Préambule

 

UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?

 

Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa mère !) ne doit tomber de dessus. 
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».

 

Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.

 

La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.

 

En accédant à mon intimité, peut-être lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et, qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.   



30/11/2006 -
Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post » va se ralentir.


10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".

Miscellanées

Jeudi 22 novembre 2007
 
 
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit que l’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.
 
Nicolas BOUVIER L’usage du monde
  

La Suisse a vu naître quelques uns des plus illustres
écrivains-voyageurs : Nicolas Bouvier, Ella Maillart, son amie Anne-Marie Schwarzenbach, Isabelle Eberhardt, ou encore Blaise Cendrars. Tous s’y sont sentis à l’étroit et ont cédé à l’attraction du vaste monde.
 
mtporchetamoureuse.jpgLa présence de quatre régions linguistiques (principalement deux) n’y change rien. Que vous soyez issus de « la suisse romande,  là où on parle français, c'est-à-dire les gens normaux » ou de « la suisse allemanique, la suisse plrrimitife qui est habitée principalement par les suisses allemands,  que nous appelons pour simplifier les bourbines » (pour citer la désopilante leçon de géographie de Marie-Thérèse Porchet), l’ennui d’y vivre et la perspective de rester à vie un « bourbine » ou même une personne « normale », peut raisonnablement vous miner.
 
Mais en va-t-il autrement ailleurs dans le monde ? Gabriel m’a dit que, très jeune, il n’aimait pas l’idée d’être un tourangeau, issu de tourangeaux, n’ayant vécu qu’en Touraine. Depuis peu, il se sent beaucoup mieux grâce à un programme scientifique, le Genographic Project, auquel il a donné un peu de son ADN et accessoirement 150 €, qui lui a révélé son appartenance au groupe des M17 (R1A), descendants de caucasiens vivant aux abords de la mer Caspienne, il y a environ 10 000 ans. 
Comme lui, j’aurais préféré naître, par exemple,... en Inde... de l’union d’une aventurière russe et d’un... juif américain (après la lecture d’Exodus, je voulais être juif).
Bref, pour citer le premier tome du projet de biographie d’Alain, peut-être étions- nous également un peu « trop snobs pour le quartier ».
 
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Quand le lieu d’où l’on est, que l’on connaît trop bien et qu’on n’a pas choisi, fait malgré soi, une bonne partie de ce qu’on est, le désir d’ailleurs, d’être quelqu’un d’autre apparaît alors comme un symptôme de vitalité.
 
C’est en partie cette histoire que raconte, Comme des voleurs (à l'est), le deuxième long métrage d’ (auto) fiction du vaudois Lionel Baier qui, pris de passion pour ses origines polonaises, fait avec sa sœur un voyage en Pologne.
  
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Herbert List


La façon dont Lionel Baïer se toque de la Pologne m’a d’ailleurs rappelé ma « période germanique ».
Pour obtenir une bourse de l’Office franco-allemand qui allait me faire bénéficier d’un mois de séjour linguistique au Carl Duisberg Zentrum de Cologne, j’ai suivi en 1987 un cours d’allemand facultatif de mon école. J’ai ainsi non seulement renoué avec ma 2e langue étrangère de terminale, mais aussi me suis-je mis, durant toute cette période, à dévorer ((en français) tout ce qui était allemand, en littérature (Heinrich Böll, Thomas Mann, Gunter Grass...) et en cinéma  (notamment R. W. Fassbinder et Volker Schlöndorff). Sans doute parce qu’un voyage commence devant une bibliothèque, peut-être aussi parce que l’Allemagne, c’était le pays d’Aloïs[1] que j’avais perdu de vue, peut-être encore parce que l’Allemagne était alors associée à un autre garçon (« qui vivait avec un homme plus âgé ») et vers lequel j’étais inutilement attiré.
 
cendrarsparModigliani.jpgLionel Baïer ne procède pas différemment quand il s’évertue à apprendre le polonais et qu’il dévore tout ce qui est estampillé polonais (On le voit notamment au lit avec le pornographe de Gombrowicz). Sa découverte de l’ascendant polonais lui ouvre soudain une possibilité d’identité et de vie nouvelles. Ce sentiment est tellement fort qu’il décide de se marier avec une polonaise sans papiers, alors même il vit avec un garçon qui le fait toujours bander.
Sa sœur, convaincue qu’il n’est pas dans son état normal et qu’il est « pédé comme un sac à dos » (variante plus rare de "pédé comme un foc"), le contraint à un départ précipité pour la Pologne.
 
Comme des voleurs (à l'est) a été projeté en avant-première au festival de films gay et lesbien de Paris, comme il se doit en présence du réalisateur – acteur – personnage principal du film.
Le choix du ton de la comédie (au moins dans la 1ère partie) dans ce film construit sur le désir saugrenu d’un pédé suisse d’embrasser une identité polonaise, instille avec légèreté, à la fois l’idée d’une nationalité choisie et celle de la possibilité de pluri appartenance identitaire.
 
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Qu’ils soient ou non professionnels, les comédiens sont tous très bons : l’émouvante Natacha Koutchoumov, l’amie qui se suicidait dans
Garçon stupide[2], forme avec Lionel Baier, un couple de frère et sœur  aussi vraisemblable qu’attachant ; le charme des deux amis de Lionel Baier n’a laissé aucun de nous de glace ; quant à ce dernier, s’il n’arrive plus à faire produire ses films (ce dont on doute), il pourra toujours devenir comédien.
 
Enfin, cerise sur le gâteau, Lionel Baier « dans la vraie vie » est encore plus sympathique que son personnage.

SORTIE NATIONALE le 5 décembre 2007.
 
J’ai deux vies, l’une dans le monde réel, que les amateurs de jeux vidéo appellent IRL (In Real Life, dans la vraie vie), et qui n’a aucun intérêt, sinon d’être normal. Le problème d’IRL, passés 40 ans, est une sensation tenace de revoir constamment le même vieux film, dans l’actualité, les rapports humains ou professionnels. Heureusement, j’ai une autre vie en ligne, très heureuse et passionnante.
 
Claire ULRICH pour Le Monde 2 du 17/11/7
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[1]Cf Long Island Express (L.I.E.), Ma vie à Rouen et Aloïs in   Obscurs objets du désir
 
[2] in Post expo, animal triste


 
LIENS
 
 
Entrevue avec le sociologue Jean-Claude Kaufmann, auteur de L’invention de soi - une théorie de l’identité : Devenir soi, ça se construit
 
 
Bonus Marie-Thérèse Porchet (vidéos) :
·               L'expo de Marie-Thérèse - les suisses allemands
·               La séance Tupperware
·               La buanderie
·               une entrevue
 
Trouble dans le genre

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par Thomas Querqy
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Vendredi 9 novembre 2007
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Non assistance à personnes en danger
 
Depuis combien de temps survivent-ils dans ce coin du 10e arrondissement, entre la gare de l’Est, le square Villemin et la place Colonel Fabien où ils font la queue dès la fin d’après-midi pour une « soupe populaire »  ? Deux, trois, quatre ans, peut-être plus. Ça dure depuis tellement longtemps qu’il leur a même été installés trois WC « Algéco ».
A n’importe quelle heure, une partie d’entre eux s’agglutine à trois cabines téléphoniques (qui ne paraissent pas demander de l’argent), comme des naufragés à un morceau d’épave, à un dernier lien avec ce tout qu’ils ont dû quitter.
 
Des hommes uniquement, plus ou moins jeunes. Plutôt pacifiques : ils semblent pour l’heure épargnés par l’alcoolisme, ce coup de grâce de la rue.
Quand ils ne discutent pas entre eux, ils ont l’air complètement perdus et tellement las d’être assis là depuis si longtemps sur ces bancs.
Physiquement, des peaux plutôt mates, des kurdes ? Certains ont de ces yeux bridés que j’imagine pouvoir venir d’Asie centrale. Sur un site du mouvement des sans papiers est évoqué, en mai 2003, la présence dans un autre square non éloigné de là, de refoulés de la fermeture de Sangatte en décembre 2002, provenant essentiellement du Kurdistan irakien, d’Afghanistan et d’Iran.

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Combien sont-ils ? Une cinquantaine ? Combien selon les associations ? Combien selon la police ? En tout cas suffisamment pour que le gouvernement ne donne pas l’ordre d’une expulsion « manu militari ».
Pas de femmes, pas d’enfants. C’est plus délicat à expulser. Pas de femmes, pas d’enfants, c’est plus difficile de vous soutirer des larmes.
Je n’ai pas lu une ligne sur eux. Invisibles. Ils sont trop vertueux. Que dans leur extrême dénuement, ils basculent dans la délinquance, alors là nul doute qu’on entendrait parler d’eux !
 
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Pendant ce temps, on nous occupe avec une proposition de loi tout aussi intolérable qu’inutile, celle de test de filiation ADN pour le regroupement familial d’étrangers (http://www.touchepasamonadn.com/), mais qui présente deux énormes avantages pour l’équipe au pouvoir : celui de continuer d’occuper tout l’espace médiatique hexagonal avec ce sujet, tout en caressant dans le sens du poil les tendances xénophobes d’une bonne partie de son électorat (alors que je m’amusai jeudi d’une moustache rajoutée sur une affiche électorale placardée dans notre arrondissement et qui faisait du candidat un sosie du « Führer », je réalisai dans le même temps qu’il ne s’agissait pas d’un candidat de l’extrême droite mais d’un candidat de la majorité présidentielle : j’avais été abusé par la reprise de l’intégralité des codes habituels de communication visuelle de la « droite nationale ».)
 
Dieu merci ! L’homosexualité ne serait plus incurable.
 
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Cette relative invisibilité de la question des sans-papiers et des commandos d’expulsion dans La Croix, le quotidien catholique que lisent depuis toujours mes parents, a conduit ma mère à écrire, à deux reprises au journal pour s’en étonner (c’était avant qu’une chinoise trouve la mort en se défenestrant)[1]. Pour rien.
 
Il y a quelques temps, elle m’a annoncé au téléphone qu’elle achetait désormais Libération, qu’elle ne lisait plus la Croix (« ils m’énervent »). Ayant quelque peine à imaginer ma mère parcourir avec intérêt un certain nombre d’articles de mon quotidien préféré, je lui ai demandé ce qui justifiait de sa part une mesure de rétorsion aussi lourde.
Elle m’a expliqué avoir écrit une troisième fois au journal, suite à un courrier des lecteurs « imbécile », dans lequel une femme expliquait que l’homosexualité se soignait par la force des prières.
La troisième fois fut la bonne, le journal a publié son courrier mais coupé dans la partie où ma mère se permettait de douter de l’efficacité du remède, tant étaient relativement nombreuses les « affaires sexuelles » éclaboussant le clergé.

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Herbert List
 
Des « profs » au front de la lutte contre l’homophobie
 
Pour prévenir autant que possible ce genre de sottises et l’homophobie en général, on peut tenter d’éduquer le plus tôt possible sur la question de l’homosexualité.
 
Le gouvernement de la communauté française de Belgique met désormais à la disposition de ses professeurs un remarquable support de 140 pages pour combattre l'homophobie, avec une partie informative très pertinente, et une deuxième consistant en « activités pédagogiques » (j’ai déjà donné le lien sur ce blog mais en note de bas de page, or ce document mérite bien mieux).
 
J’applaudis à ce genre d’initiative, tout en étant soulagé de ne pas être tenu de m’engager sur ce front. Je ne me sentirais pas la force d’essayer d’amener par exemple mes étudiants à réviser d’éventuels préjugés puisant dans leur religiosité (j’ai un nombre non négligeable de musulmans). Par-dessus tout, je craindrais, pour 4 % à qui la "sensibilisation" ferait peut-être du bien, de devoir me dévoiler en abordant cette question, et par là de risquer de me rendre davantage vulnérable. 
 
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Priape Nicolas Presl

D’ailleurs, il me semble que ceux que ça intéresse ne doivent pas dupes de mon orientation sexuelle, mais aucun de mes étudiants ne m’a jamais cherché sur ce terrain, alors même que je suis souvent avec eux dans des rapports un peu « rentre-dedans », façon Bégaudeau[1], mais en plus « soft », en plus sympathique (nous n’avons pas du tout les mêmes élèves, les miens sont bien plus mûrs que les siens).
 
 Enfin, je crois que ces jeunes me sont tout simplement reconnaissants de respecter chez eux ce que je pressens comme de la pudeur sur ces questions, voire même de l’indifférence (« rien à foutre de la sexualité de ce prof quadra ! »).
 
Ça ne m’empêche pas dans le même temps d’être favorable à la visibilité du fait homosexuel entre « égaux », par le « coming out », notamment au travail, quand le risque pris n’est pas démesuré, ce qui est mon cas.
Ainsi, quand l’occasion s’y prête dans des conversations avec les collègues, je ne manque jamais d’évoquer Gabriel et, sur le mode de la plaisanterie, mes préférences.
Ce parti pris n’est pas que militant, c’est une question d’image (positive) de soi.
 
« Dans la peau d’un jeune homo » versus « Ton corps fait pour l’amour »
 
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Qu’il soit ou non utilisé par les professeurs belges, le document « Pour combattre l’homophobie » est en ligne sur Internet et par là même accessible à tout jeune « travaillé » par ces questions.
Pourtant, si d’aventure l’un d’entre eux venait à me confier ses «incertitudes identitaires», je commencerais par lui offrir l’indispensable Dans la peau d'un jeune homo d'Hugues Barthe.
 
J’y ai, pour ce qui me concerne, retrouvé une bonne partie de ma trajectoire de jeune homo...
A 45 berges...
Mieux vaut tard que jamais !
J’ai bien fait de renoncer à mon suicide...
A 28 ans. (Toujours aussi précoce !)
 
Si ce livre lui tombe des mains, qu’il commande Ton corps fait pour l'amour de Daniel Ange(incroyable, ce n’est pas une blague !) ! C’est ce livre qu’un prêtre, ami de la famille offre à Hugo, le jeune homo de la bédé.
"Le résumé", (un extrait) de l’édition en poche permet de prendre la mesure de la déception d’Hugo, qui, malgré sa bonne volonté et non sans raison, trouve que « le titre ne correspond pas au contenu ». 
 

[2] Pédagogie de la résolution de l’équation à une inconnue in Mauvaise nuit
 

par Thomas Querqy
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