L’homo passé au Ngram

Publié le 12 Avril 2013

 

 

 

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Bal des invertis au Magic City - Brassaï 1932

 

 

Les Fils du Calvaire Femmes d'affaires

 

 

En passant des accords avec les bibliothèques du monde entier et l’université de Harvard, Google a numérisé plus de cinq millions de livres du XVIème siècle à nos jours, soit 4% de la totalité des livres publiés depuis Gutenberg. La création de ces bases de données informatiques textuelles et les moteurs de recherche permettant de les explorer, offrent aussi de fascinantes possibilités d’études.

Depuis 2010, Google met en outre à disposition un outil statistique, le Ngram, qui fournit des courbes d’évolution de la fréquence d’utilisation de N mots ou expressions, sur une période de temps fixée.

 

L’institution universitaire, devenue comme le reste de la société possédée par le démon de l’évaluation, y a vu une manière simple de mesurer l’évolution de la notoriété des chercheurs, par la comptabilisation du nombre de citations et de renvois à leur œuvre ou à leur activité, et donc leur influence réelle dans la littérature scientifique ou dans l’opinion.

 

 

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Peter Martensen Participants huile (1995)

 

 

 

Au-delà, le Ngram, facilite non seulement le travail des linguistes par l’étude de l’évolution de l’usage d’un mot ou d’une expression dans un domaine ou dans l’œuvre d’un auteur,  mais offre également un fantastique champ de recherches pour les sciences humaines et sociales, encore largement inexploré.

C’est ce que s’emploient à montrer Jean-Paul Delahaye et Nicolas Gauvrit, qui estiment que « cette sorte de microscope de l’usage linguistique offre des possibilités totalement nouvelles pour observer et comprendre les phénomènes culturels, à condition de faire preuve d’une grande prudence et d’un méticuleux sens critique ».

 

Ni linguiste, ni chercheur en sciences humaines et sociales, je me suis tout de même lancé avec la requête «sodomite, bougre, inverti, pédéraste, pédé, homosexuel, gay » sur la période 1800-2000.

Les résultats ne sont pas particulièrement édifiants.

Trois vocables se détachent du lot : « inverti », « homosexuel » et « gay ».

 

« Homosexuel » issu du discours médical, est apparu autour de 1890,  mais au même moment, c’est l’appellation « inverti » qui a vu son usage augmenter jusqu’à son apogée en 1897, avant de s’inscrire dans une tendance progressive à la disparition avec 0.00001703 % des occurrences en 2000.

La présence du mot « homosexuel » n’a cessé de s’accroître jusqu’à s’établir en 2000 à une fréquence de 0.00023160 %, très au-dessus des autres mots, dont l’usage entre 1960 et 2000 est relativement stable.  Le recours au mot « gay » augmente à partir de 1990 (0.00007352 % en 2000) mais en restant très en dessous d’« homosexuel ».

 

 

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Chambre à part  Irving S. T. Garp

 

Quand bien même, il est permis de penser que dans les textes littéraires, l’état d’homosexuel ait pu être désigné par quelques périphrases, la très faible occurrence de tous ces mots confirme, si cela était nécessaire, le caractère minoritaire des homosexuels.

 

A titre de comparaison, la requête « christianisme, islam, athéisme » fournit des fréquences bien supérieures (0.0026307% pour "christianisme" en 2000), même si les occurrences d’athéisme sont en 2000 à peine supérieures à celle d’homosexuel (0.0003236 %), ce qu’entre parenthèses, je déplore doublement.

 

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Michal Chelbin Matvey Russia 2009

Série the Black Eye

 

 

Pour une étude plus approfondie des « pédés dans la langue française », on pourra toujours se rabattre sur la thèse de Madame Lexica, « chômeuse de métier, polytoxicomane avérée et socio-linguiste à l'occasion » ainsi que sur l'indispensable glossaire de Filoumektoub.

 

 

 

L'interprétation des graphiques produits par Ngram

sur Culturevisuelle.com

 

 

 

Les amants passagers (los amantes pasejeros) de Pedro Almodovar

 

 

 

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #technoscience

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