Publié le 29 Septembre 2006

 

(Libération 22/6/04)

 

Le mariage de deux homos célébré à Bègles le 5/6 par Noël Mamère, lui a valu près de 2000 lettres d’injures et d’obscénités. Une manière de nous rappeler l’horreur que représente l’homosexualité pour certaines personnes et la haine qu’elle suscite.

Des centaines de lettres, envoyées en majorité par des hommes, tournent autour de l’obsession fantasme de la sodomie qui bouleverserait « l’ordre public, naturel ou divin ». Ainsi, le journal reproduit une courte lettre dont le contenu est le suivant :

« Un homme et une femme qui se marient et fond l’amour, ça donne un enfant

2 hommes qui se marient et font l’amour ça donne…. ! Ceci => (dessin d’une bite couverte de merde) Avec une note explicative : Mamère c’est de la merde. »

Las, les propositions de cette lettre comportent une part de vérité. Toutefois, pour le plaisir de la polémique, concernant la première proposition, et sachant le nombre moyen d’enfants par famille, il me semble tout de même que ça ne fait pas beaucoup de rapports sexuels sur une vie de couple marié (1 à 3 en moyenne ?).


Pour la 2e proposition, je lui demanderais si sodomiser une femme lui inspire un dégoût identique. S’il est honnête, il y a fort à parier que cette variation fasse partie de sa palette de fantasmes (Cf la place de la sodomie dans la production pornographique hétéro). Autrement dit, le problème n’est pas la sodomie mais la relation homosexuelle. Le « caca » demeure une contingence dont il est toujours possible de se débarrasser par quelques précautions élémentaires.

Et à propos du fameux « ordre naturel » invoqué par les homophobes, est-il utile de rappeler que l’homme est un animal « dénaturé » (Cf Vercors) qui n’a eu de cesse de s’affranchir des phénomènes qui régissent son corps et son environnement, ce qui le distingue des autres espèces ? Pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, pour ne prendre qu’un exemple en lien avec la sexualité : qui ose aujourd’hui contester l’usage de la contraception ? Surtout pas les femmes, dont elle a permis la libération au moins en Occident.

Dans ces conditions, il est stupide ou malhonnête d’en appeler à une morale fondée sur « l’ordre naturel » duquel, par essence, l’homme s’est détaché. A la limite, l’union homosexuelle pourrait être considérée comme un trait constitutif de la singularité du genre humain libéré de la nécessité de la relation hétérosexuelle reproductrice prévalant dans le monde animal.

 … En fait, même pas, confère notamment nos bonobos.

 

 

 

 
 
Paris africain

9/8/4

Décidément, cet été parisien est une fois de plus africain.  Si le Paris touristique a fait le trop plein de visiteurs blancs (ma parole du jour : « faut arrêter le tourisme, c’est l’enfer, restons chez nous »), notre Paris du Nord-est déserté par ses bobos me semble plus que jamais peuplé d’africains. Rude épreuve pour ma libido que tous ces garçons maghrébins et noirs dépoitraillés ou torse nus. Les filles n’en sont pas moins magnifiques. Sur les pelouses de la Cité des sciences, quelques blancs se mélangent avec eux, dans une proportion inverse de celle du public du spectacle de Circus Baobab, les tambours sauteurs, que nous avons vu samedi soir au Casino de Paris avec Léa.

Éblouissantes prouesses de ces danseurs acrobates de Guinée au rythme trépidant des percussions. Contorsions hallucinantes du « sorcier » de l’histoire pour qui un « self-suck » est sans l’ombre d’un doute une formalité. Corps magnifiquement musclés et si souples de ces jeunes qui défient la pesanteur.

Comment les blancs pouvaient-ils vous traiter de singe, vous qui êtes si parfaitement imberbes quand eux peuvent être si poilus ?

Merci pour votre énergie joyeuse incroyable, merci pour votre beauté, merci pour votre humour.

Honte à mes ancêtres qui vous ont réduit à l’esclavage ! Comme je comprends que certains des vôtres entraînés dans cet enfer à « Saint Domingue » n’aient pas hésité à se suicider, pensant alors ainsi rejoindre directement la Guinée (Le soulèvement des âmes Madison Stuart Bell).

 

 

 

 

 

4/8/4

La maladie d'Armande

 

Image d’Armande au bloc de réanimation de St Antoine, une petite vieille proche de la mort, squelettique, entubée de partout, inaudible, la bouche ouverte maculée de purée.

 

 

Armande organise un pique-nique

 

Ce matin chez Pierre-Emmanuel, le téléphone a sonné trois fois entre 7 et 8H du matin : Armande voulait organiser un pique-nique pour le retour de Valentin. Elle avait tout simplement oublié qu’elle était depuis quelques jours en isolement et que l’on ne peut désormais lui rendre visite sans se désinfecter les mains et porter un masque (outre une pleurésie résultant d’une pneumonie mal soignée, elle aurait la tuberculose). Elle a néanmoins obtenu d’être sortie du bâtiment en chaise roulante pour voir son fils qui l’avait laissé à l’hôpital à Athènes. Même si elle a obstinément refusé de porter son masque, qu’a pu ressentir ce petit bonhomme en retrouvant sa mère dans un tel état ?

 

Instants voyeurs

10/8/4

 

 

Hôtel Bokor Mountain Club à Kampot (Cambodge) - Gabriel et moi fumons accoudés sur le mur bordant la loggia du premier étage. Au pied du bâtiment, une activité tranquille. Trois jeunes juchés sur une moto s’arrêtent. Son conducteur en descend et se met à discuter avec un gars de l’hôtel qui les a rejoint. Les deux autres restent assis sur la moto. Devant , le plus jeune (13-16 ans ?), de type vietnamien, un long visage aplati (je l’ai en photo en train de rigoler avec deux autres membres de l’hôtel devant un divertissement télé). A l’arrière, un type bien plus âgé. Il ne semble pas suivre la conversation que le jeune a avec les autres. Sans aucune gêne, il ne cesse de mettre ses mains dans un premier temps sur les anches du jeune puis sur son entrejambe. A chaque reprise, le « tripoté » les repousse sans commentaire mais fermement

Que fait dans l’ombre le triporteur au jeune garçon pour se permettre en public  de telles privautés ?

Gab a lui aussi remarqué la scène.

 

 

 

 

Musée en plein air de la sculpture de Paris/jardin Tino Rossi – Ravigotés par notre repas libanais à la cafétéria de l’IMA, nous longeons la Seine pour rejoindre le jardin des plantes où Léa veut voir la salle de paléontologie du musée d’histoire naturelle. L’entrée principale est encore loin mais Gabriel assure que nous sommes face à un accès. Nous montons des escaliers. Au sommet de la pelouse en pente, deux garçons torses nus allongés sur le dos, la trentaine, imberbes, bruns, pour ce que je peux en voir, beaux mecs. J’ai regretté d’être accompagné. Seul, j’aurais essayé de sortir mon téléobjectif pour immortaliser cette main qui caressait ce ventre, ces doigts qui commençaient à glisser sous le jean. Je fais mine de n’avoir rien vu. Nous traversons la route pour nous apercevoir que cette entrée conduit au zoo uniquement. Demi-tour. J’insiste pour que nous reprenions le bord de Seine, je veux voir où en est mon couple de sa sieste coquine. L’un des deux est maintenant à plat ventre, le buste soulevé vers son ami, son immense désir de le toucher saute aux yeux. Gabriel les a aperçu cette fois-ci, il me fait un clin d’œil.

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #homophobie, #Paris, #tragique, #Fantasme

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