Où sont les hommes ?

Publié le 13 Octobre 2007

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Patrick JUVET 1977
 
Mon père a toujours beaucoup lu. Avant qu’il ne prenne sa retraite – à 66 ans – il mettait de côté durant toute l’année de gros livres qu’il lisait, durant ses deux mois de vacances en Ardèche, au moment de la sieste ou de la baignade. La fiction n’est pas son domaine, l’autodidacte qu’il est, attend d’un livre qu’il lui en apprenne un peu plus du monde.
 
Cet été, comme nous amenions une partie de la famille de Gabriel faire un tour à Aubenas, il m’a tendu un bout de papier : « Tu peux passer à la librairie du château me récupérer un livre que je leur ai commandé ; ils ont dû le recevoir ; je te rembourserai. »
 
Le titre pourrait faire écho au deuxième sexe de Simone de Beauvoir, « le beau sexe ». La 4e de couverture du livre confirme : « Parcourant plus de deux siècles, l’auteur montre l’affirmation puis l’effacement progressif d’une figure du masculin et de la virilité. [...] Le prestige du « premier sexe » s’estompe sous les conquêtes du « deuxième sexe », puis se confrontent à de nouvelles revendications, telles que l’homosexualité ou l’homoparentalité. Qu’est-ce qu’être un homme quand cela ne répond plus à une évidence sociale ? »
 
Non seulement, j’ai bien sûr refusé qu’il me le rembourse, mais après lui avoir emprunté, je me le suis acheté à Paris pour terminer de le lire.
L’Histoire du premier sexe de la révolution à nos jours d'André Rauch est un gros pavé de 646 pages écrites en petits caractères, en format « poche ».
 
Un livre qui traitait de l’histoire du « masculin » et de la « virilité » s’annonçait digne d’intérêt pour un homme qui aime les hommes, fut-il défenseur d’une position « queer » sur les questions de genres.

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Comment dans le passé élevait-on les garçons pour en faire des hommes ? Qu’est-ce qu’était alors qu’être un homme ? Quelles qualités devait-il développer ? Comment vivaient les hommes lorsque les sexes étaient séparés et l’homme dominant ? Quelle a été la genèse de l’émancipation des femmes et de son corollaire, le déclin progressif de la figure traditionnelle de l’homme dominateur ? De nos jours,  qu’est-ce qu’un homme ? En cette époque historique de mixité et d’égalité des sexes, subsiste-t-il une sociabilité strictement masculine (étant entendu, qu’il n’est pas ici question des lieux homos) ?
 
J’ai lu le livre un peu comme un manga, en partant de la fin. Sans doute parce que le dernier chapitre annonçait : Qu’est-ce qu’un homme ? Les épreuves de l’identité ; la barrière des genres ; soins du corps ; violences et ripostes.
 
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La reconnaissance de l’homosexualité soulève à présent un tout autre enjeu.
En ce qui concerne les hommes, l’homosexualité interpelle ce qu’il y a de plus personnel dans la définition du sexe masculin : il ne s’agit plus de choisir un objet d’amour dans un groupe prédéterminé à l’avance, mais de se déterminer librement en dehors de toute définition de genre culturellement connoté ou, mieux, se choisir soi-même comme sujet de désir. Ne revient-il pas, en effet, à chacun de se demander si le plaisir lui vient de celle-ci ou de celui-là, quel que soit son sexe ? Et comment savoir, avant même de l’avoir éprouvé, quel est le « genre » privilégié de ce plaisir ? Jusqu’ici, le choix de l’objet aimé avait été arrêté par l’ensemble de la société. Il était inscrit dans l’état civil au moment de la naissance, décidé sur la base d’une différence, ou plutôt fondé sur des particularités morphologiques. [...]
 
Aléas et imprévus traversent une vie, au cours de laquelle se construit la personnalité et se forment préférences et attirances. Le genre n’est pas un complément prédéterminé du sexe ; il trouve sa place dans le cours de préoccupations vitales et sentimentales de chacun. Voilà de quoi déclencher un bouleversement sans précédent dans l’histoire du genre masculin. Car l’ensemble des structures de la vie sociale peut en être ébranlé : à la fois la division de la société en deux selon les genres, mais aussi la répartition des rôles familiaux de père ou de mère. Tous ces rôles semblaient – et de fait restent – prédéterminés par cette pièce maîtresse qu’est le genre auquel chaque individu appartient dès la naissance, comme prescrit par la « nature ».
 
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La Gay Pride, sa visibilité festive, son inventivité improvisée interpellent aujourd’hui le masculin sur son identité. Une telle théâtralisation invite à dépasser l’aversion pour l’érotisme entre personnes de même sexe, et pousse à s’interroger sur l’objet d’amour, au-delà de la seule sexualité. Ces rassemblements contestent des modes de vie prétendument « naturels », mais en réalité construits culturellement, et souvent tacites. Leurs participants veulent dénoncer la partialité des échanges entre les individus et plaident en faveur d’un nouveau droit relationnel. En un mot, cette fête annuelle ouvre le regard sur la part d’aventures qu’une existence comporte, et suggère l’urgence d’une érotisation du corps, expression de liberté, source de rapports humains.
Car la mise en scène bouscule des représentations communément admises : la sexualité apparaît comme une construction du sujet, ni déterminée par la biologie, ni définie puisqu’elle tient à l’existence personnelle de chacun. [...]
 
Ainsi, la libération des femmes du joug des hommes et l’affirmation de l’homosexualité dans nos sociétés sont une telle mutation historique qu’elle a pu générer, chez ceux qu’elle a déstabilisé, un machisme revendicatif, exprimé dans des essais (que je n’ai pas lus) comme La confusion des sexes de Michel Schneider ou Le Premier sexe d'Eric Zemmour. Au-delà, on s’interrogerait dans les médias sur le retour du macho ?
  
Si ces discours sur le déclin pour cause de virilité perdue apparaissent largement comme relevant du fantasme (Cf la vidéo de France 3 autour du livre de Zemmour), bien que leurs auteurs s’en défendent, ils témoignent d’un mépris des femmes et des homosexuels.
D’ailleurs, le rétablissement d’un « ordre viril », que ces « essayistes » semblent appeler de leurs vœux, fait l’objet d’un chapitre dans le livre d’André Rauch. 
Il y est question d’une France nauséabonde, celle des idées de l’extrême droite de l’entre deux guerres qui conduira la France à l’Etat Français de Pétain et sa clique. 
 
Selon Têtu, ce mois-ci, même les pédés branchés s’y mettraient en plébiscitant « les fondamentaux physiques de la masculinité pur jus ».
Faut-il s’en émouvoir ?
 
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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #famille, #mâlitude,, #XX

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olivier 18/10/2007 13:46

Ton billet vient en raisonnance (sic) avec le mien consacré au livre de Nadaud. Un petit rectificatif , le titre du livre de M. Schneider est " la confusion des sexes".Ce qui me réjouis lorsque je lis tes posts se sont les associations que cela déclenchent. Tu évoques le livre de Simone de Beauvoir qui est cité par Stehen McCauley dans "Sexe et Dépendance" comme le livre de chevet de son personnage principal. Je pense que tu connais Lionel Labosse qui s'occupe d'un site très intéressant sur la question du genre qu'il a baptisé : altersexualité http://www.altersexualite.com

Thomas Querqy 18/10/2007 17:31

My God ! Confondre sexe et genre, je suis bon pour une inscription de force en "gender studies" ! Merci de me l'avoir signalé, c'est corrigé. Les coïncidences que tu évoques ne sont-elles pas simplement le signe d'une culture commune et par conséquent de références communes ? J'aime Stephen McCauley, son humour et je te sais gré de me rappeler que je n'ai toujours pas lu le livre que tu cites.Quant à Lionel Labosse, si j'avais lu quelque chose sur son dernier ouvrage, je n'ai, me semble-t-il, jamais consulté son site, mais ça viendra puisque je viens de l'enregistrer en "favoris".Je viens de lire ton billet sur l'étude de Nadaud, je me souviens avoir lu un compte rendu de sa thèse dont je partage les conclusions même si je m'étais alors dit que son échantillon était bien trop réduit pour avoir une validité scientifique irréprochable. @+