Publié le 27 Octobre 2012

 

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Mister Big par Ilse Haider pour Nakte Männer au Musée Leopold de Vienne (Autriche)

 

 

 

Jusqu’au 28 janvier, une proposition rare du musée Leopold de Vienne en Autriche, Nackte Männer (hommes nus), devrait séduire amateurs d'art, homos, femmes et même enfants si leurs parents les y amènent1.

Sur la page internet de l’exposition, on peut retrouver le berger de Thorvaldsen revêtu pour l’occasion d’un débardeur, minuscule facétie postmoderne du couple Elmgreen et Dragstet. Après vérification, il ne s’agit pas d’un tirage photo de fac-simile obtenu avec une imprimante 3D auquel on aurait enfilé un "marcel", mais plus simplement de celui de l’œuvre originale ainsi très légèrement recouverte.


  1On pourra la voir sous peu à Paris au Musée d'Orsay

 

 

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Elmgreen & Dragset, Shepherd Boy (Tank Top), 2009,

Laserchrome color print mounted on aluminium with plexiglass

 

 

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Entre autres, on reconnaîtra également le « vive la France » de Pierre et Gilles, trois footeux « black-blanc-beur » nus, qui a servi d'affiche pour l'exposition et par qui le scandale est arrivé.

Placardée dans plus de 200 endroits de la ville, le musée a été submergé de plaintes pour « pornographie » plus ou moins violentes et injurieuses, principalement de femmes invoquant la nécessaire protection du regard de leurs enfants. Abasourdi par un tel tollé, le musée a jeté l’éponge et vient de faire recouvrir les affiches d’un bandeau rouge masquant la virilité des trois garçons.

Dans une Autriche réputée être plutôt libérale en la matière, une mauvaise langue pourrait se demander si ce n’est pas aussi l’image « multicolore » qui a posé problème.

 

 

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Néantissime / La peur de l'homme nu

 

 

 

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Le salon des grandes écoles n’aime pas la diversité

 

De la diversité, le visuel de l’encart-presse du salon des grandes écoles parrainé par les titres du groupe Le Monde en manque singulièrement. Deux garçons, deux filles, trois paires d’yeux bleus et de cheveux blonds (dont une chevelure tirant vers le blond vénitien), une brune aux yeux marron comme note audacieuse de contraste1. Etourderie, acte manqué ou cynisme ? Quoi qu'il en soit, un crachat pour tous les autres.

 

1La photo qui a perdue ici la brunette de droite avait déjà été utilisée en juin 2009 par Ouest France pour annoncer l'heure de mise en ligne des résultats du bac.

 

 

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(h)ère numérique

 

Depuis un certain temps sous le feu d’actualités artistiques que me livrait Erik, la digestion commençant peut-être son œuvre, je fus soudain pris d’un vrai coup mou. Se ressaisir. Il semblait dire qu’il se passait tellement de choses au Palais de Tokyo que même ceux qui y travaillaient avaient du mal à suivre. Enchaîner. « C’est un peu l’impression que m’a donné la Gaîté Lyrique dans la présentation qui nous a été faite l’an dernier. D’ailleurs, c’est dingue ces lieux, si je me souviens bien, ils travaillent largement à vue, jamais à plus d'un an, sur des projets avec "partenaires", c’est-à-dire financés par mécénat/sponsoring d’entreprises ou « privatisations », comme on dit maintenant sans aucun scrupule. (...) Le problème, c’est que j’ai l’impression qu’il peut s’y passer des trucs intéressants mais faudrait encore le savoir, car il y en a tellement de lancés en même temps ou qui s’enchaînent à une vitesse folle, et peu d’argent, qu’il n’y a même plus de « com » pour en être informé.»

Erik me coupa alors et dans un ricanement me dit : « Ton problème est générationnel. » « ? » « Et bien oui, quand un groupe passe à la Gaîté Lyrique, un tweet et les abonnés « suiveurs » sont immédiatement informés, la salle remplie sans aucun problème (...) »

 

 

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Source

 

« Le tweet ? Ah non, merci ! Pas pour moi. Trop rapide, trop émotionnel (la vacherie plus souvent que l'humour ou la poésie), trop le nez dans le guidon. Définitivement pas mon tempo, mon problème, c'est plutôt d'essayer de freiner le flux d’informations, pour mieux choisir, pour prendre un peu le temps de réfléchir, pour rester sain. Le « Slow », crois-moi c’est l’avenir, pas seulement en cuisine ! (...) 

 

Reste que je vais finir par être handicapé sans Smartphone : Pour l’expo 2062, une artiste avait mis au mur plein de ce genre de code-barres qui permet d’accéder sur son téléphone intelligent à des contenus en lien avec l’expo » « Des flashes codes ?! » « Ouais, c’est ça. Gabriel, la prochaine fois que je retourne à la Gaîté Lyrique, tu pourras me prêter ton Iphone ? (...)»

 

 

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Les architectes n’ont conservé que la montée d’escalier d’entrée, la façade et le foyer de l’ancien théâtre à l’italienne où Offenbach se produisait à ses débuts mais aussi bien plus tard Maurice Chevalier et bien d’autres jusqu’au début des années 80.

 

Si « les cultures numériques » vous barbent, vous pourrez toujours au moins vous poser un moment dans le lumineux foyer Second Empire rénové où l’on peut aussi boire un coup et manger quelque chose.

Pour un concert, suite à notre dîner avec Erik où fut louée l’acoustique intelligente de la grande salle, j’ai tenté "Breton" sur lequel je venais de lire un papier élogieux et qui sonnait plutôt bien sur Youtube,... bien évidemment complet.

 

 

 

MC Solaar  Carpe diem 2007

 

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Serveurs du centre de données de Google à Bluffs dans l'Iowa

 

La théorie de l’information selon Bellanger

 

Par ces hasards dont je me délecte, il est question de La Gaîté-Lyrique des années 1989-1991, dans La théorie de l’information d’Aurélien Bellanger.

 

Les monuments architecturaux du postmodernisme se voulurent eux aussi des récapitulations définitives. [...]

Mais le monument le plus évocateur de l’ère postmoderne fut le parc de loisirs, mélange accompli d’hédonisme, de nostalgie et d’anticipation. [...]

Le plus singulier et le plus éphémère d’entre eux fut Planète magique. [...] Planète magique se voulait un musée vivant de l’imaginaire et un conservatoire du futur : « Planète magique reprend les grands thèmes communs au plus grand nombre qui correspondent à des courants de pensée actuels ou à des mythes intemporels. » De manière très originale, Planète magique était situé en plein Paris, entre le musée des Arts et Métiers et le Sentier, dans l’ancien théâtre de la Gaîté-Lyrique, dont seuls la façade corinthienne et le foyer second Empire furent préservés. [...]

Trop parisien, trop complexe et trop conceptuel, le parc fit faillite, en juin 1991, six mois après son ouverture. [...]

 

 

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Ce bouquin, j’y ai foncé tête baissée car le premier roman de l’auteur d’un essai salué par la critique sur Michel Houellebecq, «un écrivain romantique », ça me tentait. Et ça m’a plu. Malgré les interludes « théorie de l’information » définitivement imbitables, le style impersonnel « wikipédien » qui domine et un certain manque d’incarnation des personnages.

Ce bouquin m’a passionné parce qu’au travers de l’aventure entrepreneuriale inspirée de celle du créateur de Free, Xavier Niel, il constitue une fresque épatante de la révolution numérique, une révolution de trente années qui a changé nos vies.

Chargé de cours d’informatique, j’aime parfois jouer à Mathusalem avec mes étudiants : « Vous ne vous rendez pas compte combien tout cela a été vite. Quand j’étais à votre place, faire de l’informatique, même pour des non-informaticiens, c’était écrire des programmes (aujourd’hui, on dit « faire du code » Cf The social Network, qui raconte l’invention de Facebook par Mark Zuckerberg), pour ce qui me concerne en BASIC, en FORTRAN ou en COBOL, nos lignes de programmes étaient encodées sur des cartes perforées qui étaient ensuite lues pour être exécutées par un mini-ordinateur.

Lorsque j’ai débuté comme enseignant, les réseaux de PC n’existaient pas.  Avec mes collègues, comme on s’était vu doter d’un bon budget, on avait choisi d’acheter une dizaine de Mac Intosh, des Mac Plus, une boite avec un petit écran à laquelle était connecté par fil un truc génial, une "souris" et une autre trouvaille révolutionnaire : une belle interface de "bureau" virtuel sur lequel on faisait des « cliquer-glisser », des « copier-coller » via un « presse-papier » avec une "corbeille", quand du côté PC, on se déplaçait encore sur l’écran MS-DOS avec les touches de flèches du clavier. Pas de réseau, juste des imprimantes partagées par deux, trois postes parce qu’après la connectique, ça devenait lourd. »

 

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Il m’est aussi arrivé d’évoquer l'aventure hexagonale du Minitel, en particulier du minitel rose, aussi avant-gardiste que réussie (première partie : le Minitel), au point que la France intégrera avec un certain retard la nouvelle révolution technologique, l’Internet, pour aussi vite le combler grâce à l'usage préalable généralisé du terminal beigeasse (deuxième partie : Internet). Je leur raconte alors l’investissement que requérait la création d’un site web, la préoccupation permanente de la taille des fichiers qu’on mettait en ligne pour que le lecteur ne s’impatiente pas avec sa connexion Internet bas débit et sa faible bande passante (l’ADSL à un tarif concurrentiel, ça ne viendra qu’après). J’ai dû aussi leur demander l’âge qu’ils avaient en 2004.  « 10-12 ans ? Vous étiez un peu jeune encore pour produire du contenu. Ah si, peut-être aviez-vous un blog sur Skyblog ? (...)" En effet, dans ces années arrive la 3e mutation : on pouvait tous devenir producteurs de contenus pour Internet sans connaître grand chose à l’informatique, avec une interactivité jamais connue, c’est ce qu’on a appelé le Web 2.0 » (Troisième partie : 2.0).

 

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Jordan Torres par Ashley Walker

 

Cette histoire, en près de 500 pages, ce livre le raconte et je ne pouvais qu’être touché par la nostalgie du texte.

Au Masque et la Plume, Arnaud Vivant qualifie ce « roman » de pynchonien, « une fresque scientifique », mais aussi dans une certaine mesure balzacienne : « ce livre est à Internet, ce que les illusions perdues étaient à l’imprimerie ». Sur le style, pour Nelly Kapriélian des Inrocks, ce n’est pas que Bellanger ne sache pas écrire (il a prouvé qu’il en était capable), son style « wikipédien » est « un projet expérimental », « une narration mutante », comme son sujet qui « contamine la langue ».

 

Bien que je partage leur propos, ne pas hésiter à sauter tout paragraphe qu’un aller-retour ne suffit pas à rendre intelligible.

 

Post-scriptum : le seul lien que je trouve a posteriori entre ce billet et l’objet principal de ce blog sont ces bits qui se comptent désormais en terabits soit en billions de bits, ce qui en fait vraiment beaucoup pour les pauvres hères que nous sommes.

Pardon. Désolé.

 

 

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Thomas Ruff nudes vg02 (2000)

 

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #expos, #mâlitude,, #vivre ensemble, #livres, #technoscience, #les années

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