Publié le 3 Août 2009


 

Martin Parr - Venice 2005

 

San Marco en aveugle

 

Malgré la foule et une longue queue rebutantes, j’ai cédé à l’insistance légitime de Gabriel à vouloir visiter la basilique San Marco. Las ! Mon pauvre chéri n’en a eu qu’un très vague aperçu : il avait sur le nez ses lunettes de vue pour le soleil... très protectrices, très noires.




 

Fils de rois : Moussa (Louxor 2008) par Denis Dailleux (Vu) 

 

Île de rêve

 

A Kyoto l’été dernier[1], assommés par la canicule, comme quelques années plus tôt au Cambodge, on s’était promis de faire une pause l’été suivant, auprès de « ma mer », en Méditerranée[2].

Dans une île de préférence, pour, où que l’on aille, jamais ne quitter des yeux « la grande bleue », toujours l’entendre, toujours la respirer.

Grèce ? Italie ? Espagne ?... Croatie ? Turquie ?...Corse ?

Rêve de se poser sur une île épargnée par les migrations estivales de masse, dans une jolie maison, du genre de l'aubaine dont on avait profité à Patmos.

 


[1] http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-22169102.html

[2] Pour Gabriel, natif de la France de l’Ouest, « sa mer » est plutôt l’Océan, mais il s’est rangé sans difficulté de mon côté.

 

 


Une île qui serait boisée de pins vert tendre, d’oliviers ou d’amandiers, plus que de maquis parfumé...

Des plages pas ou peu fréquentées. Et va pour les galets si l’eau est translucide !...

Une terrasse ombragée par une treille ornée de grappes vertes...

Des bougainvilliers, forcément...

D’autres îles alentour pour briser la monotonie de l’horizon...

Des cigales qui font la foire toute la journée...

Brise du soir pour l’apéro, brise du matin au lever...

La jolie « déco » d’une maison de vacances dans laquelle on se sent chez soi.... Un lieu où il fait bon faire la sieste au moment où l’ardeur du soleil peut vous tuer.

Une île qu’on sillonne à pieds mais surtout, (quel bonheur !) en Vespa en pensant à Nanni Moretti dans les rues de Rome.[1]

 


[1] Journal intime (Caro diario)



Et bien cette île, j’ai fini par la dégoter.

 

Non.

Non, je ne dirai pas son nom ! C’est fragile une île de rêve.

 


 



A Mykonos, un jeune type nous alpague sur le port, il propose de nous louer une chambre. Les cheveux bouclés noirs, le regard très bleu, le marcel avec les poils qui dépassent, les épaules de pêcheur d’éponges, toute la panoplie est en ordre pour que Cyrille s’agite un peu ; je pense que ce serait une solution, cette fois le séjour ne s’annonce pas trop mal. La chambre est grande, blanchie à la chaux, et elle ouvre sur la mer par un balcon de bois que l’on voit sur les cartes postales.

Goguenard, le type nous montre que les trois lits sont bien espacés, il doit avoir l’habitude des trios de pédales sur le retour ; notre jeunesse, nos manières lisses sont une première ; il précise toujours sur le même ton badin qu’on peut amener des filles mais pour les garçons qui traînent aux terrasses des tavernes c’est interdit ; il y a bien assez de plages pour ça. La bonne ambiance dure quelques jours, l’île n’est pas encore inscrite au menu des groupes organisés et les habitants n’ont pas été pourris par le tourisme. On y croise surtout des pseudo-artistes nordiques, des traîne-patins américains, des Hollandaises chic filles et maternelles, la jeunesse dorée d’Athènes. La vie n’est pas chère, on s’arrange avec quelques drachmes au jour le jour, on se nourrit de souvlakis, il n’y a qu’une seule boîte où toute la petite colonie se retrouve et danse le sirtaki en s’envoyant force rasades d’ouzo et de résiné.

 

La mauvaise vie de Frédéric Mitterrand




 
Nus

 

Avec toutes les fenêtres et volets ouverts, aucune difficulté pour se réveiller ce matin. On compte bien caser une ultime trempette sur la « Mikros M.», la petite plage en bas de chez nous, avant d’aller prendre le bus pour rejoindre le bateau du retour.

« Merde ! On ne sera pas seul ! » La dizaine de personnes toutes équipées d’un petit sac à dos que Gabriel appelle « le groupe de parole », descend en file indienne silencieuse le sentier qui conduit à la plage.

Après la quinzaine de minutes de marche, on y trouve à sa gauche, les deux ados du groupe qui tuent le temps comme tous les garçons au bord d’un plan d’eau, c’est-à-dire, en rivalisant de jets de pierres pour faire des ricochets, à droite dans les rochers, sur un carré aménagé, le reste du groupe faisant un  Tai chi chuan matinal.

Tout ce petit monde porte culotte mais tant pis, cette fois-ci pas question de mettre maillot, on ne pourrait pas le faire sécher. À poil !




Mon « linguiste » favori m’a fait remarquer que l’inscription de « (plage) naturiste » en grec badigeonnée sur la petite maison en ruine devait avoir la même racine que gymnase, où les athlètes de l’Antiquité s’entraînaient nus.

Au spectacle de notre nudité, j’ai radoté dans un soupir sourire : «La décadence d’Athènes commença lorsque les Grecs cessèrent de fréquenter les gymnases. »[1]


[1] André Gide dans son "Corydon" (1922 – NRF Gallimard )

 

Duane Michals The most beautiful part of a man’s body

 



Quand, à Cleveland ou à Stockholm, à Cracovie ou à Kiev, on pense à Venise, Istanbul, Alexandrie, à Rome, à Athènes, le désir est, bien sûr, de s’évader, de partir vers les plages ensoleillées d’une mer heureuse ; n’est-il pas aussi, conscient ou non, de revenir un moment à cette source, à ces lieux féconds dont on sait depuis l’enfance que des demi-dieux y menèrent une existence moins terne et moins grossière ? Des hommes parfaits, qui parlaient un meilleur langage et possédaient le sens des proportions justes. Quand nous rêvons d’accomplissement humain, de la fierté et du bonheur d’être homme, notre regard se tourne vers la Méditerranée.

 

La Méditerranée Fernand Braudel/ George Duby L’héritage par Georges Duby

 


 

 

Divine You think you're a man 1984

 

Libéralisme sexuel

 

Paulo est revenu d’une virée à la plage de sable pendant qu’on faisait la sieste, en se plaignant d’avoir vu une fille sublime, mais qui, bien évidemment, était accompagnée d’un apollon. « Et bien tu vois, nous, c’est pareil, lui ai-je répondu, chaque fois qu’on remarque un beau gosse, à coup sûr, il est hétéro.»
 

Décidément, me disais-je, dans nos sociétés, le sexe représente bel et bien un second système de différenciation tout à fait indépendant de l’argent ; et il se comporte comme un système de différenciation au moins aussi impitoyable. [...] Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l’amour tous les jours ; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Certains font l’amour avec des dizaines de femmes ; d’autre avec aucune. C’est ce qu’on appelle la « loi du marché ». [...] Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.

 

Michel Houellebecq Extension du domaine de la lutte 1994

 



Notesgaydethomas/ Des blogs aux" récits de vie" des néo-humains de Michel Houellebecq


 


Etalons de Troie - Ralf König - Glénat



Konrad Helbig - Ragazzi

 

 

 

NGT / Fantasme d'Athènes

 

 

 

 

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #touriste, #les années, #livres, #Grèce

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