Publié le 12 Juillet 2008

Markus Bollingmo



Dans son  Sexe et pouvoir (Points Histoire) et au sujet de l’homosexualité à Rome, Paul Veyne a écrit :
 

En ce monde, on ne classait pas les conduites d’après le sexe, amour des femmes, ou des garçons, mais en activité ou passivité : être actif, c’est être un mâle, quel que soit le sexe du partenaire dit passif. Prendre du plaisir virilement ou en donner servilement, tout est là.

La femme est passive par définition, à moins d’être un monstre et, en cette affaire, n’a pas voix au chapitre [...] Les enfants ne comptent pas davantage, à la condition que l’adulte ne se mette pas à leur service pour leur donner du plaisir et qu’il se borne à en prendre. Ces enfants sont, à Rome, des esclaves qui ne comptent pas et, en Grèce, des éphèbes qui ne sont pas encore citoyens, si bien qu’ils peuvent encore être passifs sans déshonneur.

Un mépris colossal accablait en revanche l’adulte mâle et libre qui était homophile passif ou, comme on disait, impudicus (tel est le sens méconnu de ce mot) ou diatithemenos. [...]

L’individu passif n’était pas mou à cause de sa déviation sexuelle, tout au contraire : sa passivité n’était qu’un des effets de son manque de virilité, et ce manque demeurait un vice capital en l’absence même de tout homophilie.

 

La coupe Warren

 

Car cette société ne passait pas son temps à se demander si les gens étaient des homosexuels ou pas ; en revanche, elle prêtait une attention démesurée à d’infimes détails de toilette, de prononciation, de gestes, de démarche, pour poursuivre de son mépris ceux qui y trahissaient un manque de virilité, quels que fussent leurs goûts. [...]

Tout cela explique une deuxième obsession, inattendue ; il y avait bien une conduite sexuelle qui était absolument honteuse, tellement que les gens passaient la journée à se demander qui  « en était » ; cette conduite, qui occupait dans les médisances la même place que la pédale chez nos chansonniers, était la fellation [...]

La fellation était l’injure suprême, et l’on citait des cas de fellateurs honteux qui essayaient, prétendait-on, de déguiser leur infamie sous une honte moindre en se faisant passer pour des homophiles passifs ! [...]

La fellation n’est-elle pas le comble de l’abaissement, en effet ? Elle prend passivement son plaisir à en donner à autrui et elle ne refuse servilement à autrui la possession d’aucune partie du corps ; le sexe ne fait rien à l’affaire : car il était une deuxième conduite non moins infâme et qui les obsédait autant : le cunnilingue. [...]

 

Voilà qui donne un sens beaucoup moins équivoque à l’inscription trouvée sur un des murs de Pompéi : Myrtis bene felas[2].
Si Myrtis n’était pas une prostituée
[3], même si son auteur a pu apprécier ses talents, l’intention de ruiner la réputation de la jeune fille ne fait plus aucun doute...


A l’instar de ces rumeurs qui circulent aujourd’hui dans les « cités » où règne la domination masculine, et qui rendent la vie infernale à ceux qui sont désignés comme « salopes » ou « pédés », ostracisme intolérable qui leur est imposé «durant des mois, des années ». « On va écrire leur nom sur les murs, associés à des insultes. »[4]

 

Dieu merci (s’il existe), les temps changent tout de même si on considère la proposition commerciale qui nous a été faite, sans ambages, il y a quelques mois : « Sucer, l’alternative saine et fun au tabac ». Peut-être devrais-je m’y mettre ?

 


[3] Paulo est formel, Myrtis est un prénom de fille et non de garçon

[4] w.e.entretien dans Libération du samedi 12 et dimanche 13 juillet 2008
 

 


P.S.

Notre lecteur se demande peut-être, pour finir, comment il se fait que l’homophilie ait été si répandue. Faut-il penser qu’une particularité de la société antique, par exemple le mépris de la femme, y multipliait artificiellement les homophiles, ou qu’au contraire une répression différente, moindre au total, laissait se manifester une homophilie qui serait une des possibilités de la sexualité humaine ? La seconde réponse est sans doute la bonne.

 

 


 

 

Lestoilesroses.com/ Rome, le culte de la virilité

Notesgaydethomas.over-blog.com/ Catulle MMVII

 


 

 Vanité Guido Mocafico

 

 

 

Raphaël Hillebrand

 

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #sex, #homophobie, #livres

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