Les enfants des hommes

Publié le 3 Avril 2007

Children of men

 

Depuis que ma mère a rejoint RESF, elle me transfère régulièrement des mails d’appels à pétition, à rassemblement et/ou à parrainage pour empêcher des expulsions d’étrangers. Ces deux dernières semaines, l’arbitraire administratif et la violence policière déployée dans mon pays contre tous les étrangers ont pris chair.

 

Il y a d’abord eu le refus de renouvellement de l’autorisation de travail d’Hafida, algérienne, au parcours universitaire sans faute, actuellement inscrite en Master et qui assiste, en parallèle, déjà depuis près de deux ans une collègue mal voyante.

 

 

 

 

Ensuite, ce fut l’injonction faite à un de mes étudiants en année d’examen, centrafricain, de quitter le territoire national d’ici le 2 Avril[1].

Puis en rentrant du travail, j’ai dû traverser une foule de « sans papiers » place Stalingrad, des hommes d’Afrique noire pour la plupart, une minorité de chinois, dont l’un m’a tendu un tract d’information : http://www.journeedu22mars.net/.

Enfin, il y a eu cette interpellation de la directrice d’une école maternelle de Belleville après qu’elle se fut opposée à l'interpellation d'un parent d'élève sans-papiers.

L’ampleur des migrations vers les pays « riches », les tensions qu’elles peuvent y susciter,  le sort souvent inhumain subi par ces immigrés, m’ont fait penser à quelques films de fiction qui traitent de ces questions :

 

·               Le très beau long métrage du malien Abderrahmane Sissako En attendant le bonheur (2003) évoquant le désir d’exil vers l’Europe d’un jeune homme en transit dans un  village de pêcheurs de Mauritanie dans lequel il est déjà un étranger puisqu’il ne parle pas la langue locale.

 

·               Le Dirty pretty things (2001) de Stephen Frears sur le sort de l’immigré illégal.

 

·               Loin de Téchiné (2001) dont un des thèmes est aussi celui de l’immigration clandestine en provenance d’Afrique.

 

Enfin plus récemment, sortie en 2006, Children of men, inexplicablement traduit par « Les fils de l’homme ». A la réalisation,  Alfonso Cuarón, qui nous avait offert une heureuse surprise avec son Y tu mama tambien (http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-3962170.html). 

« Les fils de l’homme » appartient à un genre de film qui toujours m’intéresse, celui de l’anticipation. Pas de l’anticipation forcément spectaculaire, à grands renforts d’effets spéciaux, mais celle qui force juste un peu le trait de risques potentiels, de tendances, de phénomènes, et de dérives qui travaillent nos sociétés.

 

 

 

Je pense par exemple à Bienvenue à Gattaca et The Island (thématique autour des manipulations génétiques sur l’humain et du contrôle social), The Truman show (autour de la télé réalité), Minority Report (principe de précaution et société policière).

 

Le décor du film d’Alfonso Cuarón fait d’autant plus froid dans le dos, qu’une fois de plus, on a le sentiment qu’on n’est pas loin du désastre qui nous est montré : une planète dévastée par les catastrophes naturelles provoquées par la pollution, une planète également ravagée par les guerres, avec pour seul « îlot de paix », la Grande-Bretagne, submergée par des migrations massives et par conséquent devenue à la fois une forteresse et une immense prison. Une société ultra policière y parque des foules d’illégaux dans des camps, dans des conditions qui rappellent les camps d’extermination nazis. Pour couronner le tout, l’humanité est devenue stérile et la personne la plus jeune a 18 ans.

Ayant perdu tout espoir sur terre les populations dépressives se tournent vers les religions et ne cessent d’exprimer leur désespoir et leur différence dans des processions d’un autre âge ou dans des « djihad », tandis que les autres tentent de l’oublier dans d’énormes quantités d’alcool et d’Herbe.

Un homme est contacté pour assurer la sécurité d’une africaine sans papier : elle attend un bébé...

 

La critique de Télérama                 : http://www.telerama.fr/cinema/M0610161230543.html

 

En lien avec ce thème sur le blog                : Exils in Mauvaise nuit

 

 

 

Lettre à Fiona

 

Ma nièce m’a fait savoir que son trio ne savait pas comment introduire la problématique de leur TPE sur l’homoparentalité et que si j’avais une idée d’accroche, elle était preneuse (Cf Vie de famille III : le TPE de Fiona in Le style "Camp" selon Susan Sontag).

Répondre à son S.O.S me donna l’occasion de faire le point sur cette question.

 

Si j’ai bien compris la problématique que vous avez retenue est la suivante : « être parents est-il aujourd’hui possible pour un couple homosexuel ? » 

 

Il faut affiner cette question puisque la réponse est assez facile : il est aujourd’hui possible d’être un couple homosexuel avec enfants puisque la « famille homoparentale » existe. La question consiste davantage à se demander quels ont été les facteurs à l’origine de cette nouveauté, d’une part, d’autre part, à étudier quels sont encore les obstacles à son développement et sa pleine reconnaissance sociale.

 

En quoi cette question est-elle nouvelle ? L’évolution des mœurs dans la société, de la législation et donc la visibilité des homosexuels (notamment au travers du développement de la vie en couple), les ont amené à désirer et à revendiquer ce qui leur avait été toujours refusé et qu’ils s’étaient toujours interdits : être parents, avoir des enfants.

 

Comme le souligne l’anthropologue Maurice Godelier, c’est un fait historiquement nouveau : « la reconnaissance et l'acceptation de l'homosexualité ont varié dans l'histoire des sociétés occidentales, mais n'ont jusqu'à présent pas été associées au désir d'élever des enfants. La nouveauté est dans la volonté de le satisfaire. Selon M. Godelier, ce désir d'enfant adopté n'est pas particulier aux homosexuels : il se manifeste aussi chez de nombreuses femmes seules, témoignant du fait que parentalité et couple hétérosexuel ne sont pas inconditionnellement liés. (Nicolas Journet in Sciences Humaines n° 156 janvier 2005)[2]

 

Le couple homosexuel contemporain est ainsi une nouveauté historique et anthropologique. Son existence, sa visibilité sociale et sa reconnaissance par la loi sont des facteurs essentiels de l’émergence de ce désir de parentalité chez les couples homosexuels, ainsi que de la volonté nouvelle de le satisfaire (partie I).

 

Pour autant, fonder une famille pour un couple homosexuel requiert de surmonter de nombreux obstacles pratiques et réglementaires, particulièrement pour les hommes, ainsi que pour le conjoint qui n’est pas parent biologique, et dont le statut reste encore à être reconnu (partie II).

 

En conclusion, la « famille homoparentale » constitue une deuxième révolution anthropologique en ce qu’elle ébrèche le schéma d’une famille composée d’un couple hétérosexuel et de leurs enfants biologiques, pour des configurations plus complexes dans lesquels les enfants sont élevés par des adultes de même sexe, souvent par deux couples de même sexe, dans lesquels ceux qui prennent soin des enfants ne sont pas forcément ceux qui les ont engendrés.

 

Quoiqu’en pensent les opposants à la reconnaissance de ces structures familiales qui mobilisent pour faire valoir leurs arguments une pensée psychanalytique sujette à caution, ces dernières ne sont pas si différentes de celles, déjà reconnues en Occident, d’enfants élevés par des adultes qui ne sont pas leurs parents (dont les enfants adoptés), ou de familles monoparentales dont les pouvoirs publics ont autorisées l’avènement, ou encore de cette majorité d’enfants élevés dans des « familles recomposées ».

 

La résistance sociétale à la reconnaissance de « l’homoparentalité » par conséquent semble résulter surtout de la permanence d’une perception archaïque de l’homosexualité, empreinte d’homophobie (En conclusion).

 

 

 

Pour qui n’a pas suivi la campagne présidentielle, une réelle possibilité de rattrapage

 

 

Sélection pour allergiques pressés :

 

·               Le Vicomte est bon

 

·               Bayrou super star

 

Sur  http://blog-art.com/polemixetlavoixoff/

 

·               Ségoluxe

 

Sur http://blog-art.com/polemixetlavoixoff/page/3/


[1] Après une mobilisation, l’étudiant a obtenu un sursis et on espère qu’Hafida pourra retrouver son permis de travail.

 

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olivier 06/04/2007 17:53

Quand je lis tes notes, j'associe avec des tas de souvenirs de lectures, de films, etc... A propos des "émigrés" je pense au livre de Tahar Ben Jelloun "Partir" et à celui de J-N Pancrazi "Dollards des sables".Quant à l'homoparentalité, je suis agréablement étonné de constater l'évolution des mentalités, en psy en particulier.Il y a cinq ans je m'étais fendu d'une lettre sévère à la rédaction du "Journal des psychologues" qui avait consacré un dossier sur ce thème. Ce n'était que propos péjoratifs, insultants et scandaleusement en dehors de toute réflexion intelligente et "scientifique". Un ramassis d'idéologie rétrograde d'une autre époque. Dans un des articles, un psychiatre se permettait de qualifier les gays d'immatures prépsychotiques.C'était l'époque où "ils" employaient les concepts "d'ordre symbolique", de la nécessaire reconnaissance de" l'altérité " et autres joyeusetés diaffoiresques.Depuis deux ans ce discours semble  "disparu"... du moins ceux qui osaient le tenir se font oublier.

Thomas Querqy 10/04/2007 13:42

Merci de nous faire part de cette bonne nouvelle concernant l'évolution de la manière dont est traitée la question de l'homoparentalité dans le journal des psychologues.
Quant au 1er point, je me réjouis que mes souvenirs et associations mentales engendrent à leur tour d'autres souvenirs, d'autres associations, ... d'autres "liens hypertextes" en quelque sorte. Vertigineux non, ce que permet Internet ?