Scènes de la vie conjugale

Publié le 29 Janvier 2007

 

On vit une époque formidable : refaire sa vie avec Second Life

 

Qui n’a jamais dit « j’aurais bien aimé être..., faire... » ? Qui n’a pas ressenti au moins une fois la difficulté, l’ennui d’être soi ?

Qui n’a pas un jour rêvé d’être un autre ? Qui n’a jamais songé à changer de vie ? Qui n’a pas un jour rêvé de pouvoir en vivre plusieurs ?

Une infime minorité y parvient, avec plus ou moins de bonheur, la plupart y renoncent coincés dans des contraintes matérielles et affectives,  limités par leurs capacités, leur histoire et leur culture.

Second Life (SL) propose à tous de réaliser ce rêve en fournissant le canevas et les outils pour participer à l’édification d’un nouveau monde (Your world, Your imagination).

 

Le premier travail d’un candidat à une « deuxième vie » pour pouvoir y évoluer et rejoindre la communauté SL est de se construire son « avatar », un double virtuel (homme, femme, animal, chose, hybride...). Vient ensuite la possibilité d’être spectateur de ce monde et l’énorme déception de découvrir que sans fric, comme dans le monde actuel, ton avatar est condamné à être un SDF itinérant dans son uniforme de primo arrivant.  En effet, Second Life est atteint de la même tare que notre  monde réel : la marchandisation généralisée, où tout s’achète, tout se vend et où sans blé, tu dois renoncer aux projets et aux divertissements ! Comme dans la vraie vie, le premier souci du nouveau membre est par conséquent de rafler quelques Linden dollars convertibles en US dollars, si nécessaire en faisant le tapin.

 

Certains parviennent même à gagner leur vie dans ce monde virtuel au point que les administrations fiscales commencent à s’y intéresser. Ainsi, Allin Graf, 28 ans, qui vit à Francfort en Allemagne, passe 45 heures par semaine sur SL avec un business dans l’immobilier virtuel, et son patrimoine est estimé à 250 000 US $ (Le Monde 2 /2 déc-2006). 

 

Second Life ressemble également tellement au monde contemporain que la pieuvre publicitaire des marques l’a envahi, au grand dam des punks de SL, et que ce qui s’y passe est chroniqué (SLObserver)

 

 

 

« SL, c’est comme la vraie vie, mais sans les risques et les erreurs»

 

Pour certains habitants, Second Life a supplanté la vie réelle. Mattias Faulkner, 25 ans, est étudiant à Anvers : « SL, c’est comme la vraie vie, mais sans les risques et les erreurs. Le monde est devenu tellement flippant que plein de gens trouvent refuge ici. Ma première motivation a été la construction, l’envie de devenir célèbre grâce à mes réalisations. Pour d’autres, SL permet de fuir le réel ou d’expérimenter tous les fantasmes, notamment sexuels. La plupart viennent ici pour se faire des amis et échanger sans a priori ». Roger Book, ce vieil hippie famélique qui hante les prairies de SL depuis l’automne, était travailleur social à New York avant de partir à la retraite. « J’ai complètement laissé tomber ma vie réelle, je passe tout mon temps ici, au point d’oublier de manger, de dormir ou de sortir. Cet après-midi, j’aurais dû aller manifester contre la guerre. Au lieu de quoi, je suis resté congelé devant mon ordinateur. Je vis seul, je n’ai pas d’amis, une vraie vie de merde. SL a tout changé. Dans le jeu, je peux me marrer avec des potes, fumer toute la dope que je veux. Hier, j’ai passé toute ma journée avec une Philippine, nous avons nagé, pêché, baisé comme des fous, on s’est bien éclaté. » (...)

 

« Il y a beaucoup de sexe ici »

 

« Il y a beaucoup de sexe ici, philosophe Aimee. On peut créer ses propres animations et tester des positions défiant les lois de la physique, on peut explorer toutes les sexualités possibles, y compris les plus déviantes, comme chez les Goreans, adeptes des relations maître-esclave qui ont leurs propres territoires dans SL. » Pour Peter Ludlow, alias Urezinus, observateur attentif des mondes en ligne, la prostitution existe aussi : « Elle est même très présente, car c’est un jeu pour adultes seulement. Les sex-clubs, la cyberprostitution et le fétichisme sont parmi les traits les plus saillants du jeu. Les développeurs estiment que 30 % de l’économie en ligne est "sale". »

 

Ecrans (Libération) 17/9/6

 

A titre d’illustration, côté fantasme, moyennant 220 Linden dollars, vous pouvez vous faire violer dans une allée glauque réservée à cet effet.

Alors, Second Life, un espace sans interdit, ni tabou ? Pas vraiment, comme tout « tchate », il est modéré et le résident s’engage à respecter les conditions générales d'utilisation qui précisent qu'il est interdit de se livrer à des comportements "dangereux, menaçants, injurieux, harcelant, causant du tort, diffamatoires, vulgaires, obscènes, calomnieux, haineux, raciste, xénophobe".

 

Fascinant malgré tout, non ? Je me suis pourtant un peu senti seul, hier soir, quand j’ai voulu partager mon enthousiasme avec Darek, Jorge et leur copain américain Mike, le musicien. En revanche, nul désaccord autour de l’excellence du dîner préparé par Darek et Jorge :

 

- « Jamon » rapporté de Barcelone et un tapa d’artichauts à l’huile d’olive dégustés sur du pain frotté d’ail, arrosé d’un filet d’huile d’olive,

- cabri grillé et ses petites pommes de terre sautées au persil,  

- compote de banane, pommes, cannelle, raisins secs... avec  un peu de fjord

 

Le tout arrosé d’un Reuilly, du St Estèphe que Gabriel avait acheté, et d’un vin de dessert dont j’ai oublié le nom, tous délicieux.

 

Second Life mode d'emploi (Ecrans/Libération)

Il était une fois dans l'web (Télérama)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Second_Life

 

Qu’est-ce que la vie ? Un délire.

Qu’est donc la vie ? Une illusion,

Une ombre, une fiction ;

Le plus grand bien est peu de chose,

Car toute la vie n’est qu’un songe,

Et les songes rien que des songes.

 

Sigismond dans La vie est un songe Pedro Calderón de la Barca  (1600-1681)

 

 

 

Scènes de la vie conjugale

 

ça m’agace...

Gabriel

Thomas

Quand tu oublies d’acheter le pain le soir avant d’aller à la gym et que tu négliges de me le dire, ce qui me conduit à descendre en catastrophe à la boulangerie qui est souvent ... fermée

 

Tu laisses toujours sur la table que tu as desservi quelque chose : la boite de sel, une serviette,... (presque émouvant cette difficulté avec la finitude)

Cette manière d’expliquer inlassablement ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire sur un ton doctoral

 

Ces débris alimentaires abandonnés dans l’évier après la vaisselle (et la mousse du liquide vaisselle)

Que tu prennes pour des choses importantes ce qui relève pour moi du détail : qu’est ce que l’on a foutre de deux paires de chaussettes qui traînent ?

Tes vêtements utilisés qui s’entassent toute la semaine dans la chambre, spécial énervement sur tes chaussettes bouchonnées sur le sol

 

Que tu me voles systématiquement le bon côté du lit alors même que tu n’es pratiquement jamais le premier à te lever

 

Quand tu me voles ma place dans le lit alors que tu es prêt à t’endormir

 

Quand tu penses qu’un enregistrement sur le lecteur DVD est plus important que le documentaire que je suis en train de regarder

 

Tes mouchoirs en papier usagés dans l’alcôve de l’entrée, sur la table de nuit ou au pied du lit

 

Que tu me reproches de faire des choses que tu omets systématiquement de faire ... la rubrique « lumière » est un excellent exemple

 

Cette manie de laisser allumées toutes les lumières de l’appartement y compris en plein jour

 

 

ça me fait fondre...

 

Gabriel

 

Thomas

Ton talent pour jouir de tous les instants de la vie

 

Ta bonne humeur y compris lorsque tu rentres du travail et que tu m’appelles avec le sourire

 

Tes listes de choses à faire où se côtoient des rubriques ayant un lien très improbable comme « aller se faire couper les cheveux » et « réfléchir à un nouveau tableau »   

 

Ton sens aigu de la justice et de l’égalité jusque dans le devoir conjugal (te voir répartir le contenu d’une casserole ou d’une bouteille est un vrai bonheur rassérénant)

 

Ton altruisme bougon

 

 

 

Te trouver au WC la porte ouverte avec un ouvrage historique d’au moins 500 pages sur les cuisses

 

Ta curiosité pour le monde dans lequel nous vivons

 

 

 

Quand au lit tu m’embrasses puis mets sur tes yeux le masque d’avion et tes boules Quiès

 

(ça t’a passé, mais j’aimais aussi beaucoup quand tu me demandais de te tourner les pages pour t’endormir)

 

Ton excentricité (qui ne s’arrange pas avec l’âge !)

 

Ton enthousiasme, ton volontarisme

 

Ton acharnement à lire des essais intéressants mais imbitables

 

L’affection voire la passion que tu suscites chez autrui tant tu es aimable en relation

 

 

 

 
Ping Pong Matthias Luthard

[1] WASP : white anglo-saxon protestant

 

 

 

 

Daratt (saison sèche)

de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad)

 

  1. hésité sur le nom du film, quand j’ai demandé les places. Tout en sachant que ce n’était pas son titre, c’est « Barat » qui me venait à l’esprit, ce film qui m’avait tant agacé avec ses procédés de « trash TV », où un ahuri dit ou fait des énormités devant des gens pour filmer leurs réactions.

 

Pour être juste, une scène, furtive, m’a franchement fait rire, parce qu’elle est selon moi la seule qui constitue une véritable transgression : celle où Barat, en « formation » sur les mœurs des américains chez une WASP[1], lui demande s’il est convenable de montrer des photos de ses enfants ; encouragée à le faire, il lui montre très fier des photos de son fils aîné, assis sur ses genoux, nu, avec entre ses jambes un sexe pubère. Malaise assuré.


 

Dans un bled du Tchad, un garçon et son grand-père aveugle écoutent la radio. Ils apprennent la décision prise par le gouvernement, « dans un souci de concorde nationale » d’amnistier l’ensemble des crimes commis au cours de la guerre civile : l’assassin du père d’Hatim dont ils connaissent le nom, ne sera pas poursuivi.

 

Le grand-père tend alors à son petit-fils un pistolet afin qu’il parte à la capitale N ’djaména venger son père, en tuant l’homme qui le fit naître orphelin (Hatim signifie orphelin en arabe).

 

Difficile mission pour ce garçon. Ce n’est pas facile de tuer un homme. Que dire alors de l’épreuve d’assassiner un homme déjà âgé, qui nourrit les gosses des rues, va prier à la mosquée, vous offre un toit, le couvert et vous propose d’apprendre son métier !

 

Un film de taiseux, le plus souvent tendu, émouvant dans sa manière très charnelle de provoquer dans nos esprits des réflexions sur les thèmes de la transmission, de la paternité et de la relation filiale, sur fond de dilemme "vengeance ou pardon ?".

 

A la séquence finale, je n’ai pu m’empêcher de me tourner vers Darek pour lui chuchoter à l’oreille : «la fin est sublime, ce film est magnifique ». Il acquiesça.

 

Jorge : « Pourquoi s’acharne-t-on à vouloir faire des films d’une heure quarante minutes ? Pourquoi ne fait-on pas des moyens métrages ? Dans ce format, il aurait fait un très bon film »

 

Darek : « J’ai mis un peu de temps à rentrer dans le film, mais après, j’ai été envoûté. »

 

Gabriel : «La scène finale est très belle mais j’en avais un peu marre aussi. C’est un peu lent ».

 

Jorge : « Bon, on sait au moins maintenant, qu’il est inutile d’envisager le Tchad comme prochaine destination de voyage. »

 

Moi : «La photographie, les plans, les cadrages sont superbes. »

 

 

PS. J’avais déjà repéré Mahamat-Saleh Haroun grâce à l’affiche de son précédent film : Abouna qui traite aussi de l’absence d’un père, disparu du jour au lendemain, et de sa recherche par ses deux jeunes fils (15 et 8 ans).

Prochain film ?

 

Comme Daratt, à voir en salle, pas sur un téléviseur.

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #technoscience, #vivre, #les amis, #ciné-séries, #avec un grand A

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olivier 30/01/2007 23:56

J'ai bien aimé le petit questionnaire en bas. Comme quoi ce sont souvent des choses insignifiantes qui nous agacent... et du coup elles sont necessaires pour pimenter notre vie de couple; encore faut il avoir un peu d'humour.Ce week end je retourne à Paris pour une formation et je compte bien voir le film allemand Ping Pong.

Thomas Querqy 31/01/2007 09:30

ça faisait un moment que je voulais qu'on recense ces petites et grandes choses de la vie de couple, alors dimanche, j'ai coincé mon mec et lui ai dit "va falloir qu'on se mette à table !"
J'aime bien aussi, mais l'exercice peut être risqué (catharsis ?).
Le centralisme français a parfois du bon, n'est-ce pas ? Peut-être aurais-je l'heur de lire sur ton livejournal ce que tu en as pensé.
En attendant merci d'avoir cité favorablement ce blog dans le tien et ne prend pas ombrage de mon absence de commentaire : je te lis volontiers mais n'ai pas forcément quelque chose à rajouter ou le temps de le faire.
@+