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Publié le 20 Décembre 2016

Patsy & Eddy

Patsy & Eddy

Gilberto Gil - Toda Menina Baiana (Ashley Beedle's Black Bahia Rework)

Inhotim Brésil mars 2016

Inhotim Brésil mars 2016

Le soir vient. Comme c’est la coutume, mon ami se met à deviser dans le noir – mais je suis fatigué : j’aimerais bien dormir. Après dix minutes de silence, flairant les inspirations profondes de l’endormissement, je tire insensiblement son édredon vers moi, jusqu’à distinguer la forme de son sexe sous le pyjama. La molécule aura-t-elle produit son effet ? Cédric dort-il profondément ? Sera-t-il réveillé par mes lèvres autour de son sexe ?
Ce n’est plus la peine : je viens de jouir. […]

Bord cadre : « Nez a voté Sarkozy aux dernières élections, Hollande ensuite, et Robert Hue en 2002. Je crois qu’il n’a pas tellement d’idées politiques : du moment qu’il se fait baiser, il est content. […]

Quelques mois après la déflagration de ma sexualité, mon père zappe de chaîne en chaîne à côté de moi sur le canapé du salon, et tombe sur un épisode de l’émission « Culture Pub : Spéciale Gays ». Il éteint le poste et monte dans sa chambre : « On en a assez eu comme ça. » […]

J'ai voulu tout dire, pour qu'il ne reste que les secrets.

« Histoire de ma sexualité » d’Arthur Dreyfus 2014

"Ma chérie, si tu veux connaître le sens de la vie et toutes ces conneries, tu ferais mieux de vider une bouteille de whiskey

"Ma chérie, si tu veux connaître le sens de la vie et toutes ces conneries, tu ferais mieux de vider une bouteille de whiskey

Absolutely Fabulous, comme film de clôture de l’édition 2016 du festival «Chéries, chéris », c’était bien vu. Tellement bien vu, que lorsque je me suis pointé, telle une star quelques minutes avant la séance au MK2 Quai de Loire, je trouvai une très longue queue surexcitée et un écran qui affichait zéro place disponible. Mes retrouvailles avec Patsy et Eddy devront attendre la sortie du film le 7 décembre.

« Saturday night », coincé entre la porte de la cuisine et celle de la salle d’eau de l’appartement d'Arnaud et Géraldine dans un mouvement continu de personnes circulant d’une pièce à l’autre, retardant le moment d’aller me trémousser pendant des heures sur le gros son toujours aussi irrésistible de DJ José, j’ai bavardé un bout avec Monique et une de ses amies (celle que j’ai connu momentanément affligée d’une bouche auréolée d’eczéma). était-ce la proximité de la baignoire débordante de bouteilles de champagne « on the rocks », les dernières aventures de nos deux copines brites m’est apparu comme LE sujet à aborder pour en finir avec le blues des RH ou les allergies sur lesquels la conversation s’était engagée.

Monique qui paraît souvent débarquer d’un long voyage interstellaire où elle n’aurait pas cessé de fumer de la weed pour tuer le temps, ne connaissait pas, ou du moins se souvenait vaguement du film français avec Josiane Balasko et Nathalie Baye. Son amie, si (parenthèse, je l’aime désormais beaucoup car elle a trouvé que je ne faisais vraiment pas mon âge, ce qu'on ne m'avait jusqu'alors jamais dit. Lucide, je me suis bien gardé de lui demander lequel elle me donnait.) ; son mari qui nous a rejoint pour peu de temps, m’a trouvé très convaincant dans ma description de Patsy de retour d’un cocktail de Fashion Week, bien imbibée, la bouche barbouillée de rouge à lèvres et qui, avant même de se démaquiller, se fait soudain des injections de Botox avec la précision d’une professionnelle de l’aiguille.

À l'occasion du 20e anniversaire de Absolutely Fabulous, BBC One a diffusé en décembre 2011 et en janvier 2012 deux nouveaux épisodes spéciaux hors série.

J’ai dû dire pour commencer qu’on avait frénétiquement enregistré tous les épisodes de la série télé de la BBC lorsqu’ils ont été diffusés par la chaîne Arte à la fin des années 90… Deux copines « fashion victims » inséparables, l’une dans la « com » Edina Monsoon obsédée non sans raison par sa prise de poids (Jennifer Saunders), peu intéressée par sa fille qu’elle a conçu avec un homo, qu'elle trouve désespérément raisonnable et ennuyeuse, et une mère kleptomane ; l’autre Patsy Stone vaguement employée dans un magazine de mode et vivant plus ou moins à ses crochets (Joanna Lumley), sans ambiguïté nymphomane et anorexique (de son propre aveu « elle n’a rien avalé de solide depuis 1973 »). Toutes deux ne se sont jamais remises de la folies des 70’s et consomment des quantités astronomiques d’alcool en tirant sans discontinuer sur des cigarettes. Elles sont terriblement snobs, égocentriques, à certains égards "camp", excentriques, souvent bourrées et surtout pas « politically correct » comme on dit aujourd’hui à tout bout de champ. Les pédés adorent en général, on se demande bien pourquoi.

Lutteurs turcs par CharlesFred

Lutteurs turcs par CharlesFred

Malgré sa relative jeunesse, Jérémy ne fait pas exception : il est un fan de la première heure et m’a rappelé dimanche notre intention de passer ensemble ce « moment déjanté ». Zut, craignant la disparition rapide du film des écrans peu nombreux, je venais juste de proposer à mon mari Gabriel d’aller voir le film au MK2 Bibliothèque après avoir tenté une virée à l’expo Oscar Wilde, et pour mon nouvel ami impossible de se joindre à nous, il était ce week-end là de corvée parentale. Sans réelle surprise, une queue soviétique s’étirait devant le Petit Palais, et on a filé directement dans le 13e sur nos vélib, alternant pistes cyclables et voies sur berges libérées des voitures sous un ciel ensoleillé magnifique (Bravo encore à la Mairie socialiste de Paris d’avoir tenu bon contre la grogne des toqués de la bagnole qui nous intoxiquent !).

Comme d’habitude à la bourre pour le cours de Balance où Jérémy m’avait donné rendez-vous, j’étais en train d’enfiler à toute allure ma tenue de sport dans le vestiaire quand il est venu me chercher les muscles bandés et la peau couverte de sueur après son entraînement de muscu. Il arborait son beau sourire : « Je l’ai vu. - Alors ? - C’est comme tu disais : on retrouve avec plaisir de vieilles copines qui n’ont pas changé, avec une histoire aussi fêlée qu'elles mais qui tient à peu près la route (…)»

 

Absolutely Fabulous : Le Film de Mandie Fletcher Avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha

En accordant à ses harpies endimanchées de petites touches d’humanité, qu’elle rétracte l’instant suivant, la réalisatrice suggère la possibilité d’une rédemption sous forme d’avènements à la réalité du monde et des choses – réalité que l’on devine, sous le feu d’une satire du microcosme fashion, si dépourvu de douceur qu’on finira peut-être par comprendre l’entêtement soudain plus triste que grotesque d’Eddy et Patsy dans le Botox en état d’ivresse. Que faire d’autre ? Quand on n’est plus jeune, il n’y a plus de plaisir – du moins pas quand on est sobre.

« Absolutely Fabulous » : le retour des toquées botoxées - Noémie Luciani pour le Monde

Thomas Levy-Lasne  "fête 64"

Thomas Levy-Lasne "fête 64"

Post-scriptum

Toujours dans la grande salle du MK2 Quai de Loire dans le cadre du festival Chéries, chéris, le soir de la projection de « Jours de France », alors que le film tarde à être lancé, le voisin de Gabriel, visage taillé au couteau, entièrement vêtu de cuir noir, notre âge ou plus, se penche vers lui et lui demande : «Avez-vous une idée de ce que signifie le Q à la suite de LGBT ?

- ...Non. » Je tente en gloussant un : « Q comme qonnes » Gabriel : « Un cul au sens littéral. » On se marre. Peu de temps après l’écran affichera un Q comme Queer. Je ne résiste alors pas à la tentation de m’exclamer à voix haute : « Comme si LGBT ce n’était pas déjà queer, va falloir un jour arrêter avec les p’tites cases ! » Notre voisin cuir avec malice : « Et savez-vous ce que veut dire les ++++ ?» Mais le film commençait... Très bien d’ailleurs, avec quelques coupes, un bijou. Tout comme le film australien « Au bord de la rivière » (« Downriver »), excellent.

Frederic Bazille au musée d'Orsay - Scène d'été (1869)

Frederic Bazille au musée d'Orsay - Scène d'été (1869)

Présentation de "Scène d'été" un chef d'oeuvre de Bazille par Paul Perrin, co-commissaire de l'exposition "Frédéric Bazille (1841-1870)

Patsy & Eddy chéries

J'ai découvert ce chanteur dans la discothèque de voisins dont je gardais les enfants. Je n'avais pas 18 ans.

"Poesia sin fin" d'Alejandro Jodorowsky

http://michael-bidner.tumblr.com/

http://michael-bidner.tumblr.com/

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #ciné-séries, #les amis, #les années, #vivre, #Paris

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