Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Vendredi 8 septembre 2006

 

Winston

 

17/10/02

 

Longtemps j’ai fumé des Winston.

La lassitude de l’éternel recommencement, un désir mou d’en finir avec le tabac, m’ont souvent porté vers d’autres paquets.

En ce moment, je tourne aux Benson.

Ce matin, sans réfléchir, j’ai demandé « un Winston »

Romain fumait des Winston. A 17 ans, avec lui, j’avais enfin un ami.

Pourtant, j’aurais tellement voulu qu’il fût plus que cela.

Alors ce qu’il ne m’a pas donné, je l’ai pris.

Il dort à mes côtés, la nuit est tiède dans la pinède ; la main tremblante, le sexe dur, le cœur battant la chamade à la pensée qu’il ne s’éveille, je découvre son corps…

Je dors si peu à la Seyne sur Mer.

...

Chez lui, en l’absence de son père, on s’enivre et on s’énerve un peu entre garçons.

Mon ami pleure sa mère disparue ; le bel Eisenreich, me pensant plus bourré que je ne le suis, au rythme de la musique, frotte sa queue et ses roustons sur mon visage.

Mais le meilleur est pour plus tard, car ce soir là, est un grand jour : je couche avec Romain.

De nouveau, la profondeur de son sommeil me stupéfait.

Enhardi par cette étrange soirée, cette nuit là, je l’ai sucé.

Extase : pour la première fois, j’avais la bouche pleine d’une verge réveillée, 

mais pour la première gorgée de foutre, c’était râpé !

Romain, père de famille précoce, n’a sans doute jamais aimé les garçons.

Fume-t-il encore ? Peut-être a-t-il arrêté depuis longtemps ?

Et que fais-je donc moi pendant ce temps ?

J’avale… enfin, le moins possible… le temps de vider ce paquet… de Winston !

Papa doit torcher Maman au WC

2/3/3

 

Le 27 décembre, Maman est tombée dans la rue. Elle s’est brisée les deux poignets. Deux plâtres, une opération pour mettre une plaque au gauche. Même si ses pattes fonctionnent, la dépendance totale notamment dans ce qu’il y a de plus perso : aller au chiotte, se torcher. « Vos os, Madame, c’est du sucre mouillé ! Il ne faut plus tomber ! » La faute à l’ostéoporose. Pourtant sa densité osseuse s’était miraculeusement améliorée.

Comment, lorsque vous avez 62 ans, ne pas être affecté par cet accident au-delà de ses conséquences immédiates ? Est-ce le début des pépins en série ? Mon corps m’abandonnerait-il ? 3 et 6 semaines de plâtre, une longue rééducation, une nouvelle opération pour enlever la plaque.

Les progrès après déplâtrage ont été très longs à venir. Hauts et bas de Mum m’a dit ma soeur.

Pascal, lui,  m’a dit pour la seconde fois : « avec ce qui est arrivé à Maman, on se redit que les parents, il faut qu’on en profite ». Tellement d’accord avec toi mon cher Pascal.

Son accident et la manière dont maman l’a vécu m’ont rappelé combien le moral est essentiel pour vivre une épreuve et combien ce dernier dépend de la présence et de la bienveillance de l’entourage de celui qui la subit.  Maman fut très entourée et ce n’était que justice de la part de quelqu’un qui passe son temps à soutenir les gens qu’elle rencontre.

On s’oublie dans une relation aux autres. Le lendemain de sa chute, bien que vraiment peu vaillante, le teint jaune, ankylosée, et douloureuse, je tentais tout de même pour la distraire de poursuivre nos entretiens sur la famille, et cette fois-ci sur les enfants.

Le miracle eut lieu : Métamorphose, durant ses récits à deux voix (papa était là), pendant une heure et demi, l’accident n’avait jamais eu lieu.

Ma vie d’égoïste me fournira-t-elle de la compagnie lorsque mon tour viendra ? Mamour, j’espère bien sûr. Mais mise à part lui, qui serait là pour m’accompagner ?

 

Il faut vraiment que je trouve le moyen de m’éliminer rapidement (garder l’article sur l’association qui t’aide à mourir).

 

 

Long Island Express (L.I.E.), Ma vraie  vie à Rouen et Aloïs  

Howie a 15 ans, il paraît dans un premier temps séduit par sa petite frappe de pote Gary puis par un vétéran du Vietnam, « Big John ».

Le désir, le besoin de l’autre, de sa présence, de son contact déborde de l’écran sans qu’il ne soit une seule fois satisfait par un passage à l’acte sexuel. Après tout Howie n’a que 15 ans.

 Sensualité extrême du plan durant lequel Big John rase au coupe-chou les rares poils du garçon, sensualité de l’abandon de l’adolescent qui se rappelle peut-être que cet homme a torturé au Vietnam.

Ambiguïté extrême du geste : est-ce celui d’un père protecteur, est-ce celui d’un homme mûr épris ? Sans aucun doute des deux.

A cet instant j’ai ressenti profondément la confusion des genres dans la tête de Big John.

 Autre histoire, plus banale dans laquelle Etienne, 18 ans, mettra une heure quarante à découvrir et à accepter dans la douleur, ce que le spectateur homo avait deviné depuis un bout de temps : il désirera les hommes.

 

Grâce et fraîcheur de cet adulte en devenir. Physiquement capable de tout mais n’ayant encore rien fait, incertain de ce qu’il est et de ce qu’il sera, débordant d’énergie et dans le même temps si fragile.

Soulagement de le voir providentiellement sauvé de l’appel du vide par un garçon plus âgé qui passait par là. Il baisera pour la première fois avec lui et par ce seul fait deviendra un autre, celui qu’il était sans le savoir : « tu as changé depuis que tu as fait l’amour, tu n’es plus le même ».

 

A 15 ans, ma dernière année chez les frères Maristes m’a conduit à Memmingen, en Bavière, la ville jumelle de Bourg en Bresse, chez la famille Schilling. Une famille d’éleveurs de vaches à lait. A l’allemande, les étables sont aussi propres que la cuisine. Deux garçons. Aloïs est mon correspondant. Mignon, trapu, bien foutu. A la réflexion, différent des garçons que je fréquentais à cette époque. Un inévitable objet de fantasme : je crois me souvenir que dans la grande chambre sous le toit que nous partagions tous trois avec son frère, j’ai veillé de longues heures pour l’entendre se masturber. Avec succès.

Un an après, il venait à son tour nous rendre visite à Jaujac. Nous partagions le même lit. Un soir, au terme d’une longue et épuisante progression de ma main sur son pyjama en éponge, enfin, j’ai posé délicatement ma main sur son sexe chaud. Son phallus m’avait réservé une heureuse surprise : il était dur. Aloïs m’en fit une deuxième lorsqu’il m’invita, par d’habiles et légers mouvements de reins, à le masturber. Mon cœur s’affola mais je ne me fis pas prier. Je libérai ses bijoux de leur enveloppe d’éponge. Son sexe était plus gros que le mien, et son pubis touffu. Assez vite, il mouilla ma main. Mon désir n’en devint que plus grand. Je le caressai longuement. Ma main glissait sur ses fesses musclées, cherchait son anus qu’elle massa longuement. Nul doute qu’épuisé par ces explorations, j’ai dû me finir par moi-même.

Le lendemain, j’avais pris la décision de faire lit séparé pour ne pas me mettre de nouveau dans des états pareils. Aloïs me supplia presque de le rejoindre dans le grand lit. Empêché par la culpabilité, je restai ferme.

 Longtemps par la suite, j’ai fantasmé sur tout le plaisir que nous aurions pu nous donner si Dieu et la société ne s’étaient pas ligués pour nous empêcher de nous découvrir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Vendredi 8 septembre 2006

7/8/02

 

Quadra

Pour ce qui est des 40 ans, j’ai eu beaucoup de peine à masquer la contrariété que ma famille me fête cet anniversaire plus de vingt jours avant le jour fatidique. J’ai eu droit aux 40 bougies sur deux gâteaux magnifiques et un stylo bille Mont-Blanc. C’est un cadeau pour vieux ça non ?

 

Non, vraiment j’ai eu du mal à participer à la joie de ma famille. Peut-être est-ce pour cela que ma nièce Fiona n’a pu s’empêcher de me dire « si tu savais Tom combien ton cadeau a coûté, tu tomberais à la renverse ». « Je sais ma puce que ça coûte très cher un Mont Blanc » ai-je rajouté. Quarante ans ! ? C’est aussi l’anniversaire qu’on va fêter par surprise le soir même à Charles Berling au début du film « Cravate Club » de Jardin. Sa fille lui lâche le morceau au téléphone : « mais non ma chéri c’est pas vieux !…C’est ni jeune, ni vieux. C’est au milieu… Mais non ma chéri je ne vais pas mourir, pourquoi tu pleures ?… Je te promets que je vais vivre tellement vieux que vous en aurez marre que je vous embête. »

 

 

Pour en finir avec les causes de l’homosexualité : l’Euréka d’un rabbin

 

Un homosexuel consulte un grand rabbin de renommée internationale sur sa sexualité. Ce dernier lui demande s’il pratique la sodomie. L ’homosexuel lui répond que non. « Dans ce cas, il n’y pas de problème » lui dit le rabbin. « Qu’en est-il alors pour les autres pratiques ? » enchaîne l’homosexuel. Le rabbin paraît plongé dans un océan de perplexité : « mais qu’est-ce que les homosexuels font d’autre ? » L’homosexuel évoque les baisers, les fellations… Le rabbin s’écrit : « Mais pourquoi un homme voudrait-il mettre son sexe dans la bouche d’un autre ? » L’homosexuel lui répond aussitôt : « Pourquoi un homme voudrait-il mettre son sexe dans la bouche d’une femme ? ». Silence du rabbin puis soudain son visage s’illumine : « C’est une Tailleva, il n’y a pas besoin de raison. C’est une urgence sans logique. Une chose tombée du ciel. »

 

Ouf ! (in « Ils tremblent devant Dieu » de Sandi Simcha Dubowski, documentaire sur la douleur des homosexuels orthodoxes)

 

 

11/10/02

 

Dans ce pays, c’est pas les pédés qui manquent c’est l’argent

 

Entendu dans « les neuf reines » de l’argentin Fabian Bielinski qui raconte une arnaque conduite par deux hommes qui viennent de se rencontrer. Alors qu’ils sont a priori pas loin de parvenir à leurs fins, l’aîné, plus expérimenté, demande au jeune :

 

« - t’as déjà couché avec un autre homme ?

 

        non, c’est pas mon truc.

 

        tu accepterais de le faire pour 100 pesos ?

 

        non.

 

        et pour 1000 pesos ?

 

        pas plus.

 

        Et si maintenant, on te proposait 100 000 pesos pour le faire ?

 

Silence.

 

        Et bien tu vois, c’est toujours la même chose, dans ce pays, c’est pas les pédés qui manquent c’est l’argent. »

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Vendredi 8 septembre 2006

SOS homophobie

 

J’avais déjà eu Pascal qui m’avait lâché être soucieux de ne pas acheter des vêtements qui risqueraient de faire trop « homo ». Même coup depuis, pour le cadeau que nous avons offert à Pierre-Emmanuel pour son anniversaire (achat chez Zara ! ?), « c’était trop looké pédé », même que « nous ne porterions pas cela », dixit notre conne de belle-sœur, Marie la névrose.

 

En dehors du fait que nous avions nous-mêmes pris des précautions à ce sujet pour que ce ne soit pas « too much », que, sauf à être classique, le prêt à porter n’est pas plus homo qu’hétéro, je réalise qu’on n’a pas vraiment avancé d’un pouce sur la question puisque nos propres frères ont en matière d’apparence une seule crainte : passer pour un homo.

 

Et alors ? C’est la honte ? Si c’est une question de drague, il ne tient qu’à vous de prouver aux petites que vous convoitez qu’elles sont votre tasse de thé.

 

 

En plein ballon…

 

Comme dit Pascal ! En ce moment, j’ai la pêche ! Je déborde d’énergie. Je me trouve beau, je veux être beau : je refais du sport, j’achète des fringues, un après-rasage et une eau de toilette de luxe... Je me trouve sympa, intelligent, créatif, drôle.... Les gens que je fréquente semblent me dire « oui t’es beau, sympa, intelligent, créatif, drôle… »

 

L’autre soir, j’ai même été dépassé par les événements. J’avais vraiment envie de faire exulter ma carcasse par un footing crépusculaire dans mon parc favori. J’enfile pour l’occasion un vieux tee-shirt noir de Pierre-Emmanuel spécial « biscotos » et mon short « moule burnes » sans slibard.

Alors que je plante devant le passage pour piétons pour accéder à l’entrée du parc (feu rouge), une petite voiture ralentit, un black se contorsionne pour m’examiner, c’est rapide, je n’ai pas vraiment vu sa tête. Je traverse après lui, jette un coup d’œil dans la direction où il s’en va et, incroyable ! La voiture est arrêtée un peu plus loin, son passager regarde dans ma direction et semble m’inviter à « plus si affinité ». Je fais mine de n’avoir rien capté et m’élance dans ma petite foulée habituelle en me disant que décidément je ne connaissais rien de plus excitant que l’idée de faire l’amour avec un noir.

 

D’ailleurs, ils rejouent quand les sénégalais ? Faudrait quand même que je me mette enfin à suivre cette foutue coupe du monde !

 

 

Tits évocations

 

 

Quel beau temps ! Quelle lumière magnifique aujourd’hui ! Que j’aime les arbres de mon quartier ! En plus, la chance est de mon côté, le 26 arrive…

 

Les transports en commun, c’est comme un spectacle qu’on regarderait à la dérobée.

 

Un préado à la peau mate, son tee-shirt dessine ses tétons et je me revoie, peut-être à son âge, dévoré d’inquiétude. Les miens étaient devenus durs. Pire, j’en avais même un qui avait grossi[1], et au train où ça allait, j’allais me retrouver avec des seins. En plus, ça me faisait mal. Angoisse. Comme vous savez, l’histoire s’est normalement terminée, sans que cette partie de mon corps n’en devienne particulièrement érogène.

 

 



[1] Cf les angoisses de l’ado confrontée à un croissance décallée de ses seins, dans une des meilleurs évocations de cet âge que j’ai vue : « du poil sous les roses » d’Agnès Obadia et de Jean Julien Cherver

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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