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Publié le 23 Juin 2014

Kostas Nikouli dans "Xenia" de Panos H. Koutra

Kostas Nikouli dans "Xenia" de Panos H. Koutra

"Tutt'al piu" par Patty Pravo - 1971 (soundtrack de Xenia)

 

Dany    : On a pas des têtes d’albanais.

Ody      : Toi, t’as une tête de pédé. C’est pire.

Xenia de Panos H. Koutras

 

Depuis quelques jours, Paris baigne dans une lumière magnifique. L’été est arrivé, sans canicule. C’est un régal et je ne veux surtout pas savoir si les parisiens le payent déjà d’une alerte pollution aux particules.

De la rue monte parfois une clameur : un but a dû être marqué au Brésil. L’équipe de France ? Pas forcément, ce coin de Paris est tellement cosmopolite. Libération m’apprendra le lendemain que c’est bien la France qui l’a remporté contre la Suisse, 5 à 2. Je doute qu’il faille se rengorger du score. Que TF1 se targue d’avoir capté 16.7 millions d’audience ce soir là, n’y changera rien.

 

Le même quotidien rappelait la veille que la braderie du patrimoine public grec suivait son cours pour complaire aux banques et à la Troïka. En illustration, une photo aérienne de l’extraordinaire plage d’Elafonissos dans une île du Péloponnèse, qui fait partie de l’interminable liste de biens publics bradés.

 

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« Jusqu’à quel point peut-on accepter de détruire un pays, essentiellement au nom de la recapitalisation des banques et du paiement des intérêts de la dette ? » s’insurge Olivier Drot, un français installé en Grèce et fondateur d’Okeanews, un site qui a relayé la pétition contre le projet de loi autorisant la privatisation du littoral en Grèce.

Les charognards ne sachant plus que faire de leur fric et sûrs de faire une bonne affaire, ne manquent pas mais, Dieu merci, semblent à la peine : Ça traîne car une partie de la société civile grecque résiste, ce dont je me réjouis, tant j’enrage face à l’injustice de cette spoliation qui, si elle se réalise, renforcera la probabilité du pire pour la démocratie grecque.

 

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La plage d’Elafonissos me rappelle par sa beauté celle du lagon d’Elafonissi au sud-ouest de la Crète que j’avais découvert dans les années 80. On y accédait alors par piste et seuls quelques "babas cools" y campaient.

 

NGT / Enfin l'été - 1/2

 

Xenia de Panos H. Koutras

 

A l’orée de la cinquantaine, Panos H. Koutras dit avoir voulu faire un adieu à sa jeunesse avec un « teen movie ». Dans son Xenia, on n’en retrouve pas moins des thèmes récurrents de sa filmographie : la quête d’identité et la fraternité, avec la Grèce contemporaine pour décor, non pas la carte postale balnéaire, mais celle des migrants et sans papiers pris en tenailles entre la police qui les pourchasse et les exactions des fascistes de l’Aube dorée qui, lorsqu’ils n’appellent pas "au cassage de pédés, de toxicos ou de sans-papiers afghans", distribuent « dans les squares des grandes villes de la nourriture gratuite aux Grecs certifiés, manière d’occuper le vide laissé par des pouvoirs publics ruinés en donnant l’illusion d’une charité désintéressée envers les plus démunis, sur un modèle rappelant l’activisme «social» du Hezbollah au Liban. »

 

Parenthèse. A Athènes, un soir où il ne peut trouver le sommeil à côté de son frère qui écrase, Dany, le jeune gay excentrique rencontre l’un d’entre eux, Mohamed, qui, malgré son charme irrésistible, le vend (difficilement) pour la misérable somme 20 euros.

 

 

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Une belle trouvaille de titre que ce « Xenia », qui signifie « hospitalité envers les étrangers » en grec (≠ xénophobie), car c’est aussi le nom d’une chaîne hôtelière nationale « célèbre en Grèce parce qu’elle symbolise à la fois la période du développement du pays, sa transformation touristique et enfin sa chute». Dany et son grand frère Odysseas (merveilleux prénoms grecs !), en cavale, se réfugieront dans l’un d’entre eux, abandonné comme 90 % des hôtels de la chaîne.

 

Le film lui-même a failli ne pas être terminé, puisqu’il a perdu la plus grande partie de son financement avec la fermeture en juin 2013 de la radio télévision grecque ERT.

 

Malgré ce sombre décor, le film n’a rien de plombant, bien au contraire, grâce à la jeunesse et l’énergie (pléonasme) de ses protagonistes, la fraternité et quelques jolies échappées oniriques d’un Dany « Peter Pan ».

 

 

bande annonce de Xenia

 

Le souci de soi de Michel Foucault

 

Cette semaine, dans les médias, il n’y en a que pour « le cousin » de Gabriel, Michel Foucault (un ancêtre commun au 18e siècle, ce qui pour lui est relativement récent). Il y a trente ans, le philosophe décédait du SIDA.

Dans le documentaire « Foucault contre lui-même » diffusé sur Arte, François Caillat fait parler des « foucologues » dans la splendide salle Labrouste de la BNF rue de Richelieu. La beauté du visage de Geoffroy de Lagasnerie, animé par sa parole intelligente au timbre si agréable, a particulièrement retenu mon attention.

Télérama, quant à lui, titrait en couverture « le philosophe qui valait 3.8 millions », puisque pour l’occasion de cet anniversaire, on se réjouissait que la BNF ait trouvé les moyens financiers d’acquérir ses archives plutôt qu’une université américaine ou un riche collectionneur.

 

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Robert Mapplethorpe 

Charles Bowman 1980
actuellement au Grand Palais et au musée Rodin

 

Quand on considère ce que Michel Foucault doit à l’Etat français, notamment parce que ce dernier l’a nourri toute sa vie, et que jusqu’à sa mort il avait quasiment sa place attitrée à la Bibliothèque Nationale de France (la 284), je ne peux m’empêcher de trouver ahurissant que l’Etat français ait dû de nouveau cracher au bassinet pour récupérer ses archives et les mettre à la disposition des chercheurs (comme le souligne Gabriel, les 3 millions apportés par des mécènes sont en fait essentiellement apportés par l’Etat puisque 90 % de la somme se paiera par un manque à percevoir de recettes fiscales). 

 

Michel Foucault ne s’est pas contenté de penser le sort des minorités, il n’a cessé de militer en leur faveur. Il fut ainsi l’un des membres fondateurs du GIP (groupement d’information sur les prisons) et du GISTI (groupe d’information et de soutien des immigrés). Comme presque toujours avec les grands intellectuels subversifs, le risque de malentendu est grand, tant la vulgarisation est délicate et la récupération par la vulgate facile.

 

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Robert Mapplethorpe Embrace 1982

 

Personnellement, j'ai seulement lu son "histoire de la sexualité", sur le tard, en 2002. Le dernier volume « le souci de soi » avait particulièrement retenu mon attention. Pour Eric Loret, dans Libération, ce thème est sans doute celui « promis au plus large dévoiement » :

 

Alors que Foucault analyse le développement historique des « techniques de soi », c’est-à-dire de l’attention à sa subjectivité, ses désirs, en relation à autrui et dans le cadre d’un vivre-ensemble, le souci de soi est devenu un impératif libéral du « tout pour ma gueule », bien résumé par les slogans publicitaires « be yourself ». 

Foucault étant un « archéologue » du pouvoir libéral, il est logique que ce dernier se le réapproprie et renverse sa critique en mot d’ordre. Les cultural studies, qui sont d’obédience hobbesienne et antikantienne, décèlent, ainsi, dans l’explosion des blogs puis du trollisme et des selfies un « souci de soi » susceptible de « subjectiver » la plèbe. Quant au coaching, il promet grâce à ce même souci un « leadership humble ». Nous voilà rassurés.

 

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A propos de Michel Foucault : NGT / Mon Genet

 

Street workout

 

En remontant le canal Saint Martin, je ne manque jamais de jeter un coup d’œil au terrain de basket sur lequel des garçons en sueur font des prouesses pour assaillir le panier adverse tout en défendant le leur. Depuis quelques temps, d’autres viennent en nombre faire de la musculation de l’autre côté, dans le square Eugène Varlin. Tractions, pompes, dips, figures de gymnastique… Avec les beaux jours, plusieurs tombent le tee-shirt et dévoilent d’impressionnantes musculatures. Comme toujours, les noirs et les métis ont souvent les plus belles.

Sur Internet, je découvre que cette pratique se nomme street workout (musculation de rue) et que ce square est le seul lieu parisien équipé, quand bien même, par nature, le street workout peut se pratiquer partout en utilisant le mobilier urbain.

Quand on leur demande ce qui les a séduit dans ce sport, les adeptes répondent à l'unanimité que c'est la grande liberté dont ils jouissent : "il n'y a pas de contrainte d'horaire, on est à l'air libre, c'est gratuit et on a besoin de rien".

 

Street workout en Ukraine

 

Au prix de l’abonnement dans une salle de sport privé, on comprend sans peine le phénomène. A cet égard, il est à noter que dans le club où j’ai mes habitudes, pour la première fois après trente ans de hausse de prix (je me souviens d’une année à +10%), le prix du forfait a enfin baissé : un 13e mois m’a été offert. Vive la crise, la concurrence et les salles low-cost !

Pour ma part, il y a belle lurette que j’ai cessé de fréquenter une salle de muscu. Désormais, le « souci de MOA » autrement dit, mon idéal de jeunesse beauté/santé, se trouve plutôt du côté de la minceur, de la souplesse (le grand écart voire le "selfsucking" comme projet), de bonnes postures et d’équilibres, le tout lentement, en musique. Bien faits, les exercices peuvent être à la fois éprouvants et relaxants, mais avec aucun risque de casser la machine, ce qui à mon âge n’est pas à négliger.

Juste un petit bémol, c’est une activité qui peine à décoller chez les mâles, on se demande bien pourquoi.   

 

NGT /Body building

 

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Photo : Guglielmo Plüschow autour de 1900, Sicile

 

Aaron-Carl Homoerotic 2002

 

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