Publié le 23 Avril 2007

 

Il y a bien longtemps que je ne lis plus la feuille de choux « papier glacé » de la mairie de Paris mais je me souviens que le courrier des lecteurs concernant ce fléau des « déjections canines » sur le trottoir, y tenait une place essentielle.

Je voudrais ici élever le débat en abordant la question des déjections humaines.

 

Malgré l’armada de moyens déployés par la ville de Paris pour nettoyer les rues de la ville, il n’est pas rare désormais d’avoir son odorat et sa vue incommodés par des traces plus ou moins évidentes d’urine et parfois même d’excréments, de tout évidence d’origine humaine.

 Comme moi, bien sûr, vous pensez tout de suite au nombre grandissant de SDF qui vivent dans la rue. Rien que ce week-end passé avec des neveux montés à Paris pour leurs 10 ans, n’avons-nous pas dû trois fois contourner des hommes allongés inanimés sur le trottoir. Gabriel a relevé alors que nous étions devenus indifférents à une situation qui nous avait profondément choqué en Inde du nord : « Il y a 20 ans, on aurait appelé les pompiers. »

 

Cependant, j’ai vu trop de mères faire faire leurs besoins à leur enfant dans le caniveau ou d’hommes pisser contre les arbres pour leur faire porter l’entière responsabilité de ce problème.

 

Vous allez où vous quand un besoin pressant se fait sentir ? Au café bien sûr. La demande est telle qu’il y est toujours inscrit en grosses lettres capitales que « les toilettes sont réservées aux consommateurs », avec, de plus en plus souvent, l’obligation de demander une clé ou un jeton.

 

Bref, si vous n’avez pas le « 1 euro 10 cts » minimum pour boire au comptoir le café qui vous autorisera à les utiliser, vous n’avez plus qu’à essayer de trouver des toilettes publiques.

Tellement rares qu’il n’y en a jamais lorsqu’on en a besoin, tellement difficiles à trouver que quelqu’un a réalisé un guide : pause-pipi.fr/paris.

 

Ah les sanisettes du groupe Decaux ! On doit à la droite d’avoir délégué ce service public en 1980. Outre le fait qu’elles doivent coûter 40 ou 50 cts d’euros, elles cumulent les inconvénients d’être souvent en panne ou inaccessibles et peu discrètes.

 

En écrivant ces lignes, j’apprends que la municipalité de gauche serait en train de les rendre progressivement gratuites :

http://www.lemoniteur-expert.com/btp/ville_urbanisme_amenagement/fin_annoncee_sanisettes_payantes_paris.htm

 

Enfin, il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser, c’est même carrément de l’effet d’annonce (exemples une seule sanisette gratuite dans le 18e et le 19e et aucune dans le 20e) : http://www.paris.fr/portail/Solidarites/Portal.lut?page_id=5459&document_type_id=5&document_id=9703&portlet_id=11759

 

 

Pire, en faisant un footing aux Buttes Chaumont, j’ai eu le choc de voir nouvellement condamnée la dernière vespasienne du parc. A ma connaissance, il n’y a plus un seul WC dans ce parc tant fréquenté, seulement des lieux d’aisance pour les chiens, un comble non !  Par ailleurs, je me demande s’il n’y a pas sous cette condamnation une intention moraliste : en finir avec la tasse, le gogue, la pissotière, ces lieux potentiellement homosexuels.

 

Allez amis Verts et socialistes de la Mairie de Paris ! J’ai pour vous un projet de gauche : mettre en place un service public gratuit de lieux d’aisance. Ce qui au passage nous permettra de renouer avec un progrès social datant du milieu du 19e siècle, voire même de l’antiquité romaine de Vespasien.

 

 

La dernière tasse de Marianne Blidon - janvier 2005

 

Sortie ce mois-ci à la Découverte, de la traduction d’un ouvrage écrit par un ancien prêtre devenu sociologue : Le Commerce des pissotières, Pratiques homosexuelles anonymes dans l’Amérique des années 1960, de Laud Humphreys :

 

http://www.univ-paris8.fr/sociologie/?p=233

 

 

 

http://www.pignon-ernest.com/

 

 

Sexe et graffitis

 

Las, la disparition des pissotières a également emporté avec elle une abondante « littérature ». Darek qui terminait ses études d’archéologie en France à la fin des années 1970 ( ?) avait choisi comme mémoire d’archéologie moderne, l’étude des graffitis de la Sorbonne.

 

Rien de plus juste que cette formule employée par Gabriel lorsqu’il lui avait fallu décrire Darek à Jan : « un adolescent quinquagénaire ». Darek avoue même avoir gardé un peu de son tempérament d’enfant : « j’étais alors toujours le premier à vouloir partir jouer et  le dernier à accepter de quitter le terrain de jeu, je voulais que ça dure toujours ». J’imagine aussi, sans difficulté, avec quel bonheur, notamment dans ces lieux sales, humides et puants que sont toujours des toilettes publiques, il a dû, d’arrache-pied, collecter ses graffitis avant de les classer.

 

Etait-ce dans le cadre de sa recherche bibliographique qu’il a déniché ce Sexe & Graffiti d’un certain Ernest Ernest ? Un objet rare, publié en 1979 aux Editions Alain Moreau, aujourd’hui disparues. Depuis 1965, Ernest avait alors recueilli 15 000 graffitis dont le recueil en livre le dixième. Il ne s’est préoccupé que des graffitis sexuels, la plupart par nature courts, certains de véritables romans feuilletons. Alain Jaubert (celui de la série Palettes sur Arte ?) termine sa préface à l’ouvrage qu’il titre Ernest ou l’or des tasses, en écrivant :

 

Des juges stupides ont déjà condamné l’entreprise. «Vous trouvez ça poétique ? » a demandé l’un d’eux. Leur point de vue : illisible, obscène, littérature de malades, pathologie, misère sexuelle... J’y vois au contraire la plus grande richesse. De l’écume de la mode à la profondeur de la transe, l’ordure sexuelle envahit tout. La subversion est générale : l’orthographe, la typographie, la calligraphie, le lexique, la rhétorique, l’épopée, la prophétie, la publicité, la citation illustre, le proverbe... Parodie et parodie de la parodie. Giclée du fantasme brut. Une seul phrase – fleuve, dansant, infinie et ouverte – qui court d’un mur à l’autre, de tasse en tasse, de ville en ville, et qui charrie dans son flot fabuleux les slogans de la religion souterraine, les comptines de la drague, les aphorismes de la dérive, les petites annonces du réseau secret, la gloire de la posture, les spasmes de la résistance... En somme, le grouillement bestial et angélique de la vie...

 

 

 

http://www.missticinparis.com/

 

 

Tables de matières

 

Hétérosexualité – Amour en groupe – Bisexualité – Homosexualité masculine – Sadomasochisme homosexuel – Homosexualité féminine – Onanisme masculin – Onanisme féminin – Zoo.

 

 

 

Extraits choisis au terme d’une forte autocensure, mais par lesquels le lecteur pourra peut-être juger dans quelle mesure la condition homosexuelle a changé.

 

 

OÙ  TROUVE-T-ON ?

 

Où faut-il aller pour rencontrer de beaux mâles ?

 

Paris, Fac de médecine près d’Odéon, été 1970

 

où trouver enfin ! de beaux garçons ?

Rép. Dans la rue, conasse de pissoirs !

 

Paris, Fac de médecine près d’Odéon, hiver 1975

 

où peut-on rencontrer jeunes garçons ?

 

Paris, American Express Opéra, print. 1973

 

Où trouve t'on des garçons à Chamonix ?

 

Chamonix, print. 1970

 

Où trouver des tantouzes à Genève ?

 

 Genève, été 1973

 

Où on suce à Moulins ?

 

Moulins, print. 1968

 

16-12-67

 

Urgent. qui connaît l’adresse d’un établissement, à Paris où on se fait enculer ?

 

Paris, Sorbonne, print. 1974

 

Auto-stop : faites du stop !

 

Jeune fait du stop en culote courte

c’est délicieux J’ai 15 ans et je jouït souvent

en voiture

 

Rép. Comment te reconnaître DRV ce jour

 

Bourg, été 1973

 

PROSTITUTION

 

Etudiant 22 ans cherche mec qui l'hébergerait

gratuitement, en échange prêterait sa grosse bitte

à peloter a sucer ou pour baiser RV

 

Nov. 76

Rép. D'accord si t'es beau gosse Où et quand

peut-on se rencontrer ?

 

Paris, Sorbonne, print. 1977

 

 

 

J.H. cherche emploi stable dans la pédérastie

rémunérée sérieuses références et grosse bite

Diplôme de branleur professionel (abonné B.N et

universités) en préparation.

 

Paris, Biblio. Nationale, aut. 1978

 

paysans

 

Bien monté. Paysan 40 ans viril chercha autre paysan bien balancé pour s'enculer tous les 2 comme 2 frères en douceur à font et en prenant son temps entre 25 et 50 ans RV.

 

Périgueux, été 1978

 

illettrés

 

Jeune homme grosse queue cherche illettré

à enculer DRV

 

Paris, Urinoirs publics, hiver 1970

 

objets spéciaux

 

Personne n’a encore pensé au portemanteau pour

assouvir ses besoins sexuels. Il s’agit là d’une

grave négligence. On n’imaginera jamais assez

la praticité de cet instrument. Essayez donc,

le plafond est bas, mais tant pis !

 

Paris, Sorbonne, hiver début 1967

 

 

 

Il n’y a jamais d’homme qui veuille m’enculer.

J’ai 17 ans, et quand je trouve personne je m’asseoie

sur une bouteille.

 

Rép. Mets-toi une grosse carotte, c’est aussi bon.

 

Genève, print. 1967

 

N'ÉCRIVEZ PAS !

 

arrete d’écrire des graffitis svp.

ça fait sale

or avec les communistes cette université est

suffisamment dégueulasse

 

Paris, Université Dauphine, aut. 1978

 

 

 

L’intellectuel français est un obsédé sexuel.

Les écrits sur les murs en sont une preuve

 

Paris, Place du Panthéon, print. 1973

 

 

 

La psychologie c’est l’obsession sexuelle rationalizée

 

Paris, Institut de psychologie Rue Danton, print. 1974

 

 

 

Pour approfondir sur les graffiti (étymologie, étude sémantique, commentaire)

Lien sur ce blog : Sur les murs de Pompéi in L'atelier de la tentation

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #politique, #livres, #sex

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