Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Samedi 28 octobre 2006

12/8/5

 

 

Depuis ce jour où j’arrivai à Paris pour étudier, je n’avais cessé d’y penser. Ce samedi soir là, c’était décidé, il fallait enfin que je connusse cela.

 

Une belle soirée de juin (?) 1984 ( ?) au crépuscule,  je me promenais l’air de rien en terre amie, dans le jardin des Tuileries. Le chantier de la pyramide de Ming Pei ne commencerait que l’année suivante. Après avoir pas mal tourné autour du kiosque à journaux, je me résolus à demander un guide gay de Paris. Après m’être éloigné, je le feuilletai discrètement et repérai un club, non loin de là, derrière le Palais Royal, au 18 de la rue du Beaujolais[1]. Comme il était bien trop tôt pour me rendre au Club 18, sans doute ai-je encore tué le temps dans ce quartier.

Lorsque j’ai franchi la porte, il n’y avait pas encore grand monde mais le personnel était avenant. Je me sentis aussi assez vite à l’aise dans cette ancienne cave de petite taille noyée dans une lumière bleutée. Légèrement étourdi par ma consommation, je ne réfrénai pas mon envie de danser sur l’irrésistible disco-funk de ces années-là, tel que le « Get down saturday night » d’Oliver Cheatham de circonstance ou le « Like a virgin » de Madonna on-ne-peut-plus prémonitoire, qui me feront par la suite systématiquement me précipiter sur la piste. Le Club se remplissait rapidement. Les gens arrivaient par vagues. Partout des mecs comme moi : des homos. Des mecs qui s’embrassaient, se prenaient par la taille, se pelotaient, riaient aux éclats, dansaient, buvaient. Des beaux, des moches, des vieux (la trentaine ?). Un travesti annonça la danse du tapis. Cris de joie et d’excitation dans la salle. Je ne connaissais pas mais j’en compris rapidement les règles.

 

C’est ainsi que le garçon me choisit en posant le tapis à mes pieds puis en m’embrassant sur la bouche.

 

Dans un coin canapé au pied des escaliers en colimaçon, il me dit qu’il était rare de trouver ici un aussi beau garçon. Comme je protestai, il parla de ma différence par rapport aux garçons qui fréquentaient ce lieu. Que me reste-t-il de lui ? Un tee-shirt blanc, un jean, des cheveux très courts peut-être un peu en brosse, des lèvres charnues, bien foutu sans être osseux, peau claire, mignon sans affèterie.

 

 

Sur la place devant la Comédie Française , il héla un taxi en maraude. Direction chez lui, dans le 14e (?) bd Raspail (?). Quand je me glissai sous le drap propre, il était nu, je crois que j’avais conservé mon slip et avec raison, il aurait ri.

 

Submergé par l’émotion de cette toute première fois, je fus saisi par d’incontrôlables tremblements. La patience et la douceur du garçon évitèrent le fiasco total. Peu de souvenirs de nos préliminaires, si ce ne sont ces fesses rebondies sous mes mains et cette manière qu’il avait de frotter son sexe contre le mien, son buste soutenu par ses bras.

 

Longtemps après, alors que le jour commençait à se lever, sans rien me dire, il souleva mes jambes pour les poser contre ses épaules et caressa mon trou avec quelque chose de frais. Doucement, en me demandant à chaque avancée si cela allait, il me pénétra. Non, je n’avais pas mal. Il allait et venait doucement. C’était plutôt agréable, sans pour autant m’exciter. En fait, une intense satisfaction m’envahissait : j’étais en train de me faire enculer, je n’étais plus puceau. Je ne sais plus s’il a joui en moi, ni ne me souviens si j’ai pu en faire de même.

 

Nous avons dû prendre ensemble un petit déjeuner. Il vivait avec un homme plus âgé. Il me raccompagna au bas de l’immeuble. Nous nous sommes embrassés. M’a-t-il donné un numéro de téléphone ? Me l’a-t-il proposé ? Lui ai-je demandé ? Quoi qu’il en soit, je ne crois pas avoir pensé à cet instant que nous nous reverrions.

 

Je ne me souviens plus de son prénom. Bruno peut-être ?

 

 

Dans les dix huit mois qui suivirent, je suis retourné seulement deux fois au Club 18. Sur un scénario identique, j’ai rencontré d’abord un danseur. Le beau garçon aimait se faire longuement masturber avec un lubrifiant. Pour en finir avec cette manie, je le suçai un peu – ça n’avait pas l’air d’être son truc – puis je me mis à plat ventre pour qu’il me sodomise. Comme il malmenait mon fondement, je crois avoir espéré qu’il jouît dans les plus brefs délais. Dés qu’il se fut endormi, tout en me masturbant, j’ai fouillé mon anus dilaté pour en extraire son sperme, que je léchais goulûment. Avec lui, sauf erreur, il ne fut pas question de nous revoir.

 

 

Lors d’une troisième et dernière pêche, je sortais de ce Club une figure de magazine : un brun aux yeux clairs, à la peau très mate, dans une chemise blanche et un pantalon écru. Cette fois-ci, le taxi dut nous transporter jusqu’au Campus de l’école hors de Paris.

 

Dés nos premières étreintes sur le petit lit de ma chambre, je sus que je ne pourrai pas faire l’amour. Quelle explication lui ai-je donné ? Fatigue ? Blocage dû à une orientation sexuelle pas encore très nette dans mon esprit ? Peur ?

 

Peut-être que ce fut un énorme gâchis, peut-être que non, que se fut, au contraire, la chance de ma vie.

 

Longtemps, j’ai vécu dans la peur d’avoir chopé le virus, sans jamais avoir voulu savoir ce qu’il en était, m’imposant l’abstinence la plus totale à l’âge de la sexualité triomphante.

 

 

En 1990, juste après une dépression estivale sévère[2], autrement dit cinq ans plus tard, je renonçai finalement à entrer dans les ordres en tombant amoureux d’un grand polonais cultivé et bien doté par la nature : Yann Z. K. Las, dans mon plan monogame, il y avait un hic : l’était bi, amoureux d’une Céline. Longue soirée en tête à tête chez lui au « 9 rue Stilton ». Définitivement sous le charme. Arrive le moment très convenu d’approfondir notre relation en flirtant avant de se retrouver dans son lit. Et bien non, je refusai obstinément ses avances et demandai la chambre d’ami.

 

Très petite nuit au sommeil léger définitivement perdu, lorsque le jour se leva et que les pigeons se mirent à roucouler devant la fenêtre.

 

Amoureux malheureux, j’ai longtemps espéré un signe de sa part. Rien, alors, je fis, comme on dit aujourd’hui, mon « coming out » familial. En mars 1991, je reçus de lui une carte de vacances m’annonçant un appel qu’il ne passa jamais. Je l’ai espéré jusqu’à ce que je me mette à passer une annonce sur le minitel en vue des prochaines vacances.

 

 

Peu de réponse à ce texte très travaillé mais peu sensuel. Il a tout de même su séduire un chinois de Taiwan avec qui je suis parti faire le sentier « Mare et Monti » en Corse. Mon refus de relations sexuelles toujours pour les mêmes raisons mais aussi, je dois l’avouer, parce qu’il ne me plaisait pas, finit par mettre en l’air la relation amicale sportive que j’espérais. En Août, je trouvai le faire-part de mariage de Yann et Céline. Je l’ai croisé une fois au Gymnase Club Nation, nous avons rapidement échangé quelques mots. Je rayonnais : je venais de connaître Gabriel.

 

 

L’année suivante, toujours grâce au minitel, je rencontrai Pascal le maigre qui m’a remis le pied à l’étrier du sexe. Rapidement assuré que j’avais affaire à quelqu’un d’encore plus coincé que moi, je passais la semaine au Portugal à sucer sa verge courbée vers le bas et à avaler son sperme abondant. Comme je ne l’aimais pas, et probablement comme avec le chinois, je crois ne pas avoir été très sympa avec lui. Comme avec le chinois, nous ne nous sommes plus revus après ces vacances.

 

 

« J’élève mes orchidées » II

 

 « Tu vas rouspéter ! Me dit Gab, tu pourras m’acheter une bouteille de Volvic pour arroser mes orchidées ? »

 

 

Continuer de fumer par peur de la mort

 

Ce qu’il m’est arrivé pendant l’enterrement, c’est quelque chose comme ça : j’ai compris pour la première fois combien j’ai peur de mourir, et peur que les autres ne meurent, et à quel point cette peur m’a empêché de faire toutes sortes de choses, comme d’arrêter de fumer (parce que si on prend la mort trop au sérieux ou pas assez, à quoi bon ?) ou bien d’envisager ma vie, en particulier mon travail, d’une façon qui prenne en considération l’avenir (trop effrayant, parce que l’avenir débouche sur la mort).

 

Nick Hornby High fidelity – 1995

 

 

25/8/5

 

Armande anti-déprime

 

Suzanne avait envoyé un mail à Mireille  lui disant qu’elle n’allait pas du tout. Mireille  l’emmena avec elle faire une visite à Armande. Une fois sortie de St Antoine, Suzanne n’a jamais expliqué à sa copine ce qui n’allait pas du tout. 

 

 

Dimanche matin

 

Erection durable du pénétrant, cul offert et miraculeusement propre du pénétré. Ejaculation peu précoce du premier, fondement éreinté du second. Finition facile à la bouche par le passif devenu actif. Grosse giclette envoyée du creux de la main au creux des reins. Quatre doigts fureteurs et bouquet final.

 

 

Ça passe vite une vie

 

11/9/5

 

Quand mon père avait mon âge, j’en avais déjà 20. Cela ne me semble pas si loin. Le 1er octobre, il prendra sa retraite… à 66 ans, ça passe vite une vie.

 

 

Maison sur Seine, 17 rue Duhesme

 

Dans un très chouette quartier du 18e, et dans un lieu qui tient plus d’un hôtel 2 étoiles, Armande a trouvé refuge pour deux mois. Quand j’ai pénétré dans sa chambre, affalée sur son lit relevé, elle dormait dans le vacarme d’une télé hurlante. Lorsque je l’ai éteinte, Armande a péniblement ouvert les yeux. Elle m’avait demandé de lui apporter des pêches et voulut sur le champ en manger une. Bien que je l’aie redressée à deux reprises, elle eut toutes les peines du monde à la finir puisqu’elle s’endormait régulièrement. Après avoir parcouru un France Dimanche magazine, je me suis attelé aux mots fléchés du Modes et Travaux que je lui avais acheté lors d’une précédente visite. D’une voix traînante d’endormie, elle me proposa de jouer à un jeu de cartes très simple. Je déclinai au motif qu’elle n’était pas assez réveillée. Tandis que la femme de service noire faisait un brin de ménage dans la chambre, je m’aperçus au bout d’un certain temps, qu’Armande, les yeux mi-clos et la tête penchée, bricolait à la vitesse d’un escargot son appareil auditif. Entendant très mal, elle essayait de changer la pile. Après lui avoir remis une pile probablement usagée qui n’apporta aucune amélioration à son audition, et comme je gênai la femme de ménage noire, je m’éclipsai. Tout l’établissement était plongé dans un calme de sieste estivale, il est vrai que « La Maison sur Seine »  est un établissement de soins palliatifs.

 

 

PS Il semblerait qu’Armande ne soit pas tant shooté par les médicaments que par la non élimination par les reins de son traitement.

 

 

Jossie et Jagger d’Ethan Fox (2002)

 

Selon ses dires, "juif, israélien et homosexuel", réalisateur également de l’assez réussi «tu marcheras sur l’eau »

 

Au cœur de l’hiver, une garnison israélienne prépare une opération sur le plateau du Golan. Deux jeunes soldats vivent un amour secret…

 



[1] Quelle merveilleux aide-mémoire que l’Internet ! C’est lui qui m’a permis en quelques clics de retrouver le nom du club tout comme les dates des titres de chansons

[2] Cf premier journal (1990)

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Jeudi 26 octobre 2006

Ramzi Taïa - Réf. La bonhomie d’Ali 5/6/6

 

12/8/5

 

 

 

J’étais sorti prendre un peu le soleil aux Buttes, mais il m’avait fait faux bond. Pas mal de monde ce soir, aucun endroit me satisfait pour poser mes fesses, alors, j’ai fini par faire le tour complet du parc. Comme je m’apprêtais à enjamber des barrières barrant le passage du promeneur, je l’ai aperçu et tout de suite reconnu. A son habitude, il marchait d’un pas énergique dans la zone interdite pour travaux.

 

Il est parti une semaine faire du tourisme en Tunisie. Il repart à la Baule avec sa copine, ce qui n’a pas l’air de l’exciter outre mesure.

 

Sa copine n’est pas instit mais commercial, chez Cetelem. Sceptique à ce sujet, il m’a demandé mon avis sur l’avenir de ces formations en marketing-vente mais aussi la profession de Gabriel.

 

En République Dominicaine, il a rencontré un homo qui avait le statut de personnel diplomatique.

 

Il aime son métier mais il doit changer de partenaire de travail car il ne sent pas du tout le nouveau. S’installer à son compte ? Tentant mais il faut avoir les reins solides : 400 000 francs de pas de porte, délais d’obtention des agréments,  retards de paiement. Comme nous, il est convaincu que la maison de retraite pour homos un peu médicalisée, c’est l’idée juteuse d’avenir. Qu’Alain le contacte dés qu’il se lance !

 

Il a évoqué d’autres copines : une russe connue à l’hosto, une franco-américaine  qui ne lui a pas appris l’anglais mais à qui il a appris l’arabe.

 

Alors que je porte aux nues les Buttes, il dit préférer le bois de Vincennes. Comme je dis préférer habiter ici plutôt que dans le 16e, il dit que le 16e est à côté du Bois de Boulogne.

 

Il n’aime pas la rue de C., il voudrait habiter dans le 5e. « C’est marrant, tous les étrangers que je rencontre, veulent vivre dans cet arrondissement. – Je suis issu d’une double culture – Oui, mais vous êtes surtout français. – Oui mais d’une double culture – C’est vrai, je me souviens avoir souvent vu votre père dérouler son tapis de prière. »

 

En Tunisie, il a été très énervé de ne pas pouvoir répondre en anglais à un groupe de touristes qu’il comprenait très bien, il veut se remettre à l’anglais. « Je suis prêt à recevoir. » Il a regardé sur Internet mais tout ce qu’il trouve est très cher. Je le branche « Cours de la ville de Paris ».

 

 

 

Je lui ai proposé une bière avant d’aller faire à manger. Après une hésitation, « Une bière non, un Vittel menthe ». Ce sera donc un pot au café. « Dehors ou à l’intérieur », me demande-t-il « comme vous voulez ». Je l’abandonne pour prendre du fric et enfiler un pantalon. Lorsque je revins, il serrait la main à un arabe avant de s’installer à l’intérieur. J’insiste pour régler : « C’est moi qui ai proposé. » Putain ! 6.6 euros ?!« Bon, je vais me prendre un bonne douche, rasage et faire un peu d’Internet. » Je tords le nez sur son projet de taille de barbe à la canaille. Il n’a pas cessé de se caresser le ventre sous sa chemise, laissant de temps en temps apparaître un peu de sa peau dans cette partie du corps que je trouve la plus érotique. Curieusement – et je l’avais déjà noté pour le creux de ses bras -, alors qu’il a la peau du visage très mate, celle-ci est plutôt claire (jamais en maillot en Tunisie ?). De même, il m’a paru beaucoup plus mince que je ne l’imaginais. Lorsque je l’ai doucement poussé de l’épaule pour lui signaler que mon chemin s’arrêtait au 22, j’ai touché une omoplate bien peu charnue.

 

 

 

Au fait, fini Ali, il s’appelle Ramzi Taïa.

 

 

 

La solution du problème du désir est à la portée de main de chacun

 

 

 

"Diogène le cynique affichait, au point de le faire en public à la manière d’un acte démonstratoire, et non pas exhibitionniste, que la solution du problème du désir était, si je puis dire, à la portée de main de chacun, et il le démontrait brillamment en se masturbant."

 

J. Lacan, Le Séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, séance du 10 juin 1959.

  

 

 

Fist-fucking

 

C’est le moment ou jamais, en guise de signal d’alerte, de rappeler la formule de l’économiste Keynes à qui l’on demandait, sur un tout autre sujet il est vrai, ce qu’il fallait faire quand on est dans un trou, et qui répondit sans hésiter : « stop digging. » Arrêtez de creuser !

 

Didier Peron - Libération été Juste une mise au poing

 

 


Vertigo

 

Le pas se ralentit, mains et pieds se firent hésitants, le corps se tassait ; un coup d’œil vers le haut, un autre vers le bas, léger étourdissement, membres cette fois-ci flageolants et ce fut la paralysie. Pascal me vint en aide en se mettant en dessous de moi ; très efficace, je repris laborieusement la montée vers le sommet du Rocher d’Abraham. « Tu savais papa que Tom avait le vertige ? – Non, pas à ma connaissance. »

 

Cette expérience désagréable ne m’est pas nouvelle, à plusieurs reprises,  je l’ai subie en montagne alors que j’accompagnais mon père. A pieds, plutôt qu’à ski. Encordé, je me faisais tirer. D’après papa, il y a deux catégories de vertige, l’un pathologique, l’autre surmontable. A priori le mien. D’où peut-il provenir aujourd’hui chez quelqu’un à l’aise avec son corps, ayant le pied sûr ? Manque de confiance en soi ? Tempérament peureux ? Mémoire du corps qui, dans un contexte favorable, vous fait retrouver intacte vos traumatismes de jeunesse ?

 

Ça ne m’empêcha pas d’apprécier cette magnifique journée du 16 Août 2005 entièrement passée en montagne sous un ciel sans nuage avec Pascal et Solène, Papa et Gabriel.

 

Une journée riche en leçons de base : ne jamais partir sans topo descriptif de la randonnée (8H de marche au lieu de 4-5 prévues), ne jamais quitter un sentier balisé et rester groupés (beaucoup de temps perdu et d’inquiétude après avoir perdu papa qui s’est bien esquinté dans les genêts et des passages exposés).

 

Une journée saine : 12 heures sans fumer.

 

 

 

 

 

La transformation des chenilles en papillons

 

« Ça fait déjà une semaine que Fiona est enfermée dans sa chambre » ai-je plaisanté chaque jour. Ma petite Fiona ! Bientôt 15 ans mais qui, pour mon plus grand plaisir, continue à m’appeler son « tonton préféré », est devenue une grande adolescente au beau visage, qu’il est rare de pouvoir apprécier, puisqu’elle passe ses journées à écouter de la musique et à deviser avec Lorène, la fille de Gabrielle qui est morte cette année (mon âge, cancer du sein), et sa copine Margot, 26 ans d’âge et quatre petits seins à toutes les deux. Si ces invitées donnent toujours un peu l’air de s’ennuyer et nous ignorent superbement (j’en suis à leur rappeler qu’elles peuvent me dire bonjour), Antoine, 14 ans, est toujours aussi charmant. Il a le beau ventre sec et musclé, mais en version peau laiteuse de roux, de son frère Rémi, 17 ans, parti camper avec sa copine de 2 ans sa cadette près de Sète.

 

Sous ses aisselles des poils ont poussé. Normalement, ses testicules ont aussi dû grossir pour accueillir l’en-cours de production de spermatozoïdes. C’est ainsi que, Fiona partie, nous avons assisté à un irrésistible rapprochement entre le garçon et les filles (en fait l’une des filles). La veille de son départ, il demanda la permission d’aller au bal. Face à une fin de non recevoir, il obtempéra sans vraiment protester. « C’est plutôt l’heure d’aller se coucher ! ». Au grenier, la jeunesse n’a pas dû s’endormir rapidement, mais une fois le sommeil enfin trouvé, il est fascinant de songer que le corps de ces ados a connu une activité intense. Toutes les 90 minutes exactement, leur cerveau a libéré les hormones nécessaires à leur transformation, des oestrogènes pour les filles, de la testostérone pour le garçon.

 

 

 

Plus d’un an déjà qu’Armande décline

 

Ses terribles douleurs au dos étaient dues à un tassement de vertèbres provoqué par une décalcification, elle-même consécutive à un dérèglement du fonctionnement de ses reins. Son protocole de traitement semble en cause, il vient de lui être changé. Gabriel et sa mère sont allés la voir aujourd’hui. Armande a dit qu’elle avait pleuré toute la semaine précédente et qu’elle avait un peu parlé au psy de ses angoisses. Elle était manifestement heureuse d’avoir une visite. La veille, La mère de Gab, qui n’est pas vraiment du genre à s’épancher, les yeux humides a dit qu’elle n’avait vu personne dans son unité dans un état pareil. « Laurent M., cela a été très rapide mais finalement ce n’était pas plus mal, ce n’est pas une vie».
Pierre-Emmanuel venant de partir pour 10 jours au Portugal avec Valentin, je dois m’astreindre à lui rendre visite de temps à autre, même si la voir me rappelle le tragique de la condition humaine.

 

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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Mardi 24 octobre 2006

Le boudha de banlieue d’Hanif Kureishi (1990)

 

6/8/5

 

 

Mon meilleur livre de l’été ? Drôle, attendrissant et passionnant récit de la vie de Karim, le teenager Paki (il a 17 ans lorsque commence le récit, la petite vingtaine lorsqu’il s’achève).

 

Kureishi a notamment été le scénariste de Ma beautiful laundrette ou de Samie et Rosie s’envoient en l’air  de Stephen Frears, et plus récemment, d’Intimacy de P. Chéreau.

 

 

Extraits

 

Premières fois

 

Je posai ma main sur la cuisse de Charlie. Aucune réaction. Je la laissai pour quelques minutes, jusqu’à ce que la sueur commence à suinter au bout de mes doigts. Les yeux de Charlie restaient fermés, mais dans son jean, ça commençait à grossir. Je devins plus assuré. Je devins fou. Je me jetai sur sa ceinture, sur sa braguette, sur sa bite et la sortis pour lui faire prendre l’air frais. Il me transmit alors un signe : il commença à se tortiller ! Par cet échange d’électricité humaine, nous nous comprenions l’un l’autre.

 

J’avais pressé bien des pénis auparavant à l’école. Nous nous caressions, nous nous tripotions, nous nous chatouillions les uns les autres, à chaque instant. Ça rompait la monotonie de l’enseignement. Mais je n’avais jamais embrassé un garçon.

 

« Où es-tu, Charlie ? »

 

J’essayai de l’embrasser. Il évita mes lèvres en tournant la tête de l’autre côté, mais lorsqu’il jouit dans ma main, ce fut, je le jure, un des moments essentiels des premières années de ma vie. On dansait dans ma rue. Mes étendards flottaient au vent, mes trompettes sonnaient !

 

 

Bisexualité

 

Ce n’était pas courant, je le savais, ce désir que j’avais de coucher avec des garçons autant qu’avec des filles. J’aimais les corps solides, et la nuque des garçons. J’aimais que les hommes me touchent, me branlent, et j’aimais que des objets – le manche d’une brosse, des crayons, des doigts – soient enfoncés dans mon derrière. Mais j’aimais aussi les chattes et les poitrines, toute la douceur des femmes, les jambes longues et douces, et la manière de s’habiller des filles. Je sentais que ce serait un crève-cœur d’avoir à choisir entre les deux, exactement comme s’il fallait que je me décide entre les Beatles et les Rolling Stones. Je n’ai jamais aimé beaucoup réfléchir à ces choses, au cas où je découvrirais ma perversion et qu’il me faudrait suivre un traitement, prendre des hormones ou subir quelques séances d’électrochocs. Quand j’y pensais, je me trouvai heureux de pouvoir aller dans les fêtes et de revenir à la maison avec quelqu’un de n’importe quel sexe – non pas que j’aille à beaucoup de fêtes, non pas vraiment, mais si j’y avais été, je pouvais, voyez-vous, emprunter l’une ou l’autre voie.

 

 

Parents

 

Je rougis de colère et d’humiliation. Non, non, non, voulais-je crier. Nous ne nous comprenons pas l’un l’autre ! Mais c’était impossible de clarifier les choses. Peut-être se sent-on toujours un enfant de huit ans devant ses parents. On décide de se conduire en adulte, de réagir de manière réfléchie plutôt que spontanée, de respirer régulièrement avec l’abdomen, de regarder ses parents comme des égaux, mais au bout de cinq minutes, ces bonnes intentions sont réduites en cendres et l’on se retrouve là, à crier, à bredouiller de fureur, comme un enfant en colère.

 

 

 

L’été où j’ai grandi de Gabriele Salvatores (Mediterraneo)

 

Belle histoire vécue du point de vue d’un garçon entre-deux âges, enfance et adolescence. Italie du Sud et corps solaires. Une caméra et un acteur qui font de Michele un garçon émouvant. M’a rappelé Respiro d’Emmanuelle Crialese

 

 

Humour (in Fluide Glacial “gay friendly”)

 

Quelle différence y a-t-il entre un mec et un moustique ?

 

C’est que le moustique t’es pas obligé de lui caresser la tête pendant qu’il te suce.

 

 

Quelle est la différence entre les mecs et les huîtres ?

 

Aucune, faut que tu en goûtes plusieurs avant de trouver une perle.

 

 

Pudeur obligée

 

Pour la première fois, je conserve mon slip pour prendre ma douche après le cours de Pump : « Le sexe et le cul rasé, c’est le nec pour jouir, mais en collectivité, ça manque de classe, ça fait pas très mec ».

 

Ça m’amuse de jouer à l’ado pudique ; sauf qu’en voyant entrer un membre évident de ma confrérie lui aussi en slip, comme chaque fois, je pense plutôt au sexe rasé ou abîmé par trop d’activité. Bon, c’est en fait un maillot de bain : bénéfice du doute, il filera peut-être ensuite à la piscine.

 

 

« Sex addiction » et dépression

 

L’addiction sexuelle est une dépendance dont le corps n’est que le vecteur, l’expression d’un mal de vivre. Le corps recherche par l’acte sexuel répété une réaction chimique immédiate d’accomplissement de soi en vue d’apaiser une angoisse existentielle. Florian décrit bien ce phénomène hybride « d’angoisse et d’excitation ». « C’est le besoin d’un rapport, présent et récurrent, et qu’il faut satisfaire par tous les moyens. C’était une envie subite, pas réfléchie, presque chimique. Il fallait que ce besoin ne soit plus là. C’est un moyen de ne plus penser à autre chose. Tu concentres ton temps et ton énergie là-dessus », ajoute-t-il. Cette fuite en avant sensorielle aboutit à une perte de conscience de soi. Cette sexualité névralgique est un cercle vicieux dans la mesure où elle exige une accentuation permanente de sa pratique pour procurer ses effets salvateurs. (…) « Très vite je cédais du terrain à mes partenaires pour aller toujours plus loin : insultes, SM, tournantes, mise à disposition, et du no capote. (…) Dés que je me réveillais le matin, je partais à la quête de mecs pour des plans cul. J’allais en cours, mais je ne pensais qu’à baiser avec des mecs à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit et par n’importe quel moyen. » (…)

 

La recherche permanente de sexe masque la souffrance, qui remonte à l’enfance, de la découverte de l’homosexualité. L’addiction commence par des comportements de dépendance qui amènent au priapisme. La plupart du temps, il s’agit d’un abus de pornographie et de masturbation.

 

Jack Cédric Laffay dans Préf juillet-août 2005

 

http://www.preferencesmag.com/index.php

 

 

Tokyo en Août

 

La station Iéna est déserte. En sortant de la station, je rejoins un jeune androgyne, de noir vêtu, un visage retouché sous Photoshop ; un japonais sans doute.

 

Le palais de Tokyo ? A droite ou à gauche ? Dans la direction où se dirige le japonais ? Je le dépasse et devine sur la droite ce que je cherche. En face, le musée Galliera s’est habillé la façade de trois splendides tops models noires.

 

Ambiance « squart » à l’intérieur, le ticket s’achète 6,5 euros dans une petite caravane à un jeune homme au regard insistant. Tour rapide de Translation qui présente une sélection d’œuvres d’un des plus grand collectionneur d’art contemporain en Europe. Seuls l’univers visuel des graphistes M/M (Paris) qui ont eu carte blanche pour présenter simultanément leur travail retient un peu mon attention.

 

Dans le recoin 17, un vaste espace délimité par des panneaux recouverts des visuels réalisés pour une campagne Calvin Klein. Dans le genre WASP, les deux mannequins masculins vous arrachent inexorablement le regard. Face à un grand canapé rouge, dans lequel je m’enfonce, une immense photo de femmes noires nues. Tout en sortant le téléobjectif pour m’emparer des deux garçons, je fais de la place à un vieux couple qui s’affalent à son tour. Nous nous sourions comme des gosses complices d’une sottise. Les femmes de Vanessa Beecroft manquent de lumière, je renonce à les emporter avec moi.

 

Déjà fini. Je repars pour un tour afin d’identifier cette fois-ci les œuvres des vedettes du moment :

 

Cattelan ? Quelques petits visages stylisés en terre (ou en caoutchouc) disséminés sur un mur, « spermini », petits spermatoïdes,  vedette de « l’arte povera », ai-je lu par la suite.  Jeff Koons  ? Je lui attribue dans un premier temps la paternité de ces deux nains négroïde, l’un bleu, l’autre argent dont chacun vient de poser un énorme étron, vérification faite il s’agit de Blue Moon et Silver Moon de Chris Ofili. Ce que j’ai ignoré de J. Koons sans savoir qu’il en était l’auteur, et ce que je suis en train de lire me fait renoncer à retourner au fond de l’exposition. Court arrêt devant un sculpture étrange, mi-homme, mi-robot, avec un sexe d’enfant hyperréaliste. Un jeune gardien noir me regarde l’examiner : je renonce à lui photographier le bas-ventre. Il s’agit Inochi de Takashi Murakami, gavé aux mangas depuis son plus jeune âge.

 

Le mot de la fin sera pour un visiteur qui a laissé sur le forum de l’exposition le mot suivant :

 

« Sont-ils payés les "artistes" qui font ces oeuvres? »

 

et pour Chris Burden[1] à qui il a été demandé de définir l’art :

 

"L'art c'est ce que les artistes font
L'art c'est un peu comme la pornographie
Il
est difficile pour moi de le définir
Mais je le reconnais quand je le vois."

 

A la boutique, on vend tout et n’importe quoi, y compris des disques d’occasion. Il est aussi possible d’écouter des disques neufs très pointus, plutôt ennuyeux. Côté librairie, je croise deux clones très lookés (dégradé décoiffé savamment plaqué contre le visage) très inspirés, peu inspirant. Parmi les cartes postales, je reconnais une photo de Wolfgang Tillmans et un Gilbert et Georges.

 

D’énormes suspensions ovoïdes basses éclaireront ce soir le resto.

 

 

Au pied de la haute colonnade blanche, dans le patio déjà ombragée, tables et chaises colorées gisent en désordre. Il semble qu’on ne serve pas à boire sur cette terrasse. Quelques personnes, lunettes noires sur le nez, immobiles regardent droit devant elle en direction du bord de Seine arboré. En contrebas, comme toujours, claquent les skates des teenagers. Dans un ballet interminable, à tour de rôle, les garçons s’élancent inlassablement, qui pour glisser sur la barre de fer, qui pour sauter les escaliers. Peu d’échanges entre eux, chutes nombreuses, sans un cri, au pire une grimace, relevé immédiat. Avec raison, les femmes alanguies de Dejean et Drivier demeurent impassibles, indifférentes. L’une d’entre elles préfère profiter des derniers rayons du soleil.

 

Les garçons me paraissent plus jeunes que la dernière fois, plein de cette énergie qui précède l’adolescence. Aurai-je encore vieilli ? Leur aîné est noir, plein de grâce appliquée.

 

 

Quoique en plein 16e, ce coin de Paris, m’évoquera toujours le sexe.

 

En arrivant dans la capitale, j’avais lu à plusieurs reprises qu’au Trocadéro, des garçons se prostituaient. Je me souviens vaguement avoir rôdé dans le coin un soir d’énervement pour constater que tout cela existait et que j’en étais.

 

Je ne pense pas avoir vu quoi que ce soit de vraiment évident. Mais le manège du tapin se joue dans les regards et de regard, je n’en avais alors qu’un, le timide fuyant.

 

Maux de dents (suite)

 

Une heure quinze d’appels téléphoniques non stop pour décrocher enfin un rendez-vous dans la journée. Le docteur Boublil exerce dans une longue barre d’immeuble hideuse, longeant le boulevard Mortier, près de la porte des Lilas. L’immense couloir qui la traverse indique que je suis arrivé au numéro 115, la porte du cabinet ne doit plus être très loin. L’accueil du dentiste est cordial, son cabinet paraît lui sur le point de prendre sa retraite.

 

Après un test de sensibilité de la dent qui me fait souffrir, aux coups puis au froid (négatif), il conclut qu’elle est probablement morte, tuée par mon gros vieux plombage. A la lecture de la radio, il pense distinguer un petit abcès qui serait à l’origine de mon problème. S’il ne partait pas jeudi après-midi (nous sommes lundi), il m’ouvrirait la dent et me mettrait 6 jours sous antibio pour le vider. Il est prêt à me le faire avant son départ pour me soulager si la douleur s’accentuait. « Dois-je le faire faire le plus tôt possible par SOS dentistes ? » Non, il semblerait qu’il vaille mieux attendre que ça se dégrade.  Je peux tout à fait me retrouver avec une chique. Fasse que je ne passe pas l’arme à gauche à cause d’un abcès dentaire !

 

C’est ce qui était arrivé à la mère d’un copain d’école, un grand gars aux yeux bleus et aux cheveux longs crépus. Thierry, je crois qu’il s’appelait. Il habitait une belle maison non loin du passage à niveau près de l’Eglise Ste Croix. Un copain des Maristes ? Ou de seconde ? Je me souviens m’être baigné avec lui. J’admirais sa musculature de nageur de compétition et son sexe que je devinais sous le maillot, plus grand que le mien.

 

 



[1] Performer qui s’est fait connaître dans les seventies en se faisant tirer dans le bras à balle réelle

par Thomas Querqy publié dans : notesgaydethomas
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