Publié le 28 Octobre 2006

 

12/8/5

Depuis ce jour où j’arrivai à Paris pour étudier, je n’avais cessé d’y penser. Ce samedi soir là, c’était décidé, il fallait enfin que je connusse cela.

Une belle soirée de juin (?) 1984 ( ?) au crépuscule,  je me promenais l’air de rien en terre amie, dans le jardin des Tuileries. Le chantier de la pyramide de Ming Pei ne commencerait que l’année suivante. Après avoir pas mal tourné autour du kiosque à journaux, je me résolus à demander un guide gay de Paris. Après m’être éloigné, je le feuilletai discrètement et repérai un club, non loin de là, derrière le Palais Royal, au 18 de la rue du Beaujolais[1]. Comme il était bien trop tôt pour me rendre au Club 18, sans doute ai-je encore tué le temps dans ce quartier.

 

 

 

Lorsque j’ai franchi la porte, il n’y avait pas encore grand monde mais le personnel était avenant. Je me sentis aussi assez vite à l’aise dans cette ancienne cave de petite taille noyée dans une lumière bleutée. Légèrement étourdi par ma consommation, je ne réfrénai pas mon envie de danser sur l’irrésistible disco-funk de ces années-là, tel que le « Get down saturday night » d’Oliver Cheatham de circonstance ou le «Like a virgin» de Madonna on-ne-peut-plus prémonitoire, qui me feront par la suite systématiquement me précipiter sur la piste. Le Club se remplissait rapidement. Les gens arrivaient par vagues. Partout des mecs comme moi : des homos. Des mecs qui s’embrassaient, se prenaient par la taille, se pelotaient, riaient aux éclats, dansaient, buvaient. Des beaux, des moches, des vieux (la trentaine ?). Un travesti annonça la danse du tapis. Cris de joie et d’excitation dans la salle. Je ne connaissais pas mais j’en compris rapidement les règles.

 C’est ainsi que le garçon me choisit en posant le tapis à mes pieds puis en m’embrassant sur la bouche.

 Dans un coin canapé au pied des escaliers en colimaçon, il me dit qu’il était rare de trouver ici un aussi beau garçon. Comme je protestai, il parla de ma différence par rapport aux garçons qui fréquentaient ce lieu. Que me reste-t-il de lui ? Un tee-shirt blanc, un jean, des cheveux très courts peut-être un peu en brosse, des lèvres charnues, bien foutu sans être osseux, peau claire, mignon sans affèterie.

 

 

 

 

 

Sur la place devant la Comédie Française , il héla un taxi en maraude. Direction chez lui, dans le 14e (?) bd Raspail (?). Quand je me glissai sous le drap propre, il était nu, je crois que j’avais conservé mon slip et avec raison, il aurait ri.

 Submergé par l’émotion de cette toute première fois, je fus saisi par d’incontrôlables tremblements. La patience et la douceur du garçon évitèrent le fiasco total. Peu de souvenirs de nos préliminaires, si ce ne sont ces fesses rebondies sous mes mains et cette manière qu’il avait de frotter son sexe contre le mien, son buste soutenu par ses bras.

 Longtemps après, alors que le jour commençait à se lever, sans rien me dire, il souleva mes jambes pour les poser contre ses épaules et caressa mon trou avec quelque chose de frais. Doucement, en me demandant à chaque avancée si cela allait, il me pénétra. Non, je n’avais pas mal. Il allait et venait doucement. C’était plutôt agréable, sans pour autant m’exciter. En fait, une intense satisfaction m’envahissait : j’étais en train de me faire enculer, je n’étais plus puceau. Je ne sais plus s’il a joui en moi, ni ne me souviens si j’ai pu en faire de même.

Nous avons dû prendre ensemble un petit déjeuner. Il vivait avec un homme plus âgé. Il me raccompagna au bas de l’immeuble. Nous nous sommes embrassés. M’a-t-il donné un numéro de téléphone ? Me l’a-t-il proposé ? Lui ai-je demandé ? Quoi qu’il en soit, je ne crois pas avoir pensé à cet instant que nous nous reverrions.

 

Je ne me souviens plus de son prénom. Bruno peut-être ?

 

 

 

Oliver Cheatham Saturday night (1983)

 

 

Dans les dix huit mois qui suivirent, je suis retourné seulement deux fois au Club 18. Sur un scénario identique, j’ai rencontré d’abord un danseur. Le beau garçon aimait se faire longuement masturber avec un lubrifiant. Pour en finir avec cette manie, je le suçai un peu – ça n’avait pas l’air d’être son truc – puis je me mis à plat ventre pour qu’il me sodomise. Comme il malmenait mon fondement, je crois avoir espéré qu’il jouît dans les plus brefs délais. Dés qu’il se fut endormi, tout en me masturbant, j’ai fouillé mon anus dilaté pour en extraire son sperme, que je léchais goulûment. Avec lui, sauf erreur, il ne fut pas question de nous revoir.

 

Lors d’une troisième et dernière pêche, je sortais de ce Club une figure de magazine : un brun aux yeux clairs, à la peau très mate, dans une chemise blanche et un pantalon écru. Cette fois-ci, le taxi dut nous transporter jusqu’au Campus de l’école hors de Paris.

Dés nos premières étreintes sur le petit lit de ma chambre, je sus que je ne pourrai pas faire l’amour. Quelle explication lui ai-je donné ? Fatigue ? Blocage dû à une orientation sexuelle pas encore très nette dans mon esprit ? Peur ?

Peut-être que ce fut un énorme gâchis, peut-être que non, que se fut, au contraire, la chance de ma vie.

Longtemps, j’ai vécu dans la peur d’avoir chopé le virus, sans jamais avoir voulu savoir ce qu’il en était, m’imposant l’abstinence la plus totale à l’âge de la sexualité triomphante.

 

 

En 1990, juste après une dépression estivale sévère[2], autrement dit cinq ans plus tard, je renonçai finalement à entrer dans les ordres en tombant amoureux d’un grand polonais cultivé et bien doté par la nature : Yann Z. K. Las, dans mon plan monogame, il y avait un hic : l’était bi, amoureux d’une Céline. Longue soirée en tête à tête chez lui au « 9 rue Stilton ». Définitivement sous le charme. Arrive le moment très convenu d’approfondir notre relation en flirtant avant de se retrouver dans son lit. Et bien non, je refusai obstinément ses avances et demandai la chambre d’ami.

Très petite nuit au sommeil léger définitivement perdu, lorsque le jour se leva et que les pigeons se mirent à roucouler devant la fenêtre.

 

Amoureux malheureux, j’ai longtemps espéré un signe de sa part. Rien, alors, je fis, comme on dit aujourd’hui, mon « coming out » familial. En mars 1991, je reçus de lui une carte de vacances m’annonçant un appel qu’il ne passa jamais. Je l’ai espéré jusqu’à ce que je me mette à passer une annonce sur le minitel en vue des prochaines vacances.

Peu de réponse à ce texte très travaillé mais peu sensuel. Il a tout de même su séduire un chinois de Taiwan avec qui je suis parti faire le sentier « Mare et Monti » en Corse. Mon refus de relations sexuelles toujours pour les mêmes raisons mais aussi, je dois l’avouer, parce qu’il ne me plaisait pas, finit par mettre en l’air la relation amicale sportive que j’espérais. En Août, je trouvai le faire-part de mariage de Yann et Céline. Je l’ai croisé une fois au Gymnase Club Nation, nous avons rapidement échangé quelques mots. Je rayonnais : je venais de connaître Gabriel.

L’année suivante, toujours grâce au minitel, je rencontrai Pascal le maigre qui m’a remis le pied à l’étrier du sexe. Rapidement assuré que j’avais affaire à quelqu’un d’encore plus coincé que moi, je passais la semaine au Portugal à sucer sa verge courbée vers le bas et à avaler son sperme abondant. Comme je ne l’aimais pas, et probablement comme avec le chinois, je crois ne pas avoir été très sympa avec lui. Comme avec le chinois, nous ne nous sommes plus revus après ces vacances.

 

"J'élève mes orchidées" II

 

 « Tu vas rouspéter ! Me dit Gab, tu pourras m’acheter une bouteille de Volvic pour arroser mes orchidées ? »

 

 

 

Continuer de fumer par peur de la mort
 

Ce qu’il m’est arrivé pendant l’enterrement, c’est quelque chose comme ça : j’ai compris pour la première fois combien j’ai peur de mourir, et peur que les autres ne meurent, et à quel point cette peur m’a empêché de faire toutes sortes de choses, comme d’arrêter de fumer (parce que si on prend la mort trop au sérieux ou pas assez, à quoi bon ?) ou bien d’envisager ma vie, en particulier mon travail, d’une façon qui prenne en considération l’avenir (trop effrayant, parce que l’avenir débouche sur la mort).

 

Nick Hornby High fidelity – 1995

 

25/8/5

Armande anti-déprime

 

Suzanne avait envoyé un mail à Mireille  lui disant qu’elle n’allait pas du tout. Mireille  l’emmena avec elle faire une visite à Armande. Une fois sortie de St Antoine, Suzanne n’a jamais expliqué à sa copine ce qui n’allait pas du tout. 

 

Dimanche matin
 

Erection durable du pénétrant, cul offert et miraculeusement propre du pénétré. Ejaculation peu précoce du premier, fondement éreinté du second. Finition facile à la bouche par le passif devenu actif. Grosse giclette envoyée du creux de la main au creux des reins. Quatre doigts fureteurs et bouquet final.

 

ça passe vite une vie

11/9/5

 

Quand mon père avait mon âge, j’en avais déjà 20. Cela ne me semble pas si loin. Le 1er octobre, il prendra sa retraite… à 66 ans, ça passe vite une vie.

 

Maison sur Seine, 17, rue Duhesme

 

Dans un très chouette quartier du 18e, et dans un lieu qui tient plus d’un hôtel 2 étoiles, Armande a trouvé refuge pour deux mois. Quand j’ai pénétré dans sa chambre, affalée sur son lit relevé, elle dormait dans le vacarme d’une télé hurlante. Lorsque je l’ai éteinte, Armande a péniblement ouvert les yeux. Elle m’avait demandé de lui apporter des pêches et voulut sur le champ en manger une. Bien que je l’aie redressée à deux reprises, elle eut toutes les peines du monde à la finir puisqu’elle s’endormait régulièrement. Après avoir parcouru un France Dimanche magazine, je me suis attelé aux mots fléchés du Modes et Travaux que je lui avais acheté lors d’une précédente visite. D’une voix traînante d’endormie, elle me proposa de jouer à un jeu de cartes très simple. Je déclinai au motif qu’elle n’était pas assez réveillée. Tandis que la femme de service noire faisait un brin de ménage dans la chambre, je m’aperçus au bout d’un certain temps, qu’Armande, les yeux mi-clos et la tête penchée, bricolait à la vitesse d’un escargot son appareil auditif. Entendant très mal, elle essayait de changer la pile. Après lui avoir remis une pile probablement usagée qui n’apporta aucune amélioration à son audition, et comme je gênai la femme de ménage noire, je m’éclipsai. Tout l’établissement était plongé dans un calme de sieste estivale, il est vrai que « La Maison sur Seine »  est un établissement de soins palliatifs.

 

 

PS Il semblerait qu’Armande ne soit pas tant shooté par les médicaments que par la non élimination par les reins de son traitement.

 

 

 

Jossie et Jagger d'Ethan Fox (2002)

 

Selon ses dires, "juif, israélien et homosexuel", réalisateur également de l’assez réussi «tu marcheras sur l’eau »

 

Au cœur de l’hiver, une garnison israélienne prépare une opération sur le plateau du Golan. Deux jeunes soldats vivent un amour secret…

 


[1] Quelle merveilleux aide-mémoire que l’Internet ! C’est lui qui m’a permis en quelques clics de retrouver le nom du club tout comme les dates des titres de chansons

[2] Cf premier journal (1990)

 

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