Douches contre nature

Publié le 25 Septembre 2009

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Le samedi 12 septembre,  Le Monde 2 livre un grand dossier sur les nouveaux militants, maîtres du happening médiatique. On fait notamment connaissance avec le collectif féministe « les tumultueuses » dont le combat consiste à enlever le haut de maillot de bain dans des piscines parisiennes, ou d’un certain Irwin et d’une association pour la promotion du naturisme en liberté dont les membres se promènent nus, pour dénoncer l’interprétation jugée abusive de l’article de notre code pénal sur « l’exhibition sexuelle ».

Le lundi suivant, le 14, c’est au tour de Libération de faire une double page sur les actions dans le plus simple appareil, avec pour illustration une grande photo prise par Spencer Tunick pour la dernière campagne de Greenpeace, et une intéressante entrevue qui explique pourquoi la nudité peut être un discours.

Le même mois, la revue L’Histoire a pour dossier La nudité - "des grecs aux naturistes".

 

Au même moment, dans les douches de l’enseigne de clubs de fitness que je fréquente, fini les douches collectives ! Partout, on fait désormais la queue pour accéder à des douches individuelles.

En dehors de l’agacement de planter plus longtemps pour pouvoir me débarrasser de ma sueur, ça me fait bizarre de constater que les personnes de même sexe ne peuvent plus se rincer, se savonner côte à côte, sans façon. Ce fait, que d’aucuns considèreront comme anodin, marque de nouveau un changement d’époque dans laquelle je me sens un peu plus étranger.




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Tu n'aimeras point (Eyes wide open) de Haim Tabakman


 

A la réflexion, régulièrement, je remarque, amusé, au vestiaire, le décalage entre des « vieux impudiques » de mon espèce, et des jeunes (j’appelle jeune tout ce qui l’est plus que moi, ce qui finit par faire pas mal de monde), qui s’exténuent en contorsions sous serviette pour changer de slip, de manière à éviter absolument que quiconque n’aperçoive, ne fut-ce qu’un instant, ce qu’ils ont en dessous de la ceinture.


Je ne saurai jamais si cette (contre) révolution dans les douches s’est faite à la demande d’une majorité des clients ou si, comme souvent, on la doit à une minorité agissante qui a l’art de faire chier jusqu’à obtenir ce qu’elle veut.

Dans les deux cas, à quoi doit-on cette nouvelle pudibonderie ?

S’agit-il d’une panique des hétéros dans un monde de visibilité homo (à vue d’œil, il y a sûrement plus de 4 % d'homos dans ce genre de club) ?


Est-ce le prix à payer pour la mondialisation des vestiaires et la promiscuité avec des personnes de culture et de religion inculquant une pudeur corporelle extrême ?

 

 

Masaccio Adam et Eve chassés du paradis (1425-1427
 


... Ou un dommage collatéral du porno et de ses stars aux organes titanesques qui donnent des complexes à la majorité ?

Ou encore, le résultat d’une éducation où les mères ont tellement asséné aux enfants que personne ne devait toucher leur « zizi » (mise à part elle), que traumatisés, les gosses devenus grands en auraient hâtivement conclu que personne ne devait aussi VOIR leur sexe (Cf la honte de Mireille aidant une de ses petites cousines à pisser dans un WC public bondé lorsque soudainement la gosse s’était mise à hurler « NON pas toucher à mon cucu ! Mon cucu, il est à moi »).

 

 

 Henri Cartier Bresson - Ubud (Bali 1949)

 

 

Bref ! De toute façon, je n’aurai jamais la réponse à cette énigme. Pour l’heure, je plante comme les autres avec ma serviette autour des fesses en attendant qu’une douche individuelle se libère, un brin énervé, un brin nostalgique d’un temps où la nudité dans une douche collective était une évidence.

Côté filles, moi qui les ai connues se baignant et bronzant les seins nus, je ne peux m’empêcher de trouver un tantinet dérisoire le combat de ces « tumultueuses » qui enlèvent le soutien-gorge dans les piscines parisiennes. Faut-il que les choses aient changé !

 

Il est vrai que ces histoires de pudeur corporelle, c’est culturel et largement une question d’éducation.

Chez nous en Ardèche pendant les vacances, les parents faisaient du bronzage intégral au fond du jardin. Ça faisait partie du «mens sana in corpore sano » de nos géniteurs et sans doute aussi de l’époque (le coin était plein de jeunes hippies qui baisaient beaucoup et n’hésitaient pas à se baigner nus).

 


 Woodstock 1969


 

Hotel Woodstock d'Ang Lee



Pour autant, je n’ai pas de souvenir d’images du sexe de mes parents. J’avais dû comprendre que lorsqu’on est nu, on ne regarde pas les gens en dessous de la ceinture, a fortiori ses propres parents. D’ailleurs, je n’ai jamais eu l’angoisse d’avoir la crampe dans un lieu de nudité : j’ai parfaitement intégré ce que disaient mes parents : « le principal organe sexuel de l’homme, c’est le cerveau ». 

En cas d’urgente nécessité, il suffit de détourner le regard et de diriger ses pensées sur un objet/sujet non sexuel, si possible déprimant, ce qui n’est pas vraiment difficile à trouver par les temps qui courent. Si rien n’y fait, essayez de songer à la coloscopie !

 

Sans compter qu’il faut tout de même un certain nombre de conditions pour qu’une nudité soit érotique (en général, elle a plutôt tendance à dés-érotiser le corps), et en premier lieu, me semble-t-il, une certaine attitude et un certain regard de la personne nue.


 

http://www.ryanmcginley.com/
 

 

En 1978 (j’allais sur mes 16 ans), mes frères Jonathan et Melvil gagnèrent à un loto un voyage aux Baléares qui fut échangé contre sa valeur en Francs, ce qui permit d’embarquer toute la famille pour un séjour en Corse. Seule ma sœur, n’avait pas été du voyage parce qu’elle bossait avec une copine pour se payer une mobylette.

Après nous avoir fait grimper, entre autres, le Monte Renoso , papa nous aurait bien fait faire quelques sommets de plus, mais il dut s’incliner face à l’insurrection unanime de sa tribu : «la Corse est île de beauté parce qu’elle est montagnes ET mer ».

 Le compromis pour faire passer la pilule de la mer auprès de mon père fut d’accepter de rechercher un coin perdu pour du camping sauvage.


Les Querqy plantèrent ainsi la tente au bout d’une longue piste, entre Bonifacio et Propriano, sous des arbustes dominant la mer en contrebas, dans le Golfe de Murtoli. On allait remplir nos vaches à eau à Sartène et toute la famille ravie de ce bout de paradis, a passé la semaine à se baigner et à se dorer en tenue d’Adam et Eve. Maman avait alors réaffirmé que faire la cuisine à poil, c’était hors de question, mais que pour l’eau et le soleil, il n’y avait rien de mieux que la nudité.



Augustin Rebetez Lightstalkers/Gueules de bois

 


En Allemagne, les associations de naturistes comptaient 150 000 adhérents en 1970, aujourd’hui, elles n’en comptent plus qu’un tiers. « La fin d’un engouement ? » s’interroge prudemment la revue L’Histoire.

Ces chiffres semblent conforter l’intuition d’une pratique naturiste déclinante, celle de vieux nostalgiques....Jusqu’à ce que j’échange quelques paroles cet été avec Aleksander, slovène à la petite trentaine, dans les douches du club de sport (vous savez, à l’époque où elles étaient encore collectives).

D’où tenait-il ce magnifique bronzage caractéristique des blonds scandinaves ? D’un séjour dans une île méditerranéenne naturiste - Il n’a pas prononcé le mot naturiste mais la couleur de ses fesses ne laissait subsister aucun doute.

Yes !! Un jeune qui se met nu sans complexe !  Sauf qu’Aleksander, ça ne compte pas vraiment ! Il est homo... Ben oui,  on le sait, l’homo adore se balader à poil. 



Jonathan Rhys-Meyers

 


 

La prévalence de la nudité masculine, au moins dans l’affichage public et civique, souligne la valorisation du corps masculin et facilite son érotisation. Certes, la nudité constitue aussi un apprentissage de la maîtrise de soi et de la décence dans des conditions difficiles. Reste que la mise en valeur du corps de l’homme, notamment de l’athlète, jeune et beau, incite au désir, lors même que, par ailleurs, les relations homosexuelles sont codifiées et encouragées dans certains contextes.

Causes ou conséquences, les occasions de contempler des corps nus ne manquent pas dans la cité, et le gymnase peut être un formidable lieu de chasse amoureuse.


 Le propre de l’homme... grec par Maurice Sartre in L’Histoire n° 345 Septembre 2009
 







Elmgreen & Dragset - Danish and nordic pavilions Venice 2009
 


 

Fqn.qc.ca/ La nudité et le naturisme, point de vue d'un psychologue
 

Voyage.liberation.fr/ Bali veut rester coquine

http://sportifsdetouspoils.unblog.fr/tag/vestiaires/

 

Notesgaydethomas/ Nudité, beauté et lucidité chez les noubas

 


 

 

Revu et réentendu à l’exposition
Né dans la rue – Graffiti à la
Fondation Cartier

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #vivre ensemble, #culture gay, #famille, #les années, #sex

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Olivier 18/10/2009 22:19


J'avais lu rapidement ton billet sans laisser de trace... et pourtant il appelle des commentaires. Et je m'aperçois que tu
cites l’expo à la Fondation Cartier. Pour revenir aux vestiaires où toute nudité doit être proscrite, je me souviens de vestiaires de piscines allemandes où les hommes et les garçons se baladaient
à poil naturellement. En revanche au lycée je n’ai que très rarement vu des camarades le sexe à l’air. Tu parles de la mondialisation et il est frappant de voir la pudibonderie américaine. Ils
n’ont pas la même pudeur avec la violence. A croire qu’ils n’apprécient que la chair ensanglantée. Il faut un Ang Lee pour oser montrer des jeunes hippies, il est vrai, batifoler à
poil.



Thomas Querqy 19/10/2009 22:25


Slt Olivier,
Merci pour ces commentaires dont ce blog se languissait.
Pour ce qui est de la pudibonderie, "my god", si seulement elle était circonscrite aux yankees !
De mon côté, j'ai également procrastiné à laisser un commentaire sur des blogs en général et sur le tien en particulier, et je m'en vais donc de ce pas le faire.