Avec un grand A

Publié le 22 Décembre 2007

 
L’AMOUR ! Au crépuscule
 
Au parc des Buttes, à la tombée du jour,
J’ai croisé sur un banc, une vieille dame,
Pliée en deux sur un journal, qui affichait
En grandes majuscules : « Qu’est-ce que l’amour ? »

Buttes Chaumont – Octobre 2007
 

L’amour, mystification
 
On ressent des sentiments, oui, bien sûr, ils sont indéniables, d’accord, oui, mais il y a un tour de
passe-passe à un moment, qui fait que malgré toute la force qu’ils prennent, ces sentiments sont une fabrication artificielle. Disons que ces sentiments « vrais » sont détournés. Comment peut-on dire ça, parce qu’évidemment ça a l’air énorme. Là, je suis en train de dire que l’amour c’est bidon, aussi bidon que la terre quand elle était plate. Je pense que n’importe qui a aimé est capable d’avoir l’honnêteté de reconnaître tous les trafics auxquels il s’est livré. [...]
Il faut le dire une bonne fois pour toutes, l’Amour fonctionne comme n’importe quelle croyance, comme n’importe quelle religion. [...]
 
Claude Pérès dans Pref de Novembre– Décembre 2007, pour un dossier sur les ruptures amoureuses
 
 
Dans son film Comme des voleurs (à l’est), Lionel Baier dit également à sa sœur que l’amour est « une question de conviction ». Ce qui ne l'empêche pas de déclarer lors d’une entrevue : « L’amour est présent dans ma vie et je pense qu’il est difficile de faire un film quand on n’est pas aimé ».
 

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Robert Mapplethorpe



Aimer l’AMOUR
 
ANNULATION. Bouffée de langage au cours de laquelle le sujet en vient à annuler l’objet aimé sous le volume de l’amour lui-même : par une perversion proprement amoureuse, c’est l’amour que le sujet aime, non l’objet.

Fragments d'un discours amoureux – Roland Barthes – Seuil 1977
 

Le mariage d’amour, rencontre de deux névroses
 
Depuis que le mariage d’amour est devenu une valeur culturelle, ce n’est plus la structure sociale qui s’y exprime, c’est la structure personnelle. Quand les parents provoquaient la rencontre de leurs enfants, ils renforçaient le groupe. Quand l’amour préside au choix du partenaire, il facilite la névrose.
 
Le stéréotype culturel consiste à décrire un coup de foudre, suivi d’un amour durable que parfois la vie altère. Les échecs sont attribués aux vicissitudes de l’existence. Toutes les études concluent que ce schéma est rare. Le coup de foudre n’est pas obligatoire. La plupart des couples s’en passent et s’aiment quand même. Le mariage d’amour lui-même n’est pas si fréquent. Les partenaires disent que « c’est un mariage d’amour » et, bien sûr, ils ont raison de le soutenir car le conjoint, dans notre culture, accepterait mal le contraire. La plupart des mariés se choisissent pour des motifs psychosociaux, ce qui n’empêche pas que l’émotion des premières rencontres crée une intense affectivité que certains nomment « amour ». [...]
 
Pour se rencontrer, il faut avoir été séparés, et que chacun manifeste par ses signaux la même sensibilité. Ce qui s’exprime dans la rencontre amoureuse, c’est un discours émotionnel. Lorsque le mariage était « arrangé » par les parents, les mimiques, les gestes et les vêtements avaient pour fonction de signer l’appartenance à une catégorie sociale. Dans le mariage d’amour, c’est l’intimité de la personne qui s’exprime en priorité. Voilà pourquoi, aujourd’hui, les rencontres se font beaucoup plus entre inconscients qu’entre familles. Voilà pourquoi j’ai pu dire que le mariage arrangé facilitait la reproduction des structures sociales, comme le mariage d’amour facilite la rencontre des névroses.
 
Boris Cyrulnik,  Les nourritures affectives page 37, Poche Odile Jacob 2000


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Amour, définitions
 
Amour : Mot en 5 lettres, trois voyelles, deux consonnes et deux idiots.
Ami - amie : Se dit d'une personne qui a ce "Je ne sais quoi" qui élimine toute envie de coucher avec elle.

Le Petit Larousse mise à jour 2007 ®
 
 
L’amour coincé en réserve
 
« Je l’avais bien senti, bien des fois, l’amour en réserve. Y en a énormément. On ne peut pas dire le contraire. Seulement, c’est malheureux qu’ils demeurent si vaches avec tant d’amour en réserve, les gens. Ça ne sort pas, voilà tout. C’est pris en dedans, ça reste en dedans, ça leur sert à rien. Ils en crèvent en dedans, d’amour. »

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Quelque chose d’inaliénable que l’on peut donner mais non reprendre
 
« C’est toute sa liberté qu’on abandonne à jamais quand on s’éprend d’un être ; le désir peut s’éteindre, la passion peut mourir tout à fait, mais il reste au fond du cœur quelque chose d’inaliénable que l’on peut donner mais non reprendre. Jusqu’à la mort on appartient à ceux qu’on a aimés. »
 
Julien Green, Léviathan
 
Ces deux dernières citations se trouvent dans la page 27 du petit recueil de citations de Lucien Jerphagnon, Laudator temporis acti (C’était mieux avant).  À lire sans modération, que l’on connaisse ou non des accès de pessimisme générationnel.
 
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Hier matin, un homme de 82 ans a frappé sa femme à coups de tabouret, parce qu’il la soupçonnait de le tromper. La femme, 80 ans, est morte.

Lu dans Libération du 16/10/7.
 

PLUS

 

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 De l'autre côté de Fatih Akin : « Fresque bouleversante où six vies s'entrecroisent entre Allemagne et Turquie » (Libération après sa projection à Cannes). AFFIRMATIF.

Dossier Faut-il réinventer le couple ? dans la revue Sciences Humaines de décembre 2007 
 
Déjà postés 
 

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Rédigé par Thomas Querqy

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olivier 27/12/2007 00:05

La dernière photo m'évoque le film de Laurent Cantet "vers le sud".Et Freud, je crois, compare le coup de foudre a un mouvement de type psychotique. Lorsque l'individu se trouve dans cette situation il fonctionne sur un mode psychotique avec une déperdition du sentiment de la réalité. Je veux bien éprouver de tels moments.

Thomas Querqy 04/01/2008 22:25

Si tu ne l'as pas encore vu, je te conseille la cité de Dieu qui est un film qui devrait faire date dans le cinéma brésilien. Le garçon de dos sur la photo qui t'évoque vers le sud  joue également dans un film que j'ai vu plus récemment et que j'ai bien aimé : http://www.fluctuat.net/5811-Proibido-proibir-Jorge-Duran, film aussi tourné dans les environs de Rio et réalisé par un vieux monsieur chilien qui avait scénarisé le terrible Pixote ou la loi du plus faible. Bon à part ça, c'est peut-être un petit coup de "déperdition du sentiment de la réalité" dont j'ai besoin pour oublier que je traîne depuis trois jours une petite fièvre, la migraine et un gros rhume. "Auguri !"(c'est comme ça que les ritals souhaitent la bonne année).