janvier 2001, le Monoprix Secrétan avait perdu son seul attrait : Ali avait disparu (je l’ai probablement appelé Ali par erreur après avoir entendu des caissières parler d’Ali ; depuis je suis sûr que le caissier au type tamoul porte ce prénom).
 
Aujourd’hui, il faisait beau, même sous la station Jaurès. Je m’avançais vers la volée d’escalier conduisant aux quais du métro. Mon regard est attiré vers le haut, j’ai crû reconnaître une tête connue. C’est Ali qui tourne son regard vers moi. Nous nous gratifions mutuellement d’un salut de tête accompagné d’un sourire. Une rame s’approche, j’escalade 4 par 4 les marches, je me précipite derrière lui dans la 1ère rame, il me laisse le passage. Il avance sa main que je serre.

« Alors, Monoprix, c’est fini ? Vous avez repris une formation (montrant le cartable)
-         Ah oui, bien fini. Je suis en topographie….
-         En Alternance, en contrat de qualification ?
-         Oui sur 2 ans
-         Vous êtes tombé sur un bon tuteur ?
-         C’est pas ça, c’est une petite boite, je fais pas souvent ce que je devrais.
-         C’est hélas fréquent.
-         Quel rythme d’alternance ? Combien de jours l’école ?
-         2 semaines l’entreprise, une semaine d’école. Vous êtes toujours là-bas ?
-         Oui et vous ? Rue Vicq d’Azir ?
-         Non on a bougé on est dans le 19e maintenant. Je dois descendre. (Colonel Fabien)

Un temps d'arrêt.

Lui : « - ça m’a fait plaisir de vous rencontrer.
Moi : - moi aussi… »
Hors de la rame : « vous êtes retournés en Tunisie ? 
-         Heu, oui à Pâques dernier. Au revoir ?
-         Au revoir. »
Charmant. Qu’est-ce qui l’amène à l’être avec moi ? Enigme.
par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mercredi 30 août 2006

28/8/01

 

Satyricon émotione

 

Quand ai-je vu pour la première fois ce chef d’œuvre de Fellini ? Seule la date portée sur mon exemplaire du Satiricon de Pétrone devrait pouvoir me le rappeler puisque je l’ai probablement acheté après avoir vu le film. Est-ce parce que je me rapproche de l’âge de son auteur que je crois l’avoir encore davantage apprécié ?

Naturellement, j’ai de nouveau été séduit par la beauté des interprètes d’Encolpe et d’Eschylte qui se disputent au début du film l’esclave et éphèbe Giton dans un monde où les amours homosexuels semblent relever de la normalité (Gabriel a même vu dans leur relation celle d’un couple d’amants et il a par ailleurs capté le début d’un récit faisant référence à nos jumeaux Castor et Pollux).

 

Mais ce qui m’a davantage touché cette fois-ci, c’est la parabole sur la vie humaine qui pourrait se résumer par la formule suivante : de ta jeunesse profite avant de devenir comme tous ces vieux libidineux et laids qui n’ont d’yeux que pour ta jeunesse, l’argent[1], le pouvoir qu’il leur procure et leur tombe ; la vie est si courte !

La nature universelle et atemporelle des relations entre vieux qui détiennent argent et pouvoir et jeunes, jouets de leur concupiscence habite largement l’histoire.

L’angoisse de vieillir s’exprime notamment dans la panne sexuelle subie par Encolpe et dans ses efforts pour retrouver sa puissance sexuelle, cet apanage de la jeunesse.

Dans cette tragédie humaine, le vieillard peut soulager ses angoisses et échapper au ridicule par la poésie mais encore faut-il être un véritable poète, ce qui n’est pas donné à tout le monde, pas vrai Trimalchion ?

Quoi qu’on fasse, la tragédie de l’homme est telle que mieux vaut en rire, ne serait-ce qu’au moins une fois par an à l’occasion d’une journée du rire, à l’instar d’un peuple croisé par les deux compagnons.

 

Très belle séquence aussi que celle racontant l’histoire de la matrone d’Ephèse effondrée de douleur sur le macchabée de son époux et qui ne pense qu’à le rejoindre, jusqu’à ce qu’attiré par ses pleurs arrive un beau soldat de garde au pied d’un pilori non loin de là qui la raisonne : « à quoi te servira-t-il de te laisser mourir de faim, de t’ensevelir vivante, et, avant que les Destins ne t’y invitent, de rendre un souffle innocent ? Ne veux-tu pas revenir à la vie ? Ne veux-tu pas, renonçant à un entêtement féminin, profiter, aussi longtemps que tu le pourras, des bienfaits du jour ? Ce cadavre même, étendu en ce lieu, devrait te donner le conseil de vivre ! » …De la transfigurer au terme d’une longue étreinte. Mais peu de temps après, c’est désormais lui qui va devoir mourir puisque la famille du supplicié a entre-temps volé le corps dont il avait la garde. Déjà folle à l’idée de devoir de perdre son nouvel amant, la veuve presse le soldat de l’aider à fixer son défunt époux à la place du supplicié : «Aux dieux ne plaisent que je voie en même temps les funérailles des deux êtres que je chéris le plus. J’aime mieux perdre le mort que de causer la mort du vivant. »

L’esthétique des décors comme les situations sont surréalistes : elles relèvent plutôt du domaine de la représentation du rêve en particulier dans ce que ce dernier comporte de représentations symboliques et dans cette succession de bribes d’aventures dont l’enchaînement est non linéaire. D’ailleurs, si on excepte le début du film (la querelle des deux compagnons autour de Giton puis les séquences autour du riche Trimalchion), ce film est non racontable en tant qu’histoire, ou alors quelque chose m’a échappé. Il se peut que le fil conducteur se trouve dans le personnage du poète qui est tué par Trimalchion et qui réapparaît dans le film (à revoir donc ou trouver un commentaire). 

 

Il est vrai qu’il s’agit d’une adaptation d’une œuvre elle-même en lambeaux et lacunaires dans son contenu. On est loin du  « récit réaliste de la Rome décadente de Néron et des affranchis » de Pétrone (le Larousse) ; Fellini y a-t-il trouvé un moyen de « traiter ses phantasmes homosexuels » comme il est affirmé sur le site ciné du Luxembourg ? Ça me paraît douteux ; Son Fellini offre-t-il à ses contemporains en cette année 1969 un « miroir inquiétant » ? (La petite encyclopédie du cinéma) Sans aucun doute, tout comme il démontre que le cinéma peut être œuvre d’art.

 Sur le thème de la décadence et de son actualité, Trimalchion : « Croyez-moi, qui a un as, vaut un as ; possédez vous serez considéré. (…)

 

 28/9/01

 

 

Ni jeune, ni vieux. Un âge pour vivre ; pour mourir aussi

 

 

J’ai eu 39 ans. Il est difficile de se penser encore jeune, et tout autant de se dire vieux. « Un âge pour vivre ; pour mourir aussi. » L’écrivain indienne Arundathi Roy à qui j’ai emprunté ces mots les écrit à propos de sa mère qui est morte à 31 ans « dans une chambre d’hôtel sordide d’Allepey », au Kerala.: « Elle avait 31 ans. Ni jeune, ni vieille. Un âge pour vivre ; pour mourir aussi. » (« Le Dieu des Petits Riens »)

 

La vérité des songes

 

 

S’il est une part de moi-même qui m’échappe la plupart du temps, c’est bien celle qui parle dans mes rêves. J’envie Gabriel qui tient souvent un songe à me raconter. Possède-t-il cette faculté de se souvenir de ses rêves, de cette habitude familiale de se raconter au petit déjeuner les rêves de la nuit (Je ne me souviens pas que nous ayons eu enfant ce rituel) ?

Au début de notre relation, le récit de ses rêves était toujours un fort moment d’intimité partagé, en particulier lorsque son père mort était venu les habiter. Chaque fois, pourtant, je ne pouvais éviter un léger pincement au cœur de m’apercevoir que j’en étais le plus souvent absent. Dans un mèl récent il m’a fait part de son rêve du matin :

 J'étais mort et donc transparent avec ma cousine Anne (que je n'ai pas vu depuis au moins 10 ans !), je venais de mourir plus exactement (elle étant morte quinze jours avant) et nous errions dans Paris (le RER plus exactement).
J'ai pleuré à plusieurs reprises car je n'arrivais pas à m'habituer à cette nouvelle condition. Ma cousine me disait qu'il ne fallait pas en faire tout un plat et que je m'habituerais bientôt. J'éprouvais une grande tristesse parce que j'étais mort sans que tu le saches et que je ne te reverrais plus.

 



[1] ils sont prêt pour cela à dévorer le défunt puisque telle est sa volonté et que l’héritage ne pourra être perçu qu’à cette condition

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 29 août 2006

Mon ami, mon amant, mon frère, mon jumeau

 

 

 

 

Bien que de pères différents, les deux frères Castor et Pollux étaient inséparables au point que les artistes grecs de l’Antiquité évoquaient leur amitié fraternelle en les représentant toujours la main dans la main ou en superposant même leur profil. Ils connurent ensemble de nombreuses aventures couronnées de succès. Malheureusement ils se perdirent dans l’enlèvement de deux jeunes filles qui leur mirent sur le dos leurs frères dont l’un tua Castor. Pollux se lamenta longtemps auprès du cadavre de son frère, car étant lui-même immortel (fils de Zeus), il ne pouvait le rejoindre dans la mort. Zeus, ému de cet amour fraternel, autorisa Pollux à partager son immortalité avec son frère. Depuis lors, les inséparables passent ensemble une moitié du temps au royaume d’Hadès, et l’autre moitié à la table des dieux, dans l’Olympe, comme semble le rappeler le mouvement perpétuel des levers et couchers des deux astres qui les personnifient au firmament.

 

 

Castor et Pollux, c’est nous ! Goran les a gravé sur la plaque que Gabriel lui avait commandée pour mes 38 ans. Merci Gabriel, mon ami, mon amant, mon frère, mon jumeau pour ce « Castor et Pollux » unique qui scelle symboliquement nos liens. Merci Gabriel de nous avoir doté d’un totem.

Le Monde entier aux Buttes-Chaumont 

 

Je rentre de ma virée « forme » dans notre parc, les Buttes-Chaumont. C’est toujours un plaisir renouvelé pour moi d’y fatiguer mon corps en courant une vingtaine de minutes et en faisant sur son point le plus haut quelques abdos et pompes. A cet endroit, en choisissant mon coin de pelouse, je peux outre le ciel, au choix, voir la tour Eiffel ou le Sacré-Cœur. Même si une surconsommation de clopes peut parfois rendre le footing plus pénible, je ne m’y ennuie jamais car les Buttes-Chaumont sont en général peuplées d’une mosaïque de personnages venus d’ailleurs : mon parc est aimé du monde entier mais l’Afrique y est chez elle. Ce soir l’illusion était parfaite, la température ne devait pas être très éloignée de celle qui règne à Accra. Si l’on excepte quelques agités de mon genre, chacun paraissait s’efforcer de s’économiser, terrassé par la chaleur de plomb qui s’est installée sur Paris : les postures assise et couché sont privilégiées. Ici un groupe de femmes noires en boubou entourées de leur floppée de bambins, là des couples mixtes ou non roucoulent, discutent à voix basse ou se prennent en photo, ailleurs on dort, on lit ou on écrit, le copain magrébin de Paul M., un de nos étudiants, vient d’arriver au bord du lac avec son luth, je croise aussi inévitablement les parents qui promènent leur progéniture, un peu plus loin ce sont trois garçons à la peau très noire qui papotent en s’esclaffant. Les pelouses sont jonchées de détritus et les poubelles débordent. L’atmosphère est paisible et je me dis que ce parc est le lieu de réalisation de l’utopie de la tolérance.

Ce soir un mec au buste musclé et bronzé était allongé à côté de sa petite amie, elle-même en maillot de bain, qu’il caressait. Il paraissait beau, c’était probablement un maghrébin.

Ce parc est aussi parcouru par des solitaires plus ou moins sombres, plus ou moins nets, essentiellement des hommes. Il est un lieu de drague, peut-être  de prostitution : en remontant par le tunnel qui est au bord du lac, je croise inévitablement au même endroit des mecs qui font du « trading », de jeunes noirs qui pourraient y gagner leur vie, j’y ai même rencontré Goran qui cherchait de l’action et qui pour l’occasion s’était muni de clopes. Mon parc est donc aussi un peu sulfureux et ce n’est pas fait pour déplaire au voyeur que je souhaite rester.

 

La fois précédente, je n’étais pas dans la même humeur, j’étais taraudé par des pensées racistes. Ça a commencé avec l’énervement de voir toutes ces populations étrangères se vautrer dans ces magnifiques pelouses interdites d’accès (nous on se l’interdirait), ça a continué avec un sentiment d’envahissement par des gens qui n’avaient rien à voir avec moi, pour finir avec l’agacement de me faire infliger très tard par mes voisins une TV puis de la musique arabe à un niveau sonore insupportable en collectivité. Quand l’étranger devient majoritaire, même si je le trouve beau, vivre à côté de lui ne me paraît pas aller de soi. Ses règles ne sont pas celles de mon pays, mais quelles sont donc ses règles ?

 

 

 

 

P.S. Delanoë s’est mis en tête de débaptiser notre parc pour l’appeler parc François Mitterrand, c’est le tollé ou du moins je l’espère. Télérama a fourni l’adresse du webmestre de l’hôtel de ville, faut que je m’y colle. « Bertrand, Staline c’est fini ! Si tu rebaptise notre parc j’entre en dissidence. Mitterrand a sa coûteuse bibliothèque, ça suffira pour la postérité. Un sympathisant de la gauche plurielle et un amoureux du parc des Buttes Chaumont. »

 

 

 

 

 

 

Tyrannie conjuguale

 

 

 

 

Ce matin là j’avais la gueule dans le pâté et n’étais pas dans la meilleure humeur : on avait bu plus d’une bouteille de champagne par personne à la fête annuelle de Sylvie et Paul, dansé comme des fous et j’avais, outre les courbatures et la fatigue, un léger mal de crâne. Célia et Philippe qui étaient nos hôtes ce week-end venaient d’acheter de quoi faire un bon petit déjeuner. Gabriel avait fait le café. Après avoir un peu traîné pour me mettre à table et avoir lancé un œuf à la coque, je me rue sur mon « mug » au fond duquel stagnait un peu de café : « c’est tout ce que tu m’as laissé ? ». Echanges un peu sec avec lui pour m’avoir si bien servi pour finalement lui demander : « au fait, ça fait combien de temps qu’on s’engueule, 2 minutes ? 3 minutes ? C’est pour mon œuf à la coque ? »

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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