Des blogs aux « récits de vie » des néo-humains de Michel Houellebecq

Publié le 15 Décembre 2006

 


 

L’air des bijoux
Carnet de voyage dans les Pouilles (Italie) - Journée du mardi 9/7/2002


En exergue du « garçon convenable » de Vikram Seth, une citation de Voltaire : « Le secret d’ennuyer, c’est de tout dire. »

 

« Quoi de neuf depuis avant-hier ? » Demandé-je à Gabriel. Silence, bien qu’il ait levé les yeux de son Wilkie Collins. Puis finalement : « Tu n’as qu’à écrire ce que Louis XVI avait inscrit sur son journal le 14 juillet 1789 : « Rien ». »

 

Je parcours le site d’un regard. Cette calanque de Porto Badisco est vraiment belle, surtout depuis que le soleil a rejoint l’horizon. Sur notre éminence rocheuse, il ne reste plus que nous deux, et à quelques mètres, un jeune homme ténébreux, cheveux, maillot et lunettes noires. Un peu en retrait, un garçon, la clope au bec et son huski viennent aussi de s’installer. Et là que vois-je ? Son pénis qui repose tranquille dans la béance de son short. Réflexe prude, je baisse les yeux, pour aussitôt le fixer de nouveau. Il n’y a pas de doute, ce jeune garçon à la tête un peu canaille, promène non seulement son chien mais aussi son sexe. Je me retourne de nouveau, le garçon a allumé une nouvelle cigarette et a opéré une translation qui améliore encore la visibilité de son entrejambe. « C’est pas possible ! Il le fait exprès ? Il allume ?! » Du coup, je jette un coup d’œil à l’autre solitaire : « y aurait-il un jeu entre eux ? » Pas évident a priori. Je demande à Gabriel :

 

-          t’as vu ce que j’ai vu ?

-          quoi donc ?

-          je t’expliquerai.

 

Sur l’insistance de Gabriel, je lui désigne le garçon et il assiste au même spectacle que moi.

Peu de temps après il lèvera le camp, je lui jetterai un regard, qu’il me rendra en me regardant droit dans les yeux (il a bien une belle tête de mauvais garçon). Il sera suivi de peu par le ténébreux.

 

 

Wolfgang Tillmans - Dunst

 

J’ai alors raconté à Gabriel, l’anecdote des couilles de Jacques Chabrier. Nous campions à Gavarny dans les Pyrénées avec une vingtaine d’amis de mes parents, pour suivre mon père dans sa passion de grimper sur tous les sommets de la région. L ’album photo de ma jeunesse que mon géniteur m’a offert m’indique que c’était un été 1977, j’avais 15 ans. Un jour, en cercle comme des indiens, le groupe discutait. Je n’avais déjà pas les yeux dans ma poche et c’est donc moi qui ai lancé l’info : La béance du short de Jacques Chabrier, qui n’était pas un premier prix de beauté, permettait de profiter d’une vue exceptionnelle sur deux grosses et magnifiques couilles. Au fur et à mesure où l’information faisait le tour du cercle, la conversation mourrait peu à peu et laissait la place à des sourires et des gloussements.

Si l’absence d’intention d’exhibitionnisme de Jacques Chabrier ne fait aucun doute (le pauvre est depuis mort en montagne), je suis presque sûr que ce garçon mettait sciemment ses « bijoux » à l’air.  

 

Il est vrai, avons-nous convenu, que dans ce pays où l’instinct grégaire est aussi développé, nous ne pouvons nous empêcher de regarder comme des pairs, tout individu de sexe mâle prenant un bain de soleil seul, loin des siens, des femmes, des mères, des filles et des enfants. Avec bien sûr un risque non négligeable de se tromper...

 

 

 

Des blogs aux récits de vie des néo-humains de Michel Houellebecq

 

 
 

Michel Houellebecq Célibataires (Présence humaine - 2000)

 

Selon le cabinet américain Forrester, la France est le pays d’Europe qui compte le plus de blogueurs actifs, près d’un million de personnes écrivent des pages personnelles sur Internet. Autre constat : on blogue plus au sud qu’au nord de l’Europe. Gabriel, qui a travaillé plus de trois ans au sein d’une équipe européenne multinationale, n’est pas vraiment étonné. Il voit dans l’écriture d’un blog une manière de s’épancher plus méditerranéenne que scandinave, plus italienne que finlandaise, ce qu’il a systématiquement expérimenté dans ses relations de travail. Je lui ai objecté que le blog pouvait être une façon plutôt facile de s’exprimer pour des introvertis, mais c’était une objection d’extraverti. Quoi qu’il en soit, il semble que la prééminence de Skyblog dans la blogosphère française soit pour quelque chose dans notre  suprématie en la matière, autrement dit, peut-être, s’agit-il avant tout d’un phénomène d’ados s’étant emparés d’une technologie.

 Sources : Télérama du 29 novembre 2006 et http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-la-france-pays-du-blog-selon-forrester-21461.html

 

 

Parmi les blogs, des journaux intimes, des récits de vie....

 

Dans le dernier roman de Michel Houellebecq, « La possibilité d’une île », une partie de l’humanité a échappé au naufrage de la vieillesse en se suicidant après avoir laissé un échantillon d'ADN et son «récit de vie», afin d'être cloné en néo-humain. Quand, à son tour, le clone a passé la cinquantaine, lui aussi se suicide et consigne par écrit sa mémoire pour laisser la place à un successeur, obtenu sans fécondation ni mère porteuse.

 

 

P. 93-  Il est recommandé aux humains d’aboutir, dans toute la mesure du possible, à un récit de vie achevé, ceci conformément à la croyance, fréquente à l’époque, que les derniers instants de vie pouvaient s’accompagner d’une sorte de révélation. L’exemple le plus souvent cité par les instructeurs était celui de Marcel Proust, qui sentant la mort venir, avait eu pour premier réflexe de se précipiter sur le manuscrit de la Recherche du temps perdu afin d’y noter ses impressions au fur et à mesure de la progression de son trépas.

 

Bien peu, en pratique, eurent ce courage.

 

Daniel 24,7

 

P. 191- Aucun sujet n’est davantage abordé que l’amour dans les récits de vie humains comme dans le corpus littéraire qu’ils nous ont laissé ; l’amour homosexuel comme l’amour hétérosexuel sont abordés, sans qu’on ait pu jusqu’à présent déceler de différence significative ; aucun sujet non plus n’est aussi discuté, aussi controversé, surtout pendant la période finale de l’histoire humaine, où les oscillations cyclothymiques concernant la croyance en l’amour devinrent constantes et vertigineuses. Aucun sujet en somme ne semble avoir autant préoccupé les hommes ; même l’argent, même les satisfactions du combat et de la gloire perdent en comparaison, dans les récits de vie humains, de leur puissance dramatique. L’amour semble avoir été pour les humains de l’ultime période l’acmé et l’impossible, le regret et la grâce, le point focal où pouvaient se concentrer toute souffrance et toute joie.

Daniel 25,2

 

http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=49033/idR=200/idG=3

http://www.politis.fr/article1442.html

 

 

 

Ma détestation du personnage médiatique et du vacarme marketing croissant autour de la sortie de chacun de ses livres ne m’a pas empêché d’aimer chacun des romans de Michel Houellebecq et par-dessus tout son dernier. Il suffit d’éteindre la télé chaque fois qu’il apparaît et d’acheter ses livres une fois que l’injonction de le faire est passée.

Dès « Extension du domaine de la lutte » son premier roman, j’ai retrouvé l’intérêt que j’avais eu à lire tous les livres de Milan Kundera (oui je sais, la comparaison est pour le moins inattendu). Qu’ont-ils en commun ? Des livres ni romans, ni essais, ni récits (pour Kundera), un peu des deux ou des trois. Des livres d’hommes qui donnent à penser la condition humaine dans une époque.

 

Hier soir, alors que nous sifflions allègrement un Bordeaux vinifié à la façon des vins du « nouveau monde » (autrement dit rien qui ne ressemble à un Bordeaux), je me suis écrié enthousiaste : « Dans 200 ans, quand des chercheurs étudieront notre époque,les mentalités, ce qui nous préoccupait, l’œuvre de Houellebecq, bien que de fiction, leur offrira un matériau de premier choix. »

 

Le site de l’écrivain : http://houellebecq.info/index.html

 

 

PS Adaptation réussie des Particules élémentaires par le réalisateur allemand Oskar Roehler :

http://www.tfmdistribution.com/lesparticuleselementaires/

 

 

 

Solidarité masculine

 

TD d’informatique - A la pause, Nuwas montrait ce clip à ses camarades. Il m’a tendu son écouteur de MP3 pour que j’en profite :

 

http://www.dailymotion.com/visited/search/pissoti%C3%A8re/video/xcoa0_solidarite-masculine

 

 

Variety of love - Attila Richard Lukacs

Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #touriste, #Italie, #livres, #culture gay, #technoscience, #trépalium

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O
Kundera, je l'ai découvert avec "la plaisanterie" , c'était bien avant la chute du mur... au siècle dernier. Un beau livre.Houellebecq je n'ai rien lu ... peut être plus tard. ..J'aime bien le blog littéraire de "in cold blog" http://incoldbol.blogspot.com . A propos de blogs d'ados, sur Arte j'ai enrendu qu'un ado sur deux possède un blog. Certains en ont plusieurs, jouant ainsi sur plusieurs registres à la fois. Une façon d'expérimenter, d'explorer différentes facettes de leur personnalité. On peut espérer qu'ils trouveront une manière de se manteller, de se découvrir et devenir adulte. A+
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T
ça y est "incoldblog" est bookmarké, merci.<br /> Je regrettai d'avoir manqué cette théma mais entre ton article et ce complément, je sais presque tout de ce qui a été montré, non ? <br /> J'avais oublié combien les jeux de certains ados peuvent être confondants de bêtise (les extraits vidéos). Le phénomène multi blog est en revanche fascinant.<br /> @+