« Howl », étendard de la Beat...

Publié le 12 Juin 2012

 

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Howl de Rob Epstein et Jeffrey Friedman

 

  

 

L.A. 8 juin (1954)

(....)

J’ai vingt-huit ans pour la première fois je suis plus vieux que je l’ai jamais imaginé. Cette barbe une plaisanterie, mon personnage au cœur d’enfant devient lassant... Je pourrais révoquer cet Allen avec un plaisir fou mais je suis attelé à moi-même, aux expériences de ces dix dernières années, à toute la saveur de ma vie de gosse, à mon enfance dans les appartements de Paterson.

Se débarrasser à jamais de ce carcan.

Dois trouver l’énergie, une image et y conformer mes actes.

 

Allen Ginsberg Journal 1952-1962 Christian Bourgois Editeur

 

 

Howl est un long poème en prose d’Allen Ginsberg publié en 1956. Il fit scandale et son éditeur, après avoir été arrêté et inculpé pour « obscénité »  se retrouva l’année suivante au centre d’un procès très médiatisé.

Le film, réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman consiste en une entrevue d'Allen Ginsberg interprété par James Franco, montée avec des flashbacks en noir et blanc, la reconstitution du procès en cours de son éditeur, et des séquences d’animation tandis que sont déclamés les poèmes du recueil incriminé.

 

 

 
 

Malgré toutes les méchancetés qu’on peut lire ou entendre sur la toile à propos de ce film, j’assume d’être sorti joyeux de la projection de Howl.

 

James Franco m’a-t-il une fois de plus envouté ? Sans doute, mais pas seulement. Réussir un film centré sur un poème relevait de la gageure.

Mais « Howl » n’est pas n’importe quel texte, c’est un « hurlement » rageur de vitalité et de liberté, un poème « manifeste » pour une jeunesse confite d’ennui par le trop-plein d'ordre moral, de racisme et d'hystérie anticommuniste de l’Amérique des années 50. À elle seule, son évocation est jouissive.

Le procès « en obscénité » nous fait aussi partager d’intéressants débats juridiques, mais aussi esthétiques et philosophiques (questions classiques, chaque fois que l’art est confronté à la censure et se retrouve devant un tribunal) : Qu’est-ce que de la bonne littérature ? Est-ce de l’art ? Où s’arrête la liberté d’expression ? ...

 

 

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 Peter Orlovsky et Allen Ginsberg  rue St.-Andre-des-Arts Paris 1957
 
  

Sur France-Culture, Philippe Mangeot, donne toutefois une clé essentielle à la satisfaction que nous avons ressentie à la projection de ce film.

Que ce soit Celluloïd Closet, qui révèle le « sous texte » homosexuel dans un certain nombre de films Hollywoodiens, ou  Paragraphe 175 sur la déportation des homosexuels, ou encore plus récemment The times of Harvey Milk qui a inspiré le « biopic » de Gus Van Sant, tous ces films du documentariste Rob Epstein avec ou sans Jeffrey Friedman, participent à la création d’une « mythologie (au sens positif) de la communauté homosexuelle américaine »  et plus largement d’une histoire des homosexuels.

Bien que docu-fiction,  Howl entre pleinement dans ce projet de « construction d’une mémoire commune », en faisant d’une certaine manière d’Allen Ginsberg « un saint homosexuel ».

 

 

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Manifestation d'étudiants au Québec (décembre 2012)

 

 

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Manifestation étudiante au Québec (avril 2012)

 

 

Reste la question de la forme du film que d’aucuns considèrent en totale inadéquation avec le personnage et le sujet...

Après avoir subi la veille l’inepte « quatre jumelles » (junkies) de Copi au théâtre de la Bastille (50 minutes, c’est encore trop long), je sais gré aux réalisateurs de nous avoir épargné la mise en scène « trash » d’un Ginsberg en pleine montée d’acides ou plus classiquement en état d’ébriété, car il n’y a rien de plus ennuyeux que d’assister à jeun à un tel spectacle.

 

 

- Ce Ginsberg, quelle vie tout de même !

- Mais surtout quelle chute !

Les yeux de Simon luisent dans la pénombre d’une lueur acrimonieuse.

- Explique-toi.

Finir, à soixante-dix piges, farci comme une carpe de Hanoukka par des béotiens qui n’ont jamais lu un seul de ses vers !

- Pour Burroughs, le vrai punk est celui qui accepte de se faire enculer.

 

Ginsberg et moi Frédéric Chouraki Seuil 2008

 

 

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Chris Killip au BAL What happened Great Britain 1970-1990

 

 

 

Actuellement encore à l’écran au Brady 

 

 

  Howl par Télérama 15/2/2012

Howl : Ginsberg à perdre haleine dans Le Figaro

 

NGT / Avec un grand A 

NGT / David, j’aime beaucoup ce que vous faites 

NGT / Let my people go de Mikael Buch 

NGT / Affaires de goût

 

 

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 Dennis Speight par Robert Mapplethorpe (1983)

MAMC les abattoirs à Toulouse

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #ciné-séries

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Alexis 22/08/2012 09:38


Oui, la « construction d’une mythologie commune » qui continue de façon de plus en plus visible et visibilisée...
Quand je vois les jeunes gays (moi qui, de ce point de vue là, appartiens plutôt à la vieille garde qui a connu le placard), je me réjouis de la chance qu'ils ont de se construire avec des
modèles et des images bien plus valorisantes... et peut-être de moins en moins normalisées (quoi que) : poètes, politiques et activistes, acteurs, et tous ces jolis garçons dans la rue
!...

Thomas Querqy 22/08/2012 12:57



Sans compter la frontière ultime du changement de sexe traitée dans le dernier film de Xavier Dolan "Laurence anyways" qu'on a vu hier soir.


Dommage qu'il ait foiré la fin !


Merci pour les commentaires, j'irai faire un tour chez toi dès que j'aurais terminé le putain de billet qui me fait souffrir et que j'essaie de finir.