Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Lundi 4 septembre 2006

 

 

6/11/01

 

Les jeunes ne sont plus ce qu’ils étaient (Edouard Dutour dans Elle du 22/10/01)

 

Florilège  commenté :

lors que les garçons cultivent une silhouette informe et lâche, les filles de façon très ostentatoire, révèlent leur féminité : pantalons qui moulent les fesses et les hanches, nombril à l’air et petits tops à bretelles qui soulignent les seins. C’est un phénomène que nous déplorons depuis fort longtemps, l’allure de ces salopes énerve les garçons qui ne pouvant plus contrôler les effets de leurs montées de testostérone les violent, ce qui n’est pas bien. Pour ce qui nous concerne, nous regrettons surtout qu’un tel fatras de tissus nous prive du plaisir des formes de ces jeunes mâles ; quant à apercevoir une de ces irrépréhensibles érections qui les assaillent, c’est bien sûr « mission impossible ». Je ne parlerai pas ici du tort immense que nous cause le pire invention que nous ait créé le prêt à porter : le caleçon. Une injure au phallus !

 

 Les années 90, économiquement et socialement difficiles ont entraîné un rejet de l’autre sexe comme on rejette un étranger. Tel quel, sauf votre respect Edouard, je ne vois pas le lien. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tension entre les deux sexes. Quelques exemples : on flirte peu dans les banlieues. Oui, on sait le jeune de banlieue basané viole en groupe, selon un rituel qualifié par ses pratiquants de « tournante », essentiellement des « blanches » esseulées. Eh oui, c’est déjà un homme d’honneur et de principes : il tuerait celui qui aurait l’audace de déflorer une de ses soeurs  lesquelles doivent arriver vierge au mariage. Les garçons ne s’initient plus entre eux comme à l’époque des internats (anodin hier et connoté gay aujourd’hui). Le plus beau morceau de l’article ! Un vrai scoop ! Je me prends à envier toutes ces générations de garçons qui ont passé leur adolescence à se branler, se sucer et s’enculer entre copains sans aucun état d’âme : « c’est pas être pédé que se donner un coup de bite ! C’est juste pour être au point quand on passera aux femmes ! » Avant de faire une scène à mes parents de ne pas m’avoir envoyé en internat (« j’aurais pu m’éclater et devenir hétéro »), il faudra que je demande à mon père comment c’était chez les frères Maristes de l’Immaculée Conception. Notez par ailleurs le très « politiquement correct » « connoté gay ».

Il n’y a plus de « déniaisement » par les filles de joie. Irréfutable, les pères n’amènent plus leur fils aux putes et les virées entre copain de régiment se perdent pour la simple et bonne raison que la conscription, c’est fini.

Les hommes intériorisent leurs pulsions ce qui les conduit parfois à une certaine agressivité. De façon heureusement marginale, les jeunes expriment alors leur libido par les injures, le porno (sous-titrage : branlette devant film porno) voire le viol (Cf ci-dessus). Parallèlement à ces phénomènes de sexe hard, H. Lagrange (sociologue spécialiste des adolescents) affirme que « le flirt des ados est de plus en plus justifié par les sentiments amoureux ». Et même plus surprenant, il précise que c’est chez les garçons qu’on observe cette évolution. C’est maman et le CLER[1] qui vont être contents de l’apprendre !

 

En 2001, on assiste à un retour en force de la différenciation sexuelle. Vous n’aviez pas remarqué qu’avant 2001, il était très difficile de distinguer une fille d’un gars, c’est d’ailleurs comme ça que je me suis retrouvé pédé, j’avais cru avoir affaire à des filles. H. Lagrange note « une incroyable remontée de la féminité chez les jeunes filles ». Un effet secondaire de la pilule ? Les garçons, eux, exacerbent leur masculinité : culte du muscle, de la virilité voire de la violence. Cela correspond à une véritable crise de l’identité masculine qui ne se définit plus par une situation professionnelle – et donc sociale – différente de celle des filles.

On comprend alors que le sexe et la dernière frontière. Comme pour dire aux filles : « tu fais des études, tu es libérée, tu es mon égal mais n’oublie pas que, avec mon sexe, je suis un homme ! » Nos ados mâles payeraient-ils les frais d’une fulgurante modification de la place de l’homme dans la société ?

 

Anne Cécile Serfati rajoute qu’on n’a jamais parlé aussi librement de sexualité. Mais certains mettent en garde contre les risques d’un excès de paroles liées à la sexualité. « Pendant trop longtemps, explique le psychologue J. P. Winter, à cause de l’hypocrisie bourgeoise et religieuse, on a confondu la gêne et la pudeur. Aujourd ’hui, en voulant se débarrasser de la gêne, ce qui est tout à fait louable, on essaie parfois de se débarrasser aussi de la pudeur. Or la pudeur est constitutive de l’érotisme et l’érotisme du désir. Ne l’oublions pas !

13/12/01

 

Tristes histoires de chiffres

Ca y est, je l’ai fait. Mon premier festival des films gays et lesbiens ! A prés de quarante berges, il était temps. Samedi 18H30 pour 19H nous dévalons les escalators de la Porte St Eustache. Derrière les deux grandes portes vitrées, une meute de mecs fait déjà la queue. Pas de doute, le Forum des Images, c’est bien ici. Un peu gêné par la concentration inhabituelle pour nous de nos pairs, nous prenons place dans cette queue déjà trop longue.

Je mate un peu l’air de rien, Gabriel en fait sûrement tout autant, la conversation qui chez nous ne se tarit jamais, me paraît laborieuse et à voix basse (surtout ne pas se faire remarquer en disant une connerie). A 19 H est programmé « Oi warning ! » une gay story dans le milieu skin allemand. Le film dure 35 minutes. A 21H, on reviendra pour « Tableau de famille » de l’italo-turc Ferzan Ozpetek qui a fait le très émouvant « Hammam », lui aussi dans un format équivalent. Coincé dans cette queue interminable, je peste contre cette drôle d’idée de ne pas faire une séance qui enchaîne les 2 films.

Après avoir pris nos billets pour les 2 séances (« 40 balles pour un film de 35 minutes, s’font pas chier tout de même ! Ah, ils les ont vu venir les Dinks  – double incomes, no kids -) » soufflai-je à Gabriel. Arrivée par le haut dans le grand auditorium déjà bien plein de ce qui faisait surtout la queue dehors, autrement dit de mecs. Je descends les escaliers comme mes homologues, très digne, un brin hautaine mais avec un seul souci : être séduisante en compagnie de Duddy. Je fuis tous ces regards, mon objectif comme toutes celles qui m’ont précédé et qui me suivront : me faire voir tout en trouvant une place qui me plaît. Nous nous enfonçons dans notre fauteuil : « C’est grand ! Je suis déjà venu ici, ah oui pour voir les Etoiles, il y a un bail ! » A côté de moi, assez rapidement un monstre, « c’est bien ma chance » pensai-je.

« Deux ans déjà que nous réclamons ce film pour le festival, enfin nous pouvons vous le présenter. Je rappelle qu’il est sous-titré en anglais. » Les « Campers jaunes » (le jeune présentateur) s’effacent et c’est parti pour un beau noir et blanc. Au bout de 5 minutes peut-être, chacun dans la salle attend qu’un voisin bien placé aille demander de lancer le sous-titrage, car pour l’heure ça n’arrête pas d’éructer en chleu. Coupure et retour des «Campers jaunes » qui confirment ce que nous craignions : deux ans d’attente pour recevoir la mauvaise copie. Eclats de rire, quelques cris d’orfraie. L’organisateur propose aux non germanophones de revenir à la séance de dimanche, voire de se faire rembourser. Gabriel et moi, presque en même temps : « on pige queudale à ce qui est dit mais pour 35 minutes, ça s’annonce pas mal ». Ca faisait un moment que les 35 minutes étaient révolues lorsque j’eus une illumination : « pas 35 minutes,…35 millimètres, film en 35 millimètres  ».

 

 Cette méprise me pose soudainement un nouveau problème : « quelle est la longueur de ma queue en érection ? » Si c’est pas sauter du coq à l’âne, ça ! Enfin à l’âne, pas vraiment puisque j’hésite entre 14 et 16 cm. Je crois me souvenir que j’étais affligé de la taille moyenne déclarée par les coqs de notre pays. Ça ressemble à quoi 14 à 16 ? Un œil sur la braguette. Pas vraiment le moment de vérifier. Cette histoire de longueur, c’est relatif. Elles font combien celles de nos étalons du porno ? Direction Factionx.com, le site du distributeur d’un film qui met en scène des étalons latinos dont Thévenin ne se tarit plus d’éloges dans Têtu.

Les fiches acteurs sont formelles : 18 cm pour le plus petit, 33 cm pour le mieux doté par la nature – s’il n’y avait pas de photo, inimaginable ! -. Le scientifique qui sommeille en moi, observe que les déclarés « passif » ou « actif-passif » ont systématiquement la plus petite (si ce terme est approprié).

Anéanti, je suis. Enfin, ça me conforte dans la configuration que je préfère. D’ailleurs, je commence à être gêné aux entournures du pantalon.

Quelques temps après, le mètre est formel, au top : 15 cm.

A prés de 40 berges, mon pauvre garçon, t’es vraiment puéril ! Il te faut vraiment aller voir « Mon copain Rachid », ce court (ça t’ira) qui met en scène les tribulations d'un gamin d'une douzaine d'années, petitement doté par dame nature et qui n'a de cesse que de vouloir toucher la grosse teub à son pote Rachid.

 

Postface philosophique : Réjouis toi ! Plus elle est grosse, plus elle te rappelle qu’elle existe. Ne trouves tu pas que la tienne te tyrannise suffisamment ?



[1] « Le CLER Amour et Famille se propose d'aider toute personne, jeune ou adulte, en couple ou non, croyante ou non, à mieux vivre son affectivité et sa sexualité, en vue d'un meilleur épanouissement humain et spirituel. Il est un organisme de formation et d'information agréé par les pouvoirs publics. Il propose les services de ses membres qualifiés en Conseil Conjugal et Familial, Education Affective et Sexuelle, Planification Familiale Naturelle. Il est aussi un mouvement chrétien. »

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Lundi 4 septembre 2006

30/11/01

 

 

Karim, Ahmed, Mohand et les autres

 

 

Mon boulot ne me plaît jamais autant que lorsque, m’étant défoncé pour le faire bien, les étudiants réussissent le travail exigé et m’envoient des signaux de sympathie. Ces marques de reconnaissance de mon travail et de ma bienveillance me mettent en joie et me donnent une énergie nouvelle pour continuer sur la voie de cet investissement. Pourtant, rien ne vaut pour me stimuler que le sentiment d’une relation privilégiée avec l’un des garçons de la promotion.

 

Celui-ci est toujours beau gosse, le plus souvent d’origine maghrébine (encore que j’ai un souvenir ému de Sébastien en BTS force de vente à Trappes ou de Jérome P. lors de ma 1ère année à Macé), il fait montre en général de davantage de maturité que ses pairs et il n’est d’ailleurs pas rare que je prenne plaisir à discuter avec lui hors du contexte des heures de cours. Même s’il apparaît comme peu motivé voire doué pour le domaine dans lequel j’interviens, il se défonce et parvient à des résultats en général plus qu’honorables.

 

C’est un garçon très spontané y compris dans sa manière de vous faire savoir que vous lui plaisez, au point que je me sente parfois gêné pour lui ; dans ce cas, il arrive le plus souvent que celui-ci fasse à un moment marche arrière et ce de manière irréversible : force est alors pour moi de constater qu’il en est désormais fini de notre affinité affective. Après être redevenu un étudiant comme les autres, il laissera la place l’année suivante à un voire à d’autres garçons.

 

En attendant, les rêvasseries fantasmagoriques seront allées chez moi bon train.

 

 

Avec Mohand, elles n’étaient manifestement pas sans fondement. Il m’avait contacté pas loin d’un an après de l’obtention de son BTS pour me proposer de venir boire un pot à Blanche avec lui et un copain. Il m’attendait à la sortie du métro tout de noir vêtu, lunettes de soleil très « fashion » sur le nez, les muscles bandés. Plaisir d’avoir l’heur de le retrouver à son initiative. Première tournée lancée dans le pub de la place, il se lance dans un tutoiement tout à fait légitime : « et, on peux maintenant, Thomas, tu n’es plus mon prof ». Un peu gêné par la soudaine familiarité de notre assemblée (son pote qui n’a pas sa langue dans sa poche, l’appelle, sans que cela ne le perturbe outre mesure, « ma couille »), je fais le « bégeule » et j’ai toutes les peines du monde à le suivre dans son tutoiement. La mousse aidant (la deuxième tournée est pour moi) il se met à vouloir me faire parler de mes collègues (en mal) puis à me dire que beaucoup d’étudiants étaient hypocrites avec moi pour finir avec, en gros, qu’il était le seul à m’apprécier.

 

Son pote a dû envoyer sa tournée et, va savoir comment, Mohand m’embarque sur le terrain du potentiel de relations intimes entre prof et étudiants. Nous parlons d’un étudiant asexué, dans le vague, pas de fille, mais Mohand n’a-t-il pas eu au moins à deux reprises Gabriel au téléphone quand il cherchait à me joindre ?  De nouveau malgré l’ébriété qui me gagne de plus en plus, je fais ma prude : « jamais une relation en cours de formation ! Même après, il y a toujours des liens entre promos ! Et puis je ne cherche pas, je ne suis pas libre.»

 

 

Je me suis presque enfui en le remerciant et en m’excusant de devoir les quitter pour préparer le dîner de ce soir (« il y a du monde à la maison ce soir », ce qui était vrai).

 

Je suis rentré à la maison passablement excité. Malgré tous mes efforts pour masquer l’origine de cet énervement, Gabriel à qui j’ai raconté d’où je venais, l’a immédiatement devinée.

 

Pris de remords d’en rester là, j’ai tenté de reprendre contact avec lui avant qu’il ne parte comme prévu avec Arnaud F. à Los Angeles. J’ai eu au téléphone une tante je crois, à qui j’ai laissé en pure perte le message suivant « je tiens à sa disposition la cassette vidéo qui l’intéressait ». Il s’agissait de « Roger et moi » de Michael Moore que nous avions évoqué dans notre conversation. Ça doit faire déjà plus de 3 ans que j’ai passé cet appel et je n’ai jamais eu depuis de nouvelles de Mohand H. Dommage ! Tant mieux ?

 

 

Cette année, nous avons trois mousquetaires en 1ère année : Ismaël, Fodhil et Karim. Entre eux quand ils se charrient, ils deviennent Caliméro, Faudel et Djamel Bouhras. Pas mal trouvés les surnoms : Ismaël a une tête adorable de Caliméro (quand je pense que certains de mes collègues voulaient le renvoyer pour s’être réjoui le 11 septembre que le malheur touche pour une fois les américains), sympa, bien élevé (il aide son père à l’épicerie dans le 20e) et intelligent. Fodhil est vraiment très mignon et très classe quand il se sape, si ce n’était sa voix rocailleuse, Faudel ne pouvait pas être mieux trouvé.

 

Quant à Karim, même s’il ressemble effectivement à Djamel Bouhras, il trimballe un physique de ring de boxe - sport principal qu’il pratique - qui jure avec sa douceur et sa finesse d’esprit. Il est le plus âgé des trois. Fort d’un bac ES, après un passage à la fac, il s’était inscrit l’an dernier en BTS compta-gestion à Macé : « - ça ne vous a pas plu la compta ? - pas des masses et puis j’ai eu un problème à la boxe qui m’a handicapé, l’épaule, j’ai dû me faire opérer – vous vous l’étiez déjà déboîté une fois ? – comment vous le savez ? – je connais quelqu’un à qui c’est arrivé et qu’on a prévenu d’éviter de recommencer, sinon opération ! – regardez la cicatrice ! » Me dit-il en se contorsionnant pour faire apparaître son épaule. « A poil ! » me pensai-je tout en faisant mine d’être très moyennement intéressé.

 

 

Vendredi dernier, je l’ai gentiment mais copieusement charrié sur sa tenue professionnel : des éléments habillés recouverts partiellement d’un blouson chaud le tout couronné d’un calot de musulman pieux orange pour couvrir sa toute nouvelle coupe de bagnard marquée d’un bleu. Karim me signale que sa coupe c’est la mienne et que d’ailleurs il trouve que j’ai des airs de Barthez. « Comment voulez vous trouver des entreprises avec un look pareil ? - Des entreprises, j’en trouve autant que j’en veux.- Ah bon ? Quel est votre truc ? – Je n’ai qu’à marcher et elles viennent à moi. – Ah ouais ? Et vous marchez comment pour avoir un tel succès ? – Je n’ai qu’à le faire. – Ah ouais ? Et vous proposez quoi ? – tout. – tout ? Par exemple ? – Alors là ça devient trop privé, je ne peux pas vous dire. » Scabreux non ? C’est un peu de ma faute. Il m’avait énervé avec ses propos enthousiastes sur les saunas qu’il prend dans son club de sport quand il ne joue pas au ping pong « avec des vieux sympas qui frappent comme des malades ».

 

 

Aujourd’hui, il est arrivé avec ses inséparables compagnons, en retard, mais rasé, bien looké quoiqu’un tantinet décontracté. Il resta sage comme une image pendant toute la réunion plénière.

 

Celle-ci achevée, alors que je m’entretenais avec un étudiant, il me tournait autour pour finir par se rapprocher de nous comme pour mieux entendre ce que nous disions. Je lui ai expliqué la distance sociale requise en joignant le geste à la parole : « plus on descend dans le sud, plus on communique prés de son interlocuteur, – ce que j’ai fait copieusement, au point de susciter chez lui un mouvement de recul un tantinet gêné - plus on monte vers le nord plus la distance considérée comme convenable s’allonge et nous sommes plutôt au nord non ? – c’est parce que j’aime bien votre parfum » répéta-t-il deux fois.  Il était déchaîné, sa logorrhée me submergea (extraits) : « je vous ai vu dans Paris super fringué,  avec le petit pantalon en stretch qui va bien,  avec une meute de filles superbes qui vous tournaient autour – et puis juste après vous m’avez vu avec les vêtements complètement déchirés par les mêmes filles ?… » Plus sérieusement : « vous êtes mariés ? – (moi un peu gêné par le tour privé que prenait la conversation) Je l’ai été – Des enfants ? – On n’a pas eu le temps. – Vous êtes seul ou vous vivez… en concubinage ? – Concubinage. - Vous ne voulez pas vous remariez ? – ça je ne crois pas, vous êtes de la police ?… - Parce que moi je peux vous proposer une petite du bled, bon elle ne parle pas le français mais… - Mais ai-je l’air de quelqu’un qui a faim ? J’ai tout ce qu’il faut à la maison. – Ben je ne sais pas le matin en cours, vous êtes tout énervé alors que nous on est tous affalés -–mais qu’est-ce que vous croyez, je suis aussi naze que vous sauf que je n’ai pas le droit de l’être alors je me mets en autohypnose et je m’excite. »

 

 

Peu de temps avant, je lui avais demandé dans le couloir si la « rue C et M » qu’il avait inscrit comme son adresse existait. Un peu gêné que je l’ai remarqué, il corrigea : « C et R. Là je peux pas vous dire, il y a trop de monde. Je vous expliquerai. » Quelques minutes plus tard, « c’est la rue Charles et Robert, essayez de deviner. – Ou là ça devient subtil, je laisse tomber. »

 

Nous eûmes tout de même le temps d’avoir un bout de conversation un peu moins délirante sur le calendrier musulman dont il maîtrisait les subtilités. Encore que ce fut pour lui l’occasion de me faire bien rire : « nous les musulmans on est en 1422… (À voix plus basse) toujours à la traîne les musulmans ! »

 

Après une longue prise de congé à l’africaine où il m’a souhaité le meilleur, il s’est excusé de devoir y aller mais comme il me l’avait déjà dit, il lui fallait aller faire un sauna.

 

 

4/12/01

 

 

Les bûchers de Sodome

 

 

 

 

Lors de la dernière soirée passée chez Christophe et Selim, je ne sais plus à quel propos Christophe a lâché qu’il avait entendu qu’une étude très sérieuse faisait état d’une proportion de 10 à 20 % d’homos en France. Trouvant la fourchette certes fantasmatique mais complètement fantaisiste, je lui ai alors demandé à partir de quelles informations et par quelle démarche ses auteurs en étaient arrivés à un résultat aussi homophile. Comme nous piétinions, Selim a clos la conversation en disant que pour y arriver il ne voyait que le sondage d’anus d’un échantillon représentatif de la population française. Je me suis permis de lui faire remarquer que son hypothèse risquait de minimiser la proportion d’homosexuels puisqu’il demeure tout de même un certain nombre d’homos rétifs à la sodomie et que si c’était cette méthode qui avait été utilisée, il était permis de doubler le pourcentage soit pas moins de 20 à 40 % d’homosexuels, ce qui réduisait considérablement la prégnance de l’hétérosexualité, CQFD.

 

Ceci dit, cette méthode moyenâgeuse d’examen anal a récemment été utilisée par un pays dans lequel un grand nombre de français a été au moins une fois en vacances, nous compris : l’Egypte.

 

23 homosexuels parmi les 52 personnes raflées dans une fête « gay friendly » par les flics viennent d’être condamnés par la Haute Cour de Sécurité de l’Etat à des peines de prison allant jusqu’à 5 ans (Le Monde 17/11/01). Entre temps, la presse qui a couvert l’événement nous a offert des photos des 52 hommes enfermés dans une cage pour leur comparution, essayant en vain de cacher leur visage. Après avoir été battus pour obtenir des aveux, ils ont eu droit à l’humiliant examen anal pour vérifier s’ils avaient été « utilisés » ». De l’avis des connaisseurs de la situation en Egypte, les raisons de cette situation sont politiques, liées aux pressions des milieux intégristes. Les féministes, voire les coptes, sont victimes des mêmes persécutions en Egypte. En raison du contexte économique et social très difficile, le pouvoir donne des gages aux franges les plus extrémistes de l’intégrisme, malgré une répression violente contre eux.

Depuis le temps que je me fait cachetonner par Amnesty International et puisque l’organisation s’occupe désormais des personnes persécutées pour homosexualité, j’aimerais bien qu’elle m’offre l’opportunité d’interpeller Moubarak, seul à même de les gracier. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Lundi 4 septembre 2006

6/11/01Scanner 

Notre cheminée et mastiqueuse de nicorettes favorite devait aujourd’hui faire un scanner pour identifier d’où peuvent provenir ses maux légers mais continus d’oreilles « c’est pas bon ça » lui a dit le médecin. 

A son habitude, Mireille avait repoussé plusieurs fois la prise de ce rendez-vous pour se résoudre à en obtenir un. « Après Naples, on sait jamais ! » Le D-day, c’était aujourd’hui : acheter à la dernière minute le produit à ingurgiter, arriver à jeun à 14 H au centre de radiologie. Peine perdue : le scanner venait de tomber en panne. « C’est pas un mauvais signe, ça non ? » a-t-elle demandé à la secrétaire. Elle remet ça le 20/11.

 

Le bonheur d’être mère


m_renfandelempicka.jpgAu retour de Naples, ma sœur a retrouvé sa progéniture à laquelle elle a expliqué pourquoi ce coup-ci elle revenait les mains vides. Les enfants lui ont dit que ce qui importait, c’est quelle soit revenue. Lucas de rajouter : « Maman, c’est toi mon cadeau ! » « Aucun homme ne m’a jamais dit ça, c’est pas beau ? » a rajouté ma sœur.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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