Les notes gay de Thomas Querqy
UN JOURNAL INTIME EN LIGNE ?
Toujours surprenant de trouver dans un moteur de recherche de blogs la catégorie « journal intime ». L’intime n’est-il pas
ce que l’on cache en général au plus grand nombre ? Le journal intime n’est-il pas ce cahier que dissimule toujours avec moult précautions la jeune fille ; pas même sa mère (surtout pas sa
mère !) ne doit tomber de dessus.
Par pudeur, et puisqu’on n’a droit qu’à un thème, je n’ai donc pas référencé ce blog dans le thème « journal intime ».
Mais l’intime, c’est aussi ce qui est intérieur et profond, ce qui constitue l’essence d’une personne. Ma nature intime est gay, homosexuel devrais-je dire, pour davantage signifier la prégnance du désir homosexuel dans mon existence, désir toujours contrarié par l’homophobie et la pandémie du Sida.
La plupart des blogs sont constitués d’une succession de billets rédigés à chaud et apparaissant dans un ordre ante chronologique, ce carnet Web est différent : j’y ai mis régulièrement en ligne des extraits d’un journal commencé en novembre 1998, à l’âge de 36 ans.
En accédant à mon intimité, peut-être
lecteur trouveras tu des réponses à tes propres questions, des références manquantes à ta culture gay, tandis que moi, en "m’exposant", je donnerai un sens nouveau à toutes ces lignes écrites et,
qui sait, aurai-je aussi le plaisir de te lire.
30/11/2006 - Les extraits de ce journal/carnet commencé en 1998 sont
désormais en ligne. En trois mois, ce sont près de 150 pages, sans compter les illustrations, que je vous ai livrées. Puisque le passé a rejoint le présent, la fréquence de mes « post »
va se ralentir.
10/4/2008 - Ce blog est confidentiel : chaque jour, vous êtes en moyenne 127 internautes à parcourir 3 "posts".
Courrier International a reproduit dans son numéro 850 un article du journal sud africain Mail &
Guardian. L’auteur de l’article, Terry Leonard, évoque la législation progressiste de son pays en matière de lutte contre les discriminations anti-homosexuels (protection constitutionnelle,
légalisation récente du mariage de couples de même sexe) et la permanence d’une très forte homophobie (viols de lesbiennes, meurtres...). Pourtant, grâce à la protection de la loi, une
« communauté homosexuelle » se fait plus visible dans les grandes villes, et dans les townships, existent des lieux où les homosexuels peuvent se retrouver dans la clandestinité.
Comparé à la plupart des pays d’Afrique, l’Afrique du Sud ferait de ce point de vue presque figure d’Eldorado pour gays, si ce n’était la prévalence de l’infection par le VIH chez les homosexuels
(un tiers à Durban d’après une étude de 2006) contre probablement 25 % toutes populations confondues.
http://www.rfi.fr/actufr/articles/083/article_47511.asp
Partout en Afrique, l’homosexualité est considérée comme un phénomène étranger à « l’africanité », comme une importation de l’homme blanc. Ce qui est intéressant dans cet article, c’est que l’auteur fait réfuter ce lieu commun, en avançant d’une part que ce n’est pas l’homosexualité qui a été importé par les blancs mais l’homophobie « drapées dans des doctrines religieuses » inexistantes « avant son arrivée », d’autre part que l’homosexualité était selon les anthropologues « largement tolérée dans l’Afrique précoloniale ». A titre d’exemple est cité le cas des azandés : « Le britannique Edward Evan Evans-Pritchard a découvert par exemple que les guerriers azandés du nord du Congo avaient l’habitude de se marier avec de jeunes hommes, qui faisaient office d’épouses temporaires. »
http://www.abvent.fr/agencevu/visa2004/photos/Munoz%20Ethiopie/index4.htm
Intrigué, un brin sceptique, j’ai fait une petite enquête sur le Web.
Dans un article de Sciences Humaines consacré au livre « Métamorphoses de la parenté » d’une grosse pointure de l’anthropologie, Maurice Godelier, il est confirmé dans un encadré « Homoparentalité : un modèle à construire » l’homosexualité temporaire chez les azandés.
Comme souvent avec Internet, la requête fournit l’occasion de découvrir un article en marge de ce que l'on recherche, mais passionnant, en
particulier pour ceux qui s’intéressent à la question de l’homoparentalité :
Dans « Métamorphoses de la parenté », Maurice Godelier revisite en six cents pages l'essentiel des théories de filiation et d'alliance. D'où il ressort que, pour l'essentiel, la famille est beaucoup moins liée aux besoins de la reproduction qu'aux idées politiques et religieuses des sociétés humaines. Nicolas Journet.
http://www.abvent.fr/agencevu/visa2004/photos/Munoz%20Ethiopie/index9.htm
Sur le cas de l’homoparentalité, Nicolas Journet rapporte :
Le fait est que, jusqu'à présent, on ne connaît pas de société qui le pratique pleinement et ouvertement (le droit accordé à des couples homosexuels d'établir des liens de
filiation avec des descendants). En effet, dans les exemples connus, il s'agit de couples de même sexe élevant des enfants, mais n'ayant pas de rapports
sexuels. Ou bien certains peuples concluent des mariages entre hommes, mais ce lien sexuel n'a pas vocation à la formation d'une famille. C'est, en quelque sorte, l'équivalent d'un Pacs.
(...)
Il paraît difficile à l'anthropologue d'apporter un avis informé sur la question : M. Godelier
souligne que la reconnaissance et l'acceptation de l'homosexualité ont varié dans l'histoire des sociétés occidentales, mais n'ont jusqu'à présent pas été associées au désir d'élever des enfants.
La nouveauté est dans la volonté de le satisfaire. Selon M. Godelier, ce désir d'enfant adopté n'est pas particulier aux homosexuels : il se manifeste aussi chez de nombreuses femmes seules,
témoignant du fait que parentalité et couple hétérosexuel ne sont pas inconditionnellement liés.
http://www.scienceshumaines.com/les-cinq-lecons-de-parente-de-maurice-godelier_fr_4576.html
Socio-logos, la revue publiée par
l’Association Française de Sociologie, ouvre ses colonnes à un très jeune sociologue camerounais Charles Guébogo avec un gros dossier « Homosexualité
en Afrique : sens et variations d’hier à aujourd’hui ». Il vient par ailleurs de publier chez l’Harmattan l’ouvrage La question homosexuelle
en Afrique, le cas du Cameroun
http://www.webzinemaker.com/admi/m3/page.php3?num_web=46212&rubr=4&id=313423
Dans une véritable somme très rigoureuse, parsemée d’exemples toujours « référencés », Charles Guébogo démonte le mythe d’une Afrique subsaharienne « épargnée » par les pratiques homosexuelles, aujourd’hui comme hier.
Il commence par traquer dans différentes langues toutes les expressions utilisées pour désigner de manière très précise toutes les variations possibles d’actes homosexuels qu’ils soient ou non identitaires. Puis passe en revue :
- les pratiques homosexuelles entre les classes d’âge : les jeux érotiques chez les jeunes garçons
- l’homosexualité dans les rites initiatiques
- l’homosexualité en l’absence d’hommes et/ou de femmes (auquel se rattache le cas des guerriers azandés susmentionnés)
- « gender-defined homosexuality » ou l’homosexualité définie à travers le genre (par exemple autorisation donnée à un homme travesti à vivre « en femme » et aussi à avoir des relations homosexuelles)
L’auteur ne manque pas aussi d’expliquer en quoi ce qu’il a décrit s’inscrit dans des sociétés très différentes de nos sociétés occidentales,
et par conséquent avec des significations elles-mêmes différentes. Dans tous les cas, rien qui ne ressemble aux formes contemporaines de l’homosexualité en occident.
http://socio-logos.revues.org/document37.html#tocto8
Le meilleur
livre lu sur l’Afrique, (les « Afriques » devrais-je dire pour citer son auteur), écrit par un journaliste de l’agence de presse polonaise
envoyé sur ce continent dans les années 60.
Si, je ne sais par quel miracle vous y aviez échappé, dernière chance de ne pas mourir idiot :
http://www.koreus.com/media/jesus.html
Commentaires