Publié le 21 Février 2012

Trahison et loyauté

 

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Ce dimanche soir, pour leur dernière soirée ensemble les cousins s’étaient mis en tête d’aller voir la dernière séance de Millénium au cinéma. Jonathan n’était pas d’accord pour différentes raisons dont la principale qui était que lui et ses fils devaient lever le camp très tôt le lendemain et qu’il allait devoir se traîner des zombies pour le lever et durant les cinq heures de voyage. J’objectai à mon tour que Maxime avait cours à 8H, pour très vite convenir que vu qu’il s’endormait toujours à point d’heure, ça ne changerait pas grand chose, et qu’après tout, leur réunion à Paris était exceptionnelle.

La question du paiement de la séance vint sur le tapis avec Maxime qui pensait que j’allais lui payer l’entrée car « c’était culturel ».

Après avoir précisé de nouveau ce que je considérais comme « culturel » et que j’étais prêt à financer, je lui passai tout de même notre carte MK2 sur laquelle il devait rester au moins une place.

L’équipée partit finalement en retard quand elle comprit que ce n’était pas une carte magique dont elle pourrait obtenir quatre places et qu’il fallut encore aux trois cousins négocier leur solvabilité.

 

Le lendemain soir, alors que j’ignorais encore que Maxime avait été interdit d’accès à la première heure de cours pour y être arrivé en retard, je demandai à mon neveu si le film leur avait plu. De toute évidence, il fut pour eux plus qu’une déception, un véritable pensum qui les fit piquer du nez à plusieurs reprises. Maxime se plaignait de la lenteur du film et de la confusion de l’histoire très difficile à suivre, lorsqu’il réalisa notre quiproquo : je lui parlais de Millénium tandis qu’il évoquait La taupe, film sur lequel ils avaient dû se rabattre pour cause d’arrivée trop tardive.

 

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  J. Edgar de Clint Eastwood

 

 

Je pourrai lui dire qu’ils n’ont pas été les seuls. Contrairement à ces jeunes gens probablement ignares du contexte du film, j’avais beau assez bien connaître celui de la guerre froide et reconnaître facilement les différents lieux où se déroulait l’histoire (Londres, Budapest, Berlin ou d’Istanbul), l'articulation de l'ensemble m’avait en trop grande partie échappée. Etait-ce sa pratique de l’investigation généalogico-historique, Gabriel avait tout compris et m’a éclairé tout ça d’un tour de cuiller à pot.

Pour autant, hormis une longueur, j’ai savouré. La musique, le travail des décorateurs m’ont particulièrement bluffé et je ne fus nullement surpris de lire que Paul Smith avait été sollicité comme conseiller à la direction artistique - le léché de ce film m’a d’ailleurs fait penser au « single man » de Tom Ford, un autre couturier, mais peut-être était-ce juste dû à la présence de Colin Firth qui officiait dans les deux films.

 

Le pitch du film est lui d’une grande simplicité : au début des années 70, au sein du MI6, le service d’espionnage de sa Gracieuse Majesté est sans doute infiltré par un agent double soviétique ; un agent mis en retraite anticipée est rappelé pour enquêter...

 

 

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La taupe du suédois Tomas Alfredson m’a rappelé Another country, qui, en 1984 m’avait à la fois bouleversé et fait un bien fou.

Plongée dans un collège huppé de l’Angleterre des années 30 avec le magnifique Rupert Everett qui y tenait le rôle principal d’un jeune homme « rebelle », le film de Marek Kanievska s’ouvre sur l’entrevue des années 80 d’un vieil anglais par une journaliste américaine venue lui demander pourquoi, dans les années 30, il avait décidé de devenir un espion à la solde des Russes...

En effet, le film s’inspire de ce qu’on a appelé rétrospectivement l’affaire des « cinq de Cambridge », cinq anciens camarades d’Université devenus espions durant la guerre froide pour le compte de l’URSS.

Alors à l’âge de sa splendeur, Colin Firth, y jouait le rôle d’un camarade de Rupert, marxiste convaincu, qui lui resterait fidèle lorsqu’éclaterait le scandale de son homosexualité révélée...

 

La taupe, comme J. Edgar (Hoover) de Clint Eastwood, biopic de l’homme qui a créé puis dirigé le FBI durant cinquante ans, donnent à voir l’activité d’hommes de l’ombre, dont le nerf est l’information, le renseignement, mais ce avant la révolution numérique, quand elle devait être stockée dans d'innombrables dossiers papier et facilement être retrouvée.

 

 

 

 bande annonce sous titrée

 

 

Le 23 février, le soldat Bradley Manning, 24 ans, sera mis en accusation d’avoir été « la taupe » de WikiLeaks, en transmettant entre novembre 2009 et mai 2010, des documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, notamment la vidéo Collateral Murder du raid aérien de Bagdad en 2007, ainsi que 260 000 dépêches diplomatiques du département d’Etat.

La défense s’est attachée à montrer que le soldat Manning avait souffert « de troubles émotionnels et sexuels, en raison notamment de son homosexualité, lors de son déploiement près de Bagdad de novembre 2009 à mai 2010, mais que ses supérieurs n’avaient pris aucune mesure pour y remédier."

 

La trahison et la loyauté sont des valeurs relatives. Trahir quoi ? Etre loyal envers qui ? Voilà ce qui compte.

Another Country de Marek Kanievska

 

 

 

NGT 7/3/08 / En avoir ou pas

 

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 Mikel Marton EMPATH Julien V. age :18 

 

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #famille, #ciné-séries, #culture gay, #politique, #intergénérationnel

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