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Publié le 1 Mai 2022

Michel Journiac Série 24 heures de la vie d'une femme ordinaire (1974)
Michel Journiac Série 24 heures de la vie d'une femme ordinaire (1974)

 

En 1989, dans un article publié dans Peace and Freedom Magazine, McIntosh faisait part d’une prise de conscience : « Comme personne blanche, j’ai réalisé qu’on m’avait dit que le racisme était quelque chose qui désavantageait d’autres personnes, mais on m’avait enseigné aussi à ne pas voir un de ses corollaires, le privilège blanc, qui me procure un avantage. Je crois qu’on enseigne avec soin aux Blanches à ne pas reconnaître le privilège blanc, tout comme on enseigne aux hommes à ne pas reconnaître le privilège masculin. »
Je me grattai le crâne et décanillai une bière, perplexe.

Peggy McIntosh (1989), citée dans "Le voyant d’Étampes" par Abel Quentin

 

 

Thylacine - Sheremetiev

 

Au risque de me faire traiter de réac, je n’ai pas du tout aimé le remplacement du « petit bonhomme » de Télérama par un personnage féminin. Non que je sois opposé au changement, ce petit bonhomme a changé plusieurs fois, mais un personnage féminin ? « On est à une époque où la place des femmes est affirmée, et qu'un tel emblème devienne féminin, ça nous plaisait", explique la présidente de Télérama, Catherine Sueur. Pour sauter le pas, l'hebdomadaire a "tout de suite pensé" à Pénélope Bagieu, créatrice de BD à succès qui affiche son engagement féministe » (notamment autrice de «Culottées » que j’ai offert à une néoféministe de la famille).

La guerre est déclarée ? C’est tellement revanchard et mesquin. Est-ce que les mecs revendiquent que Marianne, figure allégorique de la République soit remplacée par une figure masculine ? « Ça fait plus de 230 années que ça dure ! Il faut que cesse cette « matridominance » insupportable ! » (Mettre une intonation d’indignation suraiguë)

Non, car on n’est pas dans une « cour de récréation ». En même temps, avec Télérama, il est vrai qu’on n’est jamais loin de l’école et de l’éducation nationale...

A l’heure, où l’on nous casse les pieds avec la nécessité de cesser d’être exclusivement binaire, s’il fallait vraiment en finir avec ce symbole de la « domination masculine » (?), n’importe quel illustrateur aurait été capable d’imaginer un personnage asexué,… ou tout autre icône.

En fait, l’arrivée du chignon et du rouge à lèvres de Pénélope tombe mal : je suis en train de perdre un vieux plaisir, celui de retrouver chaque semaine Télérama. J’ai de plus en plus souvent le sentiment que les sujets abordés par le magazine, l’angle par lequel ils sont traités, au mieux ne m’intéressent pas, au pire m’agacent, avec leur petite musique néoféministe, et autre thématique en vogue, renforcée par la prépondérance de créatrices et autres autrices. 

 

 

Même dans ce titre de couverture - s’agit-il d’un acte manqué ? le magazine est capable d’« annuler » les hommes : « Asexuelle et alors ? », avec le visuel d’une « podcasteuse » qui s’en vante. Pourtant, en parcourant l’article rédigé par Louis Borel, je lis que les mecs peuvent aussi être atteints. C’était compliqué de titrer « Asexuel(le) et alors » ? Même pas venu à l’esprit de la rédaction, alors que l’écriture inclusive est une des lubies des néoféministes.

« Quelle époque épique ! » Entre parenthèses, si, à l’âge de la sexualité triomphante, m’était tombé dessus cette tuile de l’asexualité, je me serais bien gardé de la claironner sur la place publique. Qu’on puisse désormais trouver d’autres personnes comme soi grâce à internet, et vivre ainsi mieux cette absence de libido, je trouve ça formidable, mais fallait-il pour autant en faire une couverture de Télérama ?

 

Etre asexuel et en couple - Broute - CANAL+

 

D’un côté, me suis-je dit, la rédaction ne fait peut-être que son boulot, se faire l’écho de l’esprit d’époque. Prenez la Biennale d’art contemporain de Venise cette année ! Sa commissaire est une femme, tout comme 80 % des artistes exposants, ce qui ne pouvait que donner une Biennale « au féminin », pour reprendre le titre du papier de la journaliste des Échos.

D’un autre côté, l'hebdomadaire participe aussi à l’esprit d’époque...

 

 

Paula Rego "Balzac story" 2011, à la biennale de Venise 2022
Paula Rego "Balzac story" 2011, à la biennale de Venise 2022

 

Avec Télérama, je me suis assez vite aperçu que mon insatisfaction provenait peut-être  du fait que la plupart des signatures sont désormais féminines... et jeunes.

Le numéro du 16 au 22 Avril dont je vais tourner pour vous les premières pages, illustre assez bien l’origine de mon malaise et pourquoi je pose ici la question suivante : Télérama est-il en train de devenir un magazine pour nanas ?

 

Page 3 Valérie Zenatti interviewée par Marine Landrot

Page 7 Lucie, cheffe d’entreprise et maman, à l’atelier avec casque anti-bruit et perceuse (publicité Banque Populaire)

Page 10 l’édito de la rédac-cheffe, Fabienne Pascaud, 67 ans, titré « Audacieuses »

Page 11 « La jeune graphiste Sahsha Anisimova, originaire de Kharkiv, dessine… » par Juliette Bénabent

Page 12 Deux articles signés : Élise Racque, Emmanuelle Dasque

Page 13 « Le féminisme n’est pas en odeur de Sainteté » par Élise Racque, et enfin première signature d’un homme, Samuel Gontier, un vieux de la vieille chez Télérama, depuis 25 ans à son poste à nous livrer des verbatims de la télé poubelle

Je continue ?

Page 14 « Repérée » Cyrielle Ndjiki (soprano) par Sophie Bourdais

Page 17 à 19 Un 2e homme signe le sujet en couverture « l’égyptologie aujourd’hui », Gilles Heuré, 66 ans, complété par un article de Fanny Arlandis

Page 21 « Pourvu qu’elles soient pop » par Odile le Plas

Page 25 « Dans ses podcasts à succès, Axelle Jah Njiké explore l’intimité des femmes noires... » par Laurence Le Saux

Page 26 et 27 article sur une salle de classe en plein musée conçue par la designer Stéphanie Marin, par Xavier de Jarcy, 57 ans

 

Antoine Griezmann Atlético 2018
Antoine Griezmann Atlético 2018

 

J’arrête là (avec un tout petit peu de mauvaise foi), c’est gavant.

Où sont les hommes ? Y a plus de mecs dans la culture ? Y a plus de mecs chez Télérama ? Désolé de l’écrire, mais pour le misérable « mâle homo blanc cisgenre » que je suis (j’essaie de me mettre moi aussi aux petites cases identitaires), ça impacte forcément le contenu du magazine et ma satisfaction de le lire.

Peut-être est-il aussi temps de reconsidérer le paradigme d’hégémonie masculine ?

 

Guillaume Herbaut - Dans le silence des tranchées Donbass - Avdiïvka - 22-1-2022
Guillaume Herbaut - Dans le silence des tranchées Donbass - Avdiïvka - 22-1-2022

 

ORLAN - Le baiser de l'artiste - 1977

Babysitter réalisé par Monia Chokri. Génial !

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