Vers la fin de la tyrannie de la peur ?

Publié le 17 Mai 2021

Vers la fin de la tyrannie de la peur ?

Aujourd'hui ce qui m'intéresse, c'est la vie. Et, autant qu'il est possible, la grande vie. C'est-à-dire une vie qui ne soit pas consumée par l'idée de sa propre conservation. Une vie n'est pas une vie si elle n'est que la vie. Ce fut ma conviction pendant toute la crise sanitaire.

Bernard-Henri Lévy

 

 

J’ai pleinement conscience que ce blog qui prétend être le « journal intime d’un homosexuel à Paris, culture gay, arts, voyages, etc. » l’est de moins en moins. A la décharge de son auteur, qui n’a plus l’âge et les opportunités d’Arthur Dreyfus depuis longtemps, la pandémie du Covid 19, en annihilant nos vies depuis plus d’un an, s’est imposée malgré moi comme sujet unique au fil de onze billets.

 

Bienvenue en Dystopie*, mai

La ville ressuscite : retour en salles, juillet

Ce qui se cache derrière le masque, août

Toujours plus de restrictions - Le sondage d’opinion qui questionne, septembre

Avis à la population – Couvre-Feu, octobre

Primum non nocere*, novembre

Mais pourquoi diable cette prolifération de « complotistes » avec la Covid ?, décembre

La France sous état d’urgence sanitaire perpétuel ?, janvier

Va te faire foutre 2020… et « meilleure année »* ?,

Des Gaulois réfractaires, tu parles Charles…, février

Le salut par les vaccins, mars

Et toujours ce sentiment d’irréalité…, avril

 

Pour ce douzième billet, de bonnes nouvelles sont enfin tombées avec un agenda de reprise progressive d’activité prévue à partir du 19 mai, de presque tous les secteurs « non essentiels », notamment des restos, de la culture et du sport, qui a requis pas moins de 36 pages. Définitivement, réjouissons-nous car quelque chose est en train de changer : ce dimanche soir sur radio Pravda (France Info), foot et faits divers, rien sur le Covid.

 

 

 

"OSS 117 - Alerte Rouge en Afrique Noire" réalisé par Nicolas Bedos

 

 

Les chiffres de l’épidémie justifient-ils cette libération ? Les statistiques de vaccinations ont remplacé celles du nombre de « cas » : au 12 mai, 636 336 injections, 27,5 % de la population avait reçu au moins une dose, le nombre de « cas » journalier est, à la même date, de l’ordre de près de 16 000 par jour, mais en baisse de 17 % par rapport à la semaine précédente. Le nombre de patients en réanimation s’établissait à 4271 personnes au 15 mai après un plateau de 6000 en avril, avec une baisse pour la semaine de 15 %, mais une tension hospitalière restant élevée et stable (source Covidtracker). Pour mémoire, le cap en décembre dernier pour que le gouvernement puisse desserrer les contraintes était de descendre à 5.000 contaminations par jour et 2.500 à 3.000 personnes en réanimation.

Le taux d’incidence moyen en France est ainsi de 142 cas par semaine pour 100 000 habitants et de 225 en région parisienne, maintenant notre pays dans la catégorie des « pays à risque » (entre 50 et 200 cas d'infection pour 100.000 habitants sur sept jours). Pour l’Espagne par exemple, sont dispensés de test PCR les ressortissants des pays de moins de 150 cas hebdomadaires. A juste titre, un communiqué du ministère de la santé Luxembourgeois critique enfin l’usage de cet indicateur pour définir les zones à risque car son niveau, en dépendant étroitement de la politique de dépistage, donne « une vision biaisée de la situation épidémiologique ». Autrement dit, la France peut toujours appeler de ses vœux le retour des touristes étrangers, mais tant qu’elle poussera à se faire tester sans limites, car sans conditions et "gratuitement", contrairement à ses partenaires, elle restera un des derniers pays à être classé « rouge ».

Le passage de l’indicateur personnes contaminées (les « cas » ou tests positifs avec ou sans symptômes) à celui des personnes vaccinées constitue un bon exemple d’utilisation des chiffres à l’appui d’un objectif de communication politique, en l’occurrence du nouvel objectif politique de retour à une vie plus normale. Cependant, il intègre également le début du reflux des cas graves qu’il est permis d’attribuer à la vaccination des personnes à risques.

 

Christophe Charbonnel - Thésée
Christophe Charbonnel et son Thésée

 

En effet, on constate bel et bien une corrélation entre l’augmentation de la couverture vaccinale et la baisse des indicateurs  épidémiologiques. Toutefois tous les vaccins n’ont pas tous la même efficacité notamment face à la multiplication des variants. Ainsi, le Chili vient de subir une forte reprise épidémique, malgré un des plus importants taux de vaccination, principalement au vaccin chinois Sinovac. De même, les vaccins à vecteur viral, comme l’Astrazénéca et le Janssen sont, pour le premier inefficace contre le variant sud-africain, et tous deux moyennement ou pas efficace contre le variant brésilien, contrairement aux « vaccins » à ARN messager Pfizer/BioNTech et Moderna (source l’Express du 29 avril). Si l’on ajoute à cela les « syndromes grippaux de forte intensité » fréquents que peut provoquer l’injection de l’Astrazénéca sur les personnes ayant une bonne immunité, et les cas de thromboses rares mais récurrents après vaccination surtout chez des femmes, on peut parier que l’Astrazénéca est déjà mort du moins en France, et que l’on va se retrouver de nouveau avec des stocks monstrueux à incinérer (ou à envoyer en Afrique), au moment même où l’Union Européenne poursuit devant la justice le laboratoire pour qu’il livre d'ici fin juin aux Vingt-Sept les 90 millions de doses de son vaccin anti-Covid non livrées au premier trimestre, sous peine d'astreintes financières. Changer son nom en "Vaxzevria" ne changera bien évidemment rien à l’affaire.

Face aux mutations du SRAS-Cov2, sauf effets à moyen terme imprévus, les « vaccins » à ARN modifié Pfizer/BioNTech et Moderna ont toutes les chances de s’imposer car sur le plan industriel, ils peuvent être rapidement modifiés, avec l’avantage supplémentaire de pouvoir se passer des études de phase 1, censés déterminer la toxicité d’un médicament ou des vaccins sur l’homme, ce qui n’est pas le cas des autres technologies qui requièrent pour chaque nouveau variant de créer un nouveau vaccin et de passer par les trois phases de développement (L’Express du 29 avril 2021).

Bref, grâce à l’application Covidliste, le 14 juin, j’aurai ma deuxième dose de Pfizer à l’hôpital Avicenne à Bobigny. Il aura fallu que j’atteigne ma 58e année pour recevoir mon premier vaccin, de surcroît contre une grippe (ça sent le sapin ?), et quelle grippe ! A cet égard, on vient d’apprendre que la divulgation de travaux inédits, relance l’hypothèse d’une pandémie ayant pour origine un accident de laboratoire à l’Institut de virologie de Wuhan, jusqu’ici considérée comme une élucubration complotiste.

Khao San road, Bangkok
Khao San road, Bangkok

 

Ça me rappelle que j’ai déjà chopé un méchant coronavirus, il y a trente ans, en Thaïlande, où je faisais un voyage en solitaire. Complètement en vrac, à l’arrivée du train de nuit qui me ramenait des Ko Phi Phi, j’étais parti directement à l’aéroport pour y comater jusqu’au décollage le soir, où j’ai fini par m’apercevoir sur un panneau d’affichage des vols au départ que la plupart des vols étaient annulés dont le mien sur Iraqi Airways. C’est ainsi que j’appris que c’était dû à l’invasion par l’Irak du Koweit. Le comptoir de la compagnie étant fermé, il me fallut me traîner jusqu’au siège en centre ville où je trouvais déjà bien sûr une longue queue de voyageurs. L’agente au comptoir avisant mon piètre état me conseilla d’aller au Christian Hospital, à deux pas de là, afin de me faire délivrer un certificat médical qui me permettrait peut-être le lendemain de monter prioritairement dans le vol de la Jordan Airlines, seule compagnie ayant un accord avec la compagnie nationale irakienne. « Asian influenza » avait diagnostiqué sans hésitation la médecin. Je ne me rappelle plus combien de temps, j’ai déliré en buvant du thé dans une chambre pourrie d’une guest house de Khao San Road. J’avais commencé à me sentir mieux dans un hôtel d’Amman où j’avais trouvé l’air frais du désert réparateur. Pour autant, je crois me souvenir avoir été un légume par la suite, sans force aucune, pendant au moins deux semaines.

 

Thaïlande été 1990

 

Le même jour que moi, Gabriel a eu sa première injection mais dans le 3e arrondissement, muni d’un certificat médical. On a trouvé intéressant de constater que l’administration s’était bien adaptée à la population locale, pour Gabriel un imprimé à remplir après avoir présenté sa pièce d’identité, pour moi une secrétaire qui m’a seulement demandé de sortir ma carte Vitale et ma pièce d’identité.

Pour ma mère qui n’a pas de projet de voyage transfrontalier, mais aussi pour le reste de la tribu, la vaccination n’est pas à l’ordre du jour. Ma mère dit espérer qu’un maximum de personnes soient vaccinées, histoire de pouvoir sortir de ce merdier, reconnaissant par là de faire ce qu’elle craint pour la prochaine élection présidentielle : que trop de personnes refusent de voter Macron contre le Front National, tout en espérant que les autres le fassent.

De notre côté, on espère ainsi pouvoir d’ici peu voyager en minimisant PCR et quarantaines, à défaut d'être autorisé à tomber le masque de sitôt.

Le risque de contamination a beau être quasi inexistant en extérieur, la norme de la muselière continue à s'imposer sans difficulté, si bien que peu de personnes transgressent la règle comme je le fais. Véran fait miroiter l’été. Pour la fin de l’obligation à l’intérieur, c’est plus incertain, il faudra attendre l’immunité collective par la vaccination.

Toujours concernant les contraintes sanitaires et leur application, la conversation lors d’un premier dîner dans le nouvel appartement de Colette avec Paulo et Élisabeth, nous a conduit au sujet de l’application en lycée de la jauge de 50 % pour pouvoir maintenir des distanciations. Paulo s’est indigné que les grands lycées parisiens et les lycées privés aient maintenu leur cours en 100 % présentiel à la différence de tous les autres où les élèves n’ont pu bénéficier que de la moitié des cours, puisque la mise en œuvre du cours hybride synchrone préconisé nécessite des moyens techniques importants et une modification des pratiques d’enseignement, des conditions non réalisées, que l’institution, ministre inclus, a fait mine d’ignorer. L’objet de son indignation était les inégalités, réelles notamment en année d’examen, générées par cette différence d’application de la restriction, qui justifient au passage les revendications d'annulation des épreuves du bac prévues en présentiel en faveur d'un bac obtenu par contrôle continu.  

Pour ma part, ça m’interrogeait aussi sur l’efficacité de la mesure sanitaire et ce que signifiait cette application différenciée : est-ce que cela voulait dire, puisqu’on n’a pas eu connaissance de « clusters » en classes de terminale ou en classes prépas à Henri IV et autres prestigieux établissements, qu’on a renvoyé chez eux la moitié du temps la plupart des lycéens pour rien ? Je penche pour cette hypothèse, le ministre qui n’y était pas favorable, au regard des indicateurs épidémiologiques,  n' a ouvert cette possibilité qu'à la suite de fortes pressions.

Ou alors est-ce que ça veut dire que cette décision des proviseurs avec l’accord des parents et des personnels, a été prise en considérant que le Covid circule essentiellement dans les classes populaires et non au sein des enfants de l’élite ? Cette hypothèse est plausible : plusieurs indices sociologiques et épidémiologiques vont dans le sens d’un Covid, maladie de "vieux" mais aussi de "pauvres", pour reprendre l’expression d’un billet de Nicolas Martin sur France Culture.

 

À Paris, une manifestation frustrée mais pacifique en soutien aux Palestiniens, 15/05/2021
À Paris, "une manifestation frustrée mais pacifique en soutien aux Palestiniens", 15/05/2021

 

Quoi qu’il en soit, les étudiants en lycée ont eu une chance dont on a privé ceux inscrits en Université. Le retour en fac un jour par semaine depuis janvier, n’y change rien, il faudra faire une évaluation de cet abandon « en distanciel » de près de 3 millions de jeunes. Ce désastre n’est sans doute pas étranger au fait que le nombre de candidatures reçues cette année pour la formation dans laquelle j’interviens en lycée, a explosé de 66 %. A fortiori cette année, le nombre astronomique de candidatures que nous sommes censés étudier pour les classer nous contraint à en éliminer en posant des filtres sur le fichier téléchargé sur Gestion.Parcoursup, pas toujours conforme au beau principe théorique d’égalité des chances de voir examiner sa candidature. Comme disait l’autre : « un jour j’irai vivre en Théorie, car en Théorie tout se passe bien. » Pourtant, il suffirait que « la machine » veuille bien nous fournir le rang dans lequel le candidat a classé notre formation parmi ses candidatures pour considérablement nous alléger le travail et nous dispenser d’utiliser ces filtres discriminants. On classerait prioritairement ceux qui ont vraiment l’intention de venir chez nous. Et bien non, impossible de faire remonter cette requête ! Démerdez-vous ! Peu importe la réalité, ce qui compte c’est l’idée d’égalité. Pour le moins discutable des filtres, j’utilise la moyenne d’un certain nombre de notes et l’avis du conseil de classe ou du chef d’établissement : en dessous d’une moyenne plancher et d’un certain avis, le candidat n’est pas classé ou si l’on est contraint de le faire, en queue de classement. Las ! Cette année ces filtres ont finalement porté sur un très petit nombre de candidatures car, par la grâce du Covid, des demi-jauges et de l'impossibilité d’évaluer correctement qui en a résulté, moyennes et avis étaient presque tous excellents, autrement dit ne valaient rien.

 

"Soldiers" Adi Nes 1999
"Soldiers" Adi Nes 1999

 

Le 27 Avril, le Syndicat national des enseignants du second degré (Snes-FSU) s’est insurgé dans un communiqué contre des lycéens faisant prévaloir sur leur candidatures Parcoursup d’avoir suivi des cours en présentiel à 100 %. Qui doit-on vraiment blâmer ?

Ce qu’il y a de bien avec la globalisation, c’est qu’on peut toujours relativiser nos faiblesses : à New York, des parents d’élèves ont saisi la Cour Suprême pour réclamer le rétablissement de l’enseignement en présentiel dans les écoles publiques, suspendu par endroits depuis plus d’un an. « New-York n’est pas la seule ville à avoir perdu une année scolaire. L’enseignement à distance reste prédominant à Chicago, Boston, Los Angeles, San Francisco (En Californie, le parc Disneyland vient de rouvrir ses portes, mais 55 % des élèves du public sont encore en tout-distanciel). La levée des restrictions sanitaires est plus lente dans les états et les villes démocrates à cause de « l’influence démesurée » de syndicats d’enseignants qui s’accrochent à la distanciation physique malgré la campagne vaccinale […] (Le Monde magazine du 15-16 Mai)

 

 

Post-scriptum

Concernant le fonctionnement de Parcoursup, en creusant le sujet, je réalise que j’avais oublié que la "machine" ne peut pas nous fournir le rang dans lequel est classée notre formation, car, à la différence du système précédent Admission Post-Bac, le jeune ne les classe plus, au motif que, selon Even Loarer, "la hiérarchie impliquait une stratégie de la part des candidats, donc de l’auto-censure. C’était un système très inégalitaire." Avec Parcoursup, chaque candidat peut ainsi formuler jusqu’à 20 vœux d’établissements sans classement, d’où la machine à gaz avec laquelle nous nous débattons quand il s’agit pour nous de les classer.

On comprend aussi que l’anonymisation du lycée d’origine des candidats réclamée l’an dernier par la Cour des comptes n’ait pas été mise en œuvre, car avec la crise du Covid, les établissements des filières des élites auraient perdu la seule boussole solide qui leur restait : le lycée d’origine des candidats.

Pour notre formation, le lycée d’origine, n’est pas un critère de décision, ou seulement à la marge. En revanche, contrairement à ce qu’a pu dire le chef de projet Parcoursup en 2019, la commune du domicile du lycéen nous intéresserait vivement, non pour le « discriminer » géographiquement, mais pour estimer si sa candidature est sérieuse et si le candidat risque d’abandonner très vite la formation car ses temps de transports sont trop long. Ce serait tout de même plus précis qu’une approximation du domicile du candidat par la localisation de son lycée ou de son université comme critère de filtrage pour pouvoir classer les trop nombreuses candidatures qui nous sont adressées.

Lil Nas X - MONTERO (Call Me By Your Name)

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