L’inconnu du lac : thriller en Arcadie

Publié le 16 Juin 2013

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In südlichen Gärten“ © Hannes Steinert

 

 

 

Daft Punk Get Lucky

 

Un lieu de drague homo au bord d’un lac. C’est l’été, sur la plage la nudité est de rigueur. Les hommes s’observent. A toute heure, ce coin de nature est sublime. Beaucoup d’habitués, pour la plupart ni premiers prix de beauté, ni de la prime jeunesse. A l’arrière, dans les fourrés, un peu partout, ça cherche un ou plusieurs compagnons de jeu, ça fornique, ou tout simplement ça mate en se secouant la nouille. Autrement dit, le manège de la drague homo que l’on connaît tous qu’on soit ou non pratiquant.  Elisabeth qui nous a accompagné voir le film, l’avait déjà deviné dans un coin du Bois de Vincennes, quant à moi, un film de Cadinot m’avait permis une session de rattrapage au plus près du sujet, en très gros plans.

En un tel lieu, s’il est commun de ne pas même connaître le prénom de celui avec qui on a joui, il peut cependant arriver que l’on converse et même que l’on tombe amoureux. C’est ce qu’il arrive à Franck (Pierre Deladonchamps) dont le charme plein de fraicheur et de « sex appeal » a fait l’unanimité, et qui succombe aux appâts de Michel, mélange de Freddy Mercury avec quelque chose de Patrick Dewaere (auquel est allée la préférence d’Elisabeth).

 

 

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A certains égards, dans son film « l’inconnu du lac », Alain Guiraudie peut évoquer l’Arcadie, « ce lieu primitif et idyllique peuplé de bergers vivant en harmonie avec la nature », terre peuplée de satyres mais dont les dieux auraient viré les nymphes.

 

Toutefois, Eros, pulsion de vie et de jouissance, ne tient-il pas sa puissance d’irrésistibilité de Thanatos, pulsion de mort et de destruction qui toujours rôde ? La part de risque de la drague homo en plein-air (risque de tomber sur un détraqué, d'y choper le SIDA ou une MST, ou encore de se faire casser la gueule par des homophobes), n’est-elle qu'une contingence ou un rouage de la mécanique du plaisir de la drague « outdoor » ?

Dans ces pulsions contradictoires, m’ont paru ballottés Franck mais aussi son nouvel ami, Henri...

 

 

 

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William Bougereau Les nymphes et le satyre (1873)

 

Bref, comme disait Mathis (de l’orchestre), la veille chez Sylvie, ce film est un miracle. Il aurait pu être chiant comme une mauvaise pièce de théâtre, avec son unité de lieu, ses scènes et plans répétitifs, son absence de musique et de costumes ;-). Pourtant, il n’en est rien : on reste scotché pendant 1H40, on rit aussi, et L’inconnu du lac nous semble déjà avoir sa place dans une anthologie du cinéma gay.

Le film, peut-il pour autant prétendre à une certaine universalité, à laquelle aspire tout auteur ? Peut-être, avec des hétérosexuels pleinement à l’aise avec l’idée du désir homosexuel masculin. C’est le cas d’Elisabeth qui nous a notamment avoué avoir été émue voire émoustillée par ces étreintes d’hommes, « même si j’y étais une intruse », et avec qui on a discuté du film au soleil sur la petite terrasse du Louxor, face à la ligne de métro, Tati et le Sacré-Cœur.

 

 

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Le cinéma Louxor (Paris 18e)

vue de la terrasse du café et de la salle Youcef Chahine

 

Goran, Fernando et un copain qu’on a croisés à l’entrée de la séance suivante, nous ont rejoints pour un dîner improvisé à l’appartement. Verre à la main, le film a de nouveau longtemps nourri la conversation, ce qui est toujours bon signe. Contrairement à nous, ils vécurent pleinement la vie gay parisienne des années 80 et ils rappelèrent que le cinéma Louxor ouvert en 1921, grâce à David Girard était devenu pour quelques années le Megatown, une extraordinaire boite de nuit gay.

Tous trois connaissaient le lac de Sainte Croix où a été tourné le film. Zoran s'est rappelé que sur une des plages, lorsqu’il avait tombé son slip, une lesbienne installée non loin d’eux avait lâché à voix haute : « Je savais que c’était laid, mais alors à ce point ! »

Il fut bien évidemment aussi évoqué la censure de l’affiche du film de Tom of Pekin dans les très progressistes communes de Saint Cloud et Versailles. Malgré le détour du dessin, ce qui semble avoir posé problème est le baiser homosexuel au premier plan mais surtout, tout petit au loin à l’arrière plan, une scène que je n’avais pas remarqué, et qui pourrait bien être... Nom d’une pipe ! No comment.

 

L'inconnu du lac d'Alain Guiraudie, un film qui éclabousse

 

"Ne pas abandonner le sexe à la pornographie"

 

Cruising (la chasse) de William Friedkin (1980)

 

Tricks de Renaud Camus (1988)


Arcadie, groupe homophile français (1954-1982)

 

NGT / Outdoor sex" ou les aventuriers de l’extase perdue

 

 

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Philippe Katerine Louxor, j'adore

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #sex, #Paris, #les amis

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L
Préférant plus les lieux clos… mais je tenterai bien la nature, un de ces jours
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