mens sana in corpore sano

Publié le 19 Octobre 2021

Hajo Rose Untitled (Self-Portrait) 1931,  collection Thomas Walther du MOMA au Jeu de Paume
Hajo Rose Untitled (Self-Portrait) 1931, collection Thomas Walther du MOMA au Jeu de Paume

 

Alex Beaupain - Love on the Beat

 

Tout au long de l’interminable fermeture des lieux clos de pratique sportive pour cause d’épidémie de Covid (à Paris du 25 septembre 2020 au 9 juin 2021 pour la deuxième période de fermeture), j’ai été frappé par le fait que pour les autorités et les médias, ce n’était que très exceptionnellement un sujet, à la différence des cafés, restaurants et lieux de culture également fermés. Sans doute faut-il voir dans ce silence, le moindre pouvoir de ce secteur pour se faire entendre (4 600 salles de sport, 50 000 salariés et 7 millions de pratiquants tout de même), sans doute aussi que ça dit quelque chose de la place tenue par l’activité physique et sportive dans notre pays.

Les mesures administratives de lutte contre l’épidémie de Covid n’ont fait qu’aggraver une tendance lourde : les français, en particulier les jeunes sont trop sédentaires, comme frappés d’une épidémie de paresse.

Si ça peut être une consolation, le manque d’activité physique est un mal chez les adolescents du monde entier : « de la chaise d’école au siège du bus, du canapé au lit, et rebelote le lendemain… Dans leur vie quotidienne, de nombreux adolescents ne fournissent que très peu d’efforts physiques. »

Pour les jeunes, comme pour leur parents, le temps passé sur les écrans en plus d’altérer leur attention et leur fonctions cognitives de haut niveau, joue désormais un rôle non exclusif mais indéniable dans cette insuffisance d’activité physique.

Même si l’on observe de fortes disparités géographiques et sociales, une expertise menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), publiée en novembre 2020, a mis en évidence que deux tiers des jeunes de 11 ans à 17 ans « présentent un risque sanitaire préoccupant », en ne pratiquant pas au moins 60 minutes par jour d’activité physique. 49 % en étant « insuffisamment actifs », présentent « un risque sanitaire élevé », surtout les jeunes des milieux modestes et les filles.

Quant aux adultes de 18 à 79 ans, 37% ne pratiquent pas au moins « 150 minutes » (?) par semaine d’activité physique, comme le recommandent l’Anses et l’OMS.

Ce mode de vie favorise un autre fléau, la suralimentation et l’obésité, rajoutez à cela le stress et vous avez les 3 ennemis de la santé, les 3 S que citait toujours mon père : sédentarité, suralimentation, stress.

 

Scène de sport collectif
Scène de sport collectif

 

Au-delà de cet aspect santé physique, les preuves scientifiques sont robustes quant aux bienfaits de l’activité physique et sportive, également sur le développement cognitif, la réussite scolaire, le niveau de stress et l’intégration sociale. Selon Jean-Philippe Chaput, chercheur, des études montrent même que nos fonctions cognitives sont plus efficaces lorsqu’on est actif (L’inactivité des enfants, le nouveau fléau par Marc Belpois dans Télérama du 6/10/21). C’est dire qu’on a encore du pain sur la planche pour changer un mode d’enseignement où l’essentiel du temps se déroule assis 7 heures par jour, 5 jours sur 7, avec 3 heures par semaine d’EPS au collège et 2 au lycée.

Si l’on en croit cet article de l’Équipe, l’imposition du passe sanitaire ne semble pas trop pénaliser les salles de sport qui, depuis mi septembre, voient (re)venir des clients. Ma sœur qui en gère une me dit qu’elle a perdu les clients qui continuent à avoir la trouille de choper le Covid (on observe la même chose dans la culture où la clientèle est âgée), mais aussi ceux qui ne veulent pas se faire vacciner. Elle espère qu’avec l’arrivée de l’hiver et la fin des activités de plein air, certains se résoudront à (re)venir.

Pour les clubs sportifs encadrant les adolescents de plus de 12 ans, âge à partir duquel la vaccination a été rendue obligatoire, dans certains quartiers populaires, a fortiori dans les villes où la couverture vaccinale est plus faible, la fréquentation de ces clubs a drastiquement chuté.

 

Magazine Muscleboy (1963)
Magazine Muscleboy (1963)

 

Vente à la découpe du pionnier des salles de sports à Paris

 

Je suis arrivé le premier jour à la salle de sport et le coach m’a dit : « Monsieur, vous voulez muscler le haut ou le bas ? » Je lui ai répondu : « Monsieur, je vous avoue que je connais mon corps et je pense que je ne peux pas me permettre de faire une sélection. »

Paul Mirabel

 

Sur le sujet « mens sana in corpore sano », je ne suis pas à convaincre, je suis tombé dedans dès mon plus jeune âge. Jusqu’à ce que je quitte mes parents, la culture physique (on appelait ça ainsi à l’époque), je la pratiquais chez mon père. Quand je suis monté à Paris, il m’a fallu pour la première fois chercher une salle. Avec un camarade de mon école, on a fait de la musculation un certain temps dans la petite salle vieillotte tenue par un ancien culturiste pas très malin à Montparnasse, avant que je prenne un abonnement au Gymnase Club qui dominait alors le marché.

Moi qui ne voulait pas entendre parler de cours collectifs, j’ai définitivement abandonné au début des années 2000, la tournée en solitaire des appareils de musculation et de cardio-training pour un cours des Mills, le Body Pump, de la musculation en musique avec barres et poids.

 

JR the boy's guide to physical fitness
JR the boy's guide to physical fitness

 

Au même moment, en 2001, le Club Med racheta le réseau Gymnase Club, ça n’a pas changé grand-chose à part les couleurs de la nouvelle identité visuelle du Club Med Gym (CMG) qui ont remplacé celle du Gymnase Club, et des tarifs qui ont continué à augmenter inexorablement chaque année.

En effet, la demande pour le fitness est en pleine croissance pour une offre relativement concentrée. Ça n’a pas manqué, malgré les coûts d’entrée, au début des années 2010, la France a connu à son tour l’offensive des clubs Low Cost qui dure encore, avec des tarifs deux à trois fois moins chers.

Le CMG a beau segmenter son offre, il demeure dans l’ensemble de milieu de gamme, souvent moins rutilante que celle des nouveaux entrants. C’est ainsi qu’il s’est mis naturellement à perdre des clients : il ne parvenait pas à justifier ses prix très supérieurs. Pour la première fois de son histoire, il cessa d’augmenter ses tarifs, il les abaissa même, mais pas suffisamment pour stopper l’hémorragie.

En 2014, sans que je ne le remarque, le CMG, cédé depuis 2008 à 80 % au fonds 21 Centrale Partners, devint CMG Sports Club. En 2016, le réseau est de nouveau vendu au fonds LFPI qui licencie l’année d’après. De notre côté, on a juste remarqué que de bons profs n’étaient plus là.


Entre-temps, après des douleurs durables au genou que me valaient le Pump et la vieillerie, je l’ai remplacé par du yoga que j’ai pratiqué trois ans, puis par du Body Balance, où je retrouvais en musique, pas mal de yoga, un peu de Pilates et, parce que c’est gracieux, quelques enchaînements de Tai Chi.

Tai Chi 42 form avec Maître Sing TRAN

 

Faute d’alternative satisfaisante (Jérémy me disait du mal des séances d’essai de Body Balance faites chez les concurrents), j’ai toujours renouvelé mon abonnement, jusqu’à récemment, où je n’avais plus le choix, il fallait que je me tire ailleurs.

En effet, dès l’annonce d’autorisation de réouverture des salles le 9 juin, toute la profession était au taquet, dont ma sœur (9 mois de fermeture tout de même), pas au CMG qui, à moins de deux semaines de la réouverture autorisée, n’avait toujours pas fait d’annonce de confirmation à ce sujet, ni par mail, ni sur le site, ni sur réseaux sociaux. Et, je me suis dit alors que quelque chose clochait.

J’ai aussi interpellé par mail le service client de mon inquiétude, lequel m’a fait la réponse agaçante suivante : « Le calendrier de déconfinement présenté par le Gouvernement envisage une réouverture des clubs de sport le 9 juin prochain, en fonction de l’évolution des indicateurs sanitaires. Nos équipes travaillent activement sur le protocole d’hygiène et sécurité qui vous sera partagé très prochainement. Toute l’équipe reste à votre disposition pour toute précision éventuelle. »

Si les salles du CMG ont bien rouvert à la date dite, le club de République le plus proche de chez nous, avait disparu de l’offre sur le site, tout comme celui de Bagnolet où j’allais un temps également. C’est ainsi qu’en fouillant le web, j’ai appris dans un article de décembre 2019 que CMG sports club avait été vendu aux frères Benzaquen propriétaires du KEN group créé par leurs parents, et qu’à grands renforts d’investissement, ils allaient faire monter en gamme l’enseigne.

En juillet, la clientèle reçut tout de même un courriel porteur d’une autre mauvaise nouvelle : la salle Monceau que je fréquentais, serait aussi fermée la plus grande partie du mois d’août en raison de « problèmes structurels ». Heureusement que j’étais en vacances ailleurs, car l'offre de cours de Body Balance (BB) désormais disponible dans ma zone de vie, se trouvait désormais réduite à deux salles. Mais ce n'était pas fini.

Body Balance 75 Les Mills - Fitness Sports Valle las Cañas

 

La deuxième semaine de septembre j'apprenais d'un professeur du club de Palais Royal, qui en avait été informé le jour même (des salariés autant maltraités que les clients), que cette salle nous serait interdite dès le lendemain parce que cédée à une déclinaison d’Easy Jet, Easy Gym. Information confirmée le lendemain, sur le site du CMG Sports Club, où la salle avait subrepticement disparue de la carte des salles de l'enseigne.

Ainsi, juste avant la fin de mon abonnement, je ne naviguais plus qu’entre deux salles, Nation et Monceau. Un client de Nation m’a dit qu’il avait renouvelé le sien en faisant le pari que le centre ne serait pas cédé avant juin prochain. « Pari très risqué, lui ai-je dit, je n’ai aucune confiance dans ces affairistes qui font leurs coups en douce de vendeurs à la découpe, sans un seul égard pour leurs clients et leurs salariés. »

J’ai posé la question aux revues de consommateurs de la légalité du procédé et du préjudice subis, sans réaction de leur part. L’Inspection du travail pourrait aussi s’intéresser à ce secteur en voie d’uberisation" accélérée où le rêve de faire disparaître le statut de salarié serait, selon un prof du CMG Sports club, en train de se réaliser pour les encadrants sportifs.

 

Magazine Mandate oct. 1982
Magazine Mandate oct. 1982

 

Bon, en attendant, c’est pas le tout mais je voudrais bien pouvoir continuer à pratiquer le BB. Pour cela, j’étais prêt à payer cher, mais le moins pire des choix d’ici fin décembre pourrait être trois salles aux couleurs criardes d’un pionnier du low-cost dans l’aérien. Quelle misère que la loi du marché !

 

Alex Ramirès - La salle de sport

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