Publié le 17 Septembre 2012

 

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Mehdi Meddaci Tenir les murs - Capture d’écran (rue Riquet 75019)

 

 

 

 DJ Mehdi  (Un)lucky boy

 

 

Une ville portuaire de la côte est des Etats-Unis, économiquement sinistrée, peuplée aux deux tiers « d’afro-américains », gangrénée par la criminalité et la corruption.

Parce qu’il faut bien vivre (une personne sur deux est au chômage), que les budgets sociaux et d’éducation ont fondu, et que gagner le plus vite possible un maximum de fric est dans ce pays, comme aujourd’hui presque partout dans le monde, l’alpha et l’oméga d’une vie réussie, le trafic de drogue et autres occupations criminelles ont pris le relais des activités portuaires, commerciales ou de la sidérurgie disparues.

Aux Etats-Unis, le port d’arme est un droit inscrit dans la Constitution, il arrive ainsi plus souvent qu’à son tour que les marchés se régulent à l’arme à feu, plaçant cette ville parmi les villes américaines connaissant l’un des plus fort taux d’homicides par habitant.

Autant dire que la Police, le FBI et de la Justice ne chôment pas mais aussi que leur boulot relève largement du rocher de Sisyphe.

 

 

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Cette ville, c’est Baltimore, à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale fédérale Washington. La série télévisée The Wire (Sur écoute) produite et diffusée par la chaine HBO entre 2002 et 2008, en fait « une exploration quasi documentaire », de toute sa complexité, au travers de personnages qui vivent cette criminalité au quotidien : policiers, trafiquants en tous genres, politiques, enseignants, journalistes, habitants...

Pour son auteur, David Simon, « c'est probablement la seule fiction télévisée, qui affirme ouvertement que notre système politique et social n'est plus viable, que notre nation, malgré sa richesse, a spectaculairement échoué à intégrer les classes défavorisées et à trouver des solutions à ses problèmes. Nous sommes devenus un pays qui ne "peut pas". »

 

 



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Les soubresauts dans nos banlieues, la succession de règlements de comptes que vient de connaître la deuxième ville de France donnent à penser que la série The Wire ne parle pas seulement de la société américaine mais aussi bel et bien de nous. 

De même, pour ne citer que celui-ci, le documentaire « Argent sale, le poison de la finance » de Nicolas Glimois, diffusé récemment sur France 5, voyage au royaume de l'argent sale, de la Calabre à Londres, de la Suisse à l'Allemagne, montre comment la déréglementation des marchés financiers, une mondialisation incontrôlée et la priorité donnée depuis 10 ans à la lutte contre le terrorisme, ont autorisé la contamination nos sociétés, au point de faire dire à son auteur, que « le criminel est non plus à la lisière, mais au cœur de la société, opérant une soudure entre le légal et l'illégal » et d’affirmer que « ceux qui nous gouvernent semblent jouer la carte de l'aveuglement, de la résignation, quand ça n'est pas plus... »

 

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Sophie Cattani dans Chercher le garçon (Marseille)

 

 

Devenus immédiatement accros à la série, à l’instar de Barak Obama, on a un faible pour Omar, « un personnage flamboyant comme on n'en voit pas à la télévision, un marlou noir et homosexuel (...) dont la spécialité est de dévaliser les caïds de la drogue, un artiste du braquage qui hante les cités fantômes de la ville noire et porte le fusil et le manteau long comme dans un western de Peckinpah. »

 

 

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Quant au nom de la série, The Wire (Sur écoute), elle fait référence aux écoutes téléphoniques que pratique tant bien que mal la petite équipe d’enquêteurs. En effet, les hors la loi se voient le plus souvent interdire l’usage d’un téléphone portable par leurs patrons, les messages prudemment formulés sont transmis depuis des cabines téléphoniques voire sur un bout de papier immédiatement détruit, et quant le gang aura la preuve que les cabines-mêmes ont été mises sur écoute, il s’équipera de téléphones portables avec une carte prépayée sans abonnement jetés dès l’épuisement du crédit...

 

 

NGT / Detroit, ville sinistrée, ville musicale 

 

 

 
French parano

 

Le « dépeceur de Montréal» avait réfléchi à la manière de disparaître sans laisser de traces et avait même publié un billet à ce sujet sur son blog.

« Ne jamais prendre l’avion » était une règle première, c’est pourtant la première chose qu’il fit. Pour le téléphone, il a mis du temps à se résoudre à ne plus l’utiliser. Entre temps, son portable avait « activé de nombreuses bornes relais, comme autant de petits cailloux semés sur son passage».

Un agent de nettoyage le récupéra dans une poubelle du métro à Bastille et s’en servit pour appeler en Afrique, ce qui mit pour peu de temps la police sur une fausse piste. 

Les enquêteurs ont pu également le reconnaître sur des images filmées par des caméras de surveillance à Roissy, sur la voie publique et dans les transports en commun.

Comme il était plutôt du genre fauché, la police était convaincue que « la faim ferait sortir le loup du bois », et elle a guetté l’utilisation éventuelle de sa carte bancaire, dont le numéro avait été transmis par la police canadienne.

Enfin, on pensait également que son narcissisme le pousserait à consulter des pages Internet le concernant et notamment son compte Facebook.

C’est ainsi que grâce aux photos diffusées sur la toile, il fut reconnu par le gérant d’un cybercafé de Neukölln à Berlin, et Dieu merci, arrêté.

 

 

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Photo : Marcelo Gomes

 

 

Sa traque relativement facile rappelle, s’il était nécessaire, combien aujourd’hui l’état des techniques et des modes de vie qui vont avec nous rend facilement « flicables » (on n’évoque même pas les menaces de l’Internet en général et des réseaux sociaux en particulier).

Pour coffrer des cinglés meurtriers sadiques, on ne peut que s’en réjouir, pour tout un chacun, s’inquiéter de leur potentiel liberticide et oppressif relève-t-il de la paranoïa ?

 

Le bouquet, c’est que faire le choix de ne pas utiliser ces technologies pourrait bien vous rendre suspect d’une potentielle dangerosité : J. H., M. M. et A. B., tous trois tueurs en série, n'avaient pas de compte Facebook...

 

 

NGT / Rien à fiche

 

 

L’idée était simple. Ce que tout le monde appelait « Clôture » était en réalité un système électronique arrêtant la circulation de l’information : le son et les images ne pouvaient pas franchir la barrière. Son usage avait d’abord été militaire. Puis les Clôtures portatives avaient permis d’en démocratiser et d’en individualiser le fonctionnement. Devenus méfiants vis-à-vis des technologies de l’information, les gens ont commencé à vouloir se protéger du monde, à se couper des flux qui leur parvenaient sur ordinateurs, portables et tablettes. [....]

 

Les cordelettes de Browser Tristian Garcia Denoël

  

 

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The construction of fear d'Antoni Muntadas

à la Triennale du Palais de Tokyo

 

 

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  Teen straight 2011  Gilbert et Georges Galerie Thaddaeus Ropac 

 

Zéro six

 

Lui et moi, on n’a jamais fait la paire.

Seul, j’y gagne en discrétion, je n’agace personne.

En compagnie, jamais, il ne s’immisce.

Mon temps est pour autrui,

pas pour lui.

Me manque-t-il ? Nullement.

Pas d’enfants à tenir en laisse,

Pas de tyrannie du client,

Pas d’amant - comment se trompait-on avant lui ?-

Sans lui, pas de raison pour qu’on m’agresse

En être dépourvu, m’évite de le perdre.

« En cas de problème, t’es injoignable ! »

« C’est le luxe ultime ! Tiens donc parole ! Arrive à l’heure !

Temps mort. Tout le monde consulte, et moi je fume encore.

Ta gueule, je sais, j’ai tort.

« Et pour le gringue ? »

« Pour Grindr ? Il y a bien longtemps que je suis mort. »

« Mais enfin, un Smartphone, c’est bien plus qu’un téléphone. »

« Ah les applis ! Maudite presbytie ! Tout s’y affiche bien trop petit. »

Pourtant un jour, Revolucion !

Mon compagnon s’est fait piéger par un Iphone.

Disparu des statistiques[1], héroïque, je résiste :

A lui maintenant de rappeler les zéro six.

 

[1] Le taux d’équipement en téléphone portable est proche en France de 100 % en 2010. Pour ce qui concerne l’équipement en  Smartphone, un peu plus de 30 % des personnes étaient équipés au 1er trimestre 2011.

 

 

 

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Donna Summer - Could It Be Magic (1976)

La Vierge, les Coptes et moi de Namir ABDEL MESSEEH

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Rédigé par Thomas Querqy

Publié dans #ciné-séries, #technoscience, #culture gay

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