Poison
Parce qu’il n’y a pas de BO du film sur ces images de Velvet Goldmine, j’ai pensé au Bowie « Glam rock » puis à Crazy
Bob Dylan, le chanteur, ça n’a jamais été mon truc, alors un film sur la mythologie Dylan, il n’y avait pas de raison que ça me captive beaucoup plus !
Même s’il ne me l’a pas dit, je crois que mon compagnon n’a pas vraiment compris, après la projection, mon insistance à vouloir lui faire braver le froid de ce
dimanche soir, veille de reprise du travail.
En fait, moi-même, je n’ai pas retrouvé ce qui m’avait tant chamboulé.
Si l’évocation de l’univers de Genet (« Homo ») demeure très forte (c’est la seule partie qui a plu à Gabriel), j’ai regardé un peu distraitement, mais
sans déplaisir, «Hero » (l’enquête par interviews au sujet d’un enfant qui a tué son père puis s’est envolé par la fenêtre).
La surprise vint en fait d’« Horror » dont je n’ai perçu cette fois-ci que le côté pastiche du film d’horreur, voire même parodique :
Un certain "docteur Graves" a découvert le secret scientifique des pulsions sexuelles, mais il avale le breuvage magique, et devient un monstre sexuel,
de surcroît contagieux. Tout ça finit très mal pour lui et sa laborantine qui l'aime d'amour fou.
La première fois, il me semble que j’avais suivi beaucoup plus gravement, peut-être bien même au 1er degré, la tragédie du «docteur Graves » devenu monstre contagieux, de plus en
plus affaibli et rejeté par tous.
Pas de quoi baisser la garde, mais peut-être cela faisait-il la différence ?
Si Elisabeth et Sylvie n’était pas venues dîner le samedi soir, j’aurais aimé demander à Todd Haynes qui était présent à la projection du samedi, s’il avait bien été
dans son intention d’évoquer dans « Horror » l’horreur du sida (l’allusion paraît évidente, pourtant elle n’est pas évoquée dans les rares sources trouvées sur Internet).
Dans l’affirmative, j’aurais également pu lui demander si le genre (pastiche ou parodie du film d’horreur) avait été un choix évident (l’humour noir du
désespoir ?). Enfin, j’aurais été curieux de vérifier si le sida avait aussi, du moins en partie, inspiré son film Safe (1996), même si l’histoire ne l’évoque jamais.
Todd Haynes a dédié le film « I’m not there » à Jim Lyons, son compagnon, décédé durant le montage du film, ... des suites du sida.
Skin and bones
Bruce of L.A. Joe Dallesandro
Sans Darek, nul doute que ce film serait passé à la trappe. Comme il est projeté un soir de semaine et que le thème ne s’annonce pas d’une très grande originalité, je traîne un peu la patte
et essaie d’obtenir quelques garanties.
L’intitulé du cycle m’évoque The celluloïd closet, traque
de l’indicible/invisible homosexualité dans le cinéma d’Hollywood de jadis.
Une chose est sûre, le décryptage du film d’ouverture du cycle ne nous donnera pas la migraine : il y est question des
(més)aventures de garçons de Los Angeles rêvant de devenir acteurs mais qui en attendant font le tapin.

Un tel pitch fait inévitablement penser au Hustler White de Bruce Labruce et Rick Castro, sorti... la même année, en 1996.
Coïncidence, d’après Everett Lewis : « L'ensemble de ce projet a pris beaucoup plus de temps qu'il ne l'aurait dû. Quand j'ai commencé, il n'y avait pas de film sur les prostitués
masculins, alors que maintenant c’est devenu un genre à part entière. »
Personne ? Sur la place de Los Angeles. ? En 1992 sortait My own private Idaho de
Gus Van Sant précédé en 1968 de Flesh de Paul Morrissey, produit par Andy Warhol.
A Los Angeles, attendant un contrat hollywoodien plus qu'hypothétique, trois postulants comédiens entrent dans un réseau de garçons livreurs de leur
corps, sans état d'âme, et trouvant même cela plutôt rigolo. Ils s'abritent derrière leur espérance et, comme se définit le plus vétéran des trois : "Je ne suis pas une pute, je suis un acteur,
je vends du fantasme."
Rigolo ? Ça l’est pour eux comme pour nous seulement au début du film (euphorisant comme les premières prises de drogues dans Requiem for a dream). Car en effet, une agence qui propose à la clientèle la réalisation de tous
ses fantasmes pourvu qu’elle soit disposée à y mettre le prix, mène inexorablement le film sur des territoires bien plus sombres, celui d’une activité forcément dangereuse, loin des provocations
ironiques de Hustler White.
L’interminable liste des scénarii numérotés que propose l’agence, son côté Sadien (comme une litanie de combinaisons), amuse pour vite créer un malaise et finir par devenir carrément angoissante
au fur et à mesure des déboires des jeunes gens.

Ce qu’on voit aussi, ce sont des garçons prématurément broyés par l’immoralité d’un monde d’argent roi, dans lequel ceux qui le possèdent (ou qui permettent d’y accéder), transforment en
marchandises tous les autres qui sont prêts à tout pour en avoir afin d’exister.
Skin and bones ? Ceux qui n’ont que leur « carcasse » à échanger ? Ceux à qui il n’est laissé que la « peau sur les os » ?
Skin and bones, un film marxiste-féministe? :=)
Si Gab n’avait pas eu faim, j’aurais volontiers écouté ce que Jean Douchet (et un public averti) pouvait dire de ce film réussi.
C’était une première projection en France pour un film disponible en DVD.
Commentaires