Famille je vous...

Publié le 5 Février 2012

 

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Vaduz 2036 de Farid Berki au Suresnes Cités Danse

27 janvier 2012

 

 

J’ai aimé le mois de Janvier. Davantage que février. Pour février, dans le calendrier « Nudes having fun » envoyé par Gaëlle, en intérieur, les naturistes font cercle assis autour d’un prestidigitateur qui leur montre un tour de cartes.

Décembre me semble déjà loin. Autour de nous, nombreux sont ceux qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour que Noël soit un jour comme les autres, pour nier cette fête qu’ils n’aiment pas, la fête de famille par excellence.

 

Tapez « famille, je vous » dans Google, le moteur vous proposera dans l’ordre « je vous hais », « je vous aime », « je vous haime », néologisme marquant l’ambivalence des sentiments à son égard. Il n’est ainsi pas vraiment surprenant que « Famille je vous haime », soit aussi le nom du blog d’un sympathique psychanalyste. Famille forcément, plus ou moins normalement névrotique et névrosante.

 

Nicolas Delesalle, de Télérama et auteur de « La fête de famille, explorations psychanalytiques », a écrit dans l’hebdomadaire le seul article amusant du numéro de fin d’année « la famille éclatée » sous la forme d’une série de conseils pour ne pas rater le réveillon de Noël.

La légèreté n’exclue pas la profondeur, il rapporte en introduction ce qu’en disent les psychanalystes et qui m’est apparu comme la révélation d’une vérité indéniable : «Noël cimente la famille. On fait semblant d'être ensemble, mais, mine de rien, on renifle ses racines, on mesure le temps qui passe, on apprend à affronter la mort. »

 

 

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Let my people go de Mikael Buch

 

De notre côté, on ne se plaint pas : bonne pioche ! Des Cassandres jalouses me promettent l’effondrement de l’édifice avec la disparition de nos parents. « Vade retro satanas ! »

  

Puisque la vie a voulu que nous n’ayons pas d’enfants, les deux familles n’ont pas à se les disputer pour les fêtes, dès lors chacun s’en va, séparément, pour une semaine, passer Noël dans sa famille.

Des deux côtés, la famille même réduite aux enfants et petits enfants, ça fait du monde.

Chez les Querqy, les enfants et leur tribu arrivent les uns après les autres. Ça commence avec l’arrivée du parisien, puis du « petit frère » Pascal pour le 24 décembre au soir. Cette année, sa femme enceinte jusqu’au nez ne pouvait pas faire le déplacement en voiture.

Maman m’avait dit : « On ne sera que nous trois, ça ne sera peut-être pas très rigolo de te retrouver seul avec tes parents, apporte donc des films ! » « Et M. et sa fille, elles ne veulent pas passer la soirée avec nous ? » « Non, je lui ai proposé trop tard, elle s’est engagée quelque part ; » « Le vieux fils pédé avec son papa et sa maman ! T’inquiète, je vais trouver ça. »

De la librairie du MK2, j’ai rapporté L’enfance d’Ivan, le premier film de Tarkovski dont je n’avais vu aucun film, (Tiens, sorti l’année de ma naissance !) et que m’avait conseillé Paulo qui a hanté les cinémathèques sa jeunesse durant, Simon Werner a disparu, que j’avais manqué et le documentaire Cleveland contre Wall-Street de Jean-Stéphane Bron.

Tous trois très bons dans leur genre. Pour le réveillon, Tarkovski eut la priorité et fait remarquable, papa l’a regardé jusqu’à la fin et sans piquer du nez.

 

 

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L'enfance d'Ivan d'Andreï Tarkovski (1962)

 

 

En général, avec un peu de chance, le 26 décembre, le compte est bon : 22 cette année, le meilleur copain de Jonathan s’est joint à nous avec sa fille et a passé en notre compagnie bien plus de temps que mon frère. J’aime ces invitations qui ne font pas d’une famille un huis-clos mais un espace ouvert. Je loue ma mère d’avoir toujours eu l’invitation facile. J’aime beaucoup moins que l’invité lève le camp sans venir me saluer, alors que lui et sa fille viennent de passer une semaine chez moi et qu’il n’y a plus que trois personnes dans cette maison.

 

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Millénium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes de David Fincher

 

 

Au centre de tout ça donc, notre mère, qui bosse comme une malade pendant des semaines pour régaler la meute. Une vraie méditerranéenne au contact de laquelle, chaque mâle de cette maison devient un « zizi d’or » de l’autre côté de la Méditerranée.

Elle cuisine du soir au matin. « Pas du tout, dément-elle, cette année je me suis bien organisée, je ne me suis pas senti dépassée ni fatiguée comme j’ai déjà pu l’être ».

L’énergie d’autrui peut parfois inhiber...

 

Pour la première fois depuis longtemps, Papa fut plus actif dehors : même si Melvil dit que ce n’est pas le moment, je trouve rassurant qu’il passe le motoculteur autour des arbres et taille les kiwis. Il lit pas mal aussi. Mais en quoi consiste son expérience de lecture ? Maman sent se rapprocher le moment où elle pourra lui repasser des livres qu’il a déjà lus.

La veille de mon départ, il m’a demandé de lui confirmer que je partais bien le lendemain et à quelle heure. Une dizaine de minutes après, il me reposait la même question.

 

 

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Photo : Alexey Titarenko 

 

 

Il lui a été offert un pullover qu’il a aussitôt perdu et un beau livre : la France noire, trois siècles de présence, qu’il feuillette cette après-midi là au soleil, avec désormais ce petit quelque chose d’absent dans chacun de ses actes, comme s’il le faisait seulement pour donner des gages à son entourage.

Lorsque je me suis levé pour partir, il faisait nuit et j’ai trouvé mon père déjà debout, prêt à me conduire à l’arrêt de bus. Il fit le trajet sans hésitation aucune. Dieu merci, cette route qu’il parcourt depuis son enfance, il l’a encore en tête !

Récemment, alors que nous évoquions avec ma sœur, une anecdote confirmant l’état de dépendance de mon père vis-à-vis de notre mère, celle-ci s’exclama : « Tu te rends compte ? Qu’est-ce qu’on ferait si maman n’était plus là ? »

Comme ma sœur m’avait aussi raconté que ma mère se plaignait des besoins affectifs et sexuels plus importants de mon père, je lui répondis : « T’inquiète, on lui dénichera une dame qui s’occupe de lui. Une dame très gentille et pas coincée. On devrait pouvoir trouver ça sur la route de Grenoble. »

 

Quant à Gabriel, quand je lui ai demandé comment cela s’était passé, il m’a répondu : « Dépaysant ! » « ? » « Dépaysant car intemporel. Un moment plaisant, différent du reste de l’année même si c’est toujours un peu la même chose». Le seul évènement notable fut une nouvelle panne électrique inopinée, au moment même où il fallait cuire les chapons et lancer une machine à laver la vaisselle, laquelle mobilisa toutes les intelligences de la maison, tandis que la mère de Gabriel, déprimée par cette récidive se prostrait en chien de fusil sur le canapé du salon, en soupirant « pourquoi n’ai-je pas fait de la lotte ? »

 

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Photo : Oleg Videnin

  

Deux semaines plus tard, Gabriel a pleuré au travail. Il venait d’apprendre par sa mère la mort d’une amie, mère attachante d’enfants avec qui lui et ses frères et sœurs passèrent la plupart de leurs vacances.

15 années de gagnées sur le cancer.

« Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. J’étais submergé par l’émotion. Est-ce la fatigue, le stress créé par ma folle de chef ? Je l’aimais vraiment beaucoup. » « Peut-être aussi, lui ai-je dit, qu’avec sa disparition, te fallait-il aussi enterrer une nouvelle fois ton enfance heureuse... Peut-être également que cette annonce brutale aurait pu concerner ta mère, comme s’il s'agissait d’une dernière répétition ? » 

 

Dans le film « Let my people go”, premier film de Mickael Buch,  il est aussi question de familles, de fils pédés, entre la Finlande et Paris, mâtinés de folklore juif, mais là, c’est franchement tordant.

 

 

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Let my people go de Mikael Buch

 

 

 

NGT dec.2010/ San Diego - Paris - Larache

 

NGT janv. 2010/ Un tour au paradis

  

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #famille, #ciné-séries, #tragique

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