Publié le 17 Novembre 2014

Haus der Kunst Münich

Haus der Kunst Münich

 

Gabriel à qui je demandai ce qui l’avait marqué dans ce séjour à Munich, m’a spontanément répondu : « J’ai trouvé cette ville très allemande ». Comme je ne voyais pas bien ce qu’il entendait par cette lapalissade, je l’ai relancé d’un « Mais encore ? »… « J’ai été surpris de ne jamais pouvoir voir les Alpes qui ne sont pourtant pas loin… J’ai aussi aimé cet immense parc en plein centre ville.» Sans plus de précisions.

Mon compagnon évoquait-il « le festival des couleurs qui enflamment les arbres » et les odeurs de décomposition végétale si caractéristiques de la nature en Automne, ou bien ces surfeurs du jardin anglais (der Englischer Garten) qu’il a longuement photographiés ? En effet, des garçons surfant sur les eaux glacées d’un canal de l’Isar est sans doute le spectacle le plus inattendu offert par ce beau parc.

Richard Wagner - Lohengrin - Prelude

Photo : David Amstrong

Photo : David Amstrong

Curieusement, le rare souvenir de l’arrêt que je fis à Munich à l’âge de quinze ans est également aquatique, une image de kayakistes dans les flots tumultueux d’une rivière artificielle construite pour les jeux olympiques. L’oncle d’Aloïs, mon correspondant allemand, nous avait alors fait monter dans sa Mercedes coupé cabriolet pour une journée de ballade jusqu’aux rives du Danube. Un célibataire, professeur, « un ami » avait été évoqué…

Laura elle n’était pas revenue à Munich depuis son retour en France, quinze ans auparavant. A l’âge de 18 ans, fuyant sa famille névrotique, elle débarquait comme fille au pair dans la capitale bavaroise chez un couple qui l’exploitera de manière éhontée le temps qu’elle trouve une autre famille. Elle fera à Munich la plus grande partie de ses études.

Grâce à elle, pour la première fois, on a débarqué dans une ville inconnue sans avoir lu une seule ligne, sans guide touristique, ni même un plan (Laura compense son absence de sens de l’orientation par une application sur smartphone).

Munich est une ville riche, sans doute la ville la plus chère d’Allemagne pour un touriste, mais notre compagne de voyage nous a déniché une pension relativement bon marché dans le quartier où elle vivait, dans West-Schwabing, non loin de la ville universitaire (Studentenstadt) et surtout à proximité des nombreux musées d’art où nous avons passé la plus grande partie de notre temps.

Herbert List - Munich. Ruines de la Nouvelle Pinacothèque. Hiver 1945-46.

Herbert List - Munich. Ruines de la Nouvelle Pinacothèque. Hiver 1945-46.

Herbert List - Munich. Glyptothèque. Hiver 1945-46.

Herbert List - Munich. Glyptothèque. Hiver 1945-46.

On a ouvert le feu avec la Lenbachhaus qui vaut vraiment le détour pour sa collection, notamment les œuvres d’artistes du Blaue Reiter, de la Neue Sachlichkeit, d’artistes contemporains, mais aussi pour son architecture éclectique : une villa de style florentin construite à la fin du XIXe siècle, et une extension récente de Norman Foster.

Au rez de chaussée de l’extension le restaurant Ella propose des formules de déjeuner et petit-déjeuner de qualité à des tarifs décents.

Le lendemain, notre trio se désaltérait sur sa terrasse ensoleillée d’un SaftSchorle (de l’eau gazeuse avec un peu de jus de fruit), lorsque une ancienne amie d’étude à Munich est tombée dans les bras de Laura. Les deux copines, d’une décennie plus jeunes que nous pourraient assez facilement passer pour des étudiantes attardées.

On a tout de suite suivi le conseil d'Agnes d’aller voir au Brandhorst Museum une exposition Richard Avedon et rendez-vous fut pris pour dîner ensemble le jour suivant dans un lieu où rien ne laisse deviner le bar-restaurant : après avoir sonné, on pénètre une petite salle baignée de lumière rouge, digne d’un de ces nombreux bordels représentés par les peintres de "la nouvelle objectivité". Un ancien amant de Laura, nous a rejoint, un jésuite devenu prof d’université en philosophie, un homme qui, nous disent les filles après son départ, a renoncé à la vie pour mieux pouvoir s’adonner à son unique passion : la connaissance. Est-ce vraiment incompatible, me suis-je demandé ?

Monica Bonvicini, Never Again, 2006 Lenbachhaus Munich

Monica Bonvicini, Never Again, 2006 Lenbachhaus Munich

Agnes nous en a dit un peu plus sur son grand projet qu’elle avait annoncé à l’oreille de Laura à la terrasse du Ella : Elle veut concevoir un enfant, sans père. Les hommes qu’elle a fréquentés lui ont toujours dit qu’ils n’étaient pas prêts, elle s’en était fait une raison jusqu’à ce qu’elle réalise que le temps était passé à toute vitesse, et qu’elle ne pouvait plus attendre. Elle a choisi le donneur à partir de descriptifs très documentés et acheté les seringues de semence sur Internet (si ça marche avant de toutes les utiliser, elle peut se faire rembourser le reliquat). Cette fille est tellement sympa et débordante d’énergie communicative, que je lui ai souhaité de tomber enceinte sur le champ. Laura elle, méconnaît ce désir d’enfant, néanmoins elle craint de le regretter et va se renseigner pour mettre au frigo quelques ovules.

Silène tenant Bacchus dans ses bras, glyptothèque de Munich

Silène tenant Bacchus dans ses bras, glyptothèque de Munich

Notre copine repartie, on se demandait ce qu’on pouvait faire dans les deux heures qu’il nous restait avant de rejoindre l’aéroport, lorsque Gabriel s’est heureusement rappelé de la glyptothèque.

On doit à Louis 1er de Bavière le bâtiment néoclassique et l’extraordinaire collection de sculptures grecques et romaines qu’il abrite. Cerise sur le gâteau, pas un chat, ou presque : Un garçon solitaire a photographié longuement, si je puis dire « sous toutes les coutures », le fameux faune Barberini en marbre. Il a même osé faire ce que la présence d’un gardien m’aurait interdit : de gros plans de son bas-ventre.

Glyptothèque de Munich

Glyptothèque de Munich

Louis 1er de Bavière était le grand-père de Louis II, m’a corrigé Gabriel. Je ne suis pas vraiment fan des têtes couronnées mais Louis II, c’est pour moi un cas à part, depuis le Ludwig ou le crépuscule des dieux de Visconti, et son interprétation par Helmut Berger.

Encore un monarque « vierge », qui a toujours refusé de se marier (son homosexualité ne fait aucun doute même si sa foi catholique et l’époque l’ont contraint sa vie durant à un épuisant et vain combat), fou d’art et par-dessus tout de la musique de Wagner, méprisant jusqu’au déni le monde réel, fou tout court - on le fit interner au château de Berg avec un psychiatre, où ils furent trouvés morts tous deux le lendemain de leur arrivée.

Le château de Nymphenburg qui l’a vu naître, ce sera pour une autre fois « Inch’Allah ! » Itou pour les dispendieux châteaux de Linderhof et d’Herrenchiemsee qu’il a fait construire. En ce qui concerne Neuschwanstein (le château qui a inspiré celui des Disneyland) que j’ai déjà visité deux fois (une 2e virée en camion militaire bâché, sous la neige et un froid de canard), ce sera comme pour Dachau - je sais, rien à voir- je suivrai.

Ludwig, le crépuscule des Dieux de Luchino Visconti

Dans le Saint Laurent de Bonello, Helmut Berger joue YSL au crépuscule de sa vie, bouffi par l’alcool, respirant péniblement à force d’allumer cigarette sur cigarette, ayant pour seul compagnon, son domestique et Moujik IV, le 4e exemplaire d’une affreuse race de chiens pour snobs (on est témoin de l’OD du n°2 à la suite d’une négligence du maître). Mais celui qui fut l’amant et la muse de Luchino Visconti joue-t-il vraiment ?

Il n’y a pas à dire, au théâtre comme dans la vie,le 3e acte est décidément souvent le plus faible.

Helmut Berger

Helmut Berger

Gaspard Ulliel et Louis Garrel dans le Saint Laurent de Bonello

Gaspard Ulliel et Louis Garrel dans le Saint Laurent de Bonello

Craint-on de changer ? Mais rien peut-il se produire, sinon par changement ? Quoi de plus cher et de plus familier à la nature universelle ? Toi-même, peux-tu prendre un bain chaud, sans que du bois ne subisse un changement ? Peux-tu te nourrir, que tes aliments ne subissent un changement ? Une seule autre action utile peut-elle s’accomplir qui n’exige un changement ? Ne vois-tu donc pas que ton propre changement est un fait semblable et semblablement nécessaire à la nature universelle?

Marc-Aurèle Pensées pour moi-même Livre 7

Pag - The lady is dead (The Irrepressibles)

Munich / Le crépuscule des dieux

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #Allemagne, #culture gay, #touriste

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