Publié le 23 Octobre 2011

 

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La jeune fille élancée aux cheveux noirs et aux yeux d'usky qui accompagnait Phil est née au sud du Chili. Gabriela achève cette année en Europe ses études de cinéma (réalisation et écriture). Je lui dis que je l’envie. De participer à cette aventure contemporaine essentielle : la fabrique de films (...). Elle eut à peine le temps de me répondre que tout ça était bien lourd pour ses petites épaules que Phil déclara péremptoire : «le cinéma est mort », suivi du premier «No offence, Darling » de la soirée à l’intention de la jeune cinéaste. Il est comme ça Phil, il adore la polémique. Plus la cause est difficile, plus ça l’excite. Mais comme on était trois très motivés, on n’en a fait qu’une bouchée...

 

Le lendemain, ciné. Le jour suivant, ciné. Que du film pédé.

 

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« Beauty », d’abord, (Skoonheid en afrikaner), d’un cinéaste sud-africain, Olivier Hermanus. La « beauté » qui donne son titre au film, est celle du fils du meilleur ami d’un quinquagénaire, dont ce dernier tombe amoureux. Coup de foudre fatale pour cet homme homosexuel « au placard » qui va toujours plus mal dans son petit monde étriqué d’Afrikaners, et dont le désir indicible va faire perdre la raison.

 

Pas facile de démarrer dans le cinéma avec un film pareil. En sortant de la séance, on a échangé une grimace, pour finalement convenir que si le film n’était pas facile, il ne manquait pas de finesse.

 

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Photo : Zanele Muholi

 

 

Je ne suis jamais allé en Afrique du Sud. Ce pays m’évoquera toujours les autocollants de boycott des oranges Outspan durant l’apartheid et les récits de la vie dorée qu’y menait la fille d’une amie de ma grand-mère maternelle, mariée à un homme d’affaires, couple qui se résolut à revenir en Suisse lorsque ce régime de ségrégation raciste odieux cessa.

 

C’est un autre intérêt du film que cette immersion, vingt ans après l’abolition de l’apartheid, parmi ces afrikaners devenu minorité. Un monde où la génération qui a connu à l’âge adulte la ségrégation, semble continuer à ne fréquenter aucun noir et métis si ce n’est pour les faire travailler.

 

 

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Photo Santu Mofokeng

 

 

La séquence de la réunion de quelques uns d’entre eux, homosexuels mûrs pour se faire une partouze dans une ferme du bush, et où le dernier arrivé se fait refouler parce qu’il est venu accompagné d’un jeune métis, est emblématique de l’enfermement mental raciste qui les conduit, putain les cons, à rejeter le seul garçon excitant de l’assemblée.

Fort heureusement, le cinéaste, lui-même métis, nous donne à voir en arrière-plan, une génération post-apartheid qui semble se mélanger davantage, du moins au sein d’une même classe sociale.

 

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« Notre paradis » de Gaël Morel ne donne pas vraiment non plus dans la comédie. Pourtant, c’est le film de Gaël Morel que j’ai préféré. Il m’a tellement ému que j’y ai pensé à plusieurs reprises. J’en ai même rêvé. Son Angelo, Dimitri Durdaine, quelle trouvaille ! « My God ! » Inoubliables cette scène de l’ange se tenant en caleçon pendant que Vassili (Stéphane Rideau), le tapin dont la DLC n’est pas loin d’être dépassée, panse sa blessure au coude, ou celle du caleçon qui glisse découvrant un tatouage sous ses obliques, puis furtivement son sexe tranquille sur son écrin de boucles dorées, ou encore cette peau glabre, marmoréenne, recouvrant sa fine musculature sur son corps si léger, et cette bouche faite pour baiser, et ce colon magnifique, « de la soie ! » s’exclamera le médecin pédé ...Stop !

 

 

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Bref, un film de Gaël Morel pour une fois pas trop mal foutu dans la catégorie des films de tapins, devenu un genre en soi du cinéma gay, et qu’avait déjà abordé son père en cinéma, André Téchiné avec son « J’embrasse pas ». L’histoire d’amour entre le déjà « vieux » "travailleur du sexe", tueur en série et le jeune qui débute et que rien n’effarouche à l’époque d’Internet, feront la différence.

 

La phrase culte du film : « l’âge chez les pédés, c’est comme pour les chiens, faut multiplier par deux ».

 

Dans la salle, on est tombé par hasard sur Goran et Fernando qui nous ont appris que le festival de cinéma lgbt de Paris venait d’avoir lieu. Oups ! Sortie syndicale manquée. Allez ! Le « off » suffira.

 

 

 

NGT / Le clan de Gaël Morel

 

NGT / Skin and bones 

 

NGT / Querelle morale

 

NGT/ Gitons

 

 

 

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 Plage d'Ostia années 50 par William Klein à la MEP

 

 

 

A Rome, étant données les difficultés de logement, on vit plus dans la rue que chez soi. Chez soi, personne ne vous voit, dans la rue on a un public. Le prolétariat y exhibe son astuce, le bourgeois sa petite Fiat, le noble son coeur pour le soleil et pour le peuple, l'artiste de passage ses lunettes noires. L'adolescent exhibe son sexe, la commère ses rondeurs, l'homme d'affaires son nez. (...)

 

Pier Paolo Pasolini, texte accompagnant des photos de l'exposition

 

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #culture gay, #ciné-séries, #les amis, #vivre ensemble

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