Publié le 21 Mars 2008

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Berlin Schöeneberg heterofriendly


Das Hotel = l’hôtel

 

Olaf est un homme affable qui dirige avec une rigueur toute allemande son affaire que je vous recommande.

 

Avant de partir, Erick[1], à qui j’avais confié mon projet d’aller faire un tour à Berlin pour me consoler de l’absence de Gabriel, s’était un peu moqué de moi en me disant qu’il n’y avait pas destination plus « hype » que Berlin[2].

 

Pendant la Berlinale, je présume, non durant le salon ITB (salon mondial du tourisme) ?

Car, le problème de ce genre d’évènement commercial (j’ai rien contre : « les affaires sont les affaires »), c’est que ça vous fait envoler les prix d’hôtel et vous remplit rapidement ceux que vous visiez : le Honigmond par exemple signalé par ma collègue d’allemand, ou l’hôtel Adele.


Après toutes les horreurs très chères, souvent excentrées vues sur Internet (tout était moche, les chambres comme les photos), et après avoir renoncé à Good bye Lenin et à l'östalgie, en tentant la réservation à l’Ostel (« le spartiate, c’est tolérable en été »),  la Stars Guesthouse s’annonçait comme le meilleur rapport qualité prix de la ville.

 
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Welser St.

 
Je l’avais bien repérée au début de mes recherches en tapant « gay friendly » dans le moteur (je fais ça depuis cet été, agacé de me voir alors proposer uniquement des promotions couple pour « Madame », j’avais tapé ce sésame qui nous avait permis de dénicher une merveille en Bourgogne tenu par un ex de la « Fashion » et son copain)... Sans pour autant tenter la réservation : je trouvais le concept couillon (« la guesthouse des stars »), l’accroche sur le site du même acabit : « We want you to feel like a star. », je craignais le pire notamment du côté des hôtes.

 

Erreur. C’était encore mieux qu’en photo. Chambre très volumineuse (la mienne n’est pas encore sur le site), lumineuse, parquet, meublée contemporain de « goût », lit « olympique », grand canapé, bureau.... très bien chauffé, terrasse pour fumer sa clope.

Une seule petite déconvenue : il n’en restait qu’une avec SDB/WC communs. Rien de très gênant finalement : en me positionnant sur la toilette le soir avec un simple débarbouillage le matin, je n’ai pas eu à composer avec mes voisins, et puis les propriétaires doivent être des maniaques qui passent sans arrêt derrière chacun, puisque c’est toujours nickel, sans oublier que le peignoir est fourni.

Enfin, pour couronner le tout, « Frühstuck » copieux (Allemagne oblige) et localisation idéale pour une visite touristique de la ville : Wittenberg Platz (Schöeneberg).

 

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Berühmte Schwulen : célébrités gays (pédés)

 

Pour quelqu’un qui a toujours craint les ghettos, j’ai eu le nez creux : l’hôtel se trouve dans un quartier réputé interlope et bohème depuis les années 20 et étiqueté de nos jours « gay ».

 

Christopher Isherwood y a vécu de 1928 à 1933 et a tiré de ce séjour L’adieu à Berlin (Berlin Stories) dont l’adaptation donna une pièce de théâtre, une comédie musicale (« musical ») puis le fameux film Cabaret de Bob Fosse.

Ses amis, Stephen Spender, lequel rencontra aussi à Hambourg le photographe Herbert List avec qui il se noua d’amitié, et le poète W. H. Auden, sont venus, comme lui, pour y respirer une culture plus tolérante qu'en Angleterre, en premier lieu envers l'homosexualité.



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Comme Isherwood, Spender a tenu un journal durant ces années auquel il donnera 60 ans plus tard la forme d’un roman Le temple, dont je garde un souvenir très net, sans doute en raison de la photo d’Herbert List mise en couverture par Christian Bourgois pour l’édition française. Le garçon qui s’y baigne pourrait être celui dont parle Spender dans un courrier envoyé à Isherwood en Août 1929 depuis l’hôtel où il se trouvait à Hambourg[3] :


« Cher Christopher, Charles est tout à fait fini...

Je suis tombé amoureux et je pars avec un ami allemand sur le Rhin du 1er au 9 septembre. Je me suis comporté vis-à-vis de mon hôte à Hambourg un peu comme une pute. Enfin, j’exagère. Je t’embrasse.

Stephen. »


Dans son avant-propos à cette édition de 1988, Spender évoque 1929 comme « la dernière année de cet étrange été indien que fut la République de Weimar » avant l’horreur nazie.

 

Ainsi, les lieux ont parfois bonne mémoire.

 
 

Die Gegenwart und die Vergangenheit = le présent et le passé

 

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Berlin 1987

 


Lors de ma précédente venue à Berlin, en 1991, alors que j’était en transit pour Vilnius[4], j’avais manqué de temps pour parcourir la partie Est de la ville ; par contre, j’ai encore en tête la journée qu’y a passé notre petit groupe international du Karl Duisberg Zentrum parti à deux voitures louées de Köln en 1987[5].
La nuit d’étape à
Braunschweig, la traversée du territoire de la DDR avec interdiction de s’arrêter, les marks que l’on devait obligatoirement changer dans la partie est-allemande de la ville et qu’on n’était parvenu à dépenser un dimanche qu’en se gavant de gibier et vin de Moldavie dans ce restaurant de l’Alexander Platz, la trouille de m’être retrouvé avec une kalachnikov sous le nez alors que je m’apprêtais à faire une photo interdite à Checkpoint_Charlie, la photo main dans la main avec une ouvrière de bronze...

 

 

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Karl Marx Allee

 


Bien que Berlin ait été depuis 1989 un gigantesque chantier, il n’a pas été fait « du passé table rase ». On peut encore y retrouver de nombreux vestiges de son histoire, en particulier celle de sa division et de la DDR : des bouts du Mur (« der Mauer »), une statue de Marx et d’Engels en vis-à-vis d’un monument à la gloire du socialisme ou la Karl Marx Allee rénovée.

 

La ville s’enorgueillit également de sa tolérance : n’a-t-elle pas, comme Paris, élu un maire homosexuel ?

Comme pour se faire pardonner le Paragraphe 175, la persécution des homosexuels évoquée dans le téléfilm récemment rediffusé Un amour à taire, son camp modèle de Sachsenhausen à une heure d’ici où l’on rééduquait les « sous-hommes », mais peut-être aussi en hommage au courageux Magnus Hirschfeld, Berlin abrite dans le quartier de Kreutzberg un musée unique au monde ( ?), un Musée de l'homosexualité.

 
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Allein in Berlin = seul dans Berlin

 

J’ai réalisé pourquoi certaines personnes ne partent pas en vacances. Si ce n’est pas le manque d’argent (ou la fuite du huis clos conjugal), sans doute est-ce parce qu’elles vivent seules. Car, rien de tel que de partir ailleurs pour ressentir avec acuité l’état de solitude.

Le fait d’avoir régulièrement besoin d’être seul pour ne pas être perturbé par l’émotion provoquée par autrui et de se sentir en général bien avec soi-même, n’y changent rien : il y a maints moments en voyage, où vous préfériez être en compagnie.

 
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Marx-Engels Forum

 

 

 

Par-dessus tout, à l’heure du dîner, lorsque la nuit est tombé depuis longtemps, que les restaurants sont bondés et que vous annoncez au serveur du resto dans lequel vous avez fini par entrer après moult tergiversations, que vous êtes seul.

« Qu’a fait cet homme pour être seul ce soir ? » Pensez vous.


Seul, il se peut qu’on vous oublie un peu comme il m’est arrivé ce soir là dans cette trattoria  à côté de l’hôtel qui vante les produits de la Basilicate. Alors, en attendant une addition exorbitante, puisqu’il n’y a aucun garçon remarquable pour distraire votre regard, vous sirotez votre vin en croquant sur la nappe, le visage grave qui s’effondre d’un vieux pédé.


Le soir suivant, après une longue marche, vous appréciez l’indifférence légère du « staff » d’un restaurant thaïe en fin de service, et le troisième, vous voilà soudain tétanisé par la beauté d’un serveur indien, omnibulé par cette nuque si lisse et ces deux vertèbres affleurantes, par la grâce de ses gestes malgré le bouc viril finement dessiné.

«La même chose, SVP ! » Lui dîtes vous alors en désignant la chope de bière vide. Mais nulle esquisse de l’ange n’est possible. Trop professionnel l’ange : Sitôt vous le fixez, sitôt il vous regarde.

 

 

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Il a neigé sur l'Hamburgerbahnof

 

Quand une langue étrangère vous rend quasi muet, il peut vous prendre aussi l’envie de faire un bout de chemin en compagnie de ce jeune garçon capuchonné  qui vous a demandé de le photographier avec les deux pères du communisme, d’autant qu’il semble suivre la même promenade que vous. Un peu plus tard c’est à son tour de vous photographier devant cet ouvrier en bronze («on m’a pris ici en photo en 1987 ! » « Etait-il né ? » Pensez-vous), puis vous le perdez, lui, son regard intelligent et son beau sourire, sous la pluie hivernale.

 

De Joseph Beuys hébergé à la Hamburgerbahnhof, vous ne retiendrez guère que sa célèbre phrase : « Jeder Mensch ist ein Künstler » (« Tout homme est un artiste ») tant il a su avec efficacité par son œuvre exposée témoigner du contraire (au moins d’un point de vue esthétique, ce qui n’est sans doute pas son propos) ; mais vous l’oublierez vite au café-restaurant  du musée, lorsqu’un jeune homme mince, blond et bronzé, aux airs de Jérémie Rénier, vous déposera, avec délicatesse et un sourire ensorcelant, un capuccino.

 
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Revenir à Berlin, même en hiver. Accompagné. Les lits sont immenses dans « la pension des stars ».

 

Musik (der)


Klaus Schultze Floating 1976 (connu au collège par un interne de Lyon que j’admirai autant qu’il fumait, et qui avait eu l’heur d’aller à un de ses concerts)

Heroes David Bowie 1977 (« The best » - période berlinoise, virée en 1979 en concert à Lyon avec Romain, son cousin et son père comme chauffeur)

African reggae Nina Hagen 1979

Nena Lass mich dein Pirat sein 1984

Sven Vath The beauty and the beast 1994 (Raphael, Bruxelles)

Sven Väth Face it 1998

Ellen Allien set Paris 2007 (Echantillon beaucoup trop minimaliste, capable de bien mieux)

 

 
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Transport (On the bus)

 


Der Streik = la grève


Sous un ciel soudain assombri, le taxi quitta la station de Wittenberg Platz  pour filer lentement, sans bruit, vers l’aéroport.

Sans encombres aussi, à croire que cette deuxième journée de grève des transports berlinois n’avait pas lieu !

La pluie s’était mise à tomber lorsque j’ai reconnu sur la gauche, là-bas, derrière les grilles et recouvert par les échafaudages le château de Charlottenburg, où je n’avais pas eu le temps d’aller.

Le matin même, c’était aussi toute l’île des musées qui était en travaux.

Venir à
la pire saison à Berlin permet d’éviter les hordes de touristes, mais le prix à payer, en sus d’une météo hivernale, est sans doute aussi d’y trouver les lieux de culture en chantier.

 

Tegel était déjà en vue. Le chauffeur me demanda à quelle heure était mon vol. Nous étions tellement en avance que ce dernier n’était pas encore affiché.

On avait mis moins d’une demi-heure, le compteur affichait moins de 15 euros et je n’avais plus qu’un billet de 100 euros. Comme j’en avais un peu vergogne - oubliant que les allemands utilisent essentiellement du cash et par conséquent aussi les grosses coupures -  je lui dis de me rendre la monnaie sur 20. Heureusement surpris, il me demanda si je voulais une facture et insista pour me sortir lui-même le sac du coffre. J’oublie toujours le pouvoir de l’argent.

 

 
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Portrait d'Isabel Styler-Tas (mélancolie) par S. Dali (Nouvelle galerie nationale Berlin)

 


La marge que j’avais prise face aux incertitudes créées par une grève des transports publics en considération du chaos qu’un tel évènement produit à Paris, s’avérait définitivement démesurée. 

... Près de deux heures trente à tirer dans une faille spatiotemporelle : un aéroport.

 

Lorsque le matin j’avais demandé devant mon œuf « à la coq » au propriétaire de l’hôtel si la grève qui m’avait fait tant marcher et pédaler la veille était finie, il m’avait répondu par la négative avec une mine désolée. D’humeur philosophe, je lui avais dit : « Chez nous comme chez vous, les personnels travaillant dans des services publics peuvent avoir des raisons de faire grève, non ? » Il partit alors dans une diatribe contre le scandale de cette grève.

Comme il tenait pour responsable un syndicat minoritaire qui remettait en cause un accord signé par eux-mêmes pour des raisons de lutte intersyndicale, je lui demandai : « Mais enfin, la grève fait perdre deux jours de salaires aux personnels, ils doivent avoir d’autres raisons pour s’y résoudre ? – Bien sûr, ils demandent...  des hausses de salaires – Combien ? -  30 % !!! »
Comme je m’en doutais, Olaf avait manqué singulièrement de sang froid, puisqu’ils s’agissait d’une demande d’augmentation non pas de 30 mais de
 8%. « Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage »...

 

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Studio 1991 Wolfgang Tillmans 

 



Perspective : La maison des mamies roses

 

Anglo-franco-berlinois : Queer et cuir (Alex Taylor)

 

Taxi zum Klo de Franck Ripploh (1980), sauf erreur mon 1er film homo

 
 



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[2] Comme pour lui donner raison, au retour, le supplément magazine Next  de Libération titrait Berlin, ville ouverte  (8/3/8)

[3] Cité par J. D. Ewards dans la Quinzaine littéraire du 1-15 janvier 1990
[4] http://notesgaydethomas.over-blog.com/Gabriel avant que je n'oublie

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #Allemagne, #touriste, #culture gay, #les années, #musique, #expos

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