Publié le 6 Juillet 2007

 
Poids mouche
 
Avec Javayarman VII (XIIe siècle), l’empire Khmer connaît son apogée. On doit à ce souverain, qui avait fait du bouddhisme la religion officielle de son empire, notamment la cité d’Angkor Thom et son joyau, le temple du Bayon.
 
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De ce roi, il a été retrouvé un portrait sculpté présumé : dépourvu de tout ornement princier, il apparaît sous les traits d’un ascète ou d’un bouddha, les yeux clos. Depuis l’exposition au Grand Palais sur Angkor et l’art khmer (1997) ou une visite au musée Guimet, face à notre lit, une reproduction nous invite chaque soir à plonger dans un sommeil serein.


Jayavarman VII, c’est aussi une petite galerie du 6e arrondissement que j’ai découverte à l’occasion de l’exposition Poids mouche d’un photographe de l’agence Magnum basé au Cambodge, John Vink. 

 

 

 

 

http://www.johnvink.com/ 


La boxe est un sport de « brutes ». La boxe thaïe est sans doute la boxe la plus « physique » et la plus spectaculaire. Pascal[1], mon petit frère « casse-cou » a un temps fréquenté un club de « cité » où il allait avec un copain noir, jusqu’au jour où examinant son nouveau nez (cassé) de boxeur dans la glace, il décida d’arrêter de se faire cabosser. De toute manière, il n’avait plus assez le temps pour s'entraîner : il prenait plus de coups qu'il ne pouvait en donner ou en esquiver. 
 

 

L’ambiance autour d’un ring de boxe m’évoque toujours la cruauté des combats de coqs et sa foule parieuse hystérique. Je déteste. Comme pour donner raison à cette association d’idées, Christophe Maquet dans son texte d’accompagnement du livre sorti à l’occasion de l’exposition, écrit : « on raconte qu’au Cambodge, on organisait encore des combats à mort dans les années 60. Clandestinement. ».



 

La boxe est un sport de pauvres. La violence physique est le langage de ceux dont la seule richesse est leur corps puissant. Que ne faut-il avoir rien à perdre pour tenter de gagner sa vie par la souffrance, au risque du K.O, au risque d’y laisser sa peau ! : «L’insécurité repoussant les limites de la douleur physique, les pays pauvres (Cuba, Angola), les milieux défavorisés (le Bronx, les Minguettes) produisent forcément de bons combattants. Le Cambodge n’est pas en reste. »[2] 


Mais la boxe est aussi une terrible ascèse pour acquérir la technique, l’endurance, la force, le corps sculpté nécessaires à la « compétitivité » du boxeur. 


Enfin, la boxe est, par excellence, le sport de la masculinité exacerbée. 

Les corps des combattants de Phnom Penh sont ceux de l’« Asie brune », des « poids mouche » (en boxe thaïe, combattants pesant entre 48 et 50.8 kg), aux antipodes des lutteurs géants du Sénégal, plus fins et secs que les boxeurs kenyans, cette « Afrique à poings nus » que Philippe Bordas a photographiée (http://www.photosapiens.com/L-Afrique-a-poings-nus-de-Philippe.html). 


La galerie Jayavarman VII commercialise principalement des sculptures dans un très beau grès rose, reproductions d’œuvres angkoriennes voire des « interprétations contemporaines » de ces oeuvres. 
Certains des bas reliefs d’Angkor figurent des scènes de boxe, ce qui autorise les cambodgiens à dire que la « boxe thaïe » n’est pas thaïe mais khmer.

 

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La violence de cette boxe tranche « avec la douceur des gestes et regards » des cambodgiens. « Elle rappelle la fulgurante brutalité que peut générer la retenue. »[3] 

Elle tranche également avec la douceur de l’atmosphère de la galerie J 7 : éclairage tamisé, parquet en teck, parfums d’encens, en sourdine, la bande son d’un diaporama et l’amabilité d’une cambodgienne ( ?) rare qui a pratiqué la boxe « thaïe ». 

Ceci dit, John Vink présente surtout des clichés de scènes avant et après le combat : entraînement, échauffement, bandage des mains, prières, massages, soins des blessures à la tête (on combat sans protection), la vie sociale autour des boxeurs...
Ce qui est beaucoup plus intéressant.

 

 


 

Karim, Ahmed, Mohand et les autres in http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-3740495.html 

Paris africain in http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-3999260.html 

Lady boy – carnet de voyage au Cambodge in http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-5615050.html

 


 

 http://emmanuelguillaud.com/top_fr.html


 
Banlieue pas gay

La mauvaise réputation GEORGES BRASSENS

 

Il a déjà été évoqué dans ce blog tous ces pays dans lesquels les homos sont persécutés[4]. En comparaison, les pays occidentaux apparaissent comme un paradis pour gays et lesbiennes. Même s’il est incontestable que l’homophobie y a reculé, elle n’en reste pas moins prégnante. 
Symptôme de sa permanence, l’homosexualité d’un enfant est toujours vécu comme une catastrophe par la plupart des parents. 


 

On sait également par exemple qu’il demeure souvent beaucoup plus facile de vivre avec son homosexualité à Paris ou dans une autre grande métropole, loin des siens, qu’en province, tout comme il est bien plus facile en général de se faire accepter comme tel dans un milieu de CSP+ qu’au sein des classes populaires.

 

Deux documentaires sont venus nous rappeler la disgrâce d’être homo dans les cités populaires de banlieue : 
 

" Le très touchant Banlieue gay diffusé sur France Ô : 

http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=dossiers&articleID=12255 

http://www.vodeo.tv/4-32-2589-banlieue-gay.html 

 

"  Et un Grand Angle dans Libération du 7 Mai 2007 Banlieues « J’ai cru que t’étais pédé, j’ai eu trop peur » : http://www.liberation.fr/grand-angle/2007/05/07/j-ai-cru-que-t-etais-pede-j-ai-eu-trop-peur_92248 
 

Les rares jeunes qui ont accepté de témoigner analysent avec beaucoup de recul et de pertinence les rouages de l’homophobie dans leur banlieue. Aux racines du mal :
 

·               un monde clos dans lequel « la sexualité en général pose problème », et dans lequel la « réputation » est l’alpha et l’oméga de l’existence ; 
 

·               le désoeuvrement des garçons sans activité qui se sentent exister avant tout par l’affirmation violente d’une masculinité machiste et homophobe ; 
 

·               la prégnance de l’Islam comme religion identitaire et comme creuset de l’homophobie. 
 

Sur ce dernier point, le frère de Brahim, l’éducateur, fait remarquer, avec raison, que ce n’est pas propre à l’Islam et qu’un jeune homo connaît les mêmes difficultés dans une famille catholique. Sauf, que le catholicisme ne dirige plus depuis longtemps la majorité des consciences françaises (même s’il en reste des traces).

 

 


Ça me fait d’ailleurs penser que pour mon bac, j’avais choisi en philosophie le sujet : « les religions,  moyens de libération ou d’oppression ? » J’avais eu 15/20, ce qui était parmi mes camarades une excellente note. J’avais produit une « réponse » façon « philo », c'est-à-dire une peu « normande » : «ça dépend » en deux parties. Il est loin d’être sûr qu’aujourd’hui, je pourrais obtenir la même note car je pressens que mes parties seraient très déséquilibrées.

 

Alors, demandez donc à Brahim, Julia, Mickaël ou au formidable Emir si la marche des fiertés GLBT et le Marais ont encore une utilité (question que pose Têtu ce mois-ci et que je m’étais un temps posé[5]),  ils vous répondront sans doute par l’affirmative.

 

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Si t’es gay / Cité pas gay 

Spéciale dédicace aux homos de nos banlieues

 

Si t’es gay mon ami, mieux vaut peut-être bien la fermer. 

Cité pas gay 

Shame on you

 

« Car si t’es pédé, sale porc, 

ta race déshonorée, 

tu vas tourner... »

 

Si t’es gay mon frère, mieux vaut peut-être ne plus bouger. 

Cité pas gay 

Shame on you 
 

« Car si t’es pédé, sale porc, 

c’est grand péché, 

tu vas brûler... »

 

Si t’es gay mon ami, mieux vaut peut-être attendre qu’on te marie... 

Stop ! 

Si t’es gay mon ami 
 

pride on you 

Tu n’es pas seul mon frère, t’as rien choisi. 

Sois ce que tu peux : héros dans ta cité, ou homo à Paris. 

Tu n’es pas seul mon ami, sors de ta prison, stoppe la schizo ! 

Si t’es gay, pride on you my friend.


 

[1] Vie de famille I : mon “petit” frère Pascal in http://notesgaydethomas.over-blog.com/article-5099510.html

[2] John Vink en 4e de couverture

[3] Ibid. C’est cette même douceur apparente qui rend d’ailleurs si difficile à concevoir  le cauchemar « khmer rouge », mais comme le dit souvent Jorge, l’humanité se tient toujours en équilibre très instable « au dessus d’un précipice, celui de la barbarie ».

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #expos, #mâlitude,, #homophobie, #Au nom d'Allah, #les français, #forme brève

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