Je reviendrai au Québec

Publié le 17 Octobre 2010

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Homme, nature, jardin de S. Tischer (Métis 2003) 

 

 

Découvert l’année de mes 19 ans par l’intermédiaire d’un copain dont le trip était d’aller vivre aux Pays-Bas où il avait une copine.

 

 

Cette nouvelle génération se montrait davantage conservatrice, davantage respectueuse de l’argent et des hiérarchies sociales établies que toutes celles qui l’avaient précédée. De manière plus surprenante, le taux de natalité était cette fois effectivement remonté en France, même sans tenir compte de l’immigration, qui était de toute façon presque tombée à zéro depuis la disparition des derniers emplois industriels et la réduction drastique des mesures de protection sociale intervenue au début des années 2020. [...]

 

La carte et le géographeMichel Houellebecq – Flammarion

 

Son contrat de recherche d’une année s’achevant, Rémi a réuni tous ses amis parisiens à La Patache avant de rejoindre son nouvel emploi, chez lui, de l’autre côté de nos frontières. Tous flirtaient avec la trentaine, voire moins. A les entendre, la France était en train de devenir une terre d’émigration. L’un d’entre eux partait travailler à Singapour, un couple de filles et un couple de garçons étaient toujours dans la recherche d’une opportunité de quitter la France pour vivre mieux, ailleurs. En discutant avec eux, on s’est pris au jeu de nous imaginer vivre à Berlin, Bologne, Barcelone, Bangkok ou à Montréal....

 

Un matin de 2002, Gabriel me dit qu’il avait longuement rêvé de la famille québécoise qui l’avait accueilli durant une année, de sa « mère » canadienne, de son deuxième époux, des enfants, l'année de ses 18 ans, tandis qu’il était scolarisé dans un lycée anglophone, .

 

Intrigué de les avoir si bien retrouvés en songe vingt ans plus tard, il fouilla Internet et y trouva l’adresse mèl de la mère, Maureen qui enseignait à l’UQAM. Il lui écrivit. Elle nous invita à passer la voir.

J’avais traîné un peu des pieds - je trouvais cette destination pas vraiment exotique-. Opiniâtre, Gabriel nous a monté un programme irrésistible : au menu, stop chez Maureen à Montréal, et remontée en voiture du St Laurent jusqu’en Gaspésie avec des randonnées pédestres dans les parcs tout du long.

 

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  Percé - Gaspésie

 

Un an plus tard, nous partions pour la Belle Province. Et là, toutes mes excuses aux cousins d’avoir fait la fine bouche : Je suis tout simplement « tombé en amour » pour le Québec et ses habitants. Dès l’arrivée à Montréal, j’ai aimé la décontraction régnant dans le Mile End de Maureen, nos breakfasts dehors devant le café où elle avait ses habitudes, les Bagels au saumon et au fromage frais achetés chez les Hassidim, les vides greniers spontanés devant les maisons tenus par les enfants, les déplacements en vélo, la maison toujours ouverte comme dans le Bowling for Colombine de Michaël Moore (quand bien même un des vélos avait été volé le mois précédent).

 

Partout ailleurs durant notre virée, à n’importe quelle heure, ce fut la même chose : trop cool les canadiens français !1 Sur les sentiers de randonnées, les rares fois où l’échange d’amabilité ne se faisait pas, on s’apercevait par la suite qu’on avait croisé un échantillon de nos compatriotes.

Jamais nous nous n’étions sentis autant en forme : 25 ° C maximum, ça nous changeait des tropiques ! Lorsque nous apprîmes qu’en Europe c’était la canicule, notre jubilation gagna encore un cran.

La France allait tout de même connaître cet été-là une surmortalité de 20 000 personnes, ce qui faisait rire ma belle-mère -73 ans à l’époque – qui répétait «voilà ce qu’il arrive lorsqu’on oublie d’arroser ses vieux ».

 

1 Et puis pour nous français, il y a le plaisir de la langue, le québecois. Alain, lors d'un séjour hivernal à Montréal, a passé la moitié de ses nuits à faire la fête ou à aller au sauna. Il a raconté : Le petit mec avait tout ce qui fallait pour me faire craquer. On s'était bien chauffé en cabine lorsque le gars me demanda avec un fort accent : "tu me fourres ou j'te fourres ?"...

 

 

 

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Je ne sais plus si ce fut durant notre séjour ou en rentrant, mais je trouvai une clé de la bienveillance des québécois dans Libération. Pour ses numéros d’été, le quotidien donnait la parole à des expatriés français, l’un d’entre eux vivait à Montréal depuis dix ans. Au-delà de la décontraction « américaine » des canadiens, son hypothèse était « géographique» : une faible densité de population d’abord, qui rend l’autre plus attirant qu’exaspérant, la rudesse de son climat, de ses hivers ensuite, qui impose la solidarité comme mode de vie pour tout simplement pouvoir survivre.

 

Nos sociétés développées (notamment par nos systèmes sophistiqués de protection sociale et d’assurances), en nous protégeant au maximum des aléas de revenus et de la vie en général, ont rendu possible notre très grande liberté individuelle, en particulier celle de nous laisser aller à notre propension à l’égoïsme, tout comme à  celle de pouvoir dire « merde » à tout le monde si ça nous chante.

Que ces protections administrées soient diminuées voire supprimées (on a tout l’air de s’acheminer vers cet horizon), et pour survivre en environnement devenu hostile, il ne nous restera plus qu’à redécouvrir la solidarité (familiale, amicales, communautaire,...).

 

Pourquoi vous parlai-je donc du Québec ? A cause bien sûr des amours imaginaires de Xavier Dolan, que j’ai aimé sans réserve. Ce qui n’est pas le cas de Kaboom vu hier soir, qui me semble davantage conçu pour un public jeune d’aujourd’hui, nourri de films et séries qui ne font pas partie de mes références, où l’invraisemblable paranormal le dispute au goût pour le frisson.

 

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Dans le concert de louanges concernant le deuxième film de Xavier Dolan, je crois avoir lu quelques critiques, notamment sur la forme ou le style, en particulier, sur « l’abus » de scènes au ralenti et de musique, qui m’apparaissent pourtant comme « une manière » en parfaite adéquation avec son sujet : l’état planant de quelqu’un d’amoureux, passant la moitié de son temps à écouter de la musique, qui fantasme, se met en scène pour séduire, et qui s’observe sans arrêt (il doute) pour jauger de l’effet qu’il pourrait produire sur celui qu’il désire.

Il va sans dire que la beauté et le charme des acteurs qui jouent juste, filmés au plus près, contribuent pleinement au plaisir du spectateur.

 

Allez ! Une seule réserve peut-être, quelques raccords d’images et de sons parfois mauvais, la prochaine fois Xavier, fais toi aider par un monteur professionnel et en post production, ça ne manque pas sur Montréal, si j’en juge ce que sont devenus les enfants de Maureen ! Et ne va pas me dire qu’il s’agit de transgressions formelles pour rendre hommage à  «la nouvelle vague », genre A bout de souffle de Godard[1]  ! Bullshit !

 

[1] Il y a très longtemps dans le plan de formation de l’Education nationale, on pouvait trouver un stage d’écriture de scénario. Autant vous dire que je m’y précipitai ravi, et c’est ainsi qu’au-delà du thème de formation, il nous fut proposé entre autres films de décortiquer des extraits d’ « A bout de souffle » pour en révéler ce qui en faisait un film emblématique de la « nouvelle vague ».

 

 

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Dans le numéro 29 de Next (Libération), à l'occasion des sorties de Simon Werner a disparu, « Kaboom » et « Des filles en noir », un article titré "les jeunes films en fleur" interroge les raisons de la prégnance de films montrant la vie de (post)adolescents -Son propos vaut bien sûr pleinement pour « les amours imaginaires » :

 

C’est ainsi et c’est naturel : les jeunes adultes qui font leurs premiers pas au pays du cinéma apportent fréquemment avec eux une part d’adolescence qui nourrit leurs débuts. Il est aussi dans la nature biologique du cinéma d’être un commerce et c’est évidemment cet éclairage qui explique l’abondance et la variété des flacons dans lesquels sont encapsulées toutes les formules de l’adolescence. Du point de vue du box-office, avant d’être un objet à consommer, l’adolescent globalisé est d’abord un sujet consommant : c’est le client numéro un du cinéma mondial. Et puisque les ados forment le plus massif et assidu des publics, n’est-il pas normal qu’on veille à les attirer, les gâter, voire les flatter ? Heureusement le processus narcissique réveillé au nom de l’adolescence est souvent plus fort que celui de l’identification. Ce n’est pas tant l’adolescent générique qui nous attire vers l’écran que la part d’adolescence qui reste en nous et que le film nous permet, ou pas de retrouver.

 


 

- Tu as vu ma robe… Elle est vintage !

- C'est pas parce que c'est vintage que c'est beau !

 

Les amours imaginaire de Xavier Dolan

  

 

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Next.liberation.fr/ La nouvelle (mini) vague

Ruefrontenac.com/ Entrevue de  Xavier Dolan avec ses compatriotes

 

NGT/ Avec un grand A

NGT / J'ai tué ma mère de Xavier Dolan

NGT / Vacciné de l'amour

 

 

Gabriel écoutait ça dans sa 16e année. Il ne savait pas encore qu’il allait connaître l’hiver canadien.

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #touriste, #les français, #ciné-séries, #culture gay

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