1er contact avec la médecine

Publié le 25 Août 2006

1er Novembre 1998

Urgences

 

Depuis aujourd'hui, nous avons un médecin de famille : le Dr Serran. Ou disons plutôt que j'ai eu besoin pour la première fois d'un médecin et que mon collectionneur de soins préféré m'a orienté vers le sien.

A l'origine de cette rencontre, un désagrément du côté de la zone urogénital... En fils de mon père mais aussi probablement comme un grand nombre de gens jamais malades, j'ai immédiatement pris le parti de minimiser l'affection en différant autant que possible la visite chez un praticien qui aurait fait moi un malade.

 

Durant une bonne semaine, j'ai tenté de noyer le mal sous les torrents d'eau que j'ingurgitais.  Puis, sur les conseils de maman qui avait diagnostiqué d'après mes symptômes instantanément une "infection urinaire", j'y ai rajouté du jus de citron.  Une après-midi de rechute, sur les conseils des femmes de la famille qui semblaient en connaître un rayon en la matière, je suis ensuite passé à un traitement plus lourd : une cure du « médicament-qui-fait-pisser­-bleu ».  Après l'accalmie, la récidive pointa son nez ce mardi, cette fois-ci, impossible d'y échapper: "Allo, Docteur Serran?".

 

Au "20, rue de Beaurepaire", on fait vite connaissance.  En deux tours de cuiller à pot je me suis retrouvé nu comme un ver, le fondement offert aux doigts experts du Dr Serran, sous l'oeil consciencieux de sa stagiaire.

Très délicatement, à chaque étape de la visite, le médecin m'avait demandé si cela ne me dérangeait pas que sa stagiaire assiste à la consultation puis à l'auscultation.  Pour la pudeur, j'ai affirmé crânement avoir pratiqué le naturisme, pour sa gêne de devoir me mettre les doigts dans le cul, je l'ai rassuré en lui disant que c'était moins traumatisant pour un homosexuel.

Bien sûr Serran n'est pas arrivé à cette palpation extrême sans préliminaires : prise de pouls et tension, suivie d'une palpation par le ventre et le dos des reins, enfin pour me préparer à la suite, un examen attentif de mon membre viril.

Pouls et tension n'étaient pas très bons, cela a été mis sur le compte du stress (je venais d'être douché d'un inquiétant "Il n'y a pas d'infection urinaire chez les hommes").  Aucune des palpations n'ayant été douloureuse, le binôme écarte une inquiétante prostatite et parie sur une urétrite bénigne. On attend 48 H pour que je cesse de pisser comme un martien pour affiner le diagnostic à l'aide d'un examen beaucoup moins physique, une analyse d'urine.

 

Je ne sais pourquoi, ce premier contact avec la médecine m'a rappelé un passage de La tendresse sur la peau d'Edmund White dans lequel l'auteur raconte une séance de lavement destinée à « restaurer le péristaltisme » au sein de l'appareil digestif de son ami Lou après un « fix » d'héroïne : "Cet homme avait - ou pouvait faire - quelque chose que Lou voulait.  L'homme enfila des gants de plastique transparent.  Il lubrifia l'extrémité du tube avec du KY et l'inséra dans le rectum de Lou.  Lou arqua le dos,

sortant son cul encore plus haut. (... ) Mon héros était un pervers, paupières à demi fermées par l'héroïne, la face interne de son bras couverte de bleus ; et maintenant, il roucoulait comme un bébé et s'était enroulé sur le côté et regardait dans les yeux son sauveur, son persécuteur. »

 

 

 

 

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #vivre, #les années, #sex, #culture gay, #livres

Repost 0
Commenter cet article