Zonzon

Publié le 19 Juin 2010

 

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Tahar Rahim dans Un prophète de Jacques Audiard

 

 

 

J’étais en avance. Je le savais. Tout autour de la station de RER, ce n’était qu’un immense chantier. Cet endroit ne ressemblait à rien. Nul lieu un minimum accueillant où tuer le temps : j’avais bien fait d’acheter un sandwich avant de prendre le métro.

 

Pas facile de s’orienter. De toutes façons pas vraiment le choix, je suivis le flot d’une jeunesse multinationale,  jusqu’à ce que j’avise un panneau éphémère indiquant une rue relevée sur Google maps, mais dans la direction d’où j’arrivais.

 

Sans vraiment de surprise, je me retrouvai à mon point de départ, aux tourniquets. J’interpellai un gars barbu, genre couillu : « Vous connaissez le coin ? [...] Comment puis-je rejoindre la rue machin ? » [...]

« Remonter sur le quai, à son extrémité, il y a un escalier qui permet d’y accéder », et me voilà en train de longer une interminable barre d’immeuble. Ce n’était pas le Bronx, juste un lieu déserté par la vie.

 

Sur les oreilles, Hernan Cattaneo impulsait à mes quilles un pas rapide.

« Je fis gazouiller Paulette »[1] contre une construction à l’abandon. La rue enjambait le périphérique, j’étais bon. A droite ou à gauche ? Pas un chat pour me le dire. A gauche, une friche industrielle, en face un chantier qui annonçait l’érection prochaine d’une mosquée. Je jetai un coup d’œil derrière le grillage, un mec au téléphone. J’attendis qu’il me prêtât un œil attentif avant de lui demander en articulant à l’excès pour ne pas crier, « la maison d’arrêt, c’est par ici ou par là ? » A droite m’indiqua-t-il. « Yes ! »

 

Drôle d’endroit pour pique-niquer : un bout de gazon devant la prison, à l’ombre d’un arbre solitaire. Nathan arrivera pilepoil 5 minutes avant l’heure de rendez-vous convenue.


[1] Une expression utilisée par une copine connue alors que j’avais 19 ans

 

 

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Un groupe de femmes et d’enfants, mères, épouses, sœurs, faisaient le pied de grue devant l’entrée. Ça rentrait au compte goutte, c’était l’heure du parloir. On se fit refouler.

Deux femmes détachées par l’Education Nationale allaient nous guider dans une succession de check-points, de portes et de grilles qui aussitôt ouvertes, claquaient derrière nous. Dans une cour microscopique, ça cognait dans un ballon.

 

Un garçon d’une vingtaine d’année nous serra la main en se présentant, j’en fis de même en ne donnant que mon prénom, aussitôt gêné par l’incongruité de cette manière de me présenter. Derrière des barreaux, un autre nous interpella, je ne compris goutte à ce qu’il disait.

 

Le garçon s’exprime bien, il a répété l’exercice. Ses yeux noisette sont légèrement cernés, ses cheveux fraichement coupés très courts, des poils fins auréolent ses lèvres et son menton

Tandis qu’il fait son exposé, je remarque que la ligne dessinée par ses dents de devant est un peu irrégulière. « S’est-il fait casser la gueule ici ? » « A-t-il eu le dessus ou a-t-il dû passer à la casserole ? »

 

Peu importe ce qui l’avait fait s’échouer dans ce lieu de réclusion, je crois avoir eu instantanément pour lui les sentiments d’un père pour son fils.

 

Avec la plupart de nos collègues, ce garçon n’aurait jamais pu valider cette épreuve d'examen : il ne rentrait pas dans les cases de la grille d’évaluation.

Bientôt il devrait sortir de zonzon, son examen en poche. « Sa mère appelle tous les jours. [....] Il est bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds ici. Ce n’est pas si fréquent. [....] » Nous a glissé en nous raccompagnant la professeure.

 

 

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Ben

 

Un blogueur dont je suis les publications se demandait ce qu’être de gauche pouvait encore signifier aujourd’hui ? Contrairement à lui, je suis convaincu que « le mal » trouve largement sa source dans "l'organisation sociale". Etre de gauche aujourd’hui, c’est, malgré l’hypothèse de la fin des idéologies, continuer à croire que « le politique » doit contraindre « l’ordre naturel » de la domination d’une minorité, la plupart du temps « héritière », sur les faibles. Etre de gauche, c’est ainsi se définir contre la droite, cette pensée conservatrice de l’inanité de toute action, autre qu’une charité discrétionnaire, "parce qu’il en a toujours été ainsi".

 

 

Le chant des prisons (Afrique du Sud)

par le documentariste australien  Michael Davies

 

 


 

Exposition "Crime et châtiment" au Musée d'Orsay

 

 

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Louis Adolphe Humbert de Molard Louis Dodier en prisonnier Daguerréotype 1847

 

 

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William Blake Le blasphémateur vers 1800

 

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Edgar Degas Le viol 1868-1869

 


 

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J'ai tué ma mère de Xavier Dolan

Dans son mèl, maman en parle très bien.

 

C'est un très beau film...C'est étonnant, ce garçon si jeune qui a mis en scène toute cette période, si récente encore pour lui, période de la vie que l'on croit banale, parce que tout le monde y passe mais en fait si difficile et que l'on peut aussi porter lourdement toute sa vie....Avec humour parfois, tendresse souvent, et grande originalité, l'auteur peint l'ambivalence des sentiments....ces sentiments qui sont le tout de la vie pendant la période bénie de l'enfance, la petite enfance, qui nous ont nourris, aidés à grandir (quand tout se passe dans un minimum d'équilibre) mais des sentiments dont il faut se défaire pour ne pas s'y engluer....d'où cet amour-haine si bien décrit.... C'est vraiment de l'ordre du deuil : deuil de l'enfance pour le jeune, deuil de la jeunesse pour la mère, pour les parents, on n'est plus des parents de jeunes enfants.....Cela m'a rappelé des propos de Pascal, il y a quelques années, parlant de la période difficile qu'il avait traversée, il m'avait dit : "Maman, à cette époque, quand tu me disais certaines choses qui étaient de la réalité, je partais...car j'avais envie de te tuer...".

Dans cette agressivité vis à vis de la mère, sans doute y avait-il aussi la difficulté à parler de l'homosexualité...Je me dis souvent que cette période là, toi, tu l'as vécue bien seul, sans aucun soutien de notre part...Les mentalités ont évolué depuis, cela devrait être plus facile et pourtant....cela reste difficile pour beaucoup de jeunes....En éducation, on fait vraiment ce que l'on peut, avec ce que l'on a ou plutôt avec ce que l'on est....

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #politique, #ciné-séries, #libertés

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