barbarie

Publié le 24 Décembre 2014

Le rose et le brun

LE CHIFFRE - 1,4 millions de ­réfugiés syriens au Liban, un pays de 4 millions d’habitants. Rapporté à la population française, c’est comme si 23 millions de personnes ­arrivaient sur le territoire français.

La "Bande de filles" de Céline Scianna danse sur "Diamonds" de Rihanna

Ferme ta gueule, Zemmour, ferme ta gueule !

 

Chaque fois que j'ai vent de la énième polémique lancée par Zemmour, seule me vient à l'esprit la formule que François Morel répéta, en juin 2011, tout au long de son billet de mise en boite de Luc Ferry qui avait osé dénoncer l'assistanat des pauvres, alors même que depuis un an il encaissait son traitement de 4 499 euros par mois sans avoir mis une seule fois les pieds à la Fac. Chaque fois donc, je pense «Ferme ta gueule, Zemmour, ferme ta gueule !».

Comme le souligne Jean-François Kahn qui défend pourtant sa place dans les médias : «cela fait vingt ans qu'il tient le même discours», et comme le résume si bien un journaliste du quotidien britannique «The Independant», celui d'un «extrémiste de droite, islamophobe et misogyne».

La vraie question, a très justement développé le président du Cran, Louis-Georges Tin, n’est pas de savoir pourquoi Eric Zemmour est si raciste, mais pourquoi les médias accordent tant de place à un homme si infect et si malfaisant.»1

1 Pour mémoire, Zemmour émarge sur RTL, iTELE, Paris Première et Le Figaro, et c'est sans compter les reprises de ses provocations dans les autres médias.

 

Nader Sarhan dans "Ali a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi (2012)

Nader Sarhan dans "Ali a les yeux bleus" de Claudio Giovannesi (2012)

Car enfin, ce mec n'existe que par la place faite par les médias. Zemmour est leur créature. En effet, pourquoi lui ? Quelle est sa légitimité à intervenir à tout bout de champ ? Est-ce pour un travail de journaliste (avec « écrivain et essayiste », c'est une de ses cartes de visite), ce métier consistant à « rassembler des informations, à rédiger un article ou mettre en forme un reportage afin de présenter des faits qui contribuent à l'actualité et l'information du public » ? Rien de tout cela, seulement des opinions ostracisantes et passéistes qu'il ressasse à longueur d'antenne et de lignes  ?

Est-ce pour les livres qu'il publie ? A l'occasion de leur sortie, une fois par an ou tous les deux ans, on comprendrait sa visibilité médiatique, mais après ?

Se peut-il qu'il ne doive son omniprésence qu'à l'audience et au buzz assuré qu'il apporte à des médias désargentés et en perte de vitesse dans une France où s'installe le FN ?1

Pour autant, l'homme a toujours pris soin de camper la position de "l'intellectuel" polémiste refusant de se commettre en politique, jusqu'à ce qu'il lâche «Je ne l’ai pas forcément théorisé au début, mais oui, je fais de l’entrisme à la télé. J’y fais passer mes idées.»2

 

1 Voir aussi BFM qui s'est vu affublé du sobriquet de BFN après que le CSA eut épinglé la chaîne pour avoir accordé durant la campagne des municipales 43 % du temps de parole au Front National

2 Voir le papier d'Ariane Chemin dans le Monde « Et Zemmour devint Zemmour »

« Cabaret » de Bob Fosse (1972), d'après « l'adieu à Berlin » de Christopher Isherwood

Son omniprésence  médiatique (un plan de com équivalent au matraquage publicitaire pour un produit de consommation courante) devrait lui permettre d'écouler sans difficulté 400 000 exemplaires de son «suicide français» d'ici la fin de l'année.

A force de parler à tort et à travers, la bête se cache de moins en moins.  Zemmour va ainsi faire preuve d'imprudence en se prenant à rêver devant un journaliste du Corriere Della Sera de la déportation des musulmans qui «vivent entre eux, dans les banlieues» (il y a incertitude sur l'utilisation ou non du mot par Zemmour mais aucune sur ce qu'il voulait dire), banlieues que «les Français ont été obligés de quitter» et que ces musulmans - même si c’est «irréaliste», regrette Zemmour -, ce ne serait pas idiot de tous les renvoyer dans leur pays («la Musulmanie ?» se demande Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts dans Libération ?), car «l’histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 que, vingt ans après, un million de pieds-noirs allaient devoir quitter l’Algérie pour rentrer en France ?» Il avait ajouté que « cette situation d’un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile ».
 

Mettez «juifs» à la place de «musulmans» et c'est pour l'auteur de tels propos, non seulement des poursuites en justice pour antisémitisme mais aussi une mort sociale et médiatique immédiate assurée. Ce «deux poids, deux mesures» est insupportable pour tous les musulmans de France et risque, si ce mec n'est pas sanctionné, de renforcer un vieux préjugé antisémite : «les juifs tiennent les médias ».

Jochen Klein 1997

Jochen Klein 1997

Plusieurs associations viennent d'intenter des actions en justice contre Zemmour et ont aussi appelé les médias à cesser leur collaboration avec lui. C'est chose faite pour la chaîne I-télé. Sans surprise, le FN qui perd son cheval de Troie idéologique dans les médias du «système» hurle à la censure.

J'ai dit à ma mère que même sa tronche me débecquetait, et que je ne savais pas pourquoi il me rappelait Mégret. Elle, trouve qu'il a quelque chose de Ménard. Pouah ! Même physiquement, on revenait toujours au F Haine.

"Les damnés" de Luchino Visconti 1969

"Les damnés" de Luchino Visconti 1969

Gay FN

Les dirigeants du FN aiment l'Autriche, pourtant, ils devraient s'en méfier. Son numéro 1, Le Pen, au moment même où elle réfutait l'étiquette « extrême-droite » pour son parti dans son entreprise de dédiabolisation du FN, s'y était faite pincer en 2012 en train de faire la java avec le gratin autrichien et européen de la xénophobie, lequel compte en son sein bon nombre de néonazis et de négationnistes. Il y a quinze jours, c'était au tour de son numéro 2, Philippot de retrouver le récit de son séjour viennois avec son petit ami journaliste dans quatre pages du tabloïd «Closer » sous le titre « Oui à l'amour pour tous ».

Même si on peut déplorer que la vie privée des personnalités publiques soit de plus en plus difficilement protégée, la rédaction du magazine de « news people » a beau jeu de demander : «Comment peut-on imaginer qu’un couple homosexuel doit être traité différemment d’un couple hétérosexuel dans la presse ?» Du coup, s'éclaire la ligne ambiguë du FN sur le « mariage pour tous » : sous l'influence de Philippot, Le Pen n'a pas suivie la position historique du parti représentée par Golnisch et Maréchal-Le Pen, en restant prudemment en retrait, « laissant à l'UMP le soin de se battre (et de se débattre) pour la palme du conservatisme sociétal . Ce qui n'empêche pas Marine Le Pen de se dire favorable à une abrogation de la loi Taubira ou de soutenir le régime homophobe de Vladimir Poutine en Russie. » Se faisant le parti poursuivait également sa nouvelle stratégie empruntée aux mouvements populistes d’extrême droite néerlandais : se poser en défenseur des homosexuels, pouvant se sentir menacés par l’homophobie régnant dans les banlieues parmi les descendants d'immigrés, notamment musulmans.

Le rose et le brun

Le « outing » du n°2 du FN est une bonne nouvelle pour les gays : « je suis partout", pourra désormais penser le jeune homosexuel. En revanche, il confirme le risque de voir émerger un « homonationalisme » de gestapettes décervelées.

 

"Les damnés" de Luchino Visconti (1969)

- Plusieurs gars d'Ernst Röhm fréquentent des établissements à Paris. Vous savez qui c'est, Röhm ?
- Ce collaborateur du chancelier boche dont des hommes ont été exécutés il y a quelques semaines parce qu'ils étaient des invertis ?
- C'est ça.
- Vous dîtes que certains d'entre eux se trouvent à Paris ?
- Oui.
En réalité, Blèche ne savait pas grand-chose de ces énergumènes. La semaine précédente, le taulier de la folie, un café de la rue Victor-Massé, lui confiait avoir servi un verre à deux Boches, dont un client, un monsieur qui travaillait aux ambassades, lui avait dit : « Je les reconnais, ce sont deux dirigeants des chemises brunes. Ils se cachent à Paris pour échapper à la mort. » Après avoir découvert que l'élite armée de son parti était truffée de pédérastes, avait raconté l'homme des ambassades, le chancelier Hitler avait explosé, ordonnant de les faire assassiner jusqu'au dernier. […]

Le bal des hommes de Gonzague Tosseri (Robert Laffont)

Le rose et le brun

Carte de séjour "Douce France" (1986), reprise de la chanson de Charles Trenet

http://www.telerama.fr/cinema/a-locarno-la-belle-lecon-de-survie-de-joaquim-pinto,101097.php

"Below the cherry moon" par WhoMadeWho découvert dans le film "Et maintenant" de Joachim Pinto

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #vivre ensemble, #politique, #culture gay, #barbarie, #les fâcheux

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