Publié le 14 Décembre 2007

 
 
Dans son livre « Parlez vous le politiquement correct ? », Georges Lebouc s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat". L’agacement du « licencié en philologie romane » n’est pas vraiment original, il a au moins l’âge du phénomène.
Pour ce qui me concerne, il y a plus de dix ans, je me souviens avoir polémiqué contre le politiquement correct avec des amis, qui avaient fini par me convaincre qu’il pouvait être un mal nécessaire. Ça ne m’a pas empêché de me régaler à la lecture de contes pour enfants réécrits en « politiquement correct »
 
Le politiquement correct, traduction littérale de « politically correct » nous vient bien sûr des Etats-Unis où s’est imposée cette police du langage visant à éviter de blesser, choquer, ou ostraciser certaines catégories de personnes, en particulier les noirs, victimes de toujours du racisme.
La rhétorique « politiquement correcte » est ainsi par nature envahie d’euphémismes exigeant souvent de longues périphrases. Sa pratique est certes contraignante (souvent ridicule, agaçante, parfois amusante), mais l’intention est difficilement contestable : faciliter le « vivre ensemble ».
 
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Robert Mapplethorpe


Depuis, le champ du politiquement correct, comme procédé d’euphémisation, a de manière singulière envahi les discours sur l’économie, le politique et le social, produits notamment par les journalistes, les publicitaires, les sondeurs d’opinions, l’administration et les politiciens, au point de s’apparenter souvent à une nouvelle Novlangue (Voir par exemple LQR La propagande au quotidien d'Eric Hazan ).
Monsieur Lebouc nous parle aussi (et surtout) de cela et, pour des raisons autres que celle d’un « aplatissement » de la langue, nous partageons sur ce dernier point son agacement.
 
Malheureusement il discrédite son combat par un énorme amalgame : le « politiquement correct » des origines qui vise à réduire la violence et l’arbitraire des mots désignant des personnes, et celui qui consiste à atténuer la violence, le caractère intolérable de mesures économiques ou de guerres, ou de n’importe quel fléau. 
Ce qui le conduit à déplorer sur un même plan la préférence « d’oncologie » plutôt que « cancérologie » et de ne plus pouvoir « appeler un chat un chat » en utilisant des mots étrangers : « on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. »

Patatras ! L’homosexuel assumé mais qui ne tient pas être désigné socialement par sa seule sexualité ne peut  s’empêcher d’entendre : « on ne peut plus traiter personne de fiote ».

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Peter Orlovsky et Allen Ginsberg
(photo : Richard Avedon)
 
D’ailleurs, sans surprise, un site animé par des personnes dont les valeurs doivent être assez éloignées des miennes, n’a pas manqué de reproduire en gras le passage où l’énervement de Monsieur Lebouc se met à sentir mauvais. On pourra surtout apprécier ce qu’en fait avec beaucoup moins de retenue l’auteur d’un autre blog (pour cela taper « Lebouc politiquement correct » dans Google).
 
Décidément, on semble ne plus finir de solder mai 68 : après « la droite décomplexée », la radinerie assumée, faudra-t-il bientôt renouer avec l’homophobie, le racisme, le machisme (etc.) décomplexés ?
 
[1] Article/entrevue de C. Mallaval publié dans Libération et dans Le Temps de Genève
 
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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #homophobie, #vivre ensemble, #libertés

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