Fist fucking : juste une mise au poing

Publié le 26 Octobre 2006

Ramzi Taïa

Réf. La bonhomie d’Ali 

12/8/5

J’étais sorti prendre un peu le soleil aux Buttes, mais il m’avait fait faux bond. Pas mal de monde ce soir, aucun endroit me satisfait pour poser mes fesses, alors, j’ai fini par faire le tour complet du parc. Comme je m’apprêtais à enjamber des barrières barrant le passage du promeneur, je l’ai aperçu et tout de suite reconnu. A son habitude, il marchait d’un pas énergique dans la zone interdite pour travaux.

Il est parti une semaine faire du tourisme en Tunisie. Il repart à la Baule avec sa copine, ce qui n’a pas l’air de l’exciter outre mesure.

Sa copine n’est pas instit mais commercial, chez Cetelem. Sceptique à ce sujet, il m’a demandé mon avis sur l’avenir de ces formations en marketing-vente mais aussi la profession de Gabriel.

En République Dominicaine, il a rencontré un homo qui avait le statut de personnel diplomatique.

 

Il aime son métier mais il doit changer de partenaire de travail car il ne sent pas du tout le nouveau. S’installer à son compte ? Tentant mais il faut avoir les reins solides : 400 000 francs de pas de porte, délais d’obtention des agréments, retards de paiement. Comme nous, il est convaincu que la maison de retraite pour homos un peu médicalisée, c’est l’idée juteuse d’avenir. Qu’Alain le contacte dés qu’il se lance !

 

Il a évoqué d’autres copines : une russe connue à l’hosto, une franco-américaine  qui ne lui a pas appris l’anglais mais à qui il a appris l’arabe.

Alors que je porte aux nues les Buttes, il dit préférer le bois de Vincennes. Comme je dis préférer habiter ici plutôt que dans le 16e, il dit que le 16e est à côté du Bois de Boulogne.

 

Il n’aime pas la rue de C., il voudrait habiter dans le 5e. « C’est marrant, tous les étrangers que je rencontre, veulent vivre dans cet arrondissement. – Je suis issu d’une double culture – Oui, mais vous êtes surtout français. – Oui mais d’une double culture – C’est vrai, je me souviens avoir souvent vu votre père dérouler son tapis de prière. »

 

En Tunisie, il a été très énervé de ne pas pouvoir répondre en anglais à un groupe de touristes qu’il comprenait très bien, il veut se remettre à l’anglais. « Je suis prêt à recevoir. » Il a regardé sur Internet mais tout ce qu’il trouve est très cher. Je le branche « Cours de la ville de Paris ».

 

Je lui ai proposé une bière avant d’aller faire à manger. Après une hésitation, « Une bière non, un Vittel menthe ». Ce sera donc un pot au café. « Dehors ou à l’intérieur », me demande-t-il « comme vous voulez ». Je l’abandonne pour prendre du fric et enfiler un pantalon. Lorsque je revins, il serrait la main à un arabe avant de s’installer à l’intérieur. J’insiste pour régler : « C’est moi qui ai proposé. » Putain ! 6.6 euros ?!« Bon, je vais me prendre un bonne douche, rasage et faire un peu d’Internet. » Je tords le nez sur son projet de taille de barbe à la canaille. Il n’a pas cessé de se caresser le ventre sous sa chemise, laissant de temps en temps apparaître un peu de sa peau dans cette partie du corps que je trouve la plus érotique. Curieusement – et je l’avais déjà noté pour le creux de ses bras -, alors qu’il a la peau du visage très mate, celle-ci est plutôt claire (jamais en maillot en Tunisie ?). De même, il m’a paru beaucoup plus mince que je ne l’imaginais. Lorsque je l’ai doucement poussé de l’épaule pour lui signaler que mon chemin s’arrêtait au 22, j’ai touché une omoplate bien peu charnue.

 

Au fait, fini Ali, il s’appelle Ramzi Taïa.

 

 

 

 

La solution du problème du désir est à la portée de main de chacun

 

Diogène le cynique affichait, au point de le faire en public à la manière d’un acte démonstratoire, et non pas exhibitionniste, que la solution du problème du désir était, si je puis dire, à la portée de main de chacun, et il le démontrait brillamment en se masturbant.

 

J. Lacan, Le Séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, séance du 10 juin 1959.

 

 

Fist-fucking

 

C’est le moment ou jamais, en guise de signal d’alerte, de rappeler la formule de l’économiste Keynes à qui l’on demandait, sur un tout autre sujet il est vrai, ce qu’il fallait faire quand on est dans un trou, et qui répondit sans hésiter : « stop digging. » Arrêtez de creuser !

 

Didier Peron - Libération été Juste une mise au poing

 

 


 

Vertigo

 

Le pas se ralentit, mains et pieds se firent hésitants, le corps se tassait ; un coup d’œil vers le haut, un autre vers le bas, léger étourdissement, membres cette fois-ci flageolants et ce fut la paralysie. Pascal me vint en aide en se mettant en dessous de moi ; très efficace, je repris laborieusement la montée vers le sommet du Rocher d’Abraham. « Tu savais papa que Tom avait le vertige ? – Non, pas à ma connaissance. »

 

Cette expérience désagréable ne m’est pas nouvelle, à plusieurs reprises,  je l’ai subie en montagne alors que j’accompagnais mon père. A pieds, plutôt qu’à ski. Encordé, je me faisais tirer. D’après papa, il y a deux catégories de vertige, l’un pathologique, l’autre surmontable. A priori le mien. D’où peut-il provenir aujourd’hui chez quelqu’un à l’aise avec son corps, ayant le pied sûr ? Manque de confiance en soi ? Tempérament peureux ? Mémoire du corps qui, dans un contexte favorable, vous fait retrouver intacte vos traumatismes de jeunesse ?

Ça ne m’empêcha pas d’apprécier cette magnifique journée du 16 Août 2005 entièrement passée en montagne sous un ciel sans nuage avec Pascal et Solène, Papa et Gabriel.

Une journée riche en leçons de base : ne jamais partir sans topo descriptif de la randonnée (8H de marche au lieu de 4-5 prévues), ne jamais quitter un sentier balisé et rester groupés (beaucoup de temps perdu et d’inquiétude après avoir perdu papa qui s’est bien esquinté dans les genêts et des passages exposés).

Une journée saine : 12 heures sans fumer.

 

 

La transformation des chenilles en papillons

 

« Ça fait déjà une semaine que Fiona est enfermée dans sa chambre » ai-je plaisanté chaque jour. Ma petite Fiona ! Bientôt 15 ans mais qui, pour mon plus grand plaisir, continue à m’appeler son « tonton préféré », est devenue une grande adolescente au beau visage, qu’il est rare de pouvoir apprécier, puisqu’elle passe ses journées à écouter de la musique et à deviser avec Lorène, la fille de Gabrielle qui est morte cette année (mon âge, cancer du sein), et sa copine Margot, 26 ans d’âge et quatre petits seins à toutes les deux. Si ces invitées donnent toujours un peu l’air de s’ennuyer et nous ignorent superbement (j’en suis à leur rappeler qu’elles peuvent me dire bonjour), Antoine, 14 ans, est toujours aussi charmant. Il a le beau ventre sec et musclé, mais en version peau laiteuse de roux, de son frère Rémi, 17 ans, parti camper avec sa copine de 2 ans sa cadette près de Sète.

 

Sous ses aisselles des poils ont poussé. Normalement, ses testicules ont aussi dû grossir pour accueillir l’en-cours de production de spermatozoïdes. C’est ainsi que, Fiona partie, nous avons assisté à un irrésistible rapprochement entre le garçon et les filles (en fait l’une des filles). La veille de son départ, il demanda la permission d’aller au bal. Face à une fin de non recevoir, il obtempéra sans vraiment protester. « C’est plutôt l’heure d’aller se coucher ! ». Au grenier, la jeunesse n’a pas dû s’endormir rapidement, mais une fois le sommeil enfin trouvé, il est fascinant de songer que le corps de ces ados a connu une activité intense. Toutes les 90 minutes exactement, leur cerveau a libéré les hormones nécessaires à leur transformation, des oestrogènes pour les filles, de la testostérone pour le garçon.

 

 

 

 

Plus d’un an déjà qu’Armande décline

 

Ses terribles douleurs au dos étaient dues à un tassement de vertèbres provoqué par une décalcification, elle-même consécutive à un dérèglement du fonctionnement de ses reins. Son protocole de traitement semble en cause, il vient de lui être changé. Gabriel et sa mère sont allés la voir aujourd’hui. Armande a dit qu’elle avait pleuré toute la semaine précédente et qu’elle avait un peu parlé au psy de ses angoisses. Elle était manifestement heureuse d’avoir une visite. La veille, La mère de Gab, qui n’est pas vraiment du genre à s’épancher, les yeux humides a dit qu’elle n’avait vu personne dans son unité dans un état pareil. « Laurent M., cela a été très rapide mais finalement ce n’était pas plus mal, ce n’est pas une vie».
Pierre-Emmanuel venant de partir pour 10 jours au Portugal avec Valentin, je dois m’astreindre à lui rendre visite de temps à autre, même si la voir me rappelle le tragique de la condition humaine.

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #vivre ensemble, #tragique, #intergénérationnel, #sex, #famille, #vivre

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